jeudi 29 avril 2021

174

 Writerslife (174)

Après 3 semaines d’inquiétudes, tensions et douleurs, échographie et examens médicaux rassurants. Il faut dire que j’ai eu la sensation de vivre une succession de mois asphyxiants, où rien n’était fluide, rien n’allait comme je l’espérais. J’ai quand même travaillé ardemment et bouclé dans deux formes qui me conviennent 2 textes importants : mon prochain roman + le petit éloge du baiser. Encore ajouté deux courts chapitres au Petit éloge pour une version ultime. Heureusement que Nicolas (d’E-O) a écrit le petit éloge de la gourmandise parce que si cela avait dû m’incomber j’aurais été tenté d’ajouter un chapitre dès que ma route aurait croisé celle d’une pâtisserie. Ce que je veux dire par là c’est que si vous êtes curieux(se) des êtres et des visages, et d’un tempérament pas barbant(e) (pour vous-même) la vie est ainsi faite qu’il y a quand même pas mal de possibilités de rencontrer des personnes que vous avez envie d’embrasser. Donc d’augmenter les pages si vous travaillez sur ce genre de projets.
Ne parvenant pas à me reposer, ou ayant trop de nouvelles idées ou de nouvelles émotions qui réclament à être logées quelque part, quelque part de fiable et d’honnête comme dans les romans, me voilà déjà à l’affût de nouveaux départs. Discuté longuement avec Delphine qui souhaite que je lui propose un récit pour le label Phonofaune. Tellement emballé par notre conversation que j’ai déjà l’idée et le reste dans la tête. C’est ainsi que va la création, c’est une question d’étincelle, d’énergie, et de sincérité bien sûr.
J’écoute en boucle les 2 nouveaux titres de Jorja Smith, avant de m’atteler ce week-end aux corrections de La Princesse 2 dont la sortie est prévue après l’été, dernier projet jeunesse de l’année, parfait pour noël. Lu Violette Leduc pour un passage du Petit éloge du baiser et je me rends compte à quel point c’est bon, au-dessus des autres de son temps niveau poético-littéraire. Des phrases intenses. Aujourd’hui, c’est souvent le règne de la démonstration, du « Regardez comme j’envoie du bois, et n’oubliez pas de me suivre » plutôt que l’impact direct et discret de l’intensité.

dimanche 25 avril 2021

173

 Encore passé une semaine bien intense à l’école Les Mots pour l’atelier de songwriting.

Traversé Paris en plein couvre-feu en écoutant le dernier album de London Grammar. Puissant, même si quand la ville est déserte on réalise à quel niveau d’infamie Haussmann a coupé à la hache.
J’envoie un mail à Aude et Alice qui commence par « Oui je sais, mais… » pour qu’elles me permettent d’ajouter encore un ultime petit chapitre à mon petit éloge du baiser. L’aventure de la vie fait que l’inspiration ne tarit jamais, je suppose. Cela étant, avec la sortie en octobre, j’aime à croire que ce dernier ajout révèle la forme définitive du livre.
La traversée du Jardin des Plantes d’ouest au nord, Jussieu/gare d’Austerlitz, si j’accélère le pas et triche un peu, a la durée exacte du titre : « Dreams are my reality ». Au téléphone, Michaël (T) me rappelle que quand il a proposé le nom de Vladimir Cosma pour une masterclass à la Sacem, j’étais le seul autour de la table de la commission des Variétés à brûler d’enthousiasme.
Il en sera bientôt fini de la règle des dix kilomètres. À nouveau libres de voyager. Joie de retrouver la vie en librairies et en festivals, les ilots d’une semaine ou de plusieurs jours de création pour divers projets, les aventures sur les routes. Mais quand même, je n’ai pas attendu la règle des 10km pour éprouver cette sensation. Je veux dire : face à cette personne qui me trouble, dont la silhouette me bouleverse pour un détail - comme on le dit en peinture - un détail où je rêve de poser mes lèvres, et qui, pour une parole ou un regard me fait sortir des gonds de la réalité, m’enchante et me sidère à la fois, dévoilant une intimité qui me parle et me cloue le bec, l’autre aussi, dans toute sa puissance volatile, me promet un inaccessible voyage.

