jeudi 22 septembre 2022

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 Writerslife (229)

Sortie de mon nouveau livre un 22 septembre, jour où mon père disparaissait (il y a 19 ans). Ayant rendez-vous dans le 15ème j’ai essayé de retrouver un immeuble où un de ses collègues de Roissy Charles de Gaulle habitait, rue de Lourmel, et chez qui nous allions déjeuner de temps à autre le dimanche. Pas retrouvé l’immeuble en question.
Traversé le 15ème et le 7ème : population assez étrange de filles très jolies et d’individus parfaitement louches (Bon, une impression que je peux avoir aussi dans un dîner)
Je crois, au cours d’une journée, être à la recherche constante de moments poétiques. Or (oh, j’ai envie d’écrire : hors) il y en a très peu dans une journée. Très peu de personnes vous en proposent, ou les permettent. Mais c’est comme ces journées où vous êtes à la recherche d’une certaine vitesse alors que tout semble conspirer à vous freiner, à freiner vos élans, ou votre vision du moment. Un moment poétique serait comme une vitesse qui ne connait pas le désagrément du passage. Encore une fois, il y a très peu de possibilités d’en vivre dans une journée. Alors il faut les forcer. Et quand je dis que je les force, il est question de circonstances et jamais de personnes. On peut forcer des circonstances, alors que forcer quiconque m’a toujours paru le comble de la vulgarité, et parfaitement inutile de toute manière. Inutile comme toute violence. Je crois que, fondamentalement, j’essaie de trouver des instants poétiques, dans une soirée, dans la rue, dans des parcours obligés qu’un emploi du temps me propose, et parfois j’assiste à des trucs vraiment gonflants ou artificiels mais c’est parce que j’ai l’espoir ou que je sais que, secrètement, je vais pouvoir y fomenter ou y déployer le champ (ah, j’ai envie d’écrire le chant) d’un moment poétique. Il n’y a que les moments poétiques qui surgissent (rares) ou qu’il est possible de créer (un peu moins rares) qui donnent à l’existence sa densité sa saveur.

lundi 12 septembre 2022

228

 Writerslife (228)

Portes ouvertes à l’école Les Mots. Toujours un bonheur de s’y rendre et d’y proposer des ateliers d’écriture.
J’avais déjà testé en littérature générale, l’autrice ou l’auteur relou(e) assis(e) à côté de moi qui est un vrai camelot et met ses livres dans les mains des gens les forçant à l’achat. Récemment en festival, j’ai pu pour la première fois tester la chose dans la section jeunesse. C’est plutôt bien pire car le mec a mis ses livres dans les mains de tous les enfants qui passaient, forçant les parents à sortir leur porte-monnaie. Si bien qu’à un moment une jeune femme dont les deux bambins s’étaient retrouvés avec des livres en main a demandé à l’auteur en question : «Mais vous êtes commercial ou vous êtes écrivain ? » Le mec ne s’est pas démonté, et a répondu du tac au tac : « Un peu des deux ! Ça se vend un livre, non ? » Dans un sens, il doit avoir raison, du moins en terme d’efficacité car opérant de la sorte il a beaucoup vendu (et en était très satisfait).
Marianne Faithfull à propos de Nico : « Ce que j’ai en commun avec Nico c’est la compréhension de sa frustration furieuse à ne pas être reconnue ».
Je pense que dans la société actuelle : si vous êtes discret ou trop sensible vous n’aurez peut-être pas les faveurs des médias mais au moins celles des êtres qui peuvent être touchés par votre travail, ce qui est déjà bien sans doute. Le problème c’est qu’il y a toujours des personnes qui ne soupçonnent pas que vous écrivez des choses qui pourraient les toucher, et si vous n’avez pas accès aux médias, la rencontre prendra du temps, ne se fera peut-être pas.

dimanche 11 septembre 2022

227

 Rivé au direct de France 2 puis jusque tard dans la nuit ai écouté la BBC Londres, le speaker avait ouvert l’antenne aux anonymes qui avaient rencontré une fois la reine et en conservaient une anecdote, une impression, un souvenir à partager. Des témoignages qui se bousculaient au standard, ponctués de chansons comme « Imagine » de John Lennon. Il y a quelques années, chaque fois que je me trouvais à Londres, il y avait un poste de radio Roberts dans une chambre d’hôtel. Alors, pour me sentir un peu à Londres, j’en ai acheté un en rentrant, et c’est sur ce poste que j’ai écouté l’émission. Le speaker a parlé de sa propre rencontre avec la reine, durant laquelle elle lui a confié que la radio était pour elle une source de chaleur et de puissance, qu’elle lui avait permis de tenir le coup, isolée avec sa mère dans une pièce du palais alors que les nazis déversaient leurs bombes sur Londres.

