lundi 17 décembre 2018

10

Writer's life (10)
J’ai le syndrome de la dédicace parisienne, c’est-à-dire que que toute l’année les personnes qui me disent avec un air sincèrement en demande : « Quand est-ce que tu dédicaces à Paris ? » ne se pointent pas le jour où cela se produit.
Beaucoup de courrier en retard, je me dis que je vais y répondre mais à chaque fois je suis sollicité par du travail en cours d’écriture, et répondre au courrier convenablement, c’est perdre du jus pour le travail en cours. Alors, bon, pour l’instant, j’accumule salement.
La semaine dernière quelqu’un s’est foutu de moi parce qu’au dos de « L’appel de Portobello Road » en Pocket on a mis un extrait d’une chronique de Cnews Matin. Il faut dire que sur ce roman pas grand monde n’a eu la magnanimité, si je puis dire, de s’y intéresser. Les journalistes qui en ont parlé au moment de sa sortie se comptent sur les doigts d’une main. Désolé de ne pas avoir eu « Le monde des livres ».. Comme si je devais me confondre en excuse en plus..
En parlant de doigts de la main, au salon du livre de Boulogne Adeline m’a raconté qu’Albert Uderzo lui a confié qu’il était né avec un doigt en plus. « Et pour faire l’amour, est-ce intéressant ? » je demande à Adeline. « On n’a pas eu cette discussion » me répond-t-elle.
Je lis le poème de Raymond Carver qui s’appelle « La passerelle » Beau en anglais et dans sa traduction française : « From bed to desk back to childhood / From there it’s not so far to the trestle », «Du lit au bureau retour à l’enfance / De là il n’y a pas loin jusqu’à la passerelle »
Je crois que ce qu’il faut faire, dans une partie de roman un peu fastidieuse, un peu chiante à la relecture, c’est toujours inventer quelque chose d’enthousiasmant. Comme peuvent le faire par exemple deux de mes idoles qui sont J.D. Salinger et Vladimir Nabokov.
Deauville, en semaine : Entre deux pages remplies, la plage déserte.

dimanche 16 décembre 2018

9

Writer’s life (9)

C’est toujours curieux la parution d’un livre. On pense que l’on va être soutenu par des personnes qui, finalement, ne lèveront pas le petit doigt. D’autres seront là avec ferveur. De nouveaux enthousiasmes pointent le bout de leur nez. On est heureux, déçu, fatigué, rechargé à bloc…C’est toujours une expérience humaine. Peut-être encore + que celle d’écrire un livre qui ne concerne au départ que soi et une idée positive, ultra positive, que l’on se fait de l’autre.
Si je devais écrire une sorte de Holden Caulfield aujourd’hui, je pense que mon Holden serait déprimé par les gens qui disent « Joyeuses fêtes » pour ne pas avoir à dire : « Joyeux noël ». Ça le déprimerait totalement. Il ferait exprès de leur répondre en retour « Joyeux noël ». Je voulais donner ça à Tommy Bratford quand j’ai écrit « Les jonquilles de Green Park » mais c’était trop anachronique et il y en a qui aiment bien vous cartonner sur l’anachronisme, ils font : « nananère, il a mis un truc anachronique » sans prendre la peine de se demander si vous l’avez fait sciemment ou quoi, ils en profitent pour dénigrer l’ensemble comme les gens qui vont mettre de côté un disque parce que : « j’aime pas la voix » (Bon, c’est + embêtant, quand même, pour des chansons).
Dans le tgv, une fille parle de son prof d’escalade dont le patronyme est Casanova. Elle dit qu’elle veut le voir absolument ce soir. Un autre type parle à son pote d’une fille qui a la pire influence de l’année. Je tends l’oreille, très intéressé à en apprendre davantage sur cette fille qui a la pire influence de l’année. En fait non, il ne parlait pas du tout d’une fille, mais de la période des vacances de noël, la pire affluence de l’année.
Souvent au cours de la journée m’arrive comme un boomerang le désir (la nécessité ?) de téléphoner à ma maman pour lui raconter quelque chose. Mais quand je l’appelais, chaque jour, de son vivant, c’était rarement pour raconter quelque chose, c’était surtout pour prendre de ses nouvelles (qui était ma façon à moi de lui raconter quelque chose).
« Mais oui tu es belle » J’aime bien ce miroir suspendu passage Josset, un ready-made de poésie dans Paris qui en manque temps ces temps-ci, une sorte d’Instagram artisanal pour les filles qui sont en panne de connexion ou de smartphone, et qui n’ont souvent rien à déclarer que leur silhouette pour afficher une story et redorer leur journée.

lundi 3 décembre 2018

8

Writer’s Life (8)
Au café, rue de Charonne, une anglaise assez chic - je vois ça à la manière dont elle a noué ses cheveux - dont le chien s’appelle : Henry.
Un photographe me dit que c’est important d’avoir sa photo en quatrième de couverture, ça fait 12 % de ventes en plus. Enfin, tout dépend de la photo. Et il me donne sa carte professionnelle.
Les journalistes qui dès la fin avril s’excitent sur la rentrée littéraire de septembre me font penser à ces bistrotiers qui dès dix heures du matin dressent leurs tables pour le déjeuner, chassant les doux rêveurs des entre deux.
Dans le métro, une fille au visage exceptionnel. Envoûtant, reposant, dans toute cette sauvagerie de Paris livrée aux sauvages. Et puis deux types sont entrés dans la rame, ont obstrué mon champ de vision et je ne voyais plus que son oreille et une mèche de cheveux blonds entre deux épaules.
Chez Karine, dans le quatorzième arrondissement, je joue sur le joli piano droit (avec mon niveau pénible) et Clément dit : « Moi, j’ai fini Les regrets de Du Bellay et putain c’est pas mal ! »
Je vote pour les Victoires de la Musique. Sans conviction. Je fais défiler les noms, les chansons. Y-a-t-il seulement une chanson cette année dans la liste qui m’a donné envie de la réécouter, d’en faire un refuge, un bonbon pour la mélancolie ou un pur instant de joie ?
Quand je suis dans le temps épris d’écrire, toute lecture n’est qu’un tremplin, un trampoline, pour atteindre à nouveau le terrain vague de l’écriture ; vague mais foisonnant d’intime conviction.
Une critique littéraire me dit sur un ton très allègre qu’elle n’aime pas mes romans parce qu’elle a des goûts classiques et que je suis trop original. Trop original ? Cela m’interroge toujours. Pour ne pas aggraver mon cas j’acquiesce et m’abstiens de lui dire que souvent les originaux d’aujourd’hui font les classiques de demain.
Parfois devoir s’imposer et pourtant, depuis l’enfance, une détestation profonde pour ce qui prend de la place, brasse de l’air, se met en avant, emplit l’espace de gesticulations sans mystère.

266

Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...