jeudi 9 octobre 2025

266

Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets de romans et tombe en page d’ouverture sur la photo d’un auteur réellement imbuvable, véritable opportuniste, faux sympa comme pas deux, ce qui me décourage totalement de soumettre (si je puis dire) mon travail à la maison d’édition qui le glorifie, comme quoi, je suis une petite nature. Taylor Swift se fait défoncer pour un album qui, sans atteindre les sommets de « Folklore » n’est pas forcément moins bon que « Midnights » par exemple. Mais son art du teasing créé tellement d’attentes que le revers induit qu’il produise de la déception. L'article du New Yorker qui fait état de son bonheur avec son futur mari m’interpelle car il questionne : Est-ce qu’on a besoin d’être malheureux pour écrire de bonnes chansons ? Je pense que si vous vous posez ce genre de question vous n’êtes pas natif de ce pays qui s’appelle mélancolie. Ça me fait penser à cette anecdote : dans les ateliers de songwriting que je donne, parfois à la carte, un chanteur voulait travailler sous ma dictature (éclairée) et au premier rendez-vous il me dit : « J’ai besoin de retrouver l’inspiration. Je suis heureux avec ma copine, je n’arrive plus à écrire ». J’étais tenté de lui répondre : « Ah, vous venez de vous rencontrer ? » . Pour répondre à la question posée par le New Yorker, je dirais que la souffrance amoureuse n’a pas besoin d’être vécue dans l’instant pour créer de grandes chansons. On peut se souvenir de l’avoir endurée, l’observer ailleurs, l’imaginer pour demain, la ressentir par empathie ou, quand on est sensible, on peut souffrir en permanence, d’un rien. D’une histoire qu’on ne peut pas vivre sur le moment, d’un amour qui reste toujours à l’état de possible. On peut souffrir d’appréhender la perte, d’être momentanément fantôme à ses propres désirs, souffrir d’une émotion trop grande ou d’une chose aperçue qui vous retourne le coeur. Dans la chanson « Quand on a trop de coeur », le texte que j’ai écrit dans le dernier album de Florent Pagny, il y a cette idée exprimée, et aussi mise en pratique parce que quand je parle du « chevreuil épuisé dans les décombres », je me souviens exactement du moment : je suis dans un train qui traverse une ville de banlieue, une sorte de friche industrielle, et tout à coup je vois un chevreuil qui erre, je me demande : Qu’est-ce qu’il fait là ? Dans ce no man’s land urbain ? Et de cette vision, confronté à mon impuissance, je ressens une souffrance cuisante, trop grande pour moi, et qui ne peut se glisser que quelque part : dans un roman ou en l’occurence : dans une chanson. Je ne peux pas garder cette vision qui m’a produit une déflagration de souffrance pour moi seul. Et donc, ça arrive tout droit dans la chanson : « Quand on a trop de coeur / on voit toujours du train / le chevreuil épuisé / passer dans les décombres. » Donc je pense que même si on est heureux en amour - ce dont on n’est jamais à l’abri, par intervalles - on peu ressentir quelque chose de l’ordre de la souffrance qui nous exhorte à la création. Enfin, pour moi, ça arrive tous les jours. 



#writerslife


#writerslife 

dimanche 5 octobre 2025

265

Je suis quand même (un peu) lu ici, parce qu’à chaque festival du livre, j’ai deux ou trois personnes qui me demandent : Quand reprennent les writer’s Life ?  J’ai encore retouché l’un des deux romans avec lesquels je démarche, Florence (B) m’enguirlande (avec bienveillance) parce que je n’envoie pas mes textes à suffisamment de personnes, c’est vrai que j’accumule les cartes de visite, les numéros de téléphone et les recommandations à chaque salon du livre ou déplacement, puis une fois rentré je laisse les choses en suspens, j’attends une évidence, une rencontre, enfin, une maison qui comprenne ce que je fais et ce que je veux faire, comme me l’a écrit Gwenaële (R) ce week-end : « je te souhaite de trouver une maison où le nom de maison ne sera pas usurpé. » À Livres en Vignes, j’ai discuté avec Alexis Salatko qui me dit : « Ce qu’on attend n’arrive jamais. Ce qu’on rêve, n’arrive jamais. Mais d’autres choses arrivent. Qui sont très bien aussi. » J’ai trouvé ce point de vue, validé par son expérience de la vie, assez pessimiste. Cependant, avec ma propre expérience,  je ne serai pas aussi catégorique. Ça me fait penser à F. qui au sujet d’un de ses amis, amoureux transi d’une fille, éconduit pendant des mois voire des années, et qui avait fini par la conquérir à force d’acharnement, ce avant qu’elle ne se révèle tyrannique à vivre, avait déclaré : « Tout finit par arriver. Malheureusement. »

