mardi 6 janvier 2026

269

 La neige dans les Yvelines, les transports scolaires supprimés, me renvoient aux temps merveilleux de mon enfance. Cet épisode magique créé par mon père qui, alors que toute la ville de Saint-Germain-en-Laye était figée par la neige, prit sa 2CV depuis le domaine de Marsinval pour venir me chercher au collège Saint-Augustin, où je m’apprêtais déjà à passer la nuit, le trajet que nous fîmes le long de la nationale 13 espérant que le moteur de la voiture tienne, et que sur la route verglacée la 2CV ne fasse pas une embardée fatale dans le décor. Un copain qui habitait en face de chez moi, scolarisé à Saint-Erembert et se trouvant aussi sans moyen de rentrer chez lui m’avait rejoint au collège, et fut embarqué dans l’aventure. Je précise cela parce qu’avec mon père il était toujours question de sauver quelqu’un en plus. Il y avait une humanité chez mon père que je n’ai jamais retrouvé chez quiconque depuis. Je crois que si vous avez la chance d’avoir eu des parents bons, d’observer au jour le jour leur générosité, c’est cela qui arrive avec leur mort, c’est que vous pouvez passer la vie entière sans retrouver une telle qualité de bonté, enfin, je m’exprime assez mal car j’écris plutôt vite, mais vous comprenez l’idée. Donc, ce voyage en 2CV sur une route déserte et blanche, silencieuse et envahie par la neige, est un de mes souvenirs les plus marquants. Je trouve de la quiétude à refaire ce voyage, de la même manière que dans un autre registre je peux garder longtemps (et pour toujours ?) en mémoire, un voyage en train à côté d’une personne qui me plait. 

Toujours à la recherche d’un éditeur pour mes prochains romans, des jours où ça m’agace, d’autres où je prends ça avec une certaine distance, il faut quand même que je note (ici ou ailleurs) toutes les choses qui me sont rapportées et la petite épopée (je ne trouve pas le smiley approprié) de ces démarches. 

Je suis tombé sur cette citation de Jim Henson (le créateur des Sesame Street et des Muppets) qui m’a bien intéressé : « À un certain point de ma vie j’ai décidé, à juste raison ou à tort, qu’il y a beaucoup de situations dans cette vie auxquelles je ne peux pas faire grand-chose... Aussi, ce que je devrais faire, est de me concentrer sur le situations où mon énergie peut avoir une réelle influence. »

J’ai vraiment une tête pas possible sur le clip de À une épaule de toi qui sort vendredi, tourné à Brighton après une nuit quasi blanche à Londres, mais ce visage marqué correspond plutôt bien à la chanson qui est sans doute la plus triste de l’EP – si tant est qu’on puisse faire encore plus triste que Le bel et grand amour. François qui va s’occuper avec Flavie de la promo du disque m’a dit que c’était sa chanson préférée et qu’il l’écoute en boucle. C’est le genre de chanson que j’aime bien écrire, où au départ j’ai juste la première phrase et le sentiment d’ensemble, le climat, je me mets au piano et tout le texte se déploie en un souffle. L’important est de garder dans chaque phrase le sentiment global. 

En dépit des incohérences, le finale de Stranger Things m’a captivé. Peut-être aussi parce qu’il est question d’une époque et de codes qui ont été les miens, j’ai eu exactement le même âge à la même période que les protagonistes dans la série, terminé le lycée en 1989 etc. L’épilogue de l’épisode final, l’adieu aux personnages, est vraiment ce qu’il y a de mieux dans cette dernière saison (avec la fin de l’épisode 4), même si pour moi, la meilleure scène qui exprime la transition de l’âge adolescent à l’âge adulte reste la scène finale du film Superbad de Judd Apatow. Ce noël, j’ai revu aussi Les gardiens de la galaxie 3 qui, sous certains angles, a pas mal de points communs avec Stranger Things, et qui reste jusqu’ici mon film favori de l’univers Marvel. 

Evelyne m’écrit dans ses vœux de bonne année que 2026 annonce un nouveau cycle. C’est une année 1. Une période de renouveau après un cycle de neuf ans. Je prends ça avec espoir parce que j’ai connu pas mal de turbulences pendant ces neuf ans. Une situation très instable pour mon travail, pour mon appétit de création. Evelyne ajoute qu’ « il faut quand même attendre un peu que ce renouveau se mette en place ». La vie sourit toujours en demi-teinte aux natures impatientes telles que la mienne. 

dimanche 28 décembre 2025

268

Pour travailler sur un chapitre de mon Petit éloge des chats, j’ai visionné les programmes des années 70/80 où l’on voit Brigitte Bardot venir au secours des bébés phoques. Je ne me souvenais plus de la violence à son encontre. Du déchaînement abject. La violence misogyne des hommes. La violence des femmes aussi. Au départ, elle aura été seule contre tous. Comme peuvent l’être la beauté, la grâce, la justice souvent. C’est une fille essentiellement moderne dans le fait qu’elle n’aura jamais manqué de courage, et peu importe l’esprit ou les préjugés du moment.

François Truffaut déclare à propos de son film L’argent de poche que, selon lui, par un inversement des choses les personnes qui ont eu une enfance malheureuse (ce qui fut son cas), sont mieux disposées à avancer dans la vie et à connaitre le bonheur que celles qui ont une enfance heureuse (le mien). Je dois dire que le meilleur noël qu’il m’ait été donné de vivre est celui de mes onze ans, assis sur un tapis dans la salle à manger de la maison de Marsinval, près d’un feu crépitant, occupé à écouter en boucle sur un tourne-disque portatif le 45 tours de Rox et Rouky, pendant que ma maman faisait des allées et venues de la cuisine à la table du dîner. J’ai un souvenir très précis de ce réveillon de noël. L’attente qui ne connaît pas l’angoisse. Je dirais même que c’est ce qui caractérise pour un enfant une parfaite journée d’avant-noël : une attente qui ne connaît pas l’angoisse. 

Ce moment reste si présent d’année en année que j’essaie de m’y réfugier en rêve, quand rien ne va. Peut-être que si ce noël demeure si intense à ma mémoire, c’est aussi parce qu’il marque la fin d’une époque. Je veux dire, dès l’âge de douze ans, peut-être qu’il n’est plus question d’écouter Rox et Rouky en boucle, et que l’on passe de Rox et Rouky à Wake me up before you go go et Thriller en une fraction de temps. Depuis ce noël, tous les suivants ont semblé s’organiser autour d’une lente et progressive dépréciation de la pure joie confiante. Est-ce précisément pour ce Noël de mes 11 ans, ou l’un de ceux qui les précède, où ma mère m’a raconté à postériori avoir passé une après-midi entière dans Paris, à courir les magasins de jouets, pour s’enquérir du Goldorak – Mattel Poppy Shogun Warriors – qui s’affiche aujourd’hui sur eBay pour l’astronomique somme de 1080 euros. Après vérification, la figurine de 60 cm a été la star du noël 1978, donc quelques années auparavant. J’ai toujours aimé imaginer ma mère dans son élégance habituelle traverser Paris à la recherche du précieux Goldorak avec, comme échéance, l’heure qui tourne sur l’horloge du parvis de la Gare Saint-Lazare. SI j’avais un éditeur aussi fabuleux que l’a été pour mon travail romanesque Stéphane Million, il me proposerait d’en faire un livre et j’aurais déjà la date de sortie. J’ai bien peur que les éditeurs actuels soient d’une autre trempe. Je suis toujours en rade avec mes romans. En rade et à rebours. Comme je le disais à David, un de mes libraires préférés : trop de Huysmans pour un seul homme ! Je renâcle encore à me tourner vers un agent (le discours de ceux que j’ai approchés m’a stupéfait) mais avec les textes qui s’accumulent : en adulte et jeunesse, peut-être est-ce la plus pertinente des solutions ? Je sais qu’il y a trop de romans qui sortent, c’est l’argument imparable, mais enfin, quand vous êtes écrivain, vous écrivez. On ne va pas dire à un peintre de peindre moins de toiles parce que telle année le marché est moins favorable. Il faudrait déjà rendre les gens moins dépendants, moins fanatiques, du virtuel, et qu’ils aient des livres - sous les yeux et à la main - de la même manière que j’estime, à la fois ma personne et le monde qui m’entoure, moins élégants si je sors sans parapluie. J’ai deux romans qui patientent, et plus le temps passe plus j’aimerais dans l’idéal que le deuxième sorte en premier, il est comme une piqûre, il demande moins d’efforts, il a plus la vitalité d’un single que d’un album, donc : plus conforme à l’époque. Je le retravaille un peu ces prochains jours avant de l’envoyer de nouveau au front, dès la rentrée. 

