vendredi 20 décembre 2024

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J’ai appris que JB s’est donné la mort. Je l’ai appris à une soirée du festival de Toulon, alors que je baguenaudais parmi les visages, un auteur est venu vers moi et m’a donné cette funeste information dont je n’ai su que faire dans le contexte, à part être totalement abasourdi. La dernière fois que j’avais eu JB au téléphone j’étais dans un parc, et des perruches sauvages étaient venues se poser sur une branche tout près de moi. Elle étaient restées là le temps de la conversation. JB m’avait parlé d’un scénario qu’il voulait qu’on écrive ensemble d’après un livre de Zep avec qui il était en contact. La première fois que JB m’avait contacté c’était à l’été 2020, il voulait coécrire avec moi un spectacle de jazz d’après une émission culte en Suisse : Jack Rose, à laquelle il avait participé à la RTS où il travaillait. Je ne le connaissais pas, pas plus que l’émission, mais il m’apprit qu’il voulait absolument écrire avec moi grâce à mon livre : « J’aurais voulu être un Beatles » dont il venait de terminer la lecture. Il avait été ému par le passage où Paul McCartney va apprendre l’accord de SiB7 chez un étudiant, un accord qu’il échange contre un disque d’Elvis qu’il a en double, et quand il est sur le point de rentrer chez lui, du fait que tous les intérieurs anglais se ressemblent, en bas de l’escalier avant d’ouvrir la porte d’entrée il croit reconnaître sa mère, décédée il y a peu, qui chantonne dans la cuisine. Cette scène l’avait profondément marqué. Depuis, il offrait le livre à toutes ses connaissances. Son enthousiasme m’a convaincu de dire oui, même si je ne suis pas un expert en Jazz. Un an plus tard le spectacle s’est joué, et JB m’a fait visiter Lausanne par un après-midi ensoleillé. (J’y étais passé en coup de vent en 2005 pour enregistrer Radio Paradisio). Des hauteurs jusqu'au lac selon un itinéraire choisi qui révélait des demeures fabuleuses, des parcs, des passages secrets. Il m’avait parlé de grandes difficultés dans sa vie perso, mais la création le stimulait, les projets toujours, d’autant que le spectacle sur lequel nous avions travaillé avait pu voir le jour dans un délai raisonnable. Il était aussi lié à Laurent Voulzy, il est le seul à avoir filmé un moment de création qui n'est pas "pour la caméra" entre Souchon et Voulzy, le seul à avoir saisi un moment véritable, et il le gardait dans ses archives comme un trésor.

Je vais beaucoup penser à lui en cette période de Noël où les amis disparus, la famille disparue, reviennent se blottir contre nous, nous qui continuons à habiter ce monde de projets.

samedi 14 décembre 2024

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 Déçu qu’il n’y ait pas eu de contrat poche pour « Neuf rencontres et un amour ». Qu’est-ce que j’en pense ? Hé bien, c’est la loi cruelle de ce business. Déjà, j’avais été triste que « La ballade de Pattie… » ne soit pas prise en poche. Pour Neuf rencontres, j’aurais bien ajouté une scène de sexe pour une sortie poche. Une scène où Anaïs aurait fait l’amour à son mari tout en pensant à Artaud. Ahah ! Parfois il y a des scènes qui vous apparaissent alors que le livre est fini. Ce n’est pas toujours le cas. Pour la sortie poche de « L’âge des amours égoïstes », j’ai pensé ajouté une ou deux scènes avec le père, parce qu’on m’avait beaucoup parlé de ce personnage et puis en relisant le livre je n’ai pas su où les intégrer, le livre fonctionnait comme ça, selon moi, sans que j’ai besoin d’ajouter une scène, malgré l’opportunité, le désir ou la tentation.

Je donne beaucoup d’ateliers d’écriture en ce moment, j’accompagne une quinzaine de personnes avec leurs livres, romans jeunesse pour la plupart, je pense que j’aurais été un éditeur aux petits oignons mais j’ai trop la nécessité de poursuivre une oeuvre, tellement de livres que je voudrais écrire, de chansons aussi. Aujourd’hui dans la chanson c’est compliqué car, à l’instar des créateurs de contenus, les algorithmes flattent l’ hyper présence, donc la plupart des artistes qui arrivent et n’ont pas de notoriété qui les place d’emblée sur orbite sont encouragés à produire beaucoup. Dans la majorité des cas, la qualité en pâtit, surtout que c’est une époque où l’on privilégie la forme, l’image ou la prod, plutôt que le fond. Donc il y a une infinité de nouvelles chansons qui débarquent et dans lesquelles il n’y a rien d’intéressant. Ni vision ni intensité. Ni poésie. Ça a pour avantage de replacer la poésie dans les livres. Alors que, disons, dans la seconde partie du 20ème siècle, la poésie a migré des livres aux chansons. Le voyage retour a commencé.
En immersion dans l’écriture du dernier tiers de mon projet de prochain roman. Je me demande si je dois chercher/prendre un agent ou pas. L’un des débats à l’issue incertaine avec soi qui m’accapare depuis plusieurs jours.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...