samedi 25 décembre 2021

201

 Writer’s life (201)

Un auteur annonce à qui veut l’entendre : « on dit de moi que je suis la meilleure surprise de la rentrée littéraire ». Pour aller dans son sens, j’ai mimé la surprise.
Azouz (Begag) me dit que contrairement à moi il vient d’un milieu où on avait difficilement accès à la littérature, et qu’il n’a pas lu des tas de livres durant son adolescence. Détrompe-toi, lui dis-je, jusqu’à 19 ans je ne lisais que des Marvel et des Blueberry. En +, mes parents n’étaient pas du tout de ce milieu. Mon père était pilote de ligne. Azouz me regarde avec un grand sourire : Mais, Jérôme, pilote de ligne(s), pour un écrivain, c’est tellement prédestiné !
J’ai la sensation de traverser des mondes très différents - visages, projets, rencontres, comme des micro tournages de films aux émotions très fortes - et à chaque fois on me demande d’être intense, d’être intense tout le temps, sans que je trouve une seule journée de répit, mais peut-être est-ce le répit qui fera remonter d’un coup toute la fatigue que, pour le moment, je distance. Et dans les interstices, la création tout le temps, l’écriture, les idées et les mots.
Je traverse Paris en écoutant All too well de Taylor Swift, Sad Girl Autumn Version. Bon, ce sont les mêmes accords que Let it be, mais tant mieux. Et puis j’adore Taylor Swift, j’adore sa trogne sur la pochette, ses cheveux merveilleux et tout ce qu’elle propose depuis qu’elle travaille avec The National.
Deux seuls jours de libre dans un planning et Rodolphe me cale un mini séminaire d’écriture de chansons à l’autre bout de la France. Je lui dis : «Tu sais que je passe ma vie dans les trains ? ». Il répond : « Oui, les agents de la SNCF aussi ! »
Manon que je croise dans un festival du livre me dit : Tu es comme moi, tu es tout le temps intense. Je lui réponds : oui. Et elle me dit : le problème c’est que souvent les gens prennent ça pour de la drague. Alors que non. Enfin, parfois oui.

jeudi 2 décembre 2021

204

 Writer’s life (204)

Londres me manque (terriblement), d’autant plus dans la nullité totale de Paris au moment de noël. Une tristesse aussi plate que le jardin des Tuileries. Et, à Paris, je trouve les gens mal élevés, ils veulent être premiers partout (crétins), ils vous foncent dessus (même les vieux), ils ne durent pas.
Pourtant Paris reste mon territoire et celui du roman à paraître. L’âge des amours égoïstes. Hier après-midi, aux Deux Magots, je disais à Carole et Baptiste combien depuis toujours, depuis le début (du monde et de la poésie) mon territoire se situe dans ce triangle des Bermudes formé par les boulevards Saint-Michel, Raspail et Saint-Germain. By the way, la fille qui se promène entre les banquettes du Café pour proposer un plateau de pâtisseries à l’heure du goûter, j’ai trouvé ça très stylé. La fille, la proposition, et les tartelettes.
Dans mon portefeuille, il y a cette photo de ma maman en première communiante à Liège. La photo s’abime à mesure du temps, et les souvenirs avec mes parents restent intacts, dans une chambre intacte, quelque part, où parfois je m’abîme (les yeux / au bord des larmes). Une maison à trois où je ne suis plus que le seul témoin, le feu dans la cheminée, mes parents qui se passionnent pour leur jardin, la couleur des arbres en automne, les briques de la maison, moi dans ma chambre, occupé à jouer avec des figurines et m’inventer des mondes, déjà des histoires. La porte de l’entrée s’ouvre, quelqu’un rentre du jardin. Je trouve étonnant ce rapport d’avoir été un enfant unique surprotégé, faisant territoire de sa chambre d’enfant, et la vie qui est la mienne aujourd’hui où je suis projeté (protégé puis projeté) dans plein d’aventures et de visages différents, de rencontres, d’histoires, de segments, de passages, tout en gardant cette stabilité, cette constance et cette douceur, l’acuité aussi, de ma chambre d’enfant. La nuit est toujours vive, soudaine, emplie de promesses ou de fantômes. Mais tout semble authentique, perdure, à la différence que mes parents restent dans le jardin, ils ne rentrent plus jamais à la maison.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...