dimanche 31 mars 2019

22

Writer’s life (22)
X me dit : ll y a un truc sympa avec les réseaux sociaux, c’est que parfois tu peux regretter un amour, une relation, une histoire avec une personne qui s’est mal faite ou pas faite du tout. Ce regret est parfois comme une (lourde) défaite. (J’ajouterai : Une lourde défaite même le cœur léger). Et puis, au fil du temps, tu regardes ce que cette personne poste, les photos de vacances ou de soirées intempestives, ce qu’elle raconte, ses intérêts, ses petites ou énormes vanités et son mode de vie, et alors tu te dis : « Wah ! Heureusement que j’ai échappé à ça. Je n’aurais pas tenu deux minutes. »
Mission principale de ces prochains mois : trouver une solution pour retrouver un logement à Paris (6 ou 16). Trop de sollicitations, de rendez-vous de travail, de trains qui partent de Paris etc.
L’autre jour, lors d’une séance de dédicaces, il y a une adolescente qui est venue me voir et m’a dit : « vous êtes mon préféré et je vous trouve très différent des autres écrivains, parce que vous je comprends tout ce que vous me dites ». Elle avait lu, notamment, Les jonquilles de Green Park. J’ai trouvé ça très réconfortant. Pas la première partie mais sur le fait qu’elle comprenait tout ce que je mets dans mes livres. D’un autre côté, il y a quelque temps, une intervieweuse a affirmé devant le public d’une rencontre que Les jonquilles de Green Park est un livre pour ados et sur le moment ça m’a terriblement agacé. Je n’ai pas écrit les Jonquilles en songeant ou le réservant à une catégorie. Et en même temps, je crois que seuls les auteurs qui écrivent des livres d’adolescence m’intéressent : Salinger, Fitzgerald, Truffaut pour les films etc. En fait, la littérature et l’adolescence ont en commun et qui les constituent deux fondements non négociables : la liberté et la solitude. Et peut-être en troisième, je dirais : l’amour fou. Si vous voulez écrire et si, dans votre livre, à un moment, il n’est pas question d’amour fou, franchement, ne venez pas grossir les rangs, devenez correcteur.

jeudi 28 mars 2019

21

Writer’s life (21)
Tout ce que je crève de dire dans la vie sans que je trouve la circonstance pour, tout cela part dans les livres. Tout cela fait le livre.
Paris, deux heures du matin. Le chauffeur de taxi à la question duquel : « Que faites-vous dans la vie ? » je réponds « écrivain », commence à me parler de son « livre préféré de tous les temps » de son auteur fétiche : L.F. Céline. Là, je me dis « oh non par pitié, pas un sempiternel éloge de Voyage au Bout de la nuit », en même temps dans un Taxi, la nuit, soyons indulgent, et en fait non le mec me branche direct sur « Bagatelle pour un massacre », livre qu’il trouve superbe, ponctué de remarques : « On ne peut pas le dire à tout le monde mais les allemands ils ne voulaient pas la guerre »… En fait, ce qui me rend malade dans cette vie, ce n’est pas tant la bêtise que l’indécence. Bon, ça ne me rend pas malade. Je réserve mon chagrin à des choses qui m’emportent, mais, je veux dire, je ne comprends jamais l’indécence. Ça me passe au-dessus.
À Rennes, j’ai été pris en otage (consentant) par un groupe de filles (dont Manon) qui écrivent des livres jeunesse et pour qui le mot AUTRICE n’accepte pas de contestation. J’ai osé dire que je trouvais ça moche, je me suis mangé des volées de bois vert. « Et on dit bien ACTRICE et ça ne te choque pas etc. etc. » En même temps, je préfère toujours être à une table de filles même si elles veulent me lyncher que d’être à une table où il n’y a que des types et où, sans aucun horizon, je m’ennuie à périr.
J’écris des chansons. Des textes. Ça revient (après l’expérience du roman). C’est là. Quand je marche dans Paris. Dans les tombées de nuit.
Merveilleuse rencontre autour de mon travail avec les élèves (collège et lycée) du groupe scolaire de La Tour dans le seizième. Les questions étaient étourdissantes d’acuité et de profondeur. Une élève me demande : « Comment faites-vous, comment avez-vous fait, pour garder et préserver votre sensibilité ? »
J’ai trouvé cette question si belle, si pure, que, de toute façon, toute réponse que j’aurais pu donner aurait été en dessous.

mercredi 20 mars 2019

20

Writer’s life (20)
Montparnasse, en traversant le boulevard, aveuglé par un bus envahissant j’ai failli me faire écraser par un taxi. À trois secondes près c’en eut été fini de toute cette mélancolie.
On parle avec Loulou de nos prochains livres à paraître. Ce sera notre deuxième rentrée littéraire ensemble. Je lui dis : « Tout mon coeur est dans ce livre », elle me dit : « Plus que dans les autres ? »
Jennifer me fait plaisir en me parlant de mes poèmes, ces petits instantanés que j’écris, elle dit qu’ils mériteraient de paraître en recueil, je lui réponds que j’ai déjà eu plusieurs propositions en ce sens mais pour l’instant je ne sais pas, je me satisfais de leur forme immédiate, intense et volatile.
Phrase admirable de Zoé qui me parle d’une fille qui est toujours dans le rapport de force :
« J’ai pas besoin de me mesurer à elle, j’ai déjà les résultats. »
Dans mon prochain roman, il y a une petite phrase qui est la quintessence de mon père. Je dis à propos d’un personnage : d’une générosité au-dessus de la moyenne. Dès que je pense à lui, c’est ça qui me vient : c’était un homme d’une générosité au-dessus de la moyenne. Et je n’ai pas eu le temps de lui rendre un peu de cette générosité. Souvent je marche dans Paris, je pense à ça, et le chagrin s’abat sur moi. J’avais déjà parlé dans Les jonquilles de Green Park, de cette impossibilité du retour, quand vous êtes confronté à des personnes d’une générosité au-dessus de la moyenne.

dimanche 17 mars 2019

19

Writer’s life (19)
Dans mon prochain roman, j’ai mis la chose que je préfère au monde. Que rien n’égale pour moi. Excepté peut-être certains noëls de mon enfance (mais cela ne reviendra pas).
Au salon du livre de Paris, l’auteur à succès qui fait dégager les livres de ma copine Héloïse au profit de Christine Ockrent, estimant sans doute + chic de dédicacer à côté de la célèbre journaliste. Toute cette petite affaire s’est combinée pendant qu’Héloïse s’était absentée un instant pour venir me parler. En 3mn le type en profite pour dégager (ou faire dégager) les livres. Héloïse retourne à sa place, ce n’était plus sa place. Nous étions choqués. Quand je pense que dernièrement j’ai dîné à la table de ce type (les rares échanges que j’avais eus avec lui et un de ses potes m’avaient déjà gonflé).
Un grand moment de ce salon est la réaction de Nathalie quand je lui montre le titre de mon prochain roman. Éclat spontané de ravissement, ce qui donne confiance. Tout le week-end j’ai trimballé avec moi les épreuves du roman (comme un Talisman). Autre moment sympa, Bernard Nimier qui vient me voir pour me dire à quel point il a aimé ma nouvelle dans le Rock Fictions de Carole Epinette.
Écouté en boucle le nouvel album de Keren. Magnifique, de sincérité. Peu à peu les choses se mettent en place pour l’écriture de mes nouvelles chansons, bientôt je vais être mûr, l’architecture se précise au gré des jours, des émotions, bientôt les chansons seront inévitables (comme avec l’écriture du roman).

dimanche 10 mars 2019

18

Writer’s life (18)

Travaillé tout le week-end sur un nouveau projet. C’est si joyeux d’être emporté. Tant que l’inspiration est là, il faut y aller. Ce qui vous fout dedans, c’est l’interruption. Dans la vie aussi, je crois. Dieu que je hais les interruptions quand je suis porté par quelque chose (ou quelqu’un) qui me concerne.
Me suis battu avec des corrections sur une « nouvelle » qui va être bientôt publiée. Finalement, ce sera vraiment très bien. Mais j’ai dû tout repasser parce que la correctrice avait suggéré pas mal de petits trucs qui peuvent bien sûr paraître anodins mais qui cassaient mon rythme et mes intentions (et mon moral). Par exemple j’écris : « dans l’espace confiné de se marcher dessus », et après le passage de la correctrice ça devient : « dans un espace confiné où se marcher dessus. » Euh…je comprends que c’est + français sans doute mais si je l’ai écrit ainsi c’est que je trouve ça + rapide, meilleur de mon point de vue, bien + intuitif. En relisant la somme de corrections suggérées sur ma nouvelle, j’ai l’impression de ne pas savoir écrire, et en même temps je crois que pour que quelque chose sorte d’un texte il faut être ennemi du « savoir écrire ». Si un roman devient le rapport administratif d’une histoire à raconter, il faut travailler pour la télévision. Autre exemple, j’écris à l’origine : «Elle cherchait le ciel. Elle aussi, au gré d’une pause. », et ça devient : «Elle cherchait le ciel elle aussi, au gré d’une pause. » Là encore, pour moi, ce n’est pas du tout la même chose.  
J’aime les passerelles entre les livres (j’en mets le + possible entre les miens). Par exemple je trouve qu’il y a une passerelle entre cette phrase de Salinger dans The Laughing man : « The second was a girl aboard a carribean cruise ship in 1939, who threw her cigarette lighter at a porpoise » et une phrase de The Waves de Virginia Woolf : « For such gesture one falls hopelessly in love for a lifetime ». Cela étant dit, ou pour cette raison, je ne suis pas d’accord avec cette idée de Virginia, le soulagement d’avoir terminé. Quel soulagement ? Non.

dimanche 3 mars 2019

17

Writer’s life (17)
Où est-elle cette pisseuse et son premier roman
Rencontrée en septembre ou octobre dans un train
Qui me parlait des Prix qu’on lui promettait tant
S’imaginant déjà l’emporter haut la main
Où est-elle maintenant ravale-t-elle son chagrin
Y a t il un journaliste pour suivre ses exploits
Ou espérer encore lui rouler un patin
Dans ces nuits où l’alcool est un marieur ingrat
Elle n’a plus guère d’article à mettre sur Instagram
Pour convaincre un public qu’elle a le premier rôle
Comme il faut bien sa dose chaque jour d’un peu de joie
À défaut d’un article elle dévoile une épaule
Je vois encore sa bouche insatiable dans le train
Me parlant de ces prix qu’on lui promettait tant
Croquant dans un carré Michel et Augustin
Affichant le sourire hautain des conquérants.
Elle était si ravie de faire partie des listes
Qu’elle me faisait penser à cette fille d’autrefois
Qui sortait tous les soirs et les physionomistes
L’appelaient par son prénom du Baron au ChaCha
Et au Paris Paris où nous nous retrouvions
Elle me parlait des types qui lui faisaient la cour
Elle me parlait des types sans me parler d’amour
C’est ainsi j’imagine que nous nous amusions
Où est-elle aujourd’hui, où rentre-t-elle le soir ?
Y a t il quelqu’un qui puisse apaiser ses miroirs ?
Elle connut la passion d’être adulée un temps
Et bosse dorénavant sur un deuxième roman.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...