lundi 30 mai 2022

220

 Writer’s life (220)

La vitalité et le bénéfice de Victor Hugo c’est que son oeuvre offre toujours un réservoir inépuisable de phrases à emprunter pour les mettre dans le discours de l’adjoint à la culture ou du maire de la ville qui reçoit des autrices et des auteurs en dédicace.
Dans le train en face de moi, une fille a ouvert un Tupperware et à l’intérieur il y avait une quantité impressionnante de framboises et de mûres qu’elle s’est mise à picorer jusqu’à Rennes.
L’enthousiasme vivifiant des libraires. Frédéric (Leplat) me dit : « J’ai vendu 10 exemplaires de J’aurais voulu être un Beatles, tu imagines si 3000 librairies dans toute la France ont fait comme moi !». Frédéric me montre un passage du nouveau livre de Abdourahman A.Waberi qui lui a fait fortement et instantanément penser à moi : «Quand une idée me trottait dans la tête des semaines, je savais qu’elle méritait une petite niche dans mes friches nocturnes. À présent je sais qu’en me mettant à noircir des papiers je cherchais le terrain où poser la maison de mes rêves. J’élaborais des récits pour me rendre riche de tout ce dont on ne peut se passer. Tout ce dont j’étais orphelin. »
Dans mes déplacements, on me parle beaucoup de mes writerslife, du souhait de les voir réunis un jour dans un livre. Je réponds que c’est juste une question de notoriété, de visibilité, de pouvoir, plus que de substance. Par exemple si j’étais Sylvain Tesson ça serait en librairie demain. Pour le moment, ça n’arrive pas.
Il y avait une file extraordinaire du fait que dès qu’elle se déplaçait le soleil la suivait. Où qu’elle fut allée s’asseoir. Elle lisait un livre et je crevais d’envie d’en connaître le titre mais je n’ai pas une assez bonne vue. Sortir mes lunettes m’aurait trahi, enfin elle aurait crû que je m’intéressais à sa beauté alors que cette information était déjà passée, saisie, je veux dire je n’avais pas besoin de la regarder à nouveau pour savoir ça, donc je n’ai pas réussi à identifier ce qu’elle lisait, alors pour ne pas être trop déprimé j’ai commencé à écrire une chanson qui porte pour titre : «Le soleil ne la quittait pas ».

lundi 23 mai 2022

219

 Writer’s life (219)

Je suis toujours au spectacle dans la vie, notamment pour ceci : il y a des personnes que vous rencontrez et tout est fluide, beau, et doux. Vous avez l’impression de les connaître depuis toujours, vous voudriez les connaître encore. Et d’autres personnes que vous évitez (avec souplesse) tant vous les trouvez bêcheuses ou si peu aptes à entrer dans le moment comme on entre dans l’eau certainement, du regard puis aux genoux, à la taille, en entier.
Un type s’exclame en avançant vers mon stand de dédicaces : « Oh ! Le petit éloge du baiser ! Mais il devrait y avoir la foule ici ! » Bien d’accord avec lui.
Ce que je préfère avec les livres jeunesse c’est quand une petite fille arrive, porte son dévolu sur un des livres et commence à sortir son petit porte-monnaie pour se l’offrir avec son argent de poche. Coeur fendu de mignonnerie.
Les trucs marrants des derniers festivals du printemps : l’auteur à succès qui prend les ascenseurs d’hôtel pour des baisodromes, le salarié d’une maison d’éditions qui ne dit bonjour à personne excepté à ses autrices et auteurs (ah ah ah, priceless !)
Dans un train du retour, cinq heures trente de voyage (retards compris). Du début jusqu’à la fin, une autrice et un auteur n’ont pas arrêté de bavarder, très fort, sans interruption, pas l’once d’un silence qui m’aurait fait l’effet d’une prairie. Sans le souci de personne et enchaînant les clichés sur tous les sujets possibles, les vanités d’usage sur leurs livres et l’édition. Ça en devenait presque fascinant. Mais, comment lire leurs romans après ça ?
Bar d’extérieur. À une table de celle où je me trouve avec des amies, une fille assise, de dos, cou et chevelure (rousse) extraordinaires. Jeanne Hébuterne chez Modigliani, avec cependant les cheveux relevés en chignon pour permettre la perspective sur la finesse du cou. Petit haut noir brodé, bras nus. J’ai acquiescé à tout ce qui se racontait à table, tout mon être totalement accaparé par ce dos et ce cou, à l’image de ces insectes verts qui se posent sur vous et n’en décollent pas, voudraient rester là pour toujours, et que l’on nomme pourtant : éphémères.