L’élégance ne fait pas le trottoir. Dans la rue, un type qui parle très fort, dit à la personne qui l’accompagne : « En tant que papa, mon père ça a été un papa de rêve ; en tant que mari y a pas eu plus gros enculé sur terre. »

jeudi 17 juillet 2025

264


« Être écrivain, c’est fun » vraiment ? Est-ce moi, si j’en crois les guillemets, qui ai pu proférer une telle ineptie ? Il est certain que c’est moins fun quand on a rendez-vous à la banque, comme c’était mon cas aujourd’hui. Comme depuis des lustres j’aime promener avec moi la lumière d’un livre dans les situations les plus abstruses, j’avais pris sous le bras le livre de Déborah Lévy : Le coût de la vie. Parfait, ai-je pensé, pour un rdv à la banque. 

Je travaille sur un prochain EP, cinq nouvelles chansons qui seront produites par Brice. Rodolphe a donné son accord pour enclencher le projet chez Roy Music, ce qui me ravit. Parallèlement, j’écris des textes pour différents artistes et suis en apnée pendant au moins deux à trois semaines dans la réécriture de mon prochain roman. Iris qui a lu la V1 m’a confirmé ce que je pressentais : beaucoup trop long. Voilà pourquoi, sans doute, je n’ai pas beaucoup de retours de mes premiers envois : les gens se sont endormis en le lisant. Je regrette de l’avoir envoyé un peu tôt. Il sera bien meilleur pour les prochains tours. J’enlève des choses, écris de nouvelles scènes, je dégage sans état d’âme tout ce qui me parait dispensable ou un peu trop gnan gnan. Même les réflexions gnan gnan auxquelles j’accorde un certain style ou un certain impact quand je les relis, elles dégagent ! - et bien qu’il y ait souvent un tas de choses gnan gan qui ont du succès. Mais bon, c’est un leurre d’écrire pour avoir du succès, du moins c’est un processus fastidieux et assez dégradant pour soi. Ce qu’on désire réellement, ce n’est pas écrire pour avoir du succès, mais avoir du succès avec ce qu’on écrit. (Genre de trucs un peu gnan gnan qui pourrait dégager à relecture).

La beauté sauvera le monde. Quand on me sort cette phrase, prononcée par le Prince Mychkine dans l’Idiot de Dostoïevski,  je pense à cette jeune femme d’une beauté rare, envoûtante qui l’autre soir m’a laissé aussi subjugué que si je m’étais retrouvé devant une peinture de John Waterhouse, avant que je ne la suive du regard envoyer les deux chiens qui l’accompagnaient courir sans aucune pitié derrière des lapins qui n’avaient rien demandé. Avec des cris plein de hardiesse, la jeune beauté encourageait ses clébards à réduire les lapins en pâtée. Alors oui, peut-être, la beauté sauvera le monde, me suis-je dit. Mais ce soir, elle ne sauvera pas le monde des lapins.  


#writerslife 



dimanche 4 mai 2025

263

Writer's life (263)

Je m’apprête à envoyer mon roman à plusieurs éditrices/éditeurs. Dans l’attente de réponses, et, dans l’idéal, de faire un choix judicieux, rien de mieux, pour survivre à l’attente d’un idéal, que de commencer l’écriture d’un autre roman. Je me surprends d’ailleurs à accumuler du matériel, c’est-à-dire pour l’instant : des phrases. Premières brindilles. 

Cette semaine j’ai lu Eloge de l’ombre de Junichiro Tanizaki, et Etat des lieux de Déborah Lévy.  Dans Etat des lieux, il y a cette phrase qui m’a fait penser au roman de Loulou (loup/loup) : "Peut-être que toute la question de l’écriture, c’est le loup". 

J’ai discuté l’autre soir avec Hubert de Maximy qui m'a déclaré qu’il n’écrivait plus de fictions car après 80 ans, l’imagination se tarit complètement. J’ai trouvé ça terrible, sans vouloir y croire une seule seconde. Susie Morgenstern en est l’un des contre exemples vivifiants. 

