La neige dans les Yvelines, les transports scolaires supprimés, me renvoient aux temps merveilleux de mon enfance. Cet épisode magique créé par mon père qui, alors que toute la ville de Saint-Germain-en-Laye était figée par la neige, prit sa 2CV depuis le domaine de Marsinval pour venir me chercher au collège Saint-Augustin, où je m’apprêtais déjà à passer la nuit, le trajet que nous fîmes le long de la nationale 13 espérant que le moteur de la voiture tienne, et que sur la route verglacée la 2CV ne fasse pas une embardée fatale dans le décor. Un copain qui habitait en face de chez moi, scolarisé à Saint-Erembert et se trouvant aussi sans moyen de rentrer chez lui m’avait rejoint au collège, et fut embarqué dans l’aventure. Je précise cela parce qu’avec mon père il était toujours question de sauver quelqu’un en plus. Il y avait une humanité chez mon père que je n’ai jamais retrouvé chez quiconque depuis. Je crois que si vous avez la chance d’avoir eu des parents bons, d’observer au jour le jour leur générosité, c’est cela qui arrive avec leur mort, c’est que vous pouvez passer la vie entière sans retrouver une telle qualité de bonté, enfin, je m’exprime assez mal car j’écris plutôt vite, mais vous comprenez l’idée. Donc, ce voyage en 2CV sur une route déserte et blanche, silencieuse et envahie par la neige, est un de mes souvenirs les plus marquants. Je trouve de la quiétude à refaire ce voyage, de la même manière que dans un autre registre je peux garder longtemps (et pour toujours ?) en mémoire, un voyage en train à côté d’une personne qui me plait.
Toujours à la recherche d’un éditeur pour mes prochains romans, des jours où ça m’agace, d’autres où je prends ça avec une certaine distance, il faut quand même que je note (ici ou ailleurs) toutes les choses qui me sont rapportées et la petite épopée (je ne trouve pas le smiley approprié) de ces démarches.
Je suis tombé sur cette citation de Jim Henson (le créateur des Sesame Street et des Muppets) qui m’a bien intéressé : « À un certain point de ma vie j’ai décidé, à juste raison ou à tort, qu’il y a beaucoup de situations dans cette vie auxquelles je ne peux pas faire grand-chose... Aussi, ce que je devrais faire, est de me concentrer sur le situations où mon énergie peut avoir une réelle influence. »
J’ai vraiment une tête pas possible sur le clip de À une épaule de toi qui sort vendredi, tourné à Brighton après une nuit quasi blanche à Londres, mais ce visage marqué correspond plutôt bien à la chanson qui est sans doute la plus triste de l’EP – si tant est qu’on puisse faire encore plus triste que Le bel et grand amour. François qui va s’occuper avec Flavie de la promo du disque m’a dit que c’était sa chanson préférée et qu’il l’écoute en boucle. C’est le genre de chanson que j’aime bien écrire, où au départ j’ai juste la première phrase et le sentiment d’ensemble, le climat, je me mets au piano et tout le texte se déploie en un souffle. L’important est de garder dans chaque phrase le sentiment global.
En dépit des incohérences, le finale de Stranger Things m’a captivé. Peut-être aussi parce qu’il est question d’une époque et de codes qui ont été les miens, j’ai eu exactement le même âge à la même période que les protagonistes dans la série, terminé le lycée en 1989 etc. L’épilogue de l’épisode final, l’adieu aux personnages, est vraiment ce qu’il y a de mieux dans cette dernière saison (avec la fin de l’épisode 4), même si pour moi, la meilleure scène qui exprime la transition de l’âge adolescent à l’âge adulte reste la scène finale du film Superbad de Judd Apatow. Ce noël, j’ai revu aussi Les gardiens de la galaxie 3 qui, sous certains angles, a pas mal de points communs avec Stranger Things, et qui reste jusqu’ici mon film favori de l’univers Marvel.
Evelyne m’écrit dans ses vœux de bonne année que 2026 annonce un nouveau cycle. C’est une année 1. Une période de renouveau après un cycle de neuf ans. Je prends ça avec espoir parce que j’ai connu pas mal de turbulences pendant ces neuf ans. Une situation très instable pour mon travail, pour mon appétit de création. Evelyne ajoute qu’ « il faut quand même attendre un peu que ce renouveau se mette en place ». La vie sourit toujours en demi-teinte aux natures impatientes telles que la mienne.