mardi 26 avril 2022

216

 Writer’s life (216)

Cette haute fille au pull nuage qui est descendu dans la campagne de Meuse TGV. Win Wenders fait des films pour moins que ça.
Hey Monsieur Gallimard, c’est bien joli de publier la correspondance de François Truffaut avec des écrivains, mais ce qui nous intéresse vraiment c’est sa correspondance amoureuse.
Dans un festival du livre deux médecins (qui publient des livres) se foutent de moi parce que je porte un masque. « Ça ne protège que les hypocondriaques, voire ça protège encore mieux les paranoïaques ! ». Ok, les gars. Je les ai écoutés se gausser et ne leur ai pas fait le plaisir de me démasquer devant eux. De toute façon, il n’y a que dans mes romans que j’avance à visage découvert.
J’alpague Baptiste (Beaulieu) parce que je suis patraque depuis trois semaines, calculs rénaux et lymphocytes en fuite pour parler de manière truffaldienne. Baptiste regarde mes analyses de sang entre deux dédicaces de ses romans et me rassure, ce qui me redonne un shoot de bien être et d’adrénaline. Baptiste me sauve la vie car planning encore bien intense, aux quatre coins de la France, pour les deux prochains mois.
J’affine des textes de chansons et fais des premiers essais de voix. Pas mal de trucs en cours, il faut aussi que je trouve un deal éditorial pour le projet d’album jeunesse que j’ai envoyé à Fred.
Les annonces dans les trains pour dire qu’ils avancent à vitesse réduite, chaque fois j’ai l’impression que c’est un commentaire personnel, je voudrais que ça aille + vite, que mon travail reçoive + d’impact, + d’éclat, + d’immédiateté + de rayonnement mais toujours l’impression d’avancer à vitesse réduite.

jeudi 21 avril 2022

215

 L’innombrable et singulière beauté de cette fille qui déambule à 13h30 rue de Rivoli, ses pointes de cheveux de la même couleur que celles des grilles qui mènent à la cour carrée du Louvre.

Je rachète pour la énième fois Les Vagues de Virginia Woolf en poche dans la traduction de Marguerite Yourcenar, pour affronter les transports, les rues, et toutes ces sensations, ces fragments de jambes et de visages qui s’offrent au beau soleil de printemps.
L’autre jour dans une rencontre (littéraire) le modérateur me demande quelles sont les injonctions de mon personnage. Il avait posé la même question aux deux autrices invitées qui y avaient d’ailleurs répondu au sujet de leurs héroïnes de manière très professionnelle. Puis est arrivé mon tour et je n’ai pas osé dire que je ne comprenais pas la question, tellement aussi il me semblait être entouré de professionnels. Je ne savais pas du tout ce que cachait ce mot : injonction. J’ai bredouillé un : en fait mon héros ne répond à aucune injonction, c’est juste qu’il tombe sur une fille dans une fête, il est fasciné par son visage, sa présence, et le roman dure tant que cette fascination dure.
Autre chose dans les rencontres avec « L’âge des amours égoïstes », on me demande souvent de me positionner sur une nouvelle masculinité à l’heure de l’apogée du roman féministe. Là encore, je bredouille : Nouvelle masculinité ? Hum. déjà que je ne me retrouvais pas forcément dans l’ancienne, alors la nouvelle…
Passé le week-end de Pâques à écrire un album jeunesse dont le héros est un renard. D’après un dessin de Fred. Je lui ai envoyé mon texte.
Croisé Mathilde en coup de vent, boulevard Raspail. Elle m’envoie peu après un message très doux : « Tu avais l’air perdu dans tes pensées, j’espère qu’elles ne sont pas nuageuses ». Je lui réponds que je connais tellement le quartier que la seule façon de me perdre, c’est dans mes pensées.

mardi 12 avril 2022

213

 Avec Mélanie (Isaac) on se remémore des mots de patois wallon. Elle me parle du mot : grandiveu pour dire que quelqu’un se la raconte. Je jubile et lui dis : « Mais tu n’imagines pas le nombre de types que je rencontre qui se la racontent, c’est génial, je vais l’employer tout le temps. Il est grandiveu celui-là ! »

