mercredi 6 juillet 2022

225

 Writer’s life (225)

Interview pour mes près de 20 ans de songwriting et ma participation à + de 400 chansons dans un milieu, disons, professionnel. Sur mes rapports avec les DA et les chefs de projets à mes débuts, je dis : « plutôt bons » Et j’ajoute : “Ce qui est difficile, souvent, c’est de chercher une forme stable, fixe, je parle du texte, pour des personnes qui vous considèrent comme interchangeable et qui sont elles-mêmes interchangeables. »
Je pense qu’on n’est pas “écrivain” à cause d’un roman écrit ou publié, on est écrivain grâce au roman d’après, celui qui vous enveloppe entièrement de sa chair de mots et de situations, cette permanence irrésistible, naturelle et obsessionnelle, entre le désir et l’apparition.
J’ai acheté un livre de poche à la librairie sur les Grands Boulevards histoire de me donner un peu d’air avant de descendre en immersion dans la vulgarité de celles et ceux qui prennent les rames de métro pour des cabines de téléphone. Apposé sur le livre de la collection Points, il y avait un sticker: « Prix du meilleur roman, sélection 2023 » je l’ai décollé en me rendant chez X qui organisait une fête d’avant la dispersion de l’été. À cette fête, tous les garçons sans exception portaient des polos. Donc j’étais dans la cage d’escaliers et avant de sonner à la porte j’ai décollé délicatement le sticker du livre et mon intention était de trouver une personne sur qui le coller, l’épaule nue d’une fille à qui j’aurais parlé, quelque chose dans ce goût, tiens, voilà, dans cette soirée c’est toi le meilleur roman 2023, mais après deux heures d’errance dans soixante mètres carrés je n’ai trouvé personne.
Quand j’écris mes Writer’slife et me dis : « Est-ce que je ne mettrais pas ça plutôt dans le roman? » c’est bon signe, c’est que le roman s’écrit tout le temps, requiert tous les mots toutes les fascinations les attachements et les blessures légères du quotidien, et par bonheur c’est donc qu’il sera déjà pratiquement écrit au moment de l’écrire.

lundi 4 juillet 2022

224

 Je suis heureux d’être lauréat du prix d’aide à la création littéraire de l’Académie Française, ça change de toutes les fois où j’ai demandé des aides à l’écriture au CNL sans les obtenir et m’obligeant, en plus, à me farcir les commentaires désobligeants sur mon travail de tel ou tel écrivain obscur présidant la commission d’aide.

L’autre jour j’ai discuté avec une fille, célibataire, libre - car on peut aussi bien être en couple, libre par ailleurs - qui me racontait que ça la fatiguait par avance de retomber amoureuse. Pour la raison qu’il allait falloir à nouveau raconter son histoire - son passé, son job, ses manies, ses fantasmes, ses ex, ses tares - à sa nouvelle ou son nouveau partenaire. J’ai trouvé ça à la fois drôle et sensé, et très proche d’une démarche d’écriture, se raconter à nouveau. Dans la rencontre amoureuse se donner un corps par le récit avant de recevoir le corps de l’autre ou d’accepter son propre corps entre les mains de l’autre. Très proche de l’écriture parce que tomber amoureux s’apparente aussi à s’inventer à nouveau en restant soi, le peu de soi obtenu avec ce qu’on est, et le plus possible.
J’ai traversé Paris et il y avait aujourd’hui une quantité impressionnante de jolies filles promenant des chiens en laisse, Boulevard Raspail, Place Vendôme, Avenue Gabriel, comme si par un sortilège providentiel tous leurs types s’étaient transformés en clebs et qu’ils cavalaient essoufflés, guillerets ou penauds, à ras le trottoir.
Au festival Des Livres et des Artistes, un homme élégant vient me prendre un volume d’Alcie dédicacé pour sa petite fille et me dit ensuite : « Ce qui est bien avec vous, c’est le plaisir d’échanger autre chose que des banalités. »

dimanche 3 juillet 2022

223

 Juliette (D) sur qui je tombe rue Huyghens me dit : « Te croiser de bon matin, ça met de la Soupline dans la journée. » Terminé et rendu les épreuves de la Ballade de Pattie, George et Eric. Encore une semaine de rendez-vous parisiens puis un mois et demi ferme d’écriture pour la V1 d’un prochain roman. Mais, comme souvent, le livre est déjà en train de s’écrire avant que je ne m’y mette réellement. Des morceaux de dialogue me viennent dans la journée, s’assemblent sans que je m’en préoccupe encore, les sentiments que me procurent telle ou telle rencontre trouvent leur place naturelle dans les hautes herbes du texte en friche. Parallèlement, le travail sur de nouvelles chansons prend de l’ampleur. Il y a un titre, une sorte de single, qui met tout le monde d’accord. Il en faudrait bien trois autres.

Week-end dernier intense et difficile à me partager entre deux festivals littéraires qui comptent beaucoup pour moi : Saint-Maur-en-poche et Saumur. Parfois je sais que je vais revoir telle ou telle personne. Jubilation intérieure. Et je me love dans le moment, en douce, me laissant emporter par les courants intérieurs qui naissent et se développent entre des personnes qui se reconnaissent en ce monde.
Dans une assemblée j’ai un peu parlé de la condition d’artiste, des ponctions invraisemblables auxquelles nous sommes soumis etc. et ensuite, au cocktail qui a suivi, une fille m’a dit : “De quoi vous plaigniez vous ?! Vous avez choisi d’être artiste, acceptez votre sort. Au Moyen-Âge les artistes ils étaient mis avec les domestiques”. Je ne savais pas si elle plaisantait à moitié ou quoi, alors en retour je lui ai offert une moitié de sourire.
À un dîner où je n’ai pratiquement pas parlé, ma voisine de gauche se penche vers moi - après avoir contemplé les jambes d’une fille assise non loin de nous, et me dit : « Dans une prochaine vie, je serai lesbienne », je lui réponds : « Moi non plus »

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...