Je bois du café dans une tasse Moomin qui porte une citation de Tove Jansson : "The main thing in life is to know your own mind." C’est un café en capsule que j’achète à la Grande Épicerie de Paris. Il y a toutes sortes de choix mais le mien se porte toujours sur le mélange italien ou le mélange grande épicerie. Peut-être suis-je attiré par le mot mélange ? Moi même je suis issu d’un mélange, et chaque fois que je sors dans la rue, je me mélange (au vent ou à d’autres). 

J’ai appris par les réseaux la disparition de Serge Bressan. Un journaliste - qu’il me semble n'avoir jamais rencontré - qui a toujours été d'une grande fidélité à mon travail. Par exemple, il a écrit à propos de mon dernier roman en date Neuf rencontres et un amour : « Par la magie de l’écriture de Jérôme Attal, on a là le roman de l’amour passionnel. » 

La fidélité est un bien rare, et les journalistes qui vous suivent avec régularité ont certainement une vision plus profonde et percutante de ce que vous essayez de faire. Malheureusement, il y en a beaucoup (mais c’est le cas de tant de personnes et de corps de métiers dans les milieux artistiques) qui ont pour vous un fort engouement à un moment donné et qui, par la suite, font comme si vous n'existiez plus, ne vous calculent plus du tout pour des raisons que vous n’arrivez pas à identifier. Serge Bressan n'était pas de cette trempe là. 

J’ai supervisé (le mot est un peu fort) l’enregistrement des voix du conte pour enfants : Le chaton qui vivait chez un ogre, qu’a enregistré Roxane (qui le porte déjà sur scène). Je suis ravi du résultat et la complimente sur son interprétation et la pertinence de ses incarnations. Je lui dis qu’elle devrait essayer de gagner (une partie de) sa vie en se rendant disponible à ce genre de projets. Et puis j’ajoute : je te dis ça mais moi aussi on me complimente sur ma voix et ce n’est pa pour ça qu’on fait appel à moi pour des narrations ou récits audios. Oh mais c’est un petit milieu, me répond Roxane, c'est à toi de le provoquer ! 

Olà, m'effraie-je, si en plus c’est un petit, j’ai pas du tout envie de le provoquer !


#writerslife

mercredi 26 mars 2025

262

Toujours pas décidé pour mon prochain roman. Éditeur ? Agent ? Je suis disposé à le faire lire à untel, et trois heures plus tard je rencontre une personne qui m’en dit les pires horreurs. Il n’y a donc personne dont le travail fait l’unanimité (à l’exception de ma dentiste dont les avis sur google sont un véritable Hall of Fame). J’ai toujours observé avec étonnement comment une seule et même personne peut produire des variations extrêmes de ressenti. Même sentiment quand vous vous prenez d’amitié pour quelqu’un et que vous apprenez qu’il est lié avec un autre que vous considérez comme la dernière des crapules. Dans ces cas-là, ma première réaction - suite à mon désarroi - est celle d’un chat : la fuite ! 

Message d’une amie qui a commandé : « Un furieux besoin d’élégance »  (à la librairie du Printemps Nation) et qui a reçu l’un des exemplaires que j’avais dédicacé à une libraire. J’ai déjà eu un cas similaire il y a quinze jours à Bondues avec une lectrice tout aussi désarçonnée. Je ne comprends pas le circuit qui s’opère si vous commandez un livre neuf et recevez un service de presse. Quoiqu’il en soit, manque total d’élégance, délit flagrant d’inélégance, de la part de cette Nathalie. Hum…

Répondu à une interview sur RCF ( toujours de supers interviews) et une autre pour un webzine où on m’interroge sur la création. J’ai suggéré qu’il fallait savoir s’entourer de personnes inspirantes. Mais s’entourer de personnes inspirantes ne veut pas forcément dire les fréquenter en permanence. Ce serait sans doute épuisant. C’est une question de distance (le souci de Giacometti avec son modèle, sa sculpture, et sa pensée, dont je parle dans mon roman : 37, étoiles filantes). Il faut savoir préserver sa solitude car c’est dans la solitude que les choses peuvent apparaître et se sculpter.  Mais il n’y a rien de plus triste qu’une solitude vide. Ce qu’il faut, c’est une solitude peuplée de personnes inspirantes. En ce qui me concerne, par exemple, il y a des personnes qui au cours de mes pérégrinations dans l’existence me marquent, ou me bouleversent - même un court instant - et auxquelles je n’arrête pas de penser, ou que j’essaye d’approcher ou d’enlacer, phrase par phrase, dans l’écriture de mes romans successifs. 


