L’autre jour, en festival, un des auteurs invités s’est cassé une dent en croquant dans un Kouign-amann. Bon, je me suis bien cassé une dent il y a quelques années en croquant dans un Curly Wurly.
Journal de bord et réflexions d'un écrivain dans ce monde trouble, troublant, et troublé.
jeudi 31 mars 2022
211
Je dois dire qu’en ce moment, il n’y a pas que sur les Curly Wurly que je me casse les dents.
En interview, on me demande en quoi je suis un romantique. Je réponds : Facebook par exemple. À partir du moment où on me donne le choix entre un coeur et un pouce levé, je ne suis plus de ces personnes qui vont se contenter pour réagir d’un pouce levé.
Il y a des gens que je rencontre, je parle ici d’artistes notamment, et que je ne trouve pas du tout généreux. Je m’efforce de ne pas avoir à les recroiser. Est-ce qu’on a envie de perdre son temps avec des gens pas ou peu généreux ? Non, on n’a pas envie de les recroiser. Si malgré tout il le faut, je glisse dans les obligations, j’offre des sourires polis, mais je suis ailleurs, déjà ailleurs, je ne l’affiche pas mais il ne se passe rien.
Aux Franciscaines, à Deauville, l’exposition : « Vous êtes un arbre ». Ça alors ! Ils auraient pu exposer les planches originales de Fred (Bernard) pour Alcie. Au Printemps du livre de Montaigu l’année dernière, pour le concours Prix Ouest Jeunesse, nous avions donné avec Fred le thème : « Si j’étais un arbre », et ils auraient pu aussi diffuser pendant l’exposition ma chanson : « Le jeune homme changé en arbre ». Ce qu’ils ont réalisé avec le bâtiment des Franciscaines, leur idée de médiathèque/musée, lieu de culture et de vie, est vraiment très réussi, la restauration des vitraux sur les images de la vie de Saint François d’Assise notamment, et, à l’expo, il y a cette toile incroyable de Bonnard : L’amandier en fleurs, sa dernière oeuvre, impressionnante de vie, qui infuse en moi et que je retrouve tout simplement cette après-midi dans un pommier en fleurs, en traversant le jardin des Plantes.
mardi 29 mars 2022
210
Writerslife (210)
Au café Jeanne, à Nancy, cette fille fantastique avec un costume vert (pantalon et veste) et des Dr. Martens.
Conversation avec une amie sur les réseaux sociaux. Elle me dit s’être créée un compte Instagram et puis après deux ou trois semaines de pratique n’a été prise que de sentiments négatifs. Par exemple, elle a éprouvé de l’envie et un mélange d’échec et d’aigreur en voyant une de ses collègues poster des photos de vacances dans un hôtel et une destination qu’elle ne peut pas s’offrir. Résultat : elle a supprimé immédiatement son compte, n’ayant pas l’intention de se pourrir la vie en éprouvant ce genre de sentiments, ne faisant sans doute pas partie de ces millions de personnes masochistes.
À Binic, la plupart des élèves de CE1/CE2 des trois classes où je suis intervenu vendredi viennent me voir sur le festival avec leurs parents. Les parents d’une élève me disent : « Depuis hier, notre fille n’arrête pas d’écrire des histoires ». C’est chou !
Conversation très intéressante avec Olivier (Adam) sur la nécessité ou non - arrivé à un certain point - de se tourner vers un agent ou une agence littéraire.
J’achète à Claire (Le Roy) un sublime collage présent lors de son exposition au café librairie le Tagarin. Erwan voulait aussi l’acquérir. Quand il apprend que j’avais déjà jeté mon dévolu dessus la veille, il me le cède. Claire dit : «C’est dingue, vous avez les mêmes goûts ». Erwan rectifie : « On a tous les deux du goût, voilà ! »
J’ai (très) gentiment chahuté Jean-Claude Kauffman lors d’un débat avec Suzanna (Crossman) sur le baiser. Jean-Claude, qui est certes toujours très intéressant mais a du mal à lâcher le micro (j’en avais déjà fait l’expérience sur France Inter), parlait d’un point de vue sociologique des applications de rencontres, yada yada yada. J’ai dit : Ah, je suis certain que quand vous allez rentrer, dans le train vous allez avoir des tas de matchs à votre profil : « BG avec des belles moustaches qui sait un tas de trucs ». Grand silence de l’intéressé qui finit par dire d’un ton solennel : « Je ne vais pas rentrer par le train, je suis le local de l’étape ! »
jeudi 24 mars 2022
209
En sortant de la supérette, une fille que j’avais déjà remarquée à l’intérieur, m’a demandé la direction du centre ville. Elle avait acheté un pack d’eau (Evian, un litre) et une paire de collants. Une longue natte de cheveux noirs, des petits yeux noirs mobiles, une grande beauté.
