samedi 13 mars 2021

169

 Writer’s life (169)

En ouverture de la cérémonie des Césars, l’interprétation magistrale de Catherine Ringer du titre de Bécaud : “Je reviens te chercher”. Belle symbolique, bien sûr. Il faudrait féliciter la personne qui a eu cette idée, les choses belles et pleines de sens se font si rares. Mon père adorait Bécaud, ils étaient de la même génération et il y avait aussi entre eux une indéniable ressemblance physique. Où est mon papa, aujourd’hui ? C’est ce que je me demande en traversant Paris, les larmes aux yeux, en écoutant au casque mes deux chansons préférées de Bécaud : « Je reviens te chercher » et « C’est en septembre ».
Je baguenaude dans Paris en pensant aux chapitres que je vais ajouter à mon « Petit éloge du baiser » prévu pour octobre quand, levant les yeux rue Keller, je tombe sur une vitrine où sont affichés quelques uns des plus beaux baisers de cinéma. Un joli signe dans l’après-midi. De ma première version du texte, je vais enlever deux ou trois chapitres qui plaisent moins à Aude et qui ne sont pas non plus indispensables à mes yeux, et vais les remplacer par de nouvelles choses. Aude me dit : « Tu sais qu’avec un tel livre, tu vas avoir des tas de propositions ! » « Des propositions de quoi ? » « Eh bien de baisers ! » Je dis à Aude qu’il serait drôle, vu que de nos jours il est préférable d’avoir un storytelling façon fait divers ou sujet de société si vous voulez qu’on accorde un peu d’espace médiatique à ce que vous faites, de promouvoir le livre en disant que je l’ai écrit parce que je n’ai jamais embrassé personne de ma vie. Ça pourrait être un argument publicitaire sympathique. Exhiber la bête de foire qui à son âge (hum, avancé) n’a jamais embrassé. En même temps, il y a des possibilités pour qu’une telle mésaventure arrive, vous pouvez tomber amoureux(se) de personnes qui vous tournent le dos tout le temps et ça devient donc compliqué d’embrasser sur la bouche, et vous pouvez aussi trouver ça vaguement répugnant, un peu mouillé, un peu intrusif comme procédé. Bon, j’avoue, ce n’est pas mon cas.

dimanche 7 mars 2021

168

 Writer’s life (168)

Au moment où je termine un texte d’une vingtaine de pages sur Serge Gainsbourg, que m’a demandé Nicolas qui a repris la collection Duetto aux éditions Plon (le texte paraîtra en octobre prochain), je lis un article sur lui qui s’intitule : « Pourquoi on n’a plus forcément envie de l’écouter aujourd’hui », (le point d’interrogation a d’ailleurs été sans doute sciemment omis). Cet article est une petite entreprise de démolition qui, en disséquant ses textes et ses attitudes, l’accuse de véhiculer des clichés racistes (Couleur café, Black and white blues), ultra mysogines et agressifs envers les femmes, et de faire la promotion de l’inceste (Lemon incest). Bon… J’évoque dans mon texte cette misogynie dans l’œuvre de Gainsbourg qui à mon sens n’est jamais offensive et qui n’est que la porte de secours de l’amour blessé. Quant au reste, je pense que les trois journalistes qui signent cet article devraient disséquer les textes actuels de rappeurs encensés des foules si elles veulent vraiment continuer à faire évoluer les mentalités.
Je reprends/réécris le début de mon prochain roman. Il faut toujours soigner ses apparitions. Dans le dernier, avec Chateaubriand, quand j’ai cherché un début, ma question a été : Comment faire apparaître mon personnage ? J’ai lu un article sur les conditions épouvantables des soins dentaires à la fin du XVIIIème siècle. Je me suis dit : ah, je vais l’emmener chez le dentiste, dès le début, ça va être drôle. Et puis je me dis : Chateaubriand est un migrant (à l’époque et à Londres, les français sont appelés : migrants), je vais donner au dentiste un quota de migrants à soigner par jour, et le dentiste ne va pas du tout aimer s’occuper des migrants, surtout qu’au départ il va croire que son client s’appelle Chat O’Brian, que c’est un irlandais, quand il va comprendre que c’est un français, il va encore être + impitoyable. Bref, d’idées qui m’attirent en idées qui m’amusent, mon esprit part au quart de tour, et je boucle mon premier chapitre.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...