lundi 23 décembre 2019

71

Writer’s life (71)
Chaque noël, j’’extirpe d’un panier Fortum’s la crèche de noël que ma maman installait au pied du sapin. Je ne sais pas son histoire, si elle vient de plus loin que ma naissance, si ma maman l’avait apporté de Belgique ou pas. Mais cette crèche m’accompagne depuis tant de noëls. À l’âge de six ans, je l’ai customisé avec un boeuf et un âne Playmobil. Il y a bien dû avoir trois schtroumpfs réquisitionnés pour faire les rois-mages. Tout ce temps des vacances de noël à Marsinval. La neige que j’ai si peu vue depuis, le feu de cheminée, et mon père qui passait sur sa chaîne stéréo les chants de noël de Bing Crosby, des Andrew Sisters, Frank Sinatra, tous les standards de sa jeunesse américaine.
Je crois que j’ai + d’imagination que de mémoire, parce que je suis toujours tourné vers les choses que j’ai envie de faire plutôt que tout ce que j’ai fait. Ma seule mémoire concerne l’enfance dorée avec mes parents sans doute, et, par la suite, les choses qui m’ont marqué parce que soit prodigieusement intelligentes, soit affreusement choquantes. Je pense qu’il faut chercher à s’entourer de personnes qui vous font vivre des moments prodigieusement intelligents, ne serait-ce que pour atténuer le choc des moments affreusement choquants.
Reçu le contrat envoyé par Aude pour écrire un texte dans sa collection « Petit éloge du… ». J’ai donc un programme de publications littéraires qui s’étend jusqu’à février 2022, date de sortie de ce texte.
Période studieuse, enfermé dans le travail. Le tome 2 d’Alcie, les songs en cours. Je lis aussi le dernier David Walliams et mesure ma chance pour Alcie. Quand l’illustrateur chez Walliams se contente de faire un dessin (plutôt moyen) de temps à autre, avec Fred c’est un véritable travail d’équipe. Pour le tome 1, il a fait 150 dessins. Pour les livres jeunesse, ma préoccupation est d’être surprenant et poétique tout le temps. Et aussi de parler un langage adulte que la sensibilité des enfants est mieux à même de comprendre que la plupart des adultes.
Dans un numéro de la revue Bordel dirigée et éditée par Stéphane, j’avais écrit une parodie d’Harry Potter qui s’intitulait « Henri Pottier à l’école de France », l’idée c’est que malgré la voie 9 3/4 et toute la magie du monde, le jeune Henri n’arrivait pas à rejoindre Poudlard à cause des sempiternelles grèves à la SNCF.

lundi 16 décembre 2019

70

Writer’s life (70)
Parfois une personne - une silhouette, un visage, un tempérament, une présence - m’obsède tellement que je n’ai d’autre choix que de la mettre dans un livre, comme pour tenter de me libérer de cette obsession, mais souvent c’est sans compter sur l’effet boomerang de la littérature...
En terrasse du Flore, conversation avec deux trois it girls rescapées de la chienlit parisienne (sorte d’hommage à la nouvelle vague et à Anna Karina)
Dans mon Beatles, j’ai fait un passage secret, un tunnel parfait, entre le livre et une scène emblématique de La petite sonneuse de cloches. Je n’ai pas encore une communauté de lecteurs très étendue (quoique, ça progresse) mais voilà, la lectrice ou le lecteur attentif et passionné pourra prendre ce tunnel pour se retrouver directement dans une scène refuge de La petite Sonneuse. Le moment qui est à l’origine du livre, en quelque sorte.
Dans une interview à l’Express qui date de 1961, Vladimir Nabokov avoue à Anne Guérin qu’il n’aime pas Dostoievski. Son interlocutrice s’étonne, il s’explique dans un rire : “Dostoievski écrit de la littérature sentimentale pour jeunes filles....qui plaît aussi beaucoup aux jeunes garçons.” Puis, pour en finir au sujet de Dostoievski : “C’est un journaliste : il ne créé pas, il n’a pas le temps.”
À la boulangerie X où j’achète parfois une brioche aux pépites de chocolat, face à la jeune employée qui s’occupe de moi en laissant se déployer hors de sa blouse un cou longiligne aux grains de beauté noirs et magnétiques, je fais des efforts spectaculaires pour ne pas dire, quand vient mon tour : “Je voudrais votre cou aux pépites de chocolat s’il vous plait..”
Je me demande s’il y aura un piano, sur le campus, à Nancy, sur lequel je pourrais continuer à m’entrainer de temps à autre de mes journées rythmées par les mots et le travail sur un prochain roman.

dimanche 15 décembre 2019

69

Writer’s life (69)
Un jeune type m’aborde en haut du boulevard Raspail et me demande la direction du McDo le + proche. Il ajoute : “C’est parce que je dois entrer en détention dans 30mn”. (La prison de la Santé est juste à côté). Je lui indique, puis suggère : “Vous ne voulez pas plutôt une librairie ?”
Goûter de noël avec Louise, Zoé, Jenna et Charlotte (M). Un peu de baume sur ce dimanche marqué par la disparition d’Anna Karina. En dehors de sa présence d’égérie en mouvement dans les films de la nouvelle vague, son alliance détonnante d’intensité et de désinvolture, je me souviens de ce moment où elle retrouve Godard sans l’avoir recherché (et sans l’avoir revu en + de 20 ans) lors d’une émission télé. Un amour dans les griffes de la vulgarité des temps, où on voudrait nous faire croire que tout se vaut, que rien n’est grave ni éperdu, pour faire le show. J’aurais pu consacrer un texte dans mon Beatles à paraître à la relation Godard/Truffaut, tracer des parallèles avec Lennon/McCartney, la décennie, la façon dont leur œuvre est redécouverte avec une frénésie neuve et jubilatoire par des générations successives, et la progression de leurs liens créativité/amour/haine.
Avec la disparition d’Anna Karina, c’est aussi le quartier (St-Germain) qui prend un coup dans l’aile.
Les rues de Paris débordées par les conséquences de la grève, et toujours l’agressivité qui semble être le premier réflexe entre les autos, les vélos, les trottinettes...Les gens se hurlent et se marchent dessus, sans civisme ni éducation. Si peu d’élégance dans les rues. Qu’est devenue cette ville que j’aimais tant ? Michael me dit : “En Angleterre c’est autre chose, c’est pas seulement une question d’énergie, c’est que ça se tient plus droit, les gens se tiennent plus droit.”
Hier, encore croisé quelqu’un qui me déclare (sans que je lui demande rien) : “J’aurais bien parlé de ton roman mais je n’ai pas eu la place.” Que répondre à ça ? Il y a des gens qui voudraient toujours qu’on les absolve ou les pardonne de leur insuffisance, leur légèreté, à votre égard. Rien de remarquable.

vendredi 13 décembre 2019

68

Writer’s life (68)
À Rennes, avec Virginie, libraire au Forum du livre, nous tombons en pleine rue sur Fred Martin, l’éditeur du Tripode. Rencontre inattendue pour le moins étonnante ! Je lui dis qu’il est mon idole depuis sa prise de parole mardi dernier au théâtre de l’Odéon à Paris, lors de cette cérémonie très embarrassante où madame Google et monsieur Facebook ont donné une vision aberrante du futur de l’édition. Nous allons boire un café dans un endroit délicieux : La part des anges. Parlons des journaux intimes en tant que genre littéraire, et des jolies couvertures du Tripode.
Très chouette rencontre avec des lycéens autour de La petite sonneuse de cloches. Une lycéenne de la seconde 7 du lycée Chateaubriand me demande si mon livre est une tentative pour atténuer la mélancolie. Mais ! lui réponds-je, chacun de mes mouvements, chacune de mes pensées, est une tentative pour atténuer la mélancolie.
Patrick me fait découvrir un bar nommé : Le Penny Lane. Dans une cave style The Cavern des chevelus jouent un rock énergique et brouillon. En parlant de Penny Lane, inquiétudes des commerciaux sur mon Beatles qui va sortir en février : où le placer en librairie ? En musique ou en littérature ? Hum, c’est un dilemme que je peux avoir aussi hors les murs d’une librairie. Entrevue avec Martin qui veut adapter “Presque la mer” en pièce radiophonique et théâtrale. Il me dit qu’il a lu “L’amoureux en lambeaux” (mon premier roman) à l’âge de 15 ans. Il affrontait un chagrin d’amour effroyable. Il est tombé sur mon roman et s’est dit “ah on peut donc éprouver ça !”. Je lui dis : tu vois, en 12 ans je n’ai pas vraiment changé de registre.
Retour à Paris où noël n’est plus qu‘un souvenir d’enfance, où ce pays se tire une balle dans le pied, où je pense à X entre deux averses. Les gens ne se rendent jamais compte du temps que vous passez à penser à eux. Il ne faut pas leur en vouloir. C’est un temps difficilement habitable à deux.

mercredi 11 décembre 2019

67

Writer’s life (67)
Pour une raison qui m’échappe j’étais l’un des très rares auteurs présents (Invités ?) à la 1ère cérémonie des trophées de l’édition. Sur scène se sont succédés madame Facebook, monsieur Google, et j’ai eu un peu l’impression que dans ce monde idéal dont on nous a dressé le portrait, les auteurs pourraient devenir les cheminots de l’édition.
Les filles qui dans les cafés enlèvent leurs manteaux et le manteau manque d’emporter tout ce qu’il y a dessous, enfin, déstabilise le dessous, laisse apparaître une naissance ou une pointe ; pour moi c’est un spectacle + captivant qu’un compétition sportive voire même un opéra.
Chaque fois qu’un projet se dessine ou s’amorce, c’est comme s’il commençait à travailler en moi, et au moment où je peux enfin dégager du temps pour m’y consacrer entièrement c’est comme si c’était presque prêt. Le presque devient le travail. Le travail consiste à ne pas laisser le presque dans l’approximatif.
Avec Charlotte, nous tombons sur un livre qui a pour titre : « Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même ». Hum, dis-je à Charlotte, ils ne se sont pas gourrés dans le titre ? Ne serait-ce pas plutôt : « Les 5 blessures qui permettent d’être soi-même »
Aude, que je raccompagne sous une amorce de pluie, quai des Grands Augustins, me dit que chaque fois que je poste une photo de mes parents il se dégage une grande intensité. Il est indéniable que mes parents étaient des êtres intenses. Après, je crois qu’ils se sont découverts l’un l’autre à travers moi, moi qui n’ai connu qu’eux en étant trop égoïste pour réellement bien les connaître.
Dans la seule ligne de métro qui circule, entre Gare de Lyon et Châtelet, un type avise mon badge : « Merry Fucking Christmas » et me lance : « So you’e definitely with the tories ? », je lui réponds : « oh it’s just a joke, but a joke can make sense. »

mardi 10 décembre 2019

66

Writer’s Life (66)
Au café Madame, où je relis les épreuves d’Alcie. Formidable de voir en maquette le travail de Fred donner vie au texte, tous ces personnages qui deviennent si attachants dans cet imaginaire à deux, et de revivre en me relisant tout le discours caché derrière (quasiment) chaque ligne. Je retrouve mon état d’esprit lors de l’écriture, et toutes les choses très personnelles que j’ai enfouies dans chacun des 24 chapitres de ce livre jeunesse, mais après, pour que ça fonctionne, il faut aussi que ce soit suffisamment généreux pour que chacun puisse se faire son propre discours caché, si je puis dire, à lecture. Dans ce sens, j’ai la sensation que ça fonctionne.
X me dit : “En ce moment, j’ai l’impression de m’agiter pour pas grand chose” Je lui dis : “Et avec personne en dessous de toi...” “Oui, me répond-t-elle, sinon j’aurais + de retour.”
Ce soir, à la première édition des trophées de l’édition, je n’ai compris qu’au bout d’une demi-heure que la jolie blonde qui traversait la scène pour apporter les micros aux lauréats avait une collègue quasiment identique qui lui volait la vedette (dans mon cœur) un passage sur deux. Ils ont récompensé une maison d’édition qui a inventé un papier waterproof. Chouette ! Je pense sincèrement qu’ils auraient dû faire une catégorie de l’auteur qui mouille sans relâche sa chemise dans ce milieu et qui est prêt à affronter jeudi les grèves interminables pour aller rencontrer les élèves du lycée Chateaubriand à Rennes.
Ils ont récompensé Georges Simenon (qui n’est pas venu chercher son prix). C’était une belle soirée mêlant des gens des GAFA et le mec très intelligent du Tripode. Des gens qui écrasent tout sur leur passage et des gens qui éclairent la voie. Ils auraient dû aussi récompenser les éditions des Saints-Pères, choisir mon éditrice comme éditrice de l’année, et aussi me prendre pour maître de cérémonie. Bon, je le serai à la prochaine nuit de la lecture, le samedi 18 janvier chez Castel.
J’ai fait une blague à la fille du bar qui m’a envoyé un clin d’œil en retour. Pourtant, pendant le cocktail, Sandrine me dit que j’ai le regard triste et les pupilles nuages. C’est beau les pupilles nuages, ok.

dimanche 8 décembre 2019

65

Writer’s life (65)
Adeline me dit au sujet d’un auteur qui la stalke sur internet : « Il est comme un enfant mais pas un enfant comme toi». Puis elle ajoute : « Lui, c’est un enfant pas fini. »
Au réfectoire du festival j’avise et interroge du regard l’assiette d’Adeline où, chancelant près d’un monticule de taboulé, trône un demi œuf esseulé et nu, quand elle me répond : « Je me méfie de la mayonnaise en collectivité. »
Yves me dit que je pourrais prétendre à entrer dans le Guinness book des records pour mes participations aux festivals du livre. Que dire ? Je suis un garçon poli et si on m’invite et que je ne suis pas déjà engagé ailleurs j’ai tendance à accepter, j’ai toujours beaucoup d’admiration pour les personnes qui organisent des événements autour du livre, je trouve de l’inspiration dans le mouvement, et dans la solitude des intervalles, et si je suis placé à côté de Loulou comme la plupart du temps cette saison je suis bien.
Dans un bus de nuit rempli de gens bruyants, égoïstes, épuisés et envahissants, face à moi un couple de touristes allemands se roule des pelles avec la frénésie d’une petite cuillère qui vient de découvrir son premier pot d’ice-cream, je me sens sauvé quand un couple de japonais se glisse près de moi, incarnant à mes yeux une certaine idée de la civilisation.
Une fille vient me voir et me demande si je veux partir à noël aux sports d’hiver avec elle. J’ai botté en touche, accusant par la suite une légère déception envers moi-même, forcé d’admettre que j’ai un tempérament aventureux plutôt modéré.
Loulou a oublié sur la banquette arrière du taxi le bouquet de fleurs que sa sœur lui a offert pour son anniversaire. J’ai retraversé tout Paris avec le bouquet de fleurs à la main et c’était plutôt embarrassant parce que toutes les personnes avec lesquelles j’avais rendez-vous entre hier soir et ce midi croyaient que ce bouquet leur était destiné.

vendredi 6 décembre 2019

64

Writer’s life (64)
Dans les salons du livre, le photographe qui a des téléobjectifs de dingue genre chasseur de grand fauve, qui s’approche de vous, trouve que vous avez une bonne tête (de grand fauve), votre visage lui évoque quelqu’un de probablement connu, une personnalité, alors le voici tout disposé, sur le qui-vive, en appétit, prêt à vous tirer le portrait, au moins pour « PurePeople »… et puis, par acquis de conscience (professionnelle), il jette un œil à vos livres et s’aperçoit que le combo : votre prénom + votre nom ne lui dit rien, mais alors rien du tout, pas dans le radar de la notoriété, aussi tout à coup il renonce, débande en quelque sorte, et s’éloigne de vous sans un égard.
En studio avec Annaëlle, nous convenons que les anglaises sont quand même + libres et + libérées que les françaises. «Libre ne veut pas dire légère, par ailleurs » affine-t-elle avant d’ajouter : « Qui a dit ça, Libre mais pas légère ? c’est une autrice… », « Ah, réponds-je avec étonnement, tu dis autrice toi ? », « Oui, comme autrice reading (/Ottis Redding). »
Chez Waterstones, à Picadilly, j’achète un livre qui recense titre par titre la bibliothèque idéale de David Bowie. À la question : « What is your idea of perfect happiness ? », David Bowie répond : « Reading ».
Loulou dit que je suis à moi tout seul tous les enfants perdus de Peter Pan, que c’est le dessin animé qui me va le mieux, j’acquiesce même si mes dessins animés préférés sont : Là-Haut, et, Le vent se lève. Après, pour que Peter Pan puisse s’envoler, il faut, en quelque sorte que là-haut le vent se lève.
Je dis à Loulou : tout le monde se quitte dans la vie, tout le monde, les gens se rencontrent, se quittent, se quittent et se rencontrent, ok, mais la coolitude ne quitte jamais les êtres cools.
Cette fille aux yeux pâles qui remonte vers Montparnasse, la pluie fine qui arrive avec la nuit au moment où dans mon casque la guitare et la voix de John, le piano de Paul, entament : A day in the life.

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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...