dimanche 28 décembre 2025

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Pour travailler sur un chapitre de mon Petit éloge des chats, j’ai visionné les programmes des années 70/80 où l’on voit Brigitte Bardot venir au secours des bébés phoques. Je ne me souvenais plus de la violence à son encontre. Du déchaînement abject. La violence misogyne des hommes. La violence des femmes aussi. Au départ, elle aura été seule contre tous. Comme peuvent l’être la beauté, la grâce, la justice souvent. C’est une fille essentiellement moderne dans le fait qu’elle n’aura jamais manqué de courage, et peu importe l’esprit ou les préjugés du moment.

François Truffaut déclare à propos de son film L’argent de poche que, selon lui, par un inversement des choses les personnes qui ont eu une enfance malheureuse (ce qui fut son cas), sont mieux disposées à avancer dans la vie et à connaitre le bonheur que celles qui ont une enfance heureuse (le mien). Je dois dire que le meilleur noël qu’il m’ait été donné de vivre est celui de mes onze ans, assis sur un tapis dans la salle à manger de la maison de Marsinval, près d’un feu crépitant, occupé à écouter en boucle sur un tourne-disque portatif le 45 tours de Rox et Rouky, pendant que ma maman faisait des allées et venues de la cuisine à la table du dîner. J’ai un souvenir très précis de ce réveillon de noël. L’attente qui ne connaît pas l’angoisse. Je dirais même que c’est ce qui caractérise pour un enfant une parfaite journée d’avant-noël : une attente qui ne connaît pas l’angoisse. 

Ce moment reste si présent d’année en année que j’essaie de m’y réfugier en rêve, quand rien ne va. Peut-être que si ce noël demeure si intense à ma mémoire, c’est aussi parce qu’il marque la fin d’une époque. Je veux dire, dès l’âge de douze ans, peut-être qu’il n’est plus question d’écouter Rox et Rouky en boucle, et que l’on passe de Rox et Rouky à Wake me up before you go go et Thriller en une fraction de temps. Depuis ce noël, tous les suivants ont semblé s’organiser autour d’une lente et progressive dépréciation de la pure joie confiante. Est-ce précisément pour ce Noël de mes 11 ans, ou l’un de ceux qui les précède, où ma mère m’a raconté à postériori avoir passé une après-midi entière dans Paris, à courir les magasins de jouets, pour s’enquérir du Goldorak – Mattel Poppy Shogun Warriors – qui s’affiche aujourd’hui sur eBay pour l’astronomique somme de 1080 euros. Après vérification, la figurine de 60 cm a été la star du noël 1978, donc quelques années auparavant. J’ai toujours aimé imaginer ma mère dans son élégance habituelle traverser Paris à la recherche du précieux Goldorak avec, comme échéance, l’heure qui tourne sur l’horloge du parvis de la Gare Saint-Lazare. SI j’avais un éditeur aussi fabuleux que l’a été pour mon travail romanesque Stéphane Million, il me proposerait d’en faire un livre et j’aurais déjà la date de sortie. J’ai bien peur que les éditeurs actuels soient d’une autre trempe. Je suis toujours en rade avec mes romans. En rade et à rebours. Comme je le disais à David, un de mes libraires préférés : trop de Huysmans pour un seul homme ! Je renâcle encore à me tourner vers un agent (le discours de ceux que j’ai approchés m’a stupéfait) mais avec les textes qui s’accumulent : en adulte et jeunesse, peut-être est-ce la plus pertinente des solutions ? Je sais qu’il y a trop de romans qui sortent, c’est l’argument imparable, mais enfin, quand vous êtes écrivain, vous écrivez. On ne va pas dire à un peintre de peindre moins de toiles parce que telle année le marché est moins favorable. Il faudrait déjà rendre les gens moins dépendants, moins fanatiques, du virtuel, et qu’ils aient des livres - sous les yeux et à la main - de la même manière que j’estime, à la fois ma personne et le monde qui m’entoure, moins élégants si je sors sans parapluie. J’ai deux romans qui patientent, et plus le temps passe plus j’aimerais dans l’idéal que le deuxième sorte en premier, il est comme une piqûre, il demande moins d’efforts, il a plus la vitalité d’un single que d’un album, donc : plus conforme à l’époque. Je le retravaille un peu ces prochains jours avant de l’envoyer de nouveau au front, dès la rentrée. 

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