dimanche 14 décembre 2025

267

 Au salon du livre de Toulon, entre deux lectrices et lecteurs, un prénommé Cyril est venu me voir pour m'apprendre qu'il y a trois ans une soucoupe volante pleine d'extraterrestres a débarqué. Ils ont laissé du matériel et Cyril a tout récupéré (dans son garage). Depuis, le moindre de ses faits et gestes est épié par le FBI, alors il se planque dans les salons du livre. Parce que les écrivains sont aussi tarés que vous ? est la première question qui me passe par la tête, cependant je lui en pose une autre : "Parce que les Américains lisent aussi peu que les Français ?" Déstabilisé par ma question, Cyril reste interdit, alors, en vue de couper court à l'échange, je lui dit : "Bravo pour tout ce que vous faites !"

Florence (B) me téléphone pour m'apprendre qu'elle a rêvé de moi. Dans son rêve j'avais trouvé une maison d'édition pour la suite (dans la réalité, rien n'est encore décidé), une maison à laquelle je n'avais pas forcément pensé au départ. Et même que mon prochain roman remportait un prix prestigieux. Ce qui, dans le rêve de Florence, surprenait les gens parce qu'ils pensaient que j'étais encore à la recherche d'une maison. Le genre de raccourci spectaculaire qui n'existe que dans les rêves, je présume. 

Dans l'Eurostar, dialogue d'un couple à côté de moi :
- Il y a des cas de chirurgie plastique remboursés, dit le type. 
La femme demande sur le ton de la plaisanterie : 
- À quel point tu peux être moche pour que la société puisse rembourser ta laideur ? 
Leur dialogue continue sans queue ni tête ou peut-être que je ne saisis qu'une phrase sur deux : 
- Ils se sont rendus compte que le scanner thoracique était ancien. 
- Je t'ai fait des suggestions de restos sauf que c'étaient des managers toxiques. 
- Moi je pense que tu es trop dans l'empathie. 
- Il n'y a plus d'hépatite virale. 
J'interviens pour dire : 
- Il n'y a plus d'empathie virale. 
Après réflexion, il reste des cas d'empathie virale. La plupart du temps, elle concerne les chats. 

Je vais intensifier mes recherches après les fêtes de Noël, mais je continue à envoyer (chichement) mes projets de prochains romans à des éditeurs et des éditrices quand je tombe sur cette phrase de Romain Gary (c'est dans : La nuit sera calme), une phrase forte à propos et qui me fait bien marrer : Je pense à ce qu'aurait pu être ma vie si j'avais de l'initiative. 

Cela remonte à plusieurs semaines mais j'ai noté cette phrase pour la glisser et la retenir dans ce Journal (et par-delà) : La beauté stupéfiante de C à l'étage de ce restaurant où j'ai dîné parmi deux rangées de convives, une beauté et un charme dont 'impact a mis du temps à se dissiper par la suite.

Je n'ai jamais été un type qui boit ou qui fume pour la simple raison qu'adolescent ça me dégoûtait franchement de voir des camarades complètement vriller sous l'effet de l'alcool ou du shit, des gars ou des filles que j'aimais bien par ailleurs. Aujourd'hui, même plus la peine ou le prétexte d'expédients pour voir des ami(e)s ou des connaissances se répandre et complètement vriller, il y a Facebook et les réseaux. 

