mardi 6 juillet 2021

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 Après l’atelier à l’École Les Mots, je vais prendre le thé chez Marie. Devant la vue splendide sur l’Observatoire, je lui dis : tu ne crois pas qu’il y a au moins un des types là-haut qui a fini par braquer son télescope sur toi, sur tes allées venues dans l’appartement ? Que ça l’intéresse plus que l’immobilité des étoiles.

L’autre jour, je racontais à deux personnes comment mon premier éditeur Stéphane Million m’avait proposé de faire un roman en lisant ce que j’écrivais sur internet, et les deux filles se sont exclamées : « ah, tu n’as pas fait d’effort, alors ? ». J’ai réagi en tordant ma bouche en point d’interrogation « D’effort ? Mais voyons, l’effort ce n’est pas se faire repérer, c’est écrire, mener à terme un projet d’écriture. Il est là, l’effort !»
Aujourd’hui, je me suis souvenu de la période de ma vie, quand j’habitais Auteuil, où j’achetais des fleurs pour ma mère, quand j’allais lui rendre visite, deux fois par semaine. Le dimanche aussi. Des Lysanthius, des tulipes, des roses. Les vendeuses du grand fleuriste de la porte d’Auteuil me connaissaient bien. C’est une période que j’avais oublié. Qui ne m’était plus passé par la tête depuis longtemps. ET ce matin, pourquoi ?
La rue, les sensations, les rencontres. Ce que je capte et qui part directement dans la dernière partie de mon nouveau nouveau roman. Je crois que l’écriture vient toujours d’un état de sidération. Sidération devant un visage, pour une silhouette, une attitude, une blessure qui souvent se découvre, un geste qui vous émeut. Une histoire d’amour entrevue. Et l’écriture existe aussi pour revenir à soi. Parce qu’il s’agit de revenir à soi sans être définitivement troublé par l’autre. Sidéré sans retour. Puisqu’on ne peut pas être définitivement troublé par l’autre. À moins de vouloir vivre dans un livre de Marguerite Duras, ce n’est pas supportable. Pour personne.

dimanche 4 juillet 2021

181

 Writerslife (181)

J’ai reçu un mail des congés spectacles qui me demandent de leur signifier quand est-ce que je compte prendre mes vacances. Je leur donne une date et trois jours plus tard reçois sur mon compte un virement de 11 euros 95 centimes. Hum ! Je ne sais pas bien où ils comptent m’envoyer en vacances avec ça. Sans doute sur une île qui serait l’île de France.
À la soirée de l’École Les Mots, conversation avec Elsa sur François Truffaut, et aussi elle me dit : « moi je suis du genre à dire pardon quand quelqu’un me bouscule dans la rue ». Ah, lui réponds-je, mais je suis exactement comme toi. Elle me dit qu’elle est toujours très énervée contre elle, après qu’elle ait dit pardon au malotru qui l’a bousculée. Je lui dis que moi aussi sur le moment je suis en colère contre moi mais que ça ne dure pas plus d’une seconde, qu’ensuite je me fais la réflexion que je suis heureux de dire pardon quand ce n’est pas de ma faute (dans le cas d’une bousculade), que dans ce monde où de + en + de personnes se comportent comme de gros connards, j’y vois une forme de résistance par le tempérament. Alors oui, je sais que le type qui vient de me bousculer est un gros connard, mais s’il est plus heureux en ne partageant pas ce savoir, grand bien lui fasse.
Déjeuner avec Aude, non loin de chez Les Pérégrines. Je souhaite commander un jus de tomate mais le type du resto me dit qu’il n’y en a pas. Nous nous étonnons, Aude et moi, alors pour justifier l’absence à sa carte, il prétend que plus personne ne commande de jus de tomate de nos jours, que c’est terminé. Il dit ça avec fermeté et aplomb, comme si c’était un concept d’un autre siècle. Comme s’il parlait de la douceur. Ou de la candeur. C’est terminé la douceur, il faudra faire sans, dorénavant dans ce monde. Et pareil pour la candeur.
Travail sur mon nouveau nouveau roman. Je suis heureux de son état d’esprit, et de l’âme que j’y fourre, dans chaque paragraphe. Promenades dans Paris, désolation devant la saleté des gens, leur laisser-aller, mais encore, tout de même ce qui sauve, quelques émotions d’ordre esthétique.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...