mercredi 30 septembre 2020

148

 Writer’s life (148)


Le motif permanent - depuis… outch, belle lurette, de ma silhouette arpentant de nuit les rues de Paris et me cognant (bon, c’est + un frôlement) à d’autres silhouettes surmontées d’un visage, tendues sur la pointe d’un sourire. 
L’ambiance de couvre-feu à Odéon dès la fermeture des bars à 22 heures. Des jeunes gens qui n’ont pas envie de rentrer si tôt, qui errent. Enfin, ils n’errent pas réellement. Ce sont des jeunes gens du sixième, quoi. 
Lors du débat à Livres en vignes sur la littérature jeunesse avec Marie-Lorna j’ai dit que j’écrivais pour les enfants qui ne sont pas des enfants comme les autres. Qui ont l’âge d’une sensibilité sans âge, en quelque sorte. Hé bien je pourrais ajouter que comme presqu’aucun enfant ne se sent un enfant comme un autre (dans cette expérience sur la terre), il se peut qu’au bout du compte j’écrive pour tous les enfants. 
Maude m’a dit : « Ce qui est fort avec tes « writer’s life » c’est qu’à la fois tu dis des choses très précises et en même temps c’est toujours nimbé de beaucoup de mystère. » 
Parfois je me sens comme cette guêpe sur le strudel fromage et fruits de la pâtisserie viennoise de la rue de l’Ancienne Comédie : ivre d’un horizon et prisonnière de la vitre. 
Marie-Hélène me demande : « Eh bien, alors, qu’est-ce qui se passe dans les salons du livre ? Plus personne ne peut s’embrasser ? Le soir, dans les chambres, il ne doit plus rien se passer. C’est : « Bonne nuit », « bonne nuit »… » 
Oui, lui dis-je. Quelle tristesse. 

#writerslife

mardi 29 septembre 2020

147

 Writerslife (147)


Il y a plusieurs semaines j’ai été interviewé par une personne qui n’avait pas lu le livre pour lequel j’avais été sollicité (les surprises arrivent, quand elles se répètent un peu, le goût de la surprise disparaît), et ce qui m’a gêné durant l’entretien (fort pénible pour moi et qui a duré un bon bout de temps) c’est cette forme d’arrogance de croire que « sa personnalité », « l’angle si personnel et original, intime etc.» de son approche va suffire à faire le show. Je veux dire, pas tant que cette personne pense que sa personnalité peut remplir l’espace et embarquer son invité où elle le souhaite (pourquoi pas, l’auteur n’est qu’un passager dans la succession de personnes qu’elle reçoit), mais qu’elle estime qu’elle n’a pas besoin de lire le texte, que sa personnalité peut supplanter le texte, le remplacer, en faire abstraction. Qu’un quatrième de couverture suffit… Et bien sûr, il y aura toujours des personnes pour louer son talent, la manière exceptionnelle dont elle arrive à soutirer des choses intimes à l’auteur etc. Sauf que, pour ma part, je lui ai donné des cartouches pour qu’elle me lâche la grappe et j’avais honte pour moi qui étais acculé sur un terrain où je n’avais pas envie d’aller, pris contre un mur, donnant mes bouts de viande à un fauve, et honte pour elle qu’elle n’ait même pas eu la décence de parcourir mon livre. Cette anecdote me donne à penser aussi pourquoi je ne fais pas de jeunisme. Quand j’ai sorti mon premier roman, des types de mon âge m’interviewaient de manière totalement superficielle et égotique, et leurs questions ne valaient en rien l’intensité, la profondeur et la pertinence de la moindre petite mamie de soixante dix ans qui travaille bénévolement pour RCF. 
Passé toute la matinée à écrire (prochain roman). Bien. Après avoir parlé à Charlotte hier, je trouve le bon rythme.
Lors de ma lecture musicale sur le livre des Beatles, dimanche dernier, à Livres en vignes, j’ai dit qu’aujourd’hui la société ne nous donnait pas les moyens d’avoir ou de conserver la douceur de Paul, qu’elle nous forçait à éprouver la douleur et la rage de John. Quelque chose comme ça. 

#writerslife

lundi 28 septembre 2020

146

 Writerslife (146)


Je suis toujours surpris en constatant à quel point la notoriété rend des personnes au départ réservées et sympathiques absolument péremptoires et dogmatiques. 
Une lectrice me dit à propos des Beatles : « On pourrait passer des nuits à parler d’une seule de leurs chansons. »
J’apprends d’un bloc, j’oublie d’un trait, je retrouve un peu (dès que je peux toucher à un piano)
Interview pour une journaliste d’Autoroute FM, à la question : Votre plus beau souvenir de voyage en voiture, je parle des dimanches soirs de la petite enfance, au retour d’un week-end à la campagne où je m’endormais sur la banquette arrière et, une fois arrivé à la Garenne-Colombes, ma mère me soulevait dans ses bras pour me conduire directement jusqu’à mon lit sans que j’aie à subir les désagréments de la transition. 
Dans la nuit j’ai aimé le moment où avec Erwan nous sommes allés délivrer Maude et ses bottes rouges. 
Après ma lecture musicale à Livres en vignes, une femme vient se faire dédicacer un de mes livres et me dit, des étoiles dans les yeux : « J’espère que vous écrivez aussi bien que vous chantez. » Wow. Ça fait longtemps que je n’avais pas entendu un compliment comme ça. Longtemps, voire jamais. 
À vingt ans, je pensais que les rues de Paris (mon triangle des Bermudes : Raspail, St-Germain, Saint-Michel) étaient aptes à guérir ma haute mélancolie, tout ce qui s’interrompt, n’aura pas lieu, me blesse, me sépare. Je ne le crois plus maintenant.

#writerslife

jeudi 17 septembre 2020

145

 Writerslife (145)


Je réécris de fond en comble le roman qui m’occupe depuis plusieurs mois, une troisième version pour bientôt, trente pages en deux jours dans une fièvre intense et que rien n’atténue, un bon rythme. 
Après les premiers mois de l’année, la sécheresse et le coup de massue du confinement, toutes les promesses du printemps envolées, je reçois en ce mois de septembre de bonnes nouvelles, des projets concrets à venir ( ce qui change des dates et des déplacements qui continuent malheureusement à s’annuler pour la plupart). Chaque fois que je reçois une mauvaise nouvelle, je pense que je n’y ai pas droit. Chaque fois que je reçois une bonne nouvelle, j’agis comme si je n’y avais pas droit. 
Ce que je mets de moi dans un roman : tout en totalité + les yeux de qui me plait + le désir irrépressible + un peu d’humour salutaire.
Vendredi dernier à Nancy lors de la rencontre au lycée Claude Dunot, une étudiante me fait remarquer la poésie des titres de chapitres dans Alcie. Je traite toujours ce genre de titres comme un répertoire de chansons, une set-list idéale, c’est une part créative aussi importante que le texte alors ça me fait vraiment plaisir quand ce travail est remarqué.
Je corrige les épreuves du prochain Alcie qui sort en novembre et ce que j’aime dans ce personnage, c’est la manière dont réagit l’héroïne de huit ans, la façon dont elle me permet au cours du récit de la faire réagir. Par exemple, sa mère lui dit : « Voyons, sois raisonnable ! » et Alcie répond : « Mais si on était tout le temps raisonnable, il n’arriverait jamais rien d’intéressant. On laisserait tout le temps faire. Et les gens malintentionnés en profiteraient pour faire n’importe quoi ! »

#writerslife

lundi 7 septembre 2020

144

 Writerslife (144)


Parfois, je me sens à l’étroit dans ce que je voudrais faire. Mais ce sentiment est souvent le signal pour de nouveaux chantiers d’écriture. 
La mauvaise habitude gardée du confinement est l’impossibilité certains jours (renouvelables aux suivants) de répondre à mon courrier, je suis tenté de le faire, mais tellement pris par l’écriture d’un texte que la moindre réponse est vécue comme quelque chose qui me prend beaucoup d’énergie, qui me sort du texte en cours, alors je laisse le courrier s’entasser avec un sentiment de culpabilité : notamment pas mal de très jolies lettres au sujet de « J’aurais voulu être un Beatles »
Lu dans une interview du peintre Lucian Freud : « Mes sujets avaient toujours trait à ma vie, qui je voyais, à qui je pensais. Je n’aurais jamais eu l’idée de peindre quelqu’un qui ne m’intéressait pas. » Je pense que j’agis pareil, comme un peintre. Du moins je me reconnais parfaitement dans cette vision de créer. Pour les romans c’est certain, mais même pour les livres jeunesse, je peux rebâtir tout un passage, ajouter une scène ou un personnage, à partir de « qui je vois, à qui je pense » ou à partir d’une émotion que je veux fixer - épingler comme un papillon nabokovien. C’est mon moment préféré dans la nouvelle qui suit “La petite sonneuse de cloches” dans la version Pocket, quand le narrateur demande : « À quoi bon se contorsionner dans le métro pour deviner ce que lisent les filles si tout ceci n’est qu’un rêve sur la table de nuit de Nabokov ? »
Pierre a partagé la lettre écrite par Depardieu à Deneuve dans laquelle il écrit joliment : « Il y a souvent des histoires plus fortes entre les hommes et les femmes quand la sexualité n'est pas là. » Je suis tellement d’accord avec ça, surtout quand ça pousse au final à passer à l’acte. 

#writerslife

dimanche 6 septembre 2020

143

 Writer’s life (143)


J’ai adoré la pluie normande de ce matin. La pluie est fantastique pour ne pas se laisser happer par autre chose que ce qui est au fond de soi. 
L’article dégueulasse de ce journaliste tv dans Télérama qui traite Abnousse de sympathisante d’extrême droite car elle a écrit : « Le nouvel antiracisme est un racisme déguisé en humanisme » ; c’est vraiment abjecte de s’en prendre à Abnousse qui est toujours juste, d’une grande intelligence, et absolument courageuse. Nous sommes vraiment dans une société de l’indécence. Les gens ne se rendent même plus compte à quel point ils sont immondes parce qu’ils trouvent toujours des supporters. La grande gueule de l’indécence, voilà ce qui est promu et encouragé de nos jours. Le propre du crétin est de se croire courageux à partir du moment où il reçoit des encouragements. Je suis finalement très heureux qu’un journal comme Télérama ait toujours snobé mon travail, fait comme s’il n’existait/je n’existais pas. 
Nadine me transmet une lettre de Jean Chalon à qui elle a fait lire La petite sonneuse de cloches et 37, étoiles filantes. Il écrit : « Eblouissant ! Jérôme Attal est un poète égaré dans le roman. » 
Dans les salons du livre, je m’aperçois que je ne suis le régional de l’étape nulle part. Même à la Garenne-Colombes où j’ai vécu de ma naissance (à Neuilly-sur-Seine) jusqu’à l’âge de sept ans, et dont je parle dans mon livre « L’histoire de France racontée aux extra-terrestres », la libraire m’avait invité pour me décommander quelques jours avant la date de la signature - tellement chic !- sous prétexte qu’elle n’avait pas aimé le livre. Ah ah !

#writerslife

266

Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...