jeudi 19 mai 2022

218

 Très bon travail avec Pierre des éditions « Le Mot et le reste » sur les corrections du livre qui sort en septembre. À un moment, j’ai écrit dans un dialogue : « Ceux qui s’épousent font une sorte de noeud au mouchoir du temps ». Et Pierre note en commentaire dans la marge : « Un peu trop imagé pour une discussion entre copines ? » Je lui réponds : « Mais, voyons… toutes mes copines parlent comme ça ! »

Très heureux du résultat final, grâce à Pierre j’ai réussi à intégrer tout ce qui m’importait, auquel j’étais prêt à renoncer parce que je ne trouvais pas la place adéquate dans le texte. Partir maintenant sur un nouveau roman. J’aimerais bien trouver un deal pour la rentrée d’août 2023 ou de janvier 2024. Et aussi un deal qui parallèlement aux romans adultes, me fasse faire davantage de jeunesse. Déjà amorcé quelques pistes.
L’autre jour, pendant la balade littéraire en bus pour le salon du livre de Paris, j’aurais aimé lire un extrait du Liseur du 6h27 de Jean-Paul (Didierlaurent) et puis c’est passé si vite. Le week-end dernier, j’ai parlé de Jean-Paul avec Lise (Chasteloux) et Akli (Tadjer); Akli évoque les longues balades à pied que nous faisions à Vannes, chaque été, pendant les nocturnes littéraires. Promenades à converser sans relâche et sans effort de chercher à nourrir la conversation. C’est ça l’amitié, me dit Akli.
Interview avec François (Alquier). Il commence par : « Tu es réputé pour être un auteur de chansons littéraires » Je surjoue l’étonnement : « Ah bon ? Je croyais que j’étais réputé pour être un auteur de bonnes chansons ! »
Zelda me dit : «Hier soir je me suis fait draguée par tous les types présents à la soirée. » Je lui demande : « Quel âge ? » « La soixantaine… » Devant mon air perplexe, Zelda ajoute : « Oh, tu sais en vieillissant, ça devient raisonnable.»
Je sais bien que ce n’est pas forcément incompatible mais je préfère quand même : les romans qui ont du souffle à ceux qui tiennent en haleine.
En attendant, rue Champollion le Q du quartier a le Q qui tombe.

mercredi 11 mai 2022

217

 Ce serait bien qu’il y ait chaque année un mercato des autrices et des auteurs comme il y en a un pour les footballeurs. Il y aurait le You’ll never walk alone puis des stades entiers qui se mettraient à lire. Bon, déjà, s’il y avait comme pour les musiciens, un droit à l’intermittence, ce serait une avancée considérable. Une avancée considérable sur le rien.

Toujours sur les routes pour « L’âge des amours égoïstes ». Depuis sa sortie, peu de récompenses visibles pour mon roman, mais si l’on voit les choses dans une optique dylanienne, je suppose que la récompense c’est la route.
J’ai entendu une fille dire à une autre à propos d’une troisième : «Elle a l’envergure d’une DRH, c’est à dire d’une menteuse manipulatrice ». Je ne sais pas du tout pourquoi cette phrase m’a marqué et pour quelle raison j’ai eu envie de la noter. L’impact de la fille plutôt que celui de la phrase. En tout cas, pas pour la mettre dans un livre. Je pense qu’on commence à devenir une autrice ou un auteur quand on arrive à identifier les phrases (et les gens) qu’on n’a pas du tout envie de mettre dans ses livres.
L’autre jour, à une table du restaurant où nous dinions à plusieurs, une fille aux cheveux extraordinaires. Chaque fois qu’il y a une fille aux cheveux extraordinaires, je me love dans un état de sidération et laisse les personnes autour de moi se perdre dans des conversations échevelées. Sandra me dit : « C’est un reste de soirée, un reste de préparation, c’est là où les cheveux sont les plus beaux. Le lendemain. Tu te remaquilles, mais tes cheveux restent pareil. »
Travail sur les dernières retouches du livre qui sort fin septembre. Je fais le deuil de certaines idées qui m’animent, certaines phrases, pour ne pas leur trouver une place artificielle. Je pourrais toujours ajouter des tas de choses à des livres. Problématique de peintre. Il y a une date butoir qui fixe l’histoire et c’est tant mieux. Comme dans une histoire d’amour, souvent.

266

Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...