#writerslife

jeudi 9 octobre 2025

266

Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets de romans et tombe en page d’ouverture sur la photo d’un auteur réellement imbuvable, véritable opportuniste, faux sympa comme pas deux, ce qui me décourage totalement de soumettre (si je puis dire) mon travail à la maison d’édition qui le glorifie, comme quoi, je suis une petite nature. Taylor Swift se fait défoncer pour un album qui, sans atteindre les sommets de « Folklore » n’est pas forcément moins bon que « Midnights » par exemple. Mais son art du teasing créé tellement d’attentes que le revers induit qu’il produise de la déception. L'article du New Yorker qui fait état de son bonheur avec son futur mari m’interpelle car il questionne : Est-ce qu’on a besoin d’être malheureux pour écrire de bonnes chansons ? Je pense que si vous vous posez ce genre de question vous n’êtes pas natif de ce pays qui s’appelle mélancolie. Ça me fait penser à cette anecdote : dans les ateliers de songwriting que je donne, parfois à la carte, un chanteur voulait travailler sous ma dictature (éclairée) et au premier rendez-vous il me dit : « J’ai besoin de retrouver l’inspiration. Je suis heureux avec ma copine, je n’arrive plus à écrire ». J’étais tenté de lui répondre : « Ah, vous venez de vous rencontrer ? » . Pour répondre à la question posée par le New Yorker, je dirais que la souffrance amoureuse n’a pas besoin d’être vécue dans l’instant pour créer de grandes chansons. On peut se souvenir de l’avoir endurée, l’observer ailleurs, l’imaginer pour demain, la ressentir par empathie ou, quand on est sensible, on peut souffrir en permanence, d’un rien. D’une histoire qu’on ne peut pas vivre sur le moment, d’un amour qui reste toujours à l’état de possible. On peut souffrir d’appréhender la perte, d’être momentanément fantôme à ses propres désirs, souffrir d’une émotion trop grande ou d’une chose aperçue qui vous retourne le coeur. Dans la chanson « Quand on a trop de coeur », le texte que j’ai écrit dans le dernier album de Florent Pagny, il y a cette idée exprimée, et aussi mise en pratique parce que quand je parle du « chevreuil épuisé dans les décombres », je me souviens exactement du moment : je suis dans un train qui traverse une ville de banlieue, une sorte de friche industrielle, et tout à coup je vois un chevreuil qui erre, je me demande : Qu’est-ce qu’il fait là ? Dans ce no man’s land urbain ? Et de cette vision, confronté à mon impuissance, je ressens une souffrance cuisante, trop grande pour moi, et qui ne peut se glisser que quelque part : dans un roman ou en l’occurence : dans une chanson. Je ne peux pas garder cette vision qui m’a produit une déflagration de souffrance pour moi seul. Et donc, ça arrive tout droit dans la chanson : « Quand on a trop de coeur / on voit toujours du train / le chevreuil épuisé / passer dans les décombres. » Donc je pense que même si on est heureux en amour - ce dont on n’est jamais à l’abri, par intervalles - on peu ressentir quelque chose de l’ordre de la souffrance qui nous exhorte à la création. Enfin, pour moi, ça arrive tous les jours. 