#writerslife 

dimanche 2 mars 2025

261

Je l’évoque à la fin de Neuf rencontres et un amour, mais jusqu’à présent j’avais du mal à expliquer en un flash ce qui s’est passé le jour où dans une rencontre littéraire un modérateur et un auteur, ligués ensemble, ont passé leur temps à débiner mon livre prétendant que je racontais n’importe quoi. Pour « 37, étoiles filantes » je n’avais selon eux pas le droit de m’accaparer Giacometti. Je n’avais pas raconté n’importe quoi, et non les gars, et proposais une connaissance sensible de Giacometti puisqu’à l’époque je partageais disons les mêmes préoccupations (une des raisons pour lesquelles je m’étais lancé l’écriture) et je situais l’action à Montparnasse un quartier que je connais par coeur contrairement aux ronchons ternes et furieux qui me harcelaient en public. Du mal à expliquer le traquenard dans lequel j’étais tombé jusqu’à ce week-end et la scène hallucinante où Zelinski se fait tomber dessus par Vance et Trump. Le passage où un journaliste à leur solde cartonne Zelinski sur le fait qu’il ne porte pas de costume convoque immédiatement une scène d’adolescence où des collégiens se moquent d’un autre parce qu’il n’a pas la tenue adéquate. Scène typique de harcèlement par laquelle beaucoup sont passés. La réponse de Zelinski qui suit son explication est assez géniale, il dit : Peut-être qu’un jour j’aurais un costume plus beau que le vôtre, puis il se reprend pour ne pas paraître aussi arrogant que les bullies et précise : ou peut-être beaucoup moins cher. À ma petite échelle d’écrivain troubadour, les organisateurs qui avaient eu vent de la tentative d’humiliation publique sont venus s’excuser (contrairement au modérateur et à l’auteur ligués contre moi). Par la suite, je n’ai plus jamais été invité à cet événement. Derniers coups de pinceaux à mon prochain roman. Quand un roman est fini ? Quand toutes les idées nouvelles qui surgissent font tâche dans le projet qui se termine. Le temps des démarchages commence - trouver une sortie - rapide j’espère - quelque part d’idéal. J’ai animé ces jours-ci un grand nombre d’ateliers d’écriture en visio : avec le Cifap pour la chanson, l’école Les Mots pour le roman jeunesse.

vendredi 14 février 2025

260

 (spécial Saint-Valentin)

M me dit : Je dirais qu’en amour je suis assez heureuse et plutôt insatisfaite. Elle ajoute : Comme la plupart des gens.
Josuah me parle du temps où l’écriture d’une seule chanson permettait d’acheter une maison. Je lui réponds que malheureusement je suis arrivé trop tard dans le métier de la musique. Né trop tard et j’ai commencé à travailler trop tard, quand tout s’écroulait. La première de mes chansons qui s’est retrouvée sur un disque important en terme de ventes je devais avoir 33 ans. Premier roman à 36 ans. Ah, s’étonne Joshua, qu’est-ce que tu as fait avant ? C’est vrai ça, qu’est-ce que j’ai fait avant ? Eh bien avant, je n’ai rien fait d’autre, je crois, qu’un peu d’études à rallonge et aussi vivre des histoires d’amour dont la funeste et fabuleuse propriété est qu’on ne voit pas le temps passer.
Je me souviens d’une nuit entière à Londres aux Olympic Studios seul avec Christophe (le compositeur et interprète des Mots Bleus et de la Dolce Vita). Une nuit entière seuls tous les deux où il m’expliquait son concept de compagnes. Il n’avait pas une seule amoureuse, mais plusieurs. Des compagnes. Il venait de tomber fou amoureux d’une serveuse du bar/hôtel Costes à Paris et il voulait qu’on écrive un album concept sur cet amour. J’ai essayé pendant plusieurs jours mais malheureusement n’ai pas été probant. On a le droit de ne pas se sentir probant. Je passais la journée à errer dans Londres en attendant qu’il se réveille (il vivait la nuit) et je me souviens d’une pluie diluvienne à la sortie du métro Shepherd’s Bush. C’est là qu’à la place j’ai écrit un texte pour Pierre qui s’appelle « Deux sous la pluie » et qu’il a mis sur son album.
J’aime l’idée qu’on puisse être chaviré, tourmenté, comme défenestré de sa routine, par une présence, un visage, un baiser. Oui, défenestré de sa routine.

lundi 3 février 2025

259

Ça ne va pas durer, mais depuis la mort de David Lynch les réseaux sociaux sont submergés d’extraits de ses films ou de ses interviews, et, poussé par les algorythmes, baguenauder sur son écran a pris une dimension plus poétique et rassérénante aussi. 

