Il y a des périodes où les réseaux sociaux célèbrent la revanche de la soirée diapos. Pour les enfants de ma génération, c’était vraiment quelque chose d’assommant. Une tannée. Vos parents vous trainaient à la soirée diapos d’un couple d’amis qui projetait sur grand écran les vues de leurs divers lieux de vacances. Aujourd’hui davantage, les gens se mettent en scène, dans le champ, il y a une absorption du paysage par la figure, ce qui est très baconnien, d’autant que le culte de la performance (qui attire les pouces levés) et de l’image (de soi), la performance de soi, nécessite souvent un cérémoniel, même un micro-cérémoniel, très proche d’une esthétique de Francis Bacon.
Journal de bord et réflexions d'un écrivain dans ce monde trouble, troublant, et troublé.
dimanche 23 juillet 2023
242
Les temps d’anniversaire. Un ou deux jours auparavant, par réflexe, je crois toujours que ma mère va m’appeler pour me le souhaiter, ou que je vais prendre la voiture (que je n’ai plus) pour aller la retrouver. Il y a une habitude qui resurgit, et à laquelle je serais tout disposé à croire car elle continue de frémir, d’exister, de m’appeler au réveil ou à l’improviste, comme si cette habitude n’avait pas déraillé pour de bon dans une sorte de dimension parallèle.
Vu le film d’animation Flee, d’une grande puissance, bouleversant.
Le jour de la mort de Jane Birkin, ai reçu un joli message d’Alain (Lanty).
Un nombre incalculable de courriers, de messages, en retard, je me dis toujours que je devrais appeler telle personne pour ne pas que l’amitié en souffre ou s’éteigne à petit feu, et puis je me laisse toujours ravir par l’écriture, le projet d’un livre, d’une chanson, le monde en soi que la création requiert me capture constamment.
Dans une vie, on rencontre peu de personnes qui ont véritablement de l’esprit ou de la bonté. Le désir, l’envie, l’ambition, le talent pour quelque chose, paraissent des pulsions ou des aptitudes bien communes par rapport au raffinement de l’esprit et à la rareté de la bonté.
Ça pourrait être un poème, le début d’un poème, mais je le note ici tel quel : les gens ont des tas de paperasses de conversations, des tas de paperasses dans la tête, et ils vont au bord de la mer, dans l’espoir qu’elles s’envolent et ne reviennent jamais.
samedi 15 juillet 2023
241
Ce qui est compliqué aujourd’hui, c’est qu’on demande aux artistes, ou qu’ils n’ont pas le choix, de n’être pas seulement des artistes, mais aussi des rabatteurs. Certains d’ailleurs s’y livrent parfois avec un talent encore plus convaincant que s’ils avaient juste à se présenter sur leur travail.
Dans la rue, un jeune type dit à sa copine : « Généralement les pires expériences qu’on raconte, on en rigole plus tard ». Je me demande s’il commente la fin de leur amour et parle de leur histoire.
Je vis dans une ville où les gens prennent toute la largeur des trottoirs et ne s’écartent pas sur votre passage. Je passe mon temps à me pousser, m’écarter, et m’étonne que mes vestes ne soient pas plus usées d’avoir tant et tant rasé les murs. Mais ça m’arrive aussi sur un autre plan, toutes les fois où j’ai cédé le passage. Il faudrait voir ce que sont devenus celles et ceux qui fonçaient comme si tout leur était dû. Déjà que je mets un point d’honneur à ne pas marcher sur les ombres (ni des gens, ni des arbres).
Mes vacances préférées je les passais avec mes parents, à la maison. Aujourd’hui je peux fermer les yeux pour me resituer dans ce temps disparu. Je ne sais pas comment j’ai eu l’énergie de traverser leurs disparitions successives, devoir prendre tout un tas de micros ou de grandes décisions, débarrasser des garages, vider une maison, des appartements pour ne pas payer de loyers supplémentaires etc. tout en poursuivant un travail non-stop de création.
Comme chaque fois que je termine ou presque termine un roman, bonne attaque de calculs rénaux : sans doute l’intensité, l’énergie dépensée, les fins les débuts, les cafés et les litres de thé ingurgités.
Dans une soirée, un type que je ne connais pas intervient dans la conversation et dit : « ça me fait penser à.… » et commence à me raconter une blague hyper trash. Je suis choqué, pour lui et pour moi. Piqué aussi de me laisser prendre en otage d’une vulgarité dont je me serais bien passé (bon, vous comprenez ça). C’est difficile d’être doté à la fois d’une grande sensibilité et d’une certaine délicatesse. Parfois, j’aimerais garder la sensibilité et perdre en délicatesse pour pouvoir dire aux gens quand même leurs quatre vérités, même si, j’avoue, quatre, c’est peut-être beaucoup.
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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...