#writerslife


#writerslife 

dimanche 5 octobre 2025

265

Je suis quand même (un peu) lu ici, parce qu’à chaque festival du livre, j’ai deux ou trois personnes qui me demandent : Quand reprennent les writer’s Life ?  J’ai encore retouché l’un des deux romans avec lesquels je démarche, Florence (B) m’enguirlande (avec bienveillance) parce que je n’envoie pas mes textes à suffisamment de personnes, c’est vrai que j’accumule les cartes de visite, les numéros de téléphone et les recommandations à chaque salon du livre ou déplacement, puis une fois rentré je laisse les choses en suspens, j’attends une évidence, une rencontre, enfin, une maison qui comprenne ce que je fais et ce que je veux faire, comme me l’a écrit Gwenaële (R) ce week-end : « je te souhaite de trouver une maison où le nom de maison ne sera pas usurpé. » À Livres en Vignes, j’ai discuté avec Alexis Salatko qui me dit : « Ce qu’on attend n’arrive jamais. Ce qu’on rêve, n’arrive jamais. Mais d’autres choses arrivent. Qui sont très bien aussi. » J’ai trouvé ce point de vue, validé par son expérience de la vie, assez pessimiste. Cependant, avec ma propre expérience,  je ne serai pas aussi catégorique. Ça me fait penser à F. qui au sujet d’un de ses amis, amoureux transi d’une fille, éconduit pendant des mois voire des années, et qui avait fini par la conquérir à force d’acharnement, ce avant qu’elle ne se révèle tyrannique à vivre, avait déclaré : « Tout finit par arriver. Malheureusement. »

L’élégance ne fait pas le trottoir. Dans la rue, un type qui parle très fort, dit à la personne qui l’accompagne : « En tant que papa, mon père ça a été un papa de rêve ; en tant que mari y a pas eu plus gros enculé sur terre. »

jeudi 17 juillet 2025

264


« Être écrivain, c’est fun » vraiment ? Est-ce moi, si j’en crois les guillemets, qui ai pu proférer une telle ineptie ? Il est certain que c’est moins fun quand on a rendez-vous à la banque, comme c’était mon cas aujourd’hui. Comme depuis des lustres j’aime promener avec moi la lumière d’un livre dans les situations les plus abstruses, j’avais pris sous le bras le livre de Déborah Lévy : Le coût de la vie. Parfait, ai-je pensé, pour un rdv à la banque. 

Je travaille sur un prochain EP, cinq nouvelles chansons qui seront produites par Brice. Rodolphe a donné son accord pour enclencher le projet chez Roy Music, ce qui me ravit. Parallèlement, j’écris des textes pour différents artistes et suis en apnée pendant au moins deux à trois semaines dans la réécriture de mon prochain roman. Iris qui a lu la V1 m’a confirmé ce que je pressentais : beaucoup trop long. Voilà pourquoi, sans doute, je n’ai pas beaucoup de retours de mes premiers envois : les gens se sont endormis en le lisant. Je regrette de l’avoir envoyé un peu tôt. Il sera bien meilleur pour les prochains tours. J’enlève des choses, écris de nouvelles scènes, je dégage sans état d’âme tout ce qui me parait dispensable ou un peu trop gnan gnan. Même les réflexions gnan gnan auxquelles j’accorde un certain style ou un certain impact quand je les relis, elles dégagent ! - et bien qu’il y ait souvent un tas de choses gnan gan qui ont du succès. Mais bon, c’est un leurre d’écrire pour avoir du succès, du moins c’est un processus fastidieux et assez dégradant pour soi. Ce qu’on désire réellement, ce n’est pas écrire pour avoir du succès, mais avoir du succès avec ce qu’on écrit. (Genre de trucs un peu gnan gnan qui pourrait dégager à relecture).

La beauté sauvera le monde. Quand on me sort cette phrase, prononcée par le Prince Mychkine dans l’Idiot de Dostoïevski,  je pense à cette jeune femme d’une beauté rare, envoûtante qui l’autre soir m’a laissé aussi subjugué que si je m’étais retrouvé devant une peinture de John Waterhouse, avant que je ne la suive du regard envoyer les deux chiens qui l’accompagnaient courir sans aucune pitié derrière des lapins qui n’avaient rien demandé. Avec des cris plein de hardiesse, la jeune beauté encourageait ses clébards à réduire les lapins en pâtée. Alors oui, peut-être, la beauté sauvera le monde, me suis-je dit. Mais ce soir, elle ne sauvera pas le monde des lapins.  


