dimanche 10 mars 2024

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Dans le TGV Lyria, il y a un type qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Vladimir Nabokov. Ne manque plus que le filet à papillons

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Je suis à l’arrière d’un taxi en compagnie de Bernard Werber et Luc Ferry, et ils se mettent à parler des chats, des chats de Luc Ferry dont il est complètement gaga et des chats d’Hemingway, les chats de sa villa de Key West qui ont six doigts de pieds. C’est Bernard qui lui en parle. Il n’a pas le terme exact et là je me dis que je vais intervenir, que je vais leur dire que le mot qui désigne cette race de chats est « polydactile » et que je le sais parce que j’ai écrit un « Petit éloge des chats ». Et je n’ose pas le faire. Et je me dis que je suis bien débile de ne pas oser, que 80 % des écrivains que je connais profiteraient de cette situation pour faire savoir à Luc Ferry et Bernard Werber qu’ils ont écrit un Petit éloge des chats. Et alors un duel s’engage en moi entre la partie qui veut intervenir et celle qui trouve ça vulgaire de se mettre en avant et afficher son livre. Bien sûr, c’est la seconde partie qui gagne et je me terre dans le silence pendant qu’ils parlent chat. Je crois que de nature et par tempérament : 1/ J’ai toujours peur de déranger 2/ Je n’aime pas m’imposer. En fait, j’en ai une sainte horreur, ce qui est tellement nul je le conçois pour qui veut faire quelque chose dans le domaine artistique, et finalement avec cette nature particulière c’est déjà un doux miracle d’être arrivé où j’en suis.
Semaine dernière un journaliste a comparé mes deux disques : pour lui “Comme elle se donne” est le disque du corps et “Les attaches fines” celui du coeur.
Dans Blue eye Samuraï, le personnage de Ringo (qui a effectivement un côté With a Little help from my Friends) déclare qu’il y a quatre voies, quatre schémas pour un homme à travers le monde : the farmer (le fermier), the artisan (l’artisan), the merchant (le marchand) et the warrior (le guerrier). Rien concernant l’artiste. Peut-être serait-on tenté de l’inclure dans la catégorie artisan, mais par les temps qui courent je pense que l’artiste est directement à mettre parmi et au premier rang des warriors.

mercredi 6 mars 2024

252

 Writer’s life (252)

Envoyé à Iris la V1 d’un texte pour un petit livre que j’aimerais faire assez rapidement. L’autre jour à Tours, un lecteur m’a parlé de la structure de « La ballade de Pattie, George et Eric », il m’a dit avoir adoré le livre notamment la structure, ce qui m’a fait très plaisir, le livre était resté vraiment confidentiel (la presse n’y a quasiment accordé aucun intérêt), alors que c’est sans doute un de mes livres que j’aime le +. J’enchaîne beaucoup de choses qui requièrent toute mon intensité : Astaffort / Cifap / Suivi de manuscrits jeunesse pour l’école Les Mots / commission des programmes Sacem, suis bien crevé et j’essaie pourtant de garder des espaces vitaux pour la création, c’est dans la création, dans l’horizon de nouveaux projets, que je respire pleinement. Les choses avancent mollement pour la diffusion du disque (mais déjà, il est fait ! Il existe !) les suites à donner, les perspectives possibles, ce qui me déconcerte assez, bien que lucide sur l’environnement actuel et la place infime laissée à l’écrasante majorité des artistes. Interview pour le magazine Longueur d’ondes, le journaliste me parle avec beaucoup d’exaltation des chansons et me dit qu’il a reçu mon disque comme un manifeste du romantisme, et il me demande si j’ai eu conscience d’écrire un manifeste au moment de sa création. Il me dit aussi que par mon travail je suis une sorte de passerelle entre la chanson et la littérature. Je lui réponds que ça me va, je préfère être une passerelle qu’un péage. J’ai tellement affaire à des algorithmes plutôt qu’à des personnes vraies et sensibles que durant l’heure qu’a duré l’entretien je n’en revenais pas qu’une personne ait pu si bien ressentir ce que j’ai essayé de faire dans ce disque. Cela m’a fait penser à cet aphorisme de Cioran que j’utilise parfois en atelier d’écriture : « Quand on rencontre quelqu’un de vrai, la surprise est telle qu’on se demande si on n’a pas été victime d’un éblouissement ».

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...