lundi 28 octobre 2019

57

Writer’s life (57)
Il y a des êtres qui vous ont à la séduction, excitent votre indulgence, mais au final un événement contredit leurs efforts en les renvoyant à la première impression que vous vous étiez fait d’eux.
Les scènes de La petite sonneuse de cloches dont on me parle le + : « Chateaubriand qui par la fenêtre épie Violet au moment où elle danse, l’accident de thé au sous-sol de la bibliothèque de Marylebone, Hingant et Chateaubriand qui attendent le Christ à dîner, Mirabel et Joachim aux Providores (qui est à la source de ce livre). Quand on me demande si Pelletier a réellement existé je réponds : oui, et malheureusement il existe tous les jours.
Dès que j’ai une idée, une phrase, il faut que je la note pour libérer cette alliance entre ma tête et mon cœur et permettre à une nouvelle idée ou une nouvelle phrase de venir ou de naître (autrefois sur des carnets Moleskine, aujourd’hui sur les notes de l’iPhone).
Après que j’ai touché le pied de Montaigne rue des Écoles en faisant pour une énième fois le même voeu, un guide encourage une demi-douzaine de touristes anglo-saxons à répéter mon geste. (Mettre ça dans une comédie, les touristes se retrouveraient avec mon vœu exaucé, outch !)
Impatient d’avoir quelques jours consécutifs de libre pour me lancer dans l’écriture du deuxième tome du nouveau projet avec Fred. Grâce à l’univers graphique qu’il a créé pour le tome 1 - qui sortira en mars et que nous sommes en train de finaliser, je travaille maintenant dans un univers bien défini, très inspirant, à la fois cadré et sans limites.
Certains jours, je suis tenté de relayer, partager une chronique ou une coupure de presse que j’ai reçue et je le fais avec engouement, d’autres jours je ne le fais pas car j’ai l’impression d’être un de ces types qui sortent leur voiture rutilante dans les rues le week-end et conduisent d’un air satisfait du genre : «Matez un peu ça les gens ! ».
Depuis, disons, mes 18 ans, ce besoin d’éprouver des sentiments qui dépassent l’entendement fait ma spécificité mais m’isole et me fatigue à la fois.

mardi 22 octobre 2019

56

Writer’s life (56)
Ces magazines, ces sites marchands, qui mettent un système d’étoiles ou de notes. Est-ce qu’on écrit des livres pour que des gens vous notent comme à l’école ? Je ne pense pas. Au lycée, je n’avais pas les meilleures notes, mais je proposais quand même un truc bien à moi. J’arrivais quand même à passer les niveaux et à survivre à tout ce qui me rendait malade avec une formule bien à moi. Qui perdure aujourd’hui.
Je ne dors pas (ou si peu). Traversé en permanence par toutes les choses à écrire, aux projets, aux phrases, aux phrases qui sont des projets, aux paroles dites, non dites, mal dites, bêtement dites, prononcées par la parole et déjà risibles du point de vue du cœur.
Je dis à Fred (B) que chaque fois qu’il m’envoie des dessins pour notre nouveau projet qui sort en mars chez Robert Laffont c’est comme lorsque j’envoie un texte que je trouve ok, ok de mon point de vue, à un compositeur et qu’il me renvoie une chanson qui bonifie le texte en beauté, augmente sa poésie et sa puissance. J’ai donc aussi l’impression de faire de la musique dans mes projets avec Fred.
Heureusement qu’Anaïs était là l’autre soir parce que quand Elsa m’a appris que Gene Kelly ne chantait pas réellement dans Les demoiselles de Rochefort le sol s’est ouvert sous mes pieds. Encore une démonstration flagrante du peu d’intérêt que suscite la réalité dans ma vie. Ça décourage aussi de sortir le soir : trois fois sur quatre il ne se dit rien, et quand il se dit des choses c’est toujours des trucs qui vous abîment.
Encore, toujours, encore : le bonheur inégalable de travailler avec X.
Je suis assis au milieu de types et ils ont des phrases du genre : “Ils exploitent un système de valeurs par l’argent.” Alors je me lève et vais m’asseoir à côté de Jennifer (M) et je lui dis : «Je voudrais être à Londres, à Hyde Park et partager un arbre avec un écureuil. ». Elle me répond : «Il aurait de la chance de t’avoir ».

dimanche 20 octobre 2019

55

Writer’s life (55)
Trois choses qui me foutent le moral à zéro dans un hôtel : Pas de baignoire dans la chambre, pas de piano dans le lobby, pas de chambre où aller se réfugier - de bras où aller se crasher - en plein milieu de la nuit (je déconne pour la 3)
Le beau compliment de Christelle (C-C) à propos de La petite sonneuse de cloches : « Avant de te lire, je ne savais pas qu’on pouvait être à la fois tendre et sexy ».
Au Mans, sur le stand de la librairie Doucet où par rituel depuis 5 ans j’offre le dimanche ma tournée de rillettes, fromages et pains, pour l’apéritif, je dis à Serge que la crémière m’a suggéré que la prochaine fois que je viens au Mans je la prévienne à l’avance et elle m’emmènera visiter ses chèvres. Serge me regarde d’un air circonspect et me dit : « Si elle veut te montrer ses chèvres, soit elle est amoureuse de toi soit elle te prend pour un vétérinaire ».
Élise me parle d’une osthéo qui a réussi à réaligner sa tête avec son coeur. « Mais, c’est impossible ! » m’insurge-je. « Si, je t’assure », «Et ça marche ? », « Oui mais il faut que j’y retourne dans 3 semaines »
Jessica, ma prof de piano, me suggère : « Recule ton siège, comme si tu étais au bord d’un précipice, tu te sentiras + libre», « Ah, l’interroge-je aussitôt, parce qu’on se sent plus libre au bord des précipices ? »
Zoé me demande : « Tu ne voudrais pas écrire un remake de la chanson : Souffrir par toi n’est pas souffrir ?», « Non merci, j’aime assez Roda Gil mais je trouve que c’est une vaste connerie. », « Pas du tout, objecte Zoé, c’est l’exemple de la souffrance délicieuse », «What the fuck ??? », « Si, si, je t’assure, la souffrance délicieuse. Tiens, tu préfères souffrir de X que de Y…. », « Certes ! », « Tu voudrais que X souffre pour toi ? », « Hum… », « Et bien voilà : souffrir par toi n’est pas souffrir ». « Non, maintiens-je, je n’aurais pas pu écrire ça, toute mon oeuvre lutte contre ça, ou alors j’aurais écrit : Souffrir par toi n’est pas souffrir mais c’est souffrir quand même ! »

mercredi 9 octobre 2019

54

Lu dans mon carnet de correspondance de 3ème orange : “Ne sais pas toujours faire la différence entre l’important et le moins important”. Aujourd’hui, pour me définir, j’inverserai juste deux mots : “Ne sais toujours pas faire la différence entre l’important et le moins important”. Ce que j’estime, trouve ou ressens, important, important à en crever, est rarement ressenti avec la même importance, ou disons intensité, par d’autres au moment où le moment est vécu. Voilà une des raisons certainement pour lesquelles j’écris. Dans l’écriture je trouve un territoire où ce qui paraît important à mes yeux trouve un asile, un refuge, et, si possible, s’exauce.

samedi 5 octobre 2019

53

Writer’s life (53)
Pendant une belle rencontre au sujet de mon nouveau roman à la médiathèque de Ludres, une femme médium dans le public a eu des flashs me concernant. À la fin, elle dit à une des organisatrices qu’elle voudrait me faire part de ses flashs et j’ai dit ok seulement si c’est positif (suffisamment de choses me désolent au quotidien pour qu’on m’en ajoute). Après qu’on lui ai rapporté ce préalable, j’ai vu la médium me lancer un regard désolé et partir en trombes… (je déconne). C’étaient des flashs au sujet de ma maman, des choses qui n’ont pas spécialement connecté en moi sauf une : ma maman était aujourd’hui heureuse, entourée de roses et de fleurs. Ma mère adorait les roses. Les promeneurs qui s’arrêtaient devant la maison de Marsinval, rue Joachim du Bellay, le dimanche après-midi, l’interpellaient toujours quand elle travaillait dans son jardin pour la complimenter. Alors, de la savoir entourée de roses, cela m’a un peu apaisé.
Le livre, le roman, est un espace où je peux mettre les moments de bonheur intense qui arrivent. Je n’y mets pas seulement la tristesse. Parfois je vis des choses en bonheur si violentes qu’elles sont très près de la tristesse. C’est comme une route sous les étoiles qui viendrait tout à coup s’interrompre. Je crois que le livre est avant tout un espace pour loger le + durablement possible toutes ces choses qui vous traversent et vous bouleversent. En bonheur et en tristesse. Les chansons, c’est d’un autre ordre. Les chansons ce sont des barques, des radeaux parmi la foule, des gants de boxe aussi, des brindilles dans la tête ou des rampes dans la nuit noire de l’oubli. C’est pour ça que je me sens prêt, imminemment prêt pour l’écriture. En permanence, imminemment prêt.
L’autre jour dans une interview j’ai dit au sujet de La petite sonneuse que ce livre était en quelque sorte pour moi une carte d’identité à validité permanente.
Encore des trajets. Dans le train, pendant que sur le siège à côté un type n’arrête pas de surligner des feuillets dont le titre est : «La dégradation de la planète : une crise éthique et spirituelle», je lis un poème de Bukowski qui commence par : «J’ai
mangé ta chatte comme une pêche». #writerslife

52

Writer’s life (52)
L’autre jour pas moins d’une dizaine de personnes, du livreur de journaux au patron de café, m’ont appelé : « Jeune homme ». Comme si, en cette journée, je faisais ma tournée d’adieu à l’emploi du “jeune homme” à mon sujet.
Alors que je n’en ai pas publié depuis plusieurs jours, à Nancy, Azziz me dit à propos de mes « writerslife » : «Je les lis avec jubilation comme autrefois j’écoutais les chansons des Smiths en me disant que j’avais la chance de faire partie d’un tout petit nombre de personnes autour de moi qui en connaissait l’existence».
Autre joli mot au sujet de mon travail : à Bruxelles, le compliment que me fait une journaliste de la RTBF à propos de La Petite Sonneuse de Cloches : « En vous lisant, j’avais l’impression d’être un violoncelle qui suit une partition. »
Je pense sérieusement à mettre une phrase de La petite sonneuse, voire un même morceau de dialogue, dans mon prochain livre comme François (Truffaut) le fait avec : « C’est une joie et une souffrance » d’abord dans La sirène du Mississipi puis dans Le dernier métro. Peut-être ce moment où Violet dit à Chateaubriand : « Pourquoi vous jeter dans le fleuve ? » et qu’il lui répond : «Mais parce que je pense à vous tous les jours. Ça ne peut plus durer ». il faudra donc que mon prochain roman soit traversé par un fleuve et qu’on y crève d’amour entre ses pages (la seconde exigence me paraît la + simple, un prérequis à l’écriture d’un roman valable).
À côté de moi en dédicace, cet auteur qui dit à toutes les personnes qui se penchent sur ses livres : «Mon livre est coup de coeur dans toutes les librairies ». À chaque fois j’ai envie de me tourner vers lui pour demander : « Ah oui ? Vraiment ? Vraiment toutes les librairies ? »
Dans ces aventures, les paysages défilent et demeurent les mouvements douloureux de la flamme éperdue qui m’anime.
Ce n’est jamais la fatigue qui fatigue, c’est la tristesse. La haute tristesse des petites remises en place du réel. Je veux dire, chaque fois que le réel vous remet en place.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...