#writerslife 



dimanche 4 mai 2025

263

Writer's life (263)

Je m’apprête à envoyer mon roman à plusieurs éditrices/éditeurs. Dans l’attente de réponses, et, dans l’idéal, de faire un choix judicieux, rien de mieux, pour survivre à l’attente d’un idéal, que de commencer l’écriture d’un autre roman. Je me surprends d’ailleurs à accumuler du matériel, c’est-à-dire pour l’instant : des phrases. Premières brindilles. 

Cette semaine j’ai lu Eloge de l’ombre de Junichiro Tanizaki, et Etat des lieux de Déborah Lévy.  Dans Etat des lieux, il y a cette phrase qui m’a fait penser au roman de Loulou (loup/loup) : "Peut-être que toute la question de l’écriture, c’est le loup". 

J’ai discuté l’autre soir avec Hubert de Maximy qui m'a déclaré qu’il n’écrivait plus de fictions car après 80 ans, l’imagination se tarit complètement. J’ai trouvé ça terrible, sans vouloir y croire une seule seconde. Susie Morgenstern en est l’un des contre exemples vivifiants. 

Je bois du café dans une tasse Moomin qui porte une citation de Tove Jansson : "The main thing in life is to know your own mind." C’est un café en capsule que j’achète à la Grande Épicerie de Paris. Il y a toutes sortes de choix mais le mien se porte toujours sur le mélange italien ou le mélange grande épicerie. Peut-être suis-je attiré par le mot mélange ? Moi même je suis issu d’un mélange, et chaque fois que je sors dans la rue, je me mélange (au vent ou à d’autres). 

J’ai appris par les réseaux la disparition de Serge Bressan. Un journaliste - qu’il me semble n'avoir jamais rencontré - qui a toujours été d'une grande fidélité à mon travail. Par exemple, il a écrit à propos de mon dernier roman en date Neuf rencontres et un amour : « Par la magie de l’écriture de Jérôme Attal, on a là le roman de l’amour passionnel. » 

La fidélité est un bien rare, et les journalistes qui vous suivent avec régularité ont certainement une vision plus profonde et percutante de ce que vous essayez de faire. Malheureusement, il y en a beaucoup (mais c’est le cas de tant de personnes et de corps de métiers dans les milieux artistiques) qui ont pour vous un fort engouement à un moment donné et qui, par la suite, font comme si vous n'existiez plus, ne vous calculent plus du tout pour des raisons que vous n’arrivez pas à identifier. Serge Bressan n'était pas de cette trempe là. 

J’ai supervisé (le mot est un peu fort) l’enregistrement des voix du conte pour enfants : Le chaton qui vivait chez un ogre, qu’a enregistré Roxane (qui le porte déjà sur scène). Je suis ravi du résultat et la complimente sur son interprétation et la pertinence de ses incarnations. Je lui dis qu’elle devrait essayer de gagner (une partie de) sa vie en se rendant disponible à ce genre de projets. Et puis j’ajoute : je te dis ça mais moi aussi on me complimente sur ma voix et ce n’est pa pour ça qu’on fait appel à moi pour des narrations ou récits audios. Oh mais c’est un petit milieu, me répond Roxane, c'est à toi de le provoquer ! 

Olà, m'effraie-je, si en plus c’est un petit, j’ai pas du tout envie de le provoquer !


#writerslife

mercredi 26 mars 2025

262

Toujours pas décidé pour mon prochain roman. Éditeur ? Agent ? Je suis disposé à le faire lire à untel, et trois heures plus tard je rencontre une personne qui m’en dit les pires horreurs. Il n’y a donc personne dont le travail fait l’unanimité (à l’exception de ma dentiste dont les avis sur google sont un véritable Hall of Fame). J’ai toujours observé avec étonnement comment une seule et même personne peut produire des variations extrêmes de ressenti. Même sentiment quand vous vous prenez d’amitié pour quelqu’un et que vous apprenez qu’il est lié avec un autre que vous considérez comme la dernière des crapules. Dans ces cas-là, ma première réaction - suite à mon désarroi - est celle d’un chat : la fuite ! 

