mercredi 24 avril 2019

25

Writer’s life (25)
X : exactement la même personne dans la vie que sur les réseaux sociaux : auto promotion, auto fiction, auto succion.
J’aime beaucoup ce que dit Michel Legrand de son travail de création au cinéma: un temps obligatoirement très court dans lequel il s’investit totalement.
« Grâce à la contrainte, l’adrénaline qu’on emploie pour créer des choses va fonctionner de façon beaucoup + violente, beaucoup + vaste quand on n’a pas le temps que si on a beaucoup de temps ». Je me reconnais dans ce discours. Je ne suis pas un laborieux. Je crois que je travaille des textes (romans, nouvelles, chansons, scénarii) comme Michel Legrand dit travailler sur ses musiques dans une contrainte de temps donnée par le metteur en scène, sauf que dans mon cas le metteur en scène c’est la plupart du temps une émotion. Je travaille dans un temps très court pour préserver à chaque instant de mon travail l’intégralité de l’émotion qui a déclenché cette nécessité de travail. Enfin, j’exprime ça de manière assez confuse. C’est superbe quand Michel Legrand emploie le mot « vaste». On voit les choses de manière + vaste dans la fulgurance. J’adore cette idée, et y souscris par intuition et expérience.
Au petit déjeuner à Saumur, je suis à une table uniquement fréquentée par des scénaristes, débat acharné sur les différences entre le cinéma et les séries, la mort du cinéma à cause des séries etc. Ma seule contribution à cette conversation tient en une phrase : « Oh, tant qu’il y aura des personnes à embrasser ou par qui se faire embrasser, les gens continueront à aller en salles. »
Au Prix de la closerie des Lilas, Frédérique (D) me dit des choses très douces sur mes « writer’s life ». Elle me demande : «Tu les mets quelque part tes chroniques littéraires ? » (elle a peur que tout se perde dans les méandres de Facebook et d’instagram). « Non, lui réponds-je, mais un jour j’aimerais bien qu’elles sortent quelque part. » (en recueil). Someday, donc.

mardi 23 avril 2019

24

Writer’s life (24)

J’ai passé une partie de l’après-midi à relire Les Vagues de Virginia Woolf pour retrouver une phrase qui m’avait marqué à première lecture, dans une de ses versions françaises. Ce genre de phrases qui vous touchent, vous font jubiler à lecture et qui donnent envie de ne jamais se séparer des romans qui les contiennent. Déception en retrouvant la phrase dans la « nouvelle » traduction du livre : « Je n’ai pas déjeuné aujourd’hui pour que Susan me trouve cadavéreux et que Jinny étende jusqu’à moi le baume infini de sa compassion. » What the fuck ? Instinctivement, je me sens trahis dans mon émotion première. Même si j’adore l’idée, comment ai-je pu me laisser bouleverser par une phrase si…cadavérique en français. Je vérifie dans la version anglaise : « I have eaten no lunch to-day in order that Susan may think me cadaverous and that Jinny may entend to me the exquisite balm of her sympathy. ». Hum. Cadaverous, indeed. En fait, il me faut aller repiocher dans la version traduite par Marguerite Yourcenar : « Je n’ai pas déjeuné ce matin afin que Suzanne me trouve livide, et que Jinny étende sur moi le baume exquis de sa sympathie ». Je préfère mille fois que vous me trouviez livide si je n’ai pas déjeuné ce matin sachant que je vous verrai, et mille fois que Jinny étende sur moi, plutôt que jusqu’à moi, le baume exquis de sa sympathie. Il faut faire attention au moindre mot écrit. Tout change au moindre mot. Tout dépend du moindre mot. Perso, je peux trembler pour un des moindres mots. Et honnêtement, quand c’est Marguerite Yourcenar qui fait une traduction, pourquoi chercher à faire de nouvelles traductions ? J’aime comme sonne le « livide » dans cette phrase. J’y suis tout entier. Dans le livide mon cœur qui bat échappe au cadavre des jours, au cadavre du manque, au cadavre de tout.

mardi 9 avril 2019

23

Writer’s life (23)

À peine sorti d’un week-end extraordinaire au salon du livre de Montaigu, je suis dans le TGV de retour de La Rochelle où j’étais pour la journée pour discuter de projets (chansons & spectacle) et à côté de moi il y a une fille qui mange des chips. Il n’y a aucune interruption entre sa bouche, sa main, et le paquet de chips. De mon côté, je suis incapable de manger un paquet de chips en public ou à côté d’une fille, disons, dans un train. Même si je crève de faim et qu’il y a un paquet de chips dans mon sac, je ne le ferai pas. Par tempérament et parfois je m’en veux un peu de ce tempérament (livré à l’origine). Parfois j’envie ces gens qui peuvent manger des chips en public. Parfois non. Et là me revient une phrase de ma prof de piano qui m’a dit (par rapport à mon travail du piano) : “Abandonne-toi et sois honnête avec toi-même.” Au départ, j’y ai vu comme une contradiction.
On me demande si je fréquente X. Non. Pourquoi ? Il fait partie de ces gens qui n’ont qu’eux-mêmes à la bouche.
Parlant du monde du spectacle, Delphine me dit : “Les gens qui ne pensent qu’à eux réussissent toujours mieux. Ce sont des gens qui te laissent toujours sur le carreau. Et ce sont eux qui passent devant.” Je trouve ça très dur et très juste. Très vrai. Symptomatique de tous les temps, exacerbé par notre époque.
Dans le train j’écoute les nouveaux titres de The National et en boucle la chanson Cigarette Daydreams de Cage the Elephant. 
Comme je le fais depuis trois semaines, j’écris des amorces de chansons dans l’ébauche de la nuit. Ma mélancolie est un arbre dont bientôt il n’y aura qu’à cueillir les fruits.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...