dimanche 18 juin 2023

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Dans le métro bondé un homme se fait marcher sur le pied par une femme qui s’excuse aussitôt. L’homme surréagit. Je le regarde pour qu’il comprenne que ce qu’il a donné à voir de lui n’est rien que la méchanceté naturelle des gens. Autre gare autre configuration : je me plais à être excessivement poli dans un monde prêt à être excessivement surpris par la moindre politesse. Je dois enregistrer une chanson cette semaine et j’hésite encore entre deux textes, le texte qui me semble le plus efficace me paraît aussi le moins intéressant. Je dois trouver l’équilibre ténu entre chanter le texte le plus efficace possible (pour la chanson) tout en m’interdisant des choses qui ne correspondent à pas grand chose, du moins que je trouve sans intérêt dans le moment du monde où j’interviens. En préparant la masterclass sur le style à l’École Les Mots, j’ai pensé à mes parents qui, du printemps à l’été, faisaient un tour du jardin le soir. Alors j’ai parlé de ça, que je suis sans doute devenu écrivain aussi parce que je fais le tour d’un texte, d’un paragraphe, d’un dialogue, comme mes parents faisaient le tour du jardin. À la fin de la conférence une fille m’apostrophe : “En fait vous n’avez pas de névroses ! Tous les autres écrivains que j’ai entendus ici, je peux nommer leurs névroses” Elle sous-entendait que je n’étais pas un véritable écrivain car selon ce qu’elle avait déduit de ma masterclass je n’avais pas de névroses. Elle ajoute : “En fait, en écrivant, vous vous amusez c’est tout !” Je n’ai pas su répondre sinon acquiescer tellement j’étais estomaqué, consterné, mais je me suis posé la question : est-ce qu’il faut vraiment être névrosé pour écrire, ou doit-on laisser la littérature au privilège des névrosés ? Bon, je n’aurais pas dû parler de mon enfance, des histoires que je créais dans ma chambre pendant que mes parents faisaient le tour du jardin. Il y a des gens à qui vous ne devriez pas faire le cadeau de leur parler de votre enfance.

lundi 5 juin 2023

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 Jean-Louis Murat : une oeuvre remarquable doublée d’une sensibilité remarquable doublée d’une intelligence remarquable. Lu pas mal de critiques sur la réalisatrice qui a gagné la palme d’or à Cannes et en a profité pour faire un speech sur la réforme des retraites. Bon, en fait il ne se dit tellement rien d’intéressant lors des remises de prix, c’est pour ça que j’étais frustré qu’on me décerne mon Grand Prix Sacem de la chanson française pendant le confinement, parce que si la cérémonie avait eu lieu comme d’habitude salle Pleyel devant tout le métier j’en aurais profité pour dire deux trois vérités (avec humour, bien sûr) sur la merde que c’est (souvent), et le parcours du combattant que c’est (toujours), d’être une autrice ou un auteur qui cherche à faire une oeuvre (ou + simplement à travailler/avancer) . Dans le TGV, une fille avec L’âge des amours égotistes en Pocket, en sandwich entre quatre volumes de Spy Family. Le problème pour les artistes aujourd’hui est qu’il faut toujours qu’ils s’adaptent, avec un système, avec tout un tas de contingences, de données, alors que l’artiste crée justement parce qu’il est inadapté à ce qu’il voit, ce qu’on lui dit ou demande, enfin la plupart du temps la création nait d’un refus ou d’une impossibilité d’adaptation, je veux dire : l’impossibilité de rentrer dans le rang des choses. L’écriture rend justice, aussi. Chez Gibert où L’âge des amours égoïstes en version poche est toujours à l’honneur, j’achète pour mes prochains voyages en train deux des dernières parutions de Bruno Doucet : « Dans une région obscure » de Eom Won-Tae, et « Dans ma chevelure » de Roja Chamankar. Un type né à la fin des années 40 et qui partage avec moi le même prénom, me dit qu’à son époque Jérôme était un prénom rare, insolite et maudit. Les filles trouvaient ce prénom ridicule, alors à l’âge de 20 ans, pour séduire et emballer, il se faisait appeler : Christian.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...