Message d’une amie qui a commandé : « Un furieux besoin d’élégance »  (à la librairie du Printemps Nation) et qui a reçu l’un des exemplaires que j’avais dédicacé à une libraire. J’ai déjà eu un cas similaire il y a quinze jours à Bondues avec une lectrice tout aussi désarçonnée. Je ne comprends pas le circuit qui s’opère si vous commandez un livre neuf et recevez un service de presse. Quoiqu’il en soit, manque total d’élégance, délit flagrant d’inélégance, de la part de cette Nathalie. Hum…

Répondu à une interview sur RCF ( toujours de supers interviews) et une autre pour un webzine où on m’interroge sur la création. J’ai suggéré qu’il fallait savoir s’entourer de personnes inspirantes. Mais s’entourer de personnes inspirantes ne veut pas forcément dire les fréquenter en permanence. Ce serait sans doute épuisant. C’est une question de distance (le souci de Giacometti avec son modèle, sa sculpture, et sa pensée, dont je parle dans mon roman : 37, étoiles filantes). Il faut savoir préserver sa solitude car c’est dans la solitude que les choses peuvent apparaître et se sculpter.  Mais il n’y a rien de plus triste qu’une solitude vide. Ce qu’il faut, c’est une solitude peuplée de personnes inspirantes. En ce qui me concerne, par exemple, il y a des personnes qui au cours de mes pérégrinations dans l’existence me marquent, ou me bouleversent - même un court instant - et auxquelles je n’arrête pas de penser, ou que j’essaye d’approcher ou d’enlacer, phrase par phrase, dans l’écriture de mes romans successifs. 


#writerslife 

dimanche 2 mars 2025

261

Je l’évoque à la fin de Neuf rencontres et un amour, mais jusqu’à présent j’avais du mal à expliquer en un flash ce qui s’est passé le jour où dans une rencontre littéraire un modérateur et un auteur, ligués ensemble, ont passé leur temps à débiner mon livre prétendant que je racontais n’importe quoi. Pour « 37, étoiles filantes » je n’avais selon eux pas le droit de m’accaparer Giacometti. Je n’avais pas raconté n’importe quoi, et non les gars, et proposais une connaissance sensible de Giacometti puisqu’à l’époque je partageais disons les mêmes préoccupations (une des raisons pour lesquelles je m’étais lancé l’écriture) et je situais l’action à Montparnasse un quartier que je connais par coeur contrairement aux ronchons ternes et furieux qui me harcelaient en public. Du mal à expliquer le traquenard dans lequel j’étais tombé jusqu’à ce week-end et la scène hallucinante où Zelinski se fait tomber dessus par Vance et Trump. Le passage où un journaliste à leur solde cartonne Zelinski sur le fait qu’il ne porte pas de costume convoque immédiatement une scène d’adolescence où des collégiens se moquent d’un autre parce qu’il n’a pas la tenue adéquate. Scène typique de harcèlement par laquelle beaucoup sont passés. La réponse de Zelinski qui suit son explication est assez géniale, il dit : Peut-être qu’un jour j’aurais un costume plus beau que le vôtre, puis il se reprend pour ne pas paraître aussi arrogant que les bullies et précise : ou peut-être beaucoup moins cher. À ma petite échelle d’écrivain troubadour, les organisateurs qui avaient eu vent de la tentative d’humiliation publique sont venus s’excuser (contrairement au modérateur et à l’auteur ligués contre moi). Par la suite, je n’ai plus jamais été invité à cet événement. Derniers coups de pinceaux à mon prochain roman. Quand un roman est fini ? Quand toutes les idées nouvelles qui surgissent font tâche dans le projet qui se termine. Le temps des démarchages commence - trouver une sortie - rapide j’espère - quelque part d’idéal. J’ai animé ces jours-ci un grand nombre d’ateliers d’écriture en visio : avec le Cifap pour la chanson, l’école Les Mots pour le roman jeunesse.

vendredi 14 février 2025

260

 (spécial Saint-Valentin)