À Metz, lors d’une rencontre en public, Maria (Pourchet) explique que quand elle a sorti son premier roman et que inconnue pas grand monde ne venait la voir en dédicace, un auteur qui attirait beaucoup de public lui a donné ce conseil : « Si tu veux que ça fonctionne, il faut faire comme Houellebecq dans ses livres, tu mets une fellation toutes les dix pages ! ». Quand ce fut mon tour de prendre la parole j’ai dit au public que je comprenais maintenant pourquoi mon dernier roman a bien moins de succès que celui de Houellebecq sorti le même jour.
Au Gaya, rue Saint-Simon à Paris, réception en l’honneur de Valérie (Tong-Cuong) qui reçoit l’ordre de Chevalier des Arts et des Lettres. Valérie a fait un très beau discours dans lequel elle a dit : « Écrire comme un besoin de comprendre la violence du monde ». J’ai trouvé ça magnifique. C’est là où réside le courage de Valérie, et son intelligence. Moi je dirais que je n’écris pas pour comprendre la violence du monde. Au mieux pour la guérir, mais surtout pour la fuir.
Vu Philippe (Jaenada) dont j’apprécie toujours les remarques lapidaires, sensées et bienveillantes. Il me dit :« Jérôme, il est temps que tu sois pragmatique ».
Comme chaque printemps c’est le temps de la soirée du Prix de la Closerie des Lilas. Jessica m’y invite toujours. Joie d’y revoir de nombreuses amies (le féminin l’emporte, d’autant plus pour ce prix) démasquées, même si moi je porte toujours mon masque. Depuis toujours, souvent pour avancer.

jeudi 7 avril 2022

212

 Lorraine (Fouchet), dans sa grande et habituelle générosité conseille à ses lectrices d’acheter mon dernier roman. L’une d’entre elles lui rétorque : «Je viens vous voir vous car vos livres m’emmènent toujours au bord de la mer. » Lorraine la regarde et lui dit : « Peut-être, mais Jérôme vous emmènera au bord de l’amour ! »

Après un début remarqué, prometteur et fracassant, en janvier dans la liste du prix littéraire RTL/LIRE, L’âge des amours égoïstes a été boudé de façon spectaculaire (pour moi) de toutes les listes de printemps. Ce qui me rend, me laisse, assez perplexe.
L’autre jour, dans un festival, je vais voir un auteur que j’aime beaucoup pour lui dire combien j’ai trouvé un de ses livres magique. À peine s’il me formule un merci pour aussitôt me dire en désignant ses livres de la main : « Eh bien la suite est là ! ». Hum ! En fait, je me doute bien qu’il y a une suite à ce livre qui remonte à plusieurs années. Sur le moment, je n’ai pas du tout envie qu’il me dise « Eh bien la suite est là ». Je suis peut-être trop sensible, mais franchement je n’aurais jamais réagi comme ça. Peut-être aussi que la civilisation est ne pas juger les autres à l’aune des réactions que vous auriez eues à leur place ? Quoiqu’il en soit, je n’ai pas aimé ce moment, je m’en serais bien passé.
Printemps du livre de Montaigu exceptionnel, beaucoup de dédicaces en adulte et jeunesse. Il y avait une fille qui faisait la sécurité et qui était toute mignonne, elle se caillait à rester dehors à son poste qui consistait à n’ouvrir le passage qu’aux personnes munies d’un badge, alors j’ai fait le projet de lui apporter du café et des shoko-bons. Et puis je n’ai pas eu une seconde à moi de tout le samedi, beaucoup de monde, lectrices et lecteurs, et quand j’ai voulu lui apporter des shoko-bons le dimanche matin elle avait été remplacée par un type. En rentrant à Paris, j’ai appris qu’il y avait un souci avec les shoko-bons de Kinder, qu’on les retirait de la vente pour des mesures sanitaires. Alors, en quelque sorte, je me suis dit que j’avais peut-être sauvé la vie de cette fille. Sans qu’elle ne le sache jamais.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...