Cavaler, fuir le feu. Il y a le désastre de toutes ces familles qui ont perdu leur maison, et les séquences qui s’impriment dans ma tête des chevaux en panique comme une image de fin du monde, des biches et des cerfs prisonniers d’un côté des flammes, de l’autre des grillages. On parle de dizaine de milliers d’animaux en proie aux flammes. Prédation de l’homme quoi qu’il en soit. Dans mon travail pour la jeunesse, les livres disques que j’essaie de bâtir à chaque fois comme de véritables petites comédies musicales, la forêt a une place prépondérante. Quand j’ai écrit le texte de la chanson « La forêt qui éternue » pour le livre : « La princesse qui rêvait d’être une petite fille » parfaitement mis en musique par Élise Reslinger et Simon Louveau, et interprétée par Élise, c’était l’idée que nous étions arrivés à un point où les forêts ne connaîtraient plus de répit, les incendies l’été, les tempêtes dévastatrices de l’hiver. Est-il trop tard et quoi faire pour que les forêts puissent continuer à s’épanouir dans nos existences et pas seulement dans les livres, nourrir nos quotidiens plus que notre imaginaire, même quand elles sont dessinées par le fabuleux Fred Bernard ? J’ai encore en mémoire ce qu’on a appelé la tempête du siècle, la forêt de Marly dévastée. J’ai grandi dans une banlieue résidentielle, calquée sur celles du New Jersey, les jardins qui dévalent les uns dans les autres, la forêt tout autour. Il y avait encore des renards et la première chose que mon père m’a dit c’est que je ne devais pas en avoir peur car les renards avaient encore plus peur de nous, les humains. Je me suis toujours pas mal identifié aux renards. Les yeux verts, aussi. Ils étaient là dans mon enfance, dans le même paysage, à quelques kilomètres des centres commerciaux. J’aimerais penser à autre chose que ces forêts et les animaux qui disparaissent sous les flammes, mais je n’y arrive pas. Dans mon travail pour les adultes, je créé toujours des héros aussi vulnérables que moi, et dans mon travail pour la jeunesse, des héroïnes ( Lola-Loup, Alcie) mille fois plus vaillantes que je ne le suis.
Journal de bord et réflexions d'un écrivain dans ce monde trouble, troublant, et troublé.
mardi 28 juillet 2026
vendredi 17 juillet 2026
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J’ai retrouvé cette photo que j’aime bien (enfant avec ma coupe Beatles). Je suis certes bien moins heureux aujourd’hui que je ne l’étais à cette époque, mille fois moins je dirais, mais je reconnais quand même la persistance, en regardant l’attitude qui est la mienne, prise sur le vif sur cette photo, d’un certain état d’esprit qui m’accompagne depuis. Et que je qualifierais de : souvent stupéfait, rarement dupe.
Comme de nombreuses personnes avec lesquelles j’ai pu échanger ces derniers jours, j’ai été atterré et très marqué par les incendies dans la forêt de Fontainebleau. Je me souviens que lorsqu’avec Fred (Bernard) nous avons présidé le concours jeunesse du Printemps du livre de Montaigu, j’avais proposé comme premier thème : « Si la forêt brûle, où s’en vont les oiseaux ? » Sur la couverture d’Alcie et la forêt des fantômes chagrins, Fred a dessiné Alcie qui n’a pas assez de ses deux bras pour porter secours aux oiseaux. Quand j’ai écrit le texte et que j’ai trouvé cette histoire de fantômes chagrins pour Alcie, je me suis dit qu’il pourrait bien y avoir un fantôme chagrin encore plus grand. Au delà du chagrin personnel éprouvé par mon héroïne. Celui de la forêt maltraitée par les humains. Quand la nuit arrive, le fantôme chagrin de la forêt vient s’étendre dans un champ de maïs. « Tous les oiseaux qui n’avaient pas renoncé à la forêt tournoyaient autour de sa tête pour lui dessiner une couronne ». Après, dans l’histoire, il fait tellement chaud que les arcs-en-ciels sont remplacés par de arcs-en cendres. Fred m’a envoyé hier un dessin d’Alcie qu’il a retrouvé dans son atelier. C’est triste que l’éditeur ait renoncé à la série. Si vous êtes ou vous lancez dans une carrière artistique, vous verrez, le sentiment qu’on vous abandonne ou qu’on vous dévalorise est si fréquent qu’il n’y a pas d’autre solution, pour garder intact votre vitalité de création, qu’apprendre à surmonter.
En moi luttent deux tendances assez inconciliables : un entertainer enthousiaste à la Jimmy Fallon et le dernier des héros romantiques façon Nick Cave. Ça toujours été très compliqué de faire vivre les deux en même temps. Quand l’un prend le dessus, l’autre réclame sa part, hurle à l’intérieur.
En parlant de Jimmy Fallon, lors de son show la performance de Phoebe Bridgers entouré d’enfants musiciens dans le rôle des Lost Boys de Peter Pan, pour interpréter son nouveau single, était vraiment extra. Et sa guitare peinte, magnifique.
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Cavaler, fuir le feu. Il y a le désastre de toutes ces familles qui ont perdu leur maison, et les séquences qui s’impriment dans ma tête d...