dimanche 18 avril 2021

172

Il y a sept ans « Presque la mer » venait de sortir de l’imprimerie et ma mère venait d’entrer à l’hôpital. Je voulais lui porter le lendemain, et puis dans la nuit du 19 au 20 avril j’ai reçu un coup de téléphone pour m’apprendre qu’elle venait de mourir. Le monde s’écroulait sous mes pieds et j’avais en main ce livre que je ne pourrais jamais lui donner. « Presque la mer » est une comédie romantique hommage aux films de Billy Wilder et je pense qu’elle l’aurait beaucoup aimé. Deux jours après, je devais retrouver Stéphane chez Hugo Romans pour le service de presse et je pleurais comme un enfant dans la rue, je pleurais comme une pluie de printemps, Stéphane était témoin de ça, je n’arrivais pas à m’arrêter, mais c’’était important d’y aller, les projets concrets étaient une rampe vaillante au moment où je l’étais si peu. Le livre a eu un très bon démarrage, réimpression après trois semaines, grâce à la super libraire Lydie (Zannini) qui s’est prise d’affection pour le livre et l’a porté à la télé. Parfois un libraire peut changer la donne. Quand ça vous arrive vous ne comprenez pas pourquoi ça vous arrive et c’est joyeux, quand ça ne vous arrive pas vous ne comprenez pas pourquoi ça ne vous arrive pas et c’est triste. Il y a donc eu 1 ou 2 réimpressions et ça a même failli être adapté au cinéma, grâce à Hugues de Saint Vincent le livre est arrivé entre les mains de Jean Becker mais malheureusement il y avait un autre film qui avait à peu près le même pitch (sans l’idée de la mer qui est quand même le sel - si je puis dire -de l’histoire) et qui en + s’est révélé être un épouvantable navet, alors le projet est tombé à l’eau. Et il devait aussi sortir en poche, et là aussi c’est tombé à l’eau. Q’un livre sorte en poche ou pas et le prix auquel les éditeurs poches l’achètent m’a toujours semblé hors de mon entendement. Le roman a reçu beaucoup d’amour mais ce que je retiens c’est que j’étais prêt de le donner à ma maman et qu’elle n’a pas pu l’avoir à un jour près. Je crois au pouvoir des livres, je pense que si j’avais pu lui donner, elle serait restée un peu + longtemps, et se serait rétablie pourquoi pas, pour le lire.

jeudi 8 avril 2021

171


Là où je vis, c’est un peu les travaux non-stop : en dessous, en face, à côté. Et pas tout en même temps non, mais dans un enchaînement qui ne semble survenir que pour me taper sur le système. Je pense que pour 2022, je vais accepter toutes les résidences d’écriture qui se présentent.
Envoyé à Aude et aux éditions Les Pérégrines une version ultime de mon « Petit éloge du baiser » à paraître le 1er octobre. J’ai ajouté deux textes, car le livre sera composé d’une infinité de petits chapitres (comme chez Richard Brautigan, yeppie !). J’ai donc ajouté un chapitre intitulé « La pornographie », car dans une scène pornographique le baiser semble toujours surgir de nulle part, j’ai relié ça avec un triptyque de Jérôme Bosch, et un autre chapitre au sujet de La Boum, car pour ma génération il est impensable de parler de baiser, notamment de premier baiser, sans évoquer ce film. En le visionnant à nouveau, j’ai été surpris par le nombre de punchlines. Les lignes de textes définissent les personnages en trois traits de crayon. Chaque plan semble éperonné par le brio du dialogue, tout s’enchaîne parfaitement, c’est un film d’auteur qui s’ignore. En fait, les répliques jusqu’aux + anodines me plaisent, comme par exemple celle-ci : « C’est un métier d’avenir, y aura toujours des gens qui mangeront des gâteaux », ou le fameux « Grouille, y a interro d’anglais ! ». Ça patine un peu + dans la seconde partie du film, mais les quarante premières minutes sont absolument exquises.
Pas mal de déplacements prévus ces prochaines semaines - si tout va bien - et, après avoir terminé trois textes importants : le Petit éloge du baiser, La princesse 2, et mon prochain roman, j’espère pouvoir repartir dès le début de l’été dans un projet d’écriture au long cours (roman adulte ou/et livre jeunesse). Plusieurs idées, pistes, et des propositions aussi, il faut que les envies et les sollicitations coïncident, c’est une question d’énergie, d’élan, d’engagement, le truc qui vous fait dévorer les pages avec un appétit vorace, qui libère le souffle et l’imagination, et qui s’inscrive aussi dans l’idée d’une trajectoire, d’une oeuvre. Pris un café avec Jean-Marie Salhani mardi après-midi et nous avons beaucoup parlé d’oeuvre. Je reste persuadé que ce qui définit, disons, un créateur, ce n’est pas l’argent qu’il génère mais l’oeuvre qu’il construit.

