jeudi 9 octobre 2025

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets de romans et tombe en page d’ouverture sur la photo d’un auteur réellement imbuvable, véritable opportuniste, faux sympa comme pas deux, ce qui me décourage totalement de soumettre (si je puis dire) mon travail à la maison d’édition qui le glorifie, comme quoi, je suis une petite nature. Taylor Swift se fait défoncer pour un album qui, sans atteindre les sommets de « Folklore » n’est pas forcément moins bon que « Midnights » par exemple. Mais son art du teasing créé tellement d’attentes que le revers induit qu’il produise de la déception. L'article du New Yorker qui fait état de son bonheur avec son futur mari m’interpelle car il questionne : Est-ce qu’on a besoin d’être malheureux pour écrire de bonnes chansons ? Je pense que si vous vous posez ce genre de question vous n’êtes pas natif de ce pays qui s’appelle mélancolie. Ça me fait penser à cette anecdote : dans les ateliers de songwriting que je donne, parfois à la carte, un chanteur voulait travailler sous ma dictature (éclairée) et au premier rendez-vous il me dit : « J’ai besoin de retrouver l’inspiration. Je suis heureux avec ma copine, je n’arrive plus à écrire ». J’étais tenté de lui répondre : « Ah, vous venez de vous rencontrer ? » . Pour répondre à la question posée par le New Yorker, je dirais que la souffrance amoureuse n’a pas besoin d’être vécue dans l’instant pour créer de grandes chansons. On peut se souvenir de l’avoir endurée, l’observer ailleurs, l’imaginer pour demain, la ressentir par empathie ou, quand on est sensible, on peut souffrir en permanence, d’un rien. D’une histoire qu’on ne peut pas vivre sur le moment, d’un amour qui reste toujours à l’état de possible. On peut souffrir d’appréhender la perte, d’être momentanément fantôme à ses propres désirs, souffrir d’une émotion trop grande ou d’une chose aperçue qui vous retourne le coeur. Dans la chanson « Quand on a trop de coeur », le texte que j’ai écrit dans le dernier album de Florent Pagny, il y a cette idée exprimée, et aussi mise en pratique parce que quand je parle du « chevreuil épuisé dans les décombres », je me souviens exactement du moment : je suis dans un train qui traverse une ville de banlieue, une sorte de friche industrielle, et tout à coup je vois un chevreuil qui erre, je me demande : Qu’est-ce qu’il fait là ? Dans ce no man’s land urbain ? Et de cette vision, confronté à mon impuissance, je ressens une souffrance cuisante, trop grande pour moi, et qui ne peut se glisser que quelque part : dans un roman ou en l’occurence : dans une chanson. Je ne peux pas garder cette vision qui m’a produit une déflagration de souffrance pour moi seul. Et donc, ça arrive tout droit dans la chanson : « Quand on a trop de coeur / on voit toujours du train / le chevreuil épuisé / passer dans les décombres. » Donc je pense que même si on est heureux en amour - ce dont on n’est jamais à l’abri, par intervalles - on peu ressentir quelque chose de l’ordre de la souffrance qui nous exhorte à la création. Enfin, pour moi, ça arrive tous les jours. 



#writerslife


#writerslife 

dimanche 5 octobre 2025

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Je suis quand même (un peu) lu ici, parce qu’à chaque festival du livre, j’ai deux ou trois personnes qui me demandent : Quand reprennent les writer’s Life ?  J’ai encore retouché l’un des deux romans avec lesquels je démarche, Florence (B) m’enguirlande (avec bienveillance) parce que je n’envoie pas mes textes à suffisamment de personnes, c’est vrai que j’accumule les cartes de visite, les numéros de téléphone et les recommandations à chaque salon du livre ou déplacement, puis une fois rentré je laisse les choses en suspens, j’attends une évidence, une rencontre, enfin, une maison qui comprenne ce que je fais et ce que je veux faire, comme me l’a écrit Gwenaële (R) ce week-end : « je te souhaite de trouver une maison où le nom de maison ne sera pas usurpé. » À Livres en Vignes, j’ai discuté avec Alexis Salatko qui me dit : « Ce qu’on attend n’arrive jamais. Ce qu’on rêve, n’arrive jamais. Mais d’autres choses arrivent. Qui sont très bien aussi. » J’ai trouvé ce point de vue, validé par son expérience de la vie, assez pessimiste. Cependant, avec ma propre expérience,  je ne serai pas aussi catégorique. Ça me fait penser à F. qui au sujet d’un de ses amis, amoureux transi d’une fille, éconduit pendant des mois voire des années, et qui avait fini par la conquérir à force d’acharnement, ce avant qu’elle ne se révèle tyrannique à vivre, avait déclaré : « Tout finit par arriver. Malheureusement. »

L’élégance ne fait pas le trottoir. Dans la rue, un type qui parle très fort, dit à la personne qui l’accompagne : « En tant que papa, mon père ça a été un papa de rêve ; en tant que mari y a pas eu plus gros enculé sur terre. »

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...