Writer’s life (31)
Il y a quelque temps de cela j’ai eu mes 30 secondes de gloire dans l’émission de Cyril Hanouna. Ils avaient repris en magnéto un début d’interview tv où j’avais été présenté comme : «écrivain, parolier, scénariste, chanteur, acteur… ». À cela, l’animateur entraîne sa bande pour se foutre gentiment de moi sur le mode : « C’est qui ce mythomane ?! Il sort d’où ? Personne ne le connait, comme il se la raconte !». Bon, en +, je ne me la racontais pas du tout, ne me présentant pas moi-même. Sur le vif, ça m’a un peu choqué, puis très vite amusé (modérément), et ensuite je me suis dit que c’était caractéristique de la société actuelle. Outre qu’une simple recherche google leur aurait permis de confirmer cette présentation, aujourd’hui la plus grande valeur accordée est la visibilité. Si vous n’êtes pas visible, identifiable, on vous nie. Encore faut-il qu’on vous permette de devenir visible ou identifiable. Qu’on vous offre une mise en avant (pour la plupart, c’est souvent la loterie). Mais au fond, le malentendu réside dans le fait qu’écrire, à mon sens, s’adresse à la part invisible qu’il y a en nous, en l’autre. Quand j’écris, par exemple, un mot d’amour, je veux toucher la part invisible de la personne à laquelle je pense. Ta part d’invisible, mon amour. Seul l’invisible est convoqué, seul l’invisible est décisif, dans l’amour. Néanmoins, dans tout ce que j’entreprends il faudrait que je sois visible pour être crédible. La première valeur qu’on donne à mon travail devient sa visibilité. Bien devant ce que vous pouvez tenter de produire d’ardent, d’inédit et de durable. Si vous êtes en froid avec la visibilité, si la visibilité vous a pris en grippe, vous êtes cuit. Aujourd’hui l’effort principal est de se faire visible, alors que le travail véritable n’a jamais concerné que l’invisible.
Journal de bord et réflexions d'un écrivain dans ce monde trouble, troublant, et troublé.
samedi 11 mai 2019
mercredi 8 mai 2019
30
Writer’s life (30)
J’aime beaucoup cette phrase de Sarah Manguso : « Interesting people aren’t interested in appearing interesting ».
J’entends une fille qui s’appelle Capucine dire : «J’ai eu la chance qu’on me donne ce prénom quand je suis née. »
Je lis une interview de Philippe (V) qui dit : « Je ne crois pas du tout à l’inspiration sur la durée d’un roman. (…) Je crois davantage à l’immersion dans un univers et au travail d’écriture qui provoquent ensemble une dynamique ». Je trouve ça très intéressant, comprend ce qu’il veut dire, pourtant en ce qui me concerne, je crois en l’inspiration sur toute la durée du roman, j’ai besoin du charme, de la surprise, de l’éclat, de la nécessité romantique et de l’absolutisme aussi de l’inspiration, au détour de chaque page, sinon je m’ennuie copieusement.
L’autre jour dans le train avec Erwan, nous convenions que rares étaient les auteurs à avoir eu la capacité de construire un monde : Tolkien, George R.R. Martin, J.K. Rowling… Mais la véritable force ce n’est pas tant d’être capable de faire des fiches pour rendre le monde créé stable, solide, cohérent, c’est à mon sens de le rendre inspirant.
Le mot islandais : «Alfreika ». En fait j’ai beaucoup aimé ce que m’a raconté Lucas sur ce sortilège : « tu perds ton inspiration, ton identité ». Je pense que ma véritable identité c’est l’inspiration, et les personnes qui m’inspirent sont à la fois ma patrie, mon horizon, mon pays, mes amours (heureuses ou malheureuses), ma famille, mon asile aux jours fuyants ; l’inspiration c’est le seul mouvement de joie irrésistible qui permet de rendre la mélancolie, la finitude de tout, la brièveté des moments heureux, la fin de l’intensité ou de votre relation avec certaines personnes, l’insurmontable défaite ou l’impossibilité d’un amour, tout ce triste bordel dans lequel votre âme cherche un peu de lumière (ou une issue de secours) acceptable.
mardi 7 mai 2019
29
Writer’s life (29)
Au siège de l’éducation nationale le réfectoire du sixième étage offre une vue spectaculaire sur les Invalides et la Tour Eiffel, en revanche les gens qui y travaillent sont moyennement cool, plutôt que de demander si vous pouvez leur faire une place à table, ils vous demandent de dégager pour que le roulement soit efficace.
On a fait un merveilleux binôme avec Jenna pour sélectionner les textes. J’avais mis dans la marge des annotations du genre : « Pas près de pécho » ou « Pour France culture un jour de grève générale », ce genre de commentaires épouvantablement sympas. Je dévoile à Jenna le poème qui m’a le + convaincu et elle me dit : «Ça te ressemble. L’amour un peu ambigu… », « Ambigu ? » m’insurge-je. « Oui clairement. » répond-t-elle. Après, comme nous avons fini en avance nous avons établi le « hit parade des écrivains qui visiblement considèrent aussi important de montrer leur gueule sur Instagram le + souvent possible que de faire une oeuvre. ». Nous avons trouvé trois premiers ex-aequo.
Comme je parle du côté pénible de tous ces gens qui se font envoyer des livres sans faire l’effort de les désirer réellement, Brice (H) m’apprend un mot japonais fabuleux : «Tsundoku » : le fait d’acheter des livres que tu ne vas pas forcément lire, juste parce qu’être entouré de livres procure un bien être. Quel mot génial et quelle merveilleuse civilisation !
Lucas m’apprend le mot “Alfreika”, un sort islandais prononcé par ton ennemi pour t’affaiblir : tous les lutins qui peuplent ton territoire, ta maison ou tes terres, s’en vont, sont forcés au départ et donc tu perds tout : l’inspiration, ton identité, etc.
Je demande : « Est-ce qu’on perd aussi son envie de lutiner ?». Là serait la vraie malédiction.
mercredi 1 mai 2019
27
Writer’s life (27)
Dans le teasing de sa masterclass d’écriture en ligne, Bernard Werber affirme : « Nous sommes huit milliards de terriens sur terre, hé bien nous sommes 8 milliards de raconteurs d’histoires ». Je ne sais pas s’il y a huit milliards de raconteurs d’histoires, mais j’en connais pas mal qui se racontent des histoires.
La bataille de Winterfell me laisse des sentiments mitigés ; j’attendais un échange shakespearien entre le Night King et Bran, (ce genre de rapport pourrait même être + fort chez Woody Allen) ; pas le moindre baiser sur les lèvres de Sir Jorah (What the fuck ?) ; et la plupart des enjeux dramatiques entre les personnages (si beaux dans l’épisode précédent) ont été oubliés dans la bouillasse sombre de la bataille (mais bon, face à la déferlante de zombies on peut comprendre qu’on n’ait pas le temps d’y prendre une tasse de thé). Seule personne qui s’en sort sous la patte des scénaristes (qui sont les véritables dragons de cet épisode), l’un de mes personnages préférés : Lyanna Mormont. Après, comme martelait mon grand-père, peintre et élève d’Albert Crommelynck : « La critique est aisée et l’art est difficile. »
Pour les chansons, j’ai vraiment l’impression d’être dans l’atelier de mon grand-père (qui était un grenier). J’en ai plusieurs sur le feu et tout d’un coup je vais ajouter une touche par ci, ou par là, m’efforcer qu’il n’y ait rien de vain, de médiocre ou d’ennuyeux, dans la composition finale. Si je voulais résumer simplement je dirais : il faut qu’il se passe un truc et que ça évoque des choses.
Je remets toujours à plus tard le projet de faire une nuit convenable. Je voudrais bien dormir + longtemps mais je n’y arrive pas, je suis toujours travaillé par des choses à écrire, à dénouer par l’écriture, ou à dissimuler dans les forêts de l’écriture. Comme s’il me fallait en ce moment écrire pour fuir (ou me rapprocher d’) une émotion immense et sans remède.
J’adore cette réponse de David Bowie dans une de ses dernières interviews. Le journaliste lui demande : « What do you think makes relationships between men and women work ? », et la première réponse de Bowie est : « Complete and absolute generosity with the duvet. »
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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...