M me dit : Je dirais qu’en amour je suis assez heureuse et plutôt insatisfaite. Elle ajoute : Comme la plupart des gens.
Josuah me parle du temps où l’écriture d’une seule chanson permettait d’acheter une maison. Je lui réponds que malheureusement je suis arrivé trop tard dans le métier de la musique. Né trop tard et j’ai commencé à travailler trop tard, quand tout s’écroulait. La première de mes chansons qui s’est retrouvée sur un disque important en terme de ventes je devais avoir 33 ans. Premier roman à 36 ans. Ah, s’étonne Joshua, qu’est-ce que tu as fait avant ? C’est vrai ça, qu’est-ce que j’ai fait avant ? Eh bien avant, je n’ai rien fait d’autre, je crois, qu’un peu d’études à rallonge et aussi vivre des histoires d’amour dont la funeste et fabuleuse propriété est qu’on ne voit pas le temps passer.
Je me souviens d’une nuit entière à Londres aux Olympic Studios seul avec Christophe (le compositeur et interprète des Mots Bleus et de la Dolce Vita). Une nuit entière seuls tous les deux où il m’expliquait son concept de compagnes. Il n’avait pas une seule amoureuse, mais plusieurs. Des compagnes. Il venait de tomber fou amoureux d’une serveuse du bar/hôtel Costes à Paris et il voulait qu’on écrive un album concept sur cet amour. J’ai essayé pendant plusieurs jours mais malheureusement n’ai pas été probant. On a le droit de ne pas se sentir probant. Je passais la journée à errer dans Londres en attendant qu’il se réveille (il vivait la nuit) et je me souviens d’une pluie diluvienne à la sortie du métro Shepherd’s Bush. C’est là qu’à la place j’ai écrit un texte pour Pierre qui s’appelle « Deux sous la pluie » et qu’il a mis sur son album.
J’aime l’idée qu’on puisse être chaviré, tourmenté, comme défenestré de sa routine, par une présence, un visage, un baiser. Oui, défenestré de sa routine.

lundi 3 février 2025

259

Ça ne va pas durer, mais depuis la mort de David Lynch les réseaux sociaux sont submergés d’extraits de ses films ou de ses interviews, et, poussé par les algorythmes, baguenauder sur son écran a pris une dimension plus poétique et rassérénante aussi. 

Masterclass d’Emilie Simon à la Sacem. Elle dit : « Je vois la vie comme un jeu vidéo, on ne peut pas passer à un autre niveau tant qu’on n’a pas réalisé ou débloqué un certain nombre de trucs dans le niveau où on est. »

Un lecteur de Saint-Raphaël qui l’année dernière avait lu « Neuf rencontres et un amour » vient cette année me demander une dédicace sur « J’aurais voulu être un Beatles », il prend le livre, fait quelques par dans le salon, et revient me dire : «Vous savez, je vous admire, il n’y a pas si longtemps encore les écrivains étaient vénérés, pour la raison que vous êtes connectés à des choses, vous allez chercher des choses qui ne sont pas à notre portée mais qui nous parlent puissamment quand on vous lit. » C’était un message d’une grande gentillesse. Je crois que son admiration venait du fait qu’il soupçonnait qu’aujourd’hui, les écrivains, la société n’en a plus rien à carrer.
On m’interroge sur le talent. Je réponds : je rencontre beaucoup de personnes qui ont du talent. Bien sûr. Mais souvent leur potentiel s’estompe, se rétracte ou se tarit, car elles sont cassées par des entourages de merde. Je parle d’entourage professionnel, mais aussi dans leur vie personnelle.
Sur recommandation, j’ai la liste d’une bonne demi-douzaine d’agents littéraires. Il faudrait leur écrire, mais déjà que je n’ai pas répondu à tout le courrier des voeux de nouvelle année, oh la la..
Mon programme commence à bien se remplir jusqu’au-delà de l’été. Moi qui voulais me garder des jours entiers pour la mélancolie, il va falloir plutôt, et encore, la distiller à tout moment.

269

  La neige dans les Yvelines, les transports scolaires supprimés, me renvoient aux temps merveilleux de mon enfance. Cet épisode magique cré...