Masterclass d’Emilie Simon à la Sacem. Elle dit : « Je vois la vie comme un jeu vidéo, on ne peut pas passer à un autre niveau tant qu’on n’a pas réalisé ou débloqué un certain nombre de trucs dans le niveau où on est. »

Un lecteur de Saint-Raphaël qui l’année dernière avait lu « Neuf rencontres et un amour » vient cette année me demander une dédicace sur « J’aurais voulu être un Beatles », il prend le livre, fait quelques par dans le salon, et revient me dire : «Vous savez, je vous admire, il n’y a pas si longtemps encore les écrivains étaient vénérés, pour la raison que vous êtes connectés à des choses, vous allez chercher des choses qui ne sont pas à notre portée mais qui nous parlent puissamment quand on vous lit. » C’était un message d’une grande gentillesse. Je crois que son admiration venait du fait qu’il soupçonnait qu’aujourd’hui, les écrivains, la société n’en a plus rien à carrer.
On m’interroge sur le talent. Je réponds : je rencontre beaucoup de personnes qui ont du talent. Bien sûr. Mais souvent leur potentiel s’estompe, se rétracte ou se tarit, car elles sont cassées par des entourages de merde. Je parle d’entourage professionnel, mais aussi dans leur vie personnelle.
Sur recommandation, j’ai la liste d’une bonne demi-douzaine d’agents littéraires. Il faudrait leur écrire, mais déjà que je n’ai pas répondu à tout le courrier des voeux de nouvelle année, oh la la..
Mon programme commence à bien se remplir jusqu’au-delà de l’été. Moi qui voulais me garder des jours entiers pour la mélancolie, il va falloir plutôt, et encore, la distiller à tout moment.

mercredi 29 janvier 2025

258

Lors de la restitution des ateliers d’écriture que j’ai animés à la Médiathèque musicale de Paris, j’ai lu un poème en prose de Charles Bukowski qui s’intitule : « Maintenant que vous voilà professeur de création littéraire, qu’est-ce que vous allez leur apprendre ? ». C’est un poème bien drôle et réjouissant. Le principal conseil de Bukowski est d’enchaîner les chagrins d’amour, il prescrit de rechercher : « les amours malheureuses »… avant un revirement spectaculaire en fin de poème qui consiste à : «remonter la filière à l’envers et connaître le bonheur en amour ». Entre autres conseils aux apprentis autrices et auteurs il parle d’éviter toute course au succès (ah ah) et de proscrire absolument le jogging. Je fais un aparté à ma lecture en déclarant que je n’ai jamais compris pourquoi les joggers vous fonçaient dessus ou vous frôlaient de quelques millimètres de manière qui semble délibérée, n’ayant guère le souci, l’élégance, ce que vous voulez, de dévier leur trajectoire. À la fin de la soirée, Roland vient vers moi et m’apporte une réponse pour le moins sensée : « C’est parce qu’ils considèrent que toi tu te balades, et que eux ils souffrent. »

Rue de Buci il y a une pâtisserie salon de thé qui s’appelle The Smiths et hier y était attablée une fille absolument ravissante. Quand on y pense, c’est le combo parfait : The Smiths, du thé et des gâteaux.
Le type qui se rend à une soirée plutôt hyper chic, qui prend le métro et s’étonne avec ravissement que ça sent le propre, le désinfectant (dans ce palais des horreurs qu’est le métro parisien), et qui une fois arrivé à la soirée donne son manteau au vestiaire et s’aperçoit qu’un flacon entier de gel hydro alcoolique s’est déversé dans sa poche, produisant une tache humide à la fois sur le bas de sa veste et sur le haut de son pantalon, ce type, c’est moi.