lundi 5 avril 2021

170

Je m’en veux un peu parce qu’un robot m’a demandé si je voulais changer mon compte Instagram en compte pro, j’ai dit oui (je suis également poli avec les robots) et depuis dès que je poste un texte il y a un bouton PROMOUVOIR qui attend que je clique dessus. C’est étrange cette société qui veut absolument changer les gens qui écrivent en commerciaux, ou en agents publicitaires de leurs créations. N’empêche il y en a qui s’y prêtent avec beaucoup de talent. En permanence, à longueur de posts. Spectacle usant qui peut néanmoins faire naître des vocations, certain(e)s peuvent se révéler meilleurs commerciaux qu’écrivains ou artistes.

Très chouette entretien sur France Infos pour Alcie. Je suis toujours surpris de n’avoir pas + d’espace ou de retentissement médiatique, notamment pour des livres du potentiel d’Alcie. Sandrine me fait part de la réflexion d’une journaliste qui lui a dit : «Ah, moi, je ne chronique jamais les suites ! ». Eh bien comme ça, c’est réglé.
J’affine mon prochain roman prévu pour la rentrée de janvier 2022 (eh oui). Entre temps, il y aura un revigorant « Petit éloge du baiser ». Je pense que l’une des principales contraintes dans mon travail est de souffrir les délais imposés. Ça freine l’élan pour mettre en oeuvre les pistes suivantes. Annaëlle m’a dit hier soir, tandis que nous terminions une nouvelle chanson pour son projet, qu’elle aimerait bien un jour s’installer dans ma tête, avec toutes les idées qu’il y a en permanence, qu’elle prendrait un sachet de pop corn et serait comme au cinéma. Néanmoins, de pouvoir relire ce prochain roman avec une distance qui m’éloigne du feu intérieur qui m’animait au moment de son écriture, permet sans doute d’être + juste avec les personnages, + précis dans ce que je veux dire. J’ai revu l’articulation grâce aux premières remarques de Charlotte, et mon travail de relecture consiste à soigner la musicalité dans le choix de certains mots, la sonorité des phrases, à donner de la chair (mais pas trop) à certains passages, et à affiner mes punchlines. Je fais toujours gagner la punchline, ou l’idée poétique, sur la crédibilité. L’autre jour Marie-Hélène a eu un retour sur le scénario de son film que nous avons écrit et on lui a fait pour remarque : «À un moment, le héros rencontre un copain qui lui donne un billet de 500 balles… Ce n’est pas crédible, personne ne se balade avec une telle somme en liquide dans la poche ». J’ai trouvé ce commentaire bien pathétique. Je ne comprends pas pourquoi il y a une obsession de la crédibilité. Si on va vers la fiction, c’est justement parce que la réalité n’est pas valable, que ce qui y est crédible y est insuffisant, peu savoureux. Si vous aimez tant ce qui est réaliste, lisez des enquêtes, du fait-divers, du reportage, laissez la fiction à celles et ceux qui en ont le goût et le besoin, et surtout, ne vous donnez pas la peine d’ouvrir des romans.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...