mardi 30 novembre 2021

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 La joie suit la flèche de l’instant, épouse le présent, le déborde tout le temps. Le chagrin, d’où qu’il vienne, réclame des territoires spécifiques.

Je parle d’un ami qui, chaque fois qu’il est en présence de la patronne du restaurant où nous dînons, frétille de tout son être et s’illumine de l’intérieur. Je dis : c’est comme s’il avait une guirlande électrique de noël autour du cœur, et Lucie me dit : C’est très beau ça, note-le !
C’est assez difficile d’être raide dingue d’une restauratrice parce que si vous tombez amoureux, normalement vous ne mangez plus que des soupirs, l’appétit est coupé, vous renvoyez votre assiette sans y avoir touché et, évidemment, cela peut vexer la restauratrice concernée.
Deleuze dans ses entretiens avec Claire Parnet : “On n’écrit que par amour, toute écriture est une lettre d’amour.” Hum.. Oui. Tous mes romans ont été des lettres d’amour. Le premier, l’amoureux en lambeaux. Le dernier en date, La petite Sonneuse de cloches. Et le prochain aussi : L’âge des amours égoïstes. Je crois comme Deleuze que les livres qui ne sont pas des lettres d’amour n’ont pas nécessité d’être. C’est précisément là que je trouve le taux de magie suffisant qu’il me faut pour supporter la succession des jours, le désarroi et le laborieux, la bêtise et la vanité, la nullité et la violence, l’inconséquence et les ralentissements, la perte et l’absence. C’est là que je trouve un peu de souffle sur le manque de souffle. Les seuls livres qui importent à mes yeux sont des lettres d’amour. C’est ma croyance, et davantage encore que ma croyance, ma pratique, mon usage.

lundi 22 novembre 2021

200

 Writer’s life (200)

Sur le stand de la libraire au festival du livre du Var, il y a une fille qui a une silhouette extraordinaire. Elle propose un livre où elle relate sa traversée de l’Australie en stop. Ceci expliquant sans doute cela.
J’apprends plus tard que les autrices qui l’entourent sont bluffées de la capacité de cette fille à haranguer les gens, les faire s’arrêter, à leur raconter sa vie et à leur faire acheter son livre. Sans doute aussi un des avantages indéniables de la pratique du Stop.
Conversation très intéressante avec Perrine et Sandrine au petit déjeuner. Je leur dis que je préfère avoir un nombre raisonnable de livres et qu’ils soient tous pris, plutôt que des montagnes d’exemplaires qui restent sur les tables, notamment pour les libraires. Perrine me dit : En somme, tu préfères la frustration du manque à la culpabilité du trop. Hum ! Je lui demande si elle dirait la même chose, en amour. Sandrine a une théorie intéressante, elle pense que l’espace des libraires n’étant pas extensible ils sont obligés de choisir les auteurs qu’ils vont aimer, alors que dans une relation amoureuse on ne choisit plus. Enfin, on choisit de ne plus choisir. Même malgré soi, ajouterais-je.
Léa me fait sentir son poignet et me dit : qu’est-ce que tu en penses ? Je réponds : C’est vanillé, on a envie de te dévorer le poignet. Elle s’exclame : C’est exactement ce que le parfumeur m’a dit. C’est un parfum qui s’appelle musc ravageur et quand les gens le sentent ils ont envie de te sauter dessus.
Le soir, en marge d’un cocktail, Lilia m’a dit qu’elle quittait les hommes avant même de les rencontrer. Quelque chose comme ça.

mercredi 3 novembre 2021

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 Writerslife (196)

L’autre jour à Saumur, un lecteur est venu se faire dédicacer cette page de Télépoche qui m’avait mis en avant à la sortie de « Comme elle se donne ». Cette photo et cet article m’avaient valu pas mal de péripéties. C’est drôle, parce que j’en parle précisément dans un des chapitres du « Petit éloge du baiser ». Je raconte une de ces péripéties. Des filles qui m’invitaient chez elles.
Je me souviens aussi d’un concert au théâtre de Suresnes où juste avant d’entrer en scène Rodolphe m’avait apporté un paquet de lettres envoyées à Roy Music suite à cet article. « Lui écrire » promet l’article 😱 En 2005, on ne pouvait pas encore joindre les gens directement comme aujourd’hui. Enfin par mail, si. Donc, des lettres enflammées, qui m’étaient adressé. Il faut dire que je faisais mon fanfaron à l’époque, à la mention vie privée dans Télépoche j’avais répondu : Mouvementée. Pauvre crétin plein de posture, je faisais le fanfaron alors qu’en réalité je me consumais pour un amour non exaucé. J’allais dans les télés, les interviews, les concerts, les yeux cernés plus bas que terre et le corps réduit à une flamme. J’étais ferré dans l’impossible et l’absence. Néanmoins, on me proposait tout un tas d’aventures dans la lignée de Comme elle se donne et de son clip sulfureux, et je recevais des propositions écrites (j’en ai gardées). On les lisait donc avec le groupe avant d’entrer en scène, des lettres folles ou/et totalement débridées. Toujours dans la rubrique de TéléPoche, à « La musique qu’il aime » j’avais mis Bowie, Interpol, et Nick Cave. En fait c’est surtout Mathieu qui écoutait Interpol mais l’arrivée de Mathieu avait été décisive pour notre musique, et Interpol, Joy Division étaient devenus nos principales références. Avec Nick Cave que j’adorais. Puis Jean-Vic m’a fait découvrir The National, nous étions allés les voir ensemble à la maison de la radio, et depuis The National est devenu mon groupe en activité préféré. Les Beatles, et, si j’ose dire, mon propre groupe (ayant habité intensément et tellement adoré ces cinq années à me tenir au milieu de ce groupe) ne l’étant plus.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...