mercredi 22 janvier 2025

257

 Je sors enfin de la grippe qui m’a terrassé pendant plus d’un mois et qui a laissé ma volonté et mon moral - comme le dit David Lynch : passer un certain temps sur l’autre rive. David Lynch a sans doute été le cinéaste le plus important pour les gens de ma génération. « Fire walk with me », c’est tellement sensationnel qu’il soit décédé au moment où Los Angeles était en flammes. Et aussi, lui qui a travaillé de manière obsessionnelle sur l’âge d’or d’Hollywood, que deux jours après sa mort Trump dans son discours inaugural parle d’un nouvel âge d’or pour l’Amérique. Comme si un monde venait de partir en cendres. J’aurais beaucoup de choses à dire sur David Lynch en tant qu’artiste, par exemple ce parallèle que j’adore : Lynch-Kyle MacLachlan / François Truffaut-Jean-Pierre Léaud, et ses déclarations sur la méditation, sa vision du monde, qui permettent de faire un rapprochement avec George Harrison. Et puis c’était quelqu’un à l’inspiration intarissable qui a souvent été à la recherche de moyens financiers pour lui permettre de poursuivre son oeuvre, ce qui malheureusement est une part constituante de la condition d’artiste.

Terminé (pour de bon) mon roman que je peaufine (encore) par endroits. Un roman assez volumineux, + de 100 000 mots, car le temps doit s’écouler à l’intérieur. J’en suis à la chasse aux imperfections, c’est-à-dire aux mensonges quand un roman devrait crier sa vérité à chaque ligne. J’ai hâte qu’il soit lu mais je ne sais pas encore dans quelles conditions. Ce sont des temps d’incertitude pesante. C’est difficile de s’extraire de l’écriture d’un long roman , tout ce qui a un rapport avec la réalité a tendance à vous déprimer les jours qui suivent, parfois un seul « bonjour » en dehors du roman vous demande un effort considérable. C’est comme une pneumonie pour la réalité. Heureusement c’est un état qui s’atténue peu à peu.

vendredi 20 décembre 2024

256

J’ai appris que JB s’est donné la mort. Je l’ai appris à une soirée du festival de Toulon, alors que je baguenaudais parmi les visages, un auteur est venu vers moi et m’a donné cette funeste information dont je n’ai su que faire dans le contexte, à part être totalement abasourdi. La dernière fois que j’avais eu JB au téléphone j’étais dans un parc, et des perruches sauvages étaient venues se poser sur une branche tout près de moi. Elle étaient restées là le temps de la conversation. JB m’avait parlé d’un scénario qu’il voulait qu’on écrive ensemble d’après un livre de Zep avec qui il était en contact. La première fois que JB m’avait contacté c’était à l’été 2020, il voulait coécrire avec moi un spectacle de jazz d’après une émission culte en Suisse : Jack Rose, à laquelle il avait participé à la RTS où il travaillait. Je ne le connaissais pas, pas plus que l’émission, mais il m’apprit qu’il voulait absolument écrire avec moi grâce à mon livre : « J’aurais voulu être un Beatles » dont il venait de terminer la lecture. Il avait été ému par le passage où Paul McCartney va apprendre l’accord de SiB7 chez un étudiant, un accord qu’il échange contre un disque d’Elvis qu’il a en double, et quand il est sur le point de rentrer chez lui, du fait que tous les intérieurs anglais se ressemblent, en bas de l’escalier avant d’ouvrir la porte d’entrée il croit reconnaître sa mère, décédée il y a peu, qui chantonne dans la cuisine. Cette scène l’avait profondément marqué. Depuis, il offrait le livre à toutes ses connaissances. Son enthousiasme m’a convaincu de dire oui, même si je ne suis pas un expert en Jazz. Un an plus tard le spectacle s’est joué, et JB m’a fait visiter Lausanne par un après-midi ensoleillé. (J’y étais passé en coup de vent en 2005 pour enregistrer Radio Paradisio). Des hauteurs jusqu'au lac selon un itinéraire choisi qui révélait des demeures fabuleuses, des parcs, des passages secrets. Il m’avait parlé de grandes difficultés dans sa vie perso, mais la création le stimulait, les projets toujours, d’autant que le spectacle sur lequel nous avions travaillé avait pu voir le jour dans un délai raisonnable. Il était aussi lié à Laurent Voulzy, il est le seul à avoir filmé un moment de création qui n'est pas "pour la caméra" entre Souchon et Voulzy, le seul à avoir saisi un moment véritable, et il le gardait dans ses archives comme un trésor.

Je vais beaucoup penser à lui en cette période de Noël où les amis disparus, la famille disparue, reviennent se blottir contre nous, nous qui continuons à habiter ce monde de projets.

266

Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...