mardi 23 octobre 2018

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Writer’s life (4)
Rue Laffite, une fille au téléphone dit : “J’ai acheté trois énormes poissons que je voudrais manger alors que je suis toute seule c’est n’importe quoi. Donc ce soir je reste à la maison pour manger l’un des trois énormes poissons. Je voudrais sortir pour rencontrer un garçon, mais je ne peux pas, à cause des trois poissons que j’ai achetés”.
Lors de ma dédicace à Dijon, une femme me dit, pendant que je griffonne sur son livre : “Vous avez de si belles mains, si fines, des mains d’intellectuel”. Je crois que j’aurais préféré entendre : “des mains de pianiste”.
J’ai été gâté, la chambre à l’hôtel La Cloche est superbe. Une sorte de petit appartement idéal dans sa disposition. Pour en profiter, je n’ai pas trop dormi. Il y a des chambres d’hôtel - elles sont rares - qui méritent qu’on y consacre des nuits blanches. On peut y inviter ses pensées, ses préoccupations du moment, ses secrets. Donc, j’ai joué à la dînette avec mes secrets.
Je pense que quand je ne commence plus à m’intéresser qu’au roman en cours d’écriture, que toute sensation trouve sa place dans le roman en cours, tout devient suffisamment solide pour que ce soit un bon roman (je veux dire, viable).
Les éditions du Serpent à plumes publient une splendide autobiographie de Johnny Marr, le guitariste emblématique des Smiths. Xavier Bellerose me propose de le rencontrer et de faire une interview un peu décalée, d’artiste à artiste, pour un magazine. Tout de suite j’y vois plein d’obstacles, je n’aurais pas le temps de (bien) lire la bio dans l’immédiat, ma connaissance de Johnny Marr se limite aux Smiths et reste assez superficielle si, dans l’idéal, il faut qu’il sorte de ce projet quelque chose de pertinent, et même si je lis et comprends couramment l’anglais, faute de le pratiquer mon parlé reste très aléatoire, bref bien que la proposition soit fameuse, lâchement, je la décline.
En terrasse du Café de Flore l’une des diseuses de bonne aventure, gitanes des Saintes-Maries-de-la-Mer qui arpentent le quartier depuis plus de vingt ans, me dit, en examinant mon visage, que j’ai l’air fatigué. Je ne lui dis pas que je l’ai mise dans 37, étoiles filantes et que dans mon roman Antonin Artaud met un contrat sur sa tête en raison d’une prédiction malheureuse.
Une très jolie fille habite au 4 de l’avenue de la sœur Rosalie, Paris XIII (mais, apparemment, elle boit trop de Coca Cola).

mardi 9 octobre 2018

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Writer’s life (3)
Dans le métro, voire dans Paris, soyons larges, on ne peut tenir que le journal de bord des gens qui vous surprennent parce qu’ils sentent bon.
Aux éditions du Seuil / La Martinière, des filles sortent d’un ascenseur et parlent d’une autre fille qui touchait 4% des ventes. Les filles sont tellement occupées que lorsque l’une me lance un regard j’ai la sensation de toucher 4% de leur conversation.
Au Flore, je suis à côté d’une actrice française qui dit à son agent : “Tu comprends, j’ai trente ans, il est temps que je pousse des portes.” Elle ne veut pas devenir groom d’hôtel mais rêve de cinéma indépendant (américain).
Philippe Zavriew me dit que 37, étoiles filantes est le prochain roman qu’il lira. Avant, il lui reste à finir un John Le Carré. Il me dit “ Un roman de John Carré, c’est un peu comme une histoire d’amour avec une jolie femme, quand tu reprends en plein milieu c’est pas grave si tu ne comprends pas, tu avances et tu te dis que ça reviendra, tu te raccrocheras aux wagons par la suite.”
Dans la cour de Penninghen, rue du Dragon, une fille tient le visage de son amoureux entre ses mains d’oiseau.
Je passe par le couloir à vœux de la rue Visconti, un rituel magique que j’ai inventé de toutes pièces il y a bien longtemps, et que j’ai mis dans 37, quand Alberto y entraîne Julia après avoir mendié en secret son amour, derrière les grandes vitres nuitées d’un restaurant de Montparnasse.
Je passe voir Zoé Ferdinand, rue Monsieur le Prince qui me fait essayer un prototype de sweat “L’amour fou”, collection femme mais elle va en confectionner un exemplaire unique, homme, pour moi. Zoé me dit : “Descartes aimait les filles qui louchaient, et toi tu aimes les filles prognates, avec la mâchoire un peu lourde.” Je trébuche en écrivant cette dernière phrase sur mes notes de téléphone pendant que je remonte le boulevard Raspail et me rattrape in extremis au regard d’une passante qui, après cette virgule, a déjà disparu.

dimanche 7 octobre 2018

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Writer’s life (2)
Dans le train Marina Dédéyan m’apprend que depuis quelques jours le cougar a disparu de la surface de la planète.
J’ai dédicacé un livre à une Léopoldine et Jean-Paul Delphino me raconte que Léopoldine est la fille de Don Pedro II du Brésil qui a créé une ville en hommage à sa fille, une ville amour, nommée Léopoldina.
“Si tu pars au Brésil, tu aimeras tellement que tu ne reviendras pas” me dit Jean-Paul. Je lui réponds : “Ce qui est beau dans le départ, c’est le retour.”
Je demande à Jean-Paul : “Alors pourquoi, toi, tu es revenu ?” Il me répond : “Je suis toujours là-bas. C’est ici que je suis en voyage.”
Une jolie fille m’apporte des gâteaux tout le temps, à la fin je devenais incapable de voir qu’elle était jolie tellement je ressemblais à un gâteau, les gâteaux ne souffrent pas devant la beauté, ils ne pensent à rien, un jour ils sortent de leur boîte et on les dévore.
Un type est venu me brancher pour un salon du livre où l’invité vedette est le fils d’Haroun Tazieff.
J’ai dansé une danse de 1984 sur une estrade lors d’un débat consacré à la rentrée littéraire (ni le smurf, ni le breakdance).
Il y a une fille qui avait l’air d’être allée courir. Après le temps perdu. Car elle portait des fuseaux (horaires).
J’ai mis un smoking pour la soirée du samedi mais ce n’était pas le smoking vu à Londres l’hiver dernier. Une veste Yves Saint-Laurent que je ne suis pas prêt de pouvoir m’offrir parce que je me suis fait éjecté du prix Giono et par la même occasion du joli chèque de 10000 euros offert au lauréat par la fondation Pierre Bergé.
J’ai mangé trois fois du suprême de volaille. Samedi midi, samedi soir, dimanche midi.
Dans le train du retour Mathieu (Ménégaux) nous apprend que tu ne peux pas embrasser ton propre coude. Alors que fais-tu si tu es coudophile ? demande Adeline (Fleury). Hé bien, tu embrasses les coudes des autres.
Un couple de lecteurs m’a parlé avec enthousiasme de “Le voyage près de chez moi” un livre que j’ai écrit en 2012, aujourd’hui introuvable.
J’ai vu les plus belles chevilles nues qu’une paire de baskets ait jamais étranglées.

vendredi 5 octobre 2018

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Writer’s life (1)

Un verre de vin qui me monte à la tête dans une librairie du boulevard Saint-Germain qui n’est même pas foutue d’avoir un seul livre de ma maison d’édition dans leurs étales de rentrée littéraire.
(L’un des trucs les + moches que je connaisse, avec la bêtise tout le temps : Le snobisme en littérature.)
Une conversation de cinq minutes avec Serge Moati à qui je dis : « Ne vous effacez pas trop vite ».
Une conversation de cinq minutes avec Clément Bénech sur les histoires d’amour.
Les jolies filles, seules et bouleversantes, du vendredi soir.
La rue Delambre où dans mon roman il y a une course-poursuite entre Alberto Giacometti et Jean-Paul Sartre.
La portion du boulevard Raspail que je préfère.
La mélancolie.
Un peu de fatigue aussi.
Et demain : Royat-Chamalières.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...