Échangé avec Lorraine, sa mère est née en 1926, comme Elizabeth II. La mienne aussi. 1926, l’année des reines, celle qui a porté une couronne et celles qui n’ont pas eu besoin de couronne pour être reines.
Il y a quelque chose d’irréel à basculer dans un monde où il n’y a plus de reine d’Angleterre - quand on n’a connu qu’elle - de la même manière que huit ans après sa mort il est pour moi toujours irréel de vivre dans un monde où ma mère a disparu.
J’ai très envie de me remettre au piano. J’ai passé tout l’été à écrire (un roman) et n’ai pas pu toucher une seule fois au piano, comme si écrire englobait le fait de jouer, ou comme si écrire n’admettait pas autre chose.
Le train du soir rempli de femmes seules à la beauté et au style légèrement surranés - Marie-France Pisier chez Truffaut.

vendredi 9 septembre 2022

226

 Je comprends les personnes qui ressentent la mort de la Reine d’Angleterre comme la fin d’un monde. Hier soir, c’est comme si la pomme du monde avait été coupée en deux à partir de cet instant précis, comme les moitiés de pomme sur les disques des Beatles.

McCartney dans « Her Majesty » (la chanson la + courte des Beatles, un souvenir de Paul qui enfant en 1953 avait gagné un concours d’écolier en écrivant un texte sur le couronnement de la jeune reine) dit : « Her Majesty is a pretty nice girl but she doesn’t have a lot to say ». Ce qui était frappant avec Elizabeth II c’est que sur le peu qu’elle disait, tout faisait sens. Il n’y avait pas de parole inutile. Pas de pathos dégoulinant, de démonstration de vanité, de supériorité ou de leçon de morale comme il peut y en avoir dans nombre de discours, mais son peu de mots reconnectait toujours avec une histoire, un inconscient collectif, un sentiment puissant. Elle savait faire signe de chaque mot. Ainsi dans son discours pendant la période la + dure de la Covid, quand elle dit : « We’ll meet again », est un message fort qui fait référence directement à la seconde guerre mondiale et à la chanson de Vera Lynn : « We’ll meet again ». Une des chansons les plus célèbres de l’époque en Angleterre. Une chanson qui, en 1942, diffuse un message d’espoir, annonce une victoire malgré les pertes et au bout des efforts. Face à la Covid, la Reine envoie ce message d’unité comme en temps de guerre, par ses simples mots et ce qu’ils font resurgir en mémoire : « We’ll meet again. » Vera Lynn est morte le 18 juin 2020 à 103 ans. En France, peu la connaissent, peu s’en soucient, mais j’ai beaucoup écouté une de ses chansons, pas « We’ll meet again » mais une autre de la période de la seconde guerre mondiale en écrivant mon roman : « Les jonquilles de Green Park ». La chanson : « The white cliffs of Dover ». Pour mon dernier chapitre, celui où le héros revient chaque année dans Green Park à la saison des jonquilles, dans l’espoir de revoir Mila, ne sachant pas si elle est vivante ou morte, espérant toujours…En écrivant ce chapitre, j’écoutais en boucle la chansons des falaises blanches de Douvre, j’avais les larmes aux yeux en écrivant et en écoutant la chanson de manière incessante. Je n’écoute pratiquement jamais de musique en écrivant car, dans l’idéal, l’écriture a sa propre musique, j’en suis persuadé et j’en ai fait d’ailleurs un sujet d’atelier d’écriture à l’école Les Mots, mais parfois dans certaines situations, une musique permet d’entrer dans l’état d’esprit d’un texte, de faire naître des mots, comme lorsqu’il m’arrive parfois sur des chansons de travailler sur une musique en essayant d’y faire surgir des images ou quelque chose d’intéressant (à mon goût). Pour la fin des Jonquilles de Green Park, j’écoutais la chanson de Vera Lynn comme un possédé. J’essayais de faire corps avec tout cet espoir insufflé par un pays, une future et jeune Reine, une chanson.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...