J’ai appris la disparition de Maggie Doyle, qui a longtemps dirigé le domaine étranger de chez Robert Laffont. J’aurais aimé mieux la connaître. Elle alliait l’élégance et l’enthousiasme, aussi cette manière d’être et ce charme unique des irlandais ou des anglo-saxons qui sont venus vivre et travailler en France. Grâce à elle notamment, j’avais pu parler de Salinger en présence de son fils, Matt Salinger, lors d’une rencontre avec des collégiens. On s’était très bien entendu, Matt et moi, à parler création et littérature aux élèves. Maggie continuait à me suivre sur Facebook, présence discrète et attentive, toujours très chaleureuse à mon égard. C’est aussi une période chez Robert Laffont où je me sentais vraiment soutenu en tant qu’auteur par sa maison d’édition, valorisé notamment grâce à toute l’équipe, par la suite, ça a volé en éclats et ma situation, si je puis dire, s’est franchement détériorée. J’ai donc filé - à l’anglaise. Dans toute situation, quand vous sentez qu’il n’y a plus de désir pour vous, faut se casser le plus vite possible. Hier après-midi, j’ai assisté aux Franciscaines à une rencontre avec Siri Hustvedt pour son livre : Ghost Stories. Tout de suite je ne sais pas pourquoi j’ai eu envie de faire le lien avec Maggie Doyle. Une affaire d’élégance. L’intensité et l’intelligence (de + en + rare en ce monde) avec laquelle Siri s’exprimait. J’ai aimé la façon dont elle a balayé une question lourdingue d’une personne du public qui insistait sur la portée féministe du livre. Pas cette fois, a répondu Siri, c’est vraiment un livre sur le « nous », notre vie ensemble Paul (Auster) et moi. Le type qui menait l’entretien et qui, paraît-il, est une sommité, était vraiment une tannée.Il a commencé en louant la couverture du livre et en disant, je cite ses mots exacts : « Une couverture absolument sublime. Parfois il y a des livres immondes dans les librairies, après on se demande pourquoi ça marche pas…Y a des couvertures atroces ! ». Stupéfait, j’ai laissé échapper -assez fort - : « N’importe quoi ! » et mes voisins proches ont approuvé ma réaction. Après, le mec a poursuivi en disant : « Siri Hustvedt a été marié avec Paul Auster que tout le monde connait, je ne vais pas le présenter » hé bien si, il ya peut-être des gens dans la salle qui ne le connaissent pas… Le snobisme en littérature, tellement répandu et toujours consternant.
Bon. Ça fait du bien de penser à Maggie Doyle ou de lire et d’écouter parler Siri Hustvedt parce que la plupart du temps j’ai l’impression de vivre dans un monde où l’intelligence, la grâce, la sensibilité et le bon sens, sont des espèces rares.
Pour finir, j’ai adoré l’attitude de Siri, sa façon de se mouvoir sur sa chaise en parlant, et j’ai adoré ses chaussures. En me présentant devant elle pour me faire dédicacer son livre, je brûlais de lui dire : « I love your writing and I like your shoes ». Ça l’aurait sans doute fait rire, mais je n’ai pas osé. Je le fais ici.
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