À Nancy, ils ont drapé la statue de Stanislas du drapeau ukrainien, plus tôt dans la journée en allant vers la Gare de l’Est une inscription sur le pavé parisien : Srebrenica 1995.
J’ai fait travailler les classes de collège que j’ai sur le projet de correspondance écrite entre des résidences autonomie et des collèges, projet initié et encadré par Le livre sur la Place, sur les valeurs morales qui nous définissent et éclairent nos choix. Quand Krystal (13 ans) a dit à Inès qu’elle la trouvait courageuse, que le courage était la valeur qui définissait le mieux sa camarade, et que Inès a rougi, a paru surprise et touchée, est un moment que je garderai longtemps avec moi.
Pas mal de déceptions et d’insatisfaction(s) en ce moment, il faut que je trouve des solutions pour avancer.
Dans le métro un jeune type vénère dit à sa copine en parlant d’un autre type (qui est la cause de sa vénéritude) : “Tout ce qu’il sait faire, c’est jouer trois accords sur sa guitare, et c’est ça qui m’a agacé ! J’avais envie de lui dire : Ferme ta gueule Francis Cabrel !” Je me permets d’intervenir en disant : “Pardonnez-moi mais je connais personnellement Francis Cabrel, et en fait il connaît + de trois accords de guitare.”
mardi 22 mars 2022
208
Writer’s life (208)
Au salon du livre de Bondues, Dominique me parle de mes writerslife et m’encourage à les reprendre/poursuivre. Dans le métro les gens ont l’air crevé, deux ans de pandémie puis la guerre en Europe et la confrontation permanente avec la brutalité. J’essaie tant bien que mal de continuer à faire du surf, dans la ligne 6 et dans la vie (vague de regrets (les plus petites), vagues de hauts le coeur, vagues de sentiments et d’émotions, de souvenirs et d’apparitions). Très beau salon du livre de Bondues, logé dans un hôtel avec vue sur l’aérodrome ; joie de revoir Jérôme, Jean-François et Franck du Furet du Nord, l’amitié avec Jérôme depuis La Griffe Noire ; la campagne du nord et les maisons en brique, panorama intime, le décor de mes vacances d’enfant en Belgique qui me remplissent d’une sorte de mélancolie vivifiante (et aussi, bien sûr, de l’inaltérable tristesse des paradis perdus)
Dans le train du retour, conversation très intéressante avec Silvana : elle me dit que pour un artiste il y a trois étapes de rencontres : la personne qui va te découvrir, la personne qui va te stabiliser, et la personne qui va te faire émerger. Selon Silvana, ce sont trois personnes différentes.
J’achète chez Smith & Sons (anciennement W.H. Smith) rue de Rivoli le Journal de Patricia Highsmith. J’ouvre une page au hasard, la première phrase sur laquelle je tombe est : “As long as beautiful women exist, who can be really depressed?”
samedi 5 mars 2022
207
Ma mère est née en 1926, à Liège. Elle a donc à peine quatorze ans quand les nazis décident de déverser leurs bombes sur sa tête puis d’envahir la Belgique. De la guerre, elle ne m’a pas raconté grand chose, à part l’exode vers la France (sous les bombes), et que c’était atroce et qu’elle en gardait à jamais le dégoût et l’effroi des sirènes d’alerte, mais je crois qu’elle avait un tempérament à franchir les épreuves les plus dures, un tempérament que j’ai donné à la mère de Tommy Bratford dans les Jonquilles de Green Park, mon roman qui se passe aussi en 1940. J’y ai ajouté également un souvenir personnel. Des souvenirs de cette période, il y en a un qui faisait bien rire ma mère et ses trois soeurs. Après les déjeuners de famille dans la maison de Gibecq, pendant que les hommes étaient au salon, fumant des cigarettes, essayant de se raconter des trucs sans rien avoir en commun, le petit garçon que j’étais restait dans la cuisine avec les quatre filles, ma mère et ses trois soeurs, et aidait à essuyer la vaisselle en évoluant dans leur compagnie. Pour se taper des barres de rires, elles n’arrêtaient pas de se remémorer une chose : pendant les bombardements intempestifs des nazis, quand il fallait descendre se protéger, une de mes tantes passait toujours sa tête dans la cave du voisin l’estimant plus solide, mieux à même de parer les obus. Juste la tête, le corps restant dans l’autre partie des caves. À chaque fois ce souvenir faisait rire les quatre sœurs. Évidemment j’ai mis cette anecdote dans Les jonquilles de Green Park. J’essaye toujours que mes livres soient le plus intime possible, j’y égrène (dissémine sans doute par pudeur) des sentiments et des souvenirs. C’est ça qui en fait, sinon des livres valeureux, du moins de la valeur à mes yeux.
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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...