mercredi 5 février 2020

79

Writer’s life (79) Parfois je dis quelque chose d’enfoui en moi et pendant que je prononce cette parole je sais que je n’aurais pas dû le faire. Pas parce que c’est une chose brutale, bien au contraire, mais parce que je devine instantanément qu’elle est faite pour manquer sa cible. Se distordre entre mon intention et le contexte où elle est envoyée. Je dois davantage m’empêcher de dire des choses dans des contextes inappropriés. La littérature est un espace dans lequel vous pouvez créer un contexte où les choses que vous avez à dire ne sont pas irrecevables. À un café littéraire, une femme m’interpelle : «Vous avez fait des disques, vous écrivez des livres, vous connaissez Francis Cabrel, vous avez écrit des chansons pour Johnny Hallyday, bref vous avez une vie foisonnante… » Hum, si on considère que je n’étais qu’un enfant sage et timide de banlieue ouest sans aucune connexion, lien, ou tremplin vers les milieux que je fréquente aujourd’hui, alors oui il s’est passé des choses, mais je dirais aussi que j’aurais pu faire, peux et pourrais faire des centaines de choses encore. Par exemple en musique, je mets cent fois moins de temps à écrire un texte qu’à convaincre les différents décideurs que c’est ce texte là qui convient pour la chanson. Si on me faisait davantage confiance, je travaillerais encore plus. Là où je suis chanceux c’est que j’ai un tempérament qui ne tombe jamais dans l’aigreur ou la fatigue malgré les tonnes de fois où on m’a fait travaillé dans le vide et pour rien. Vous ne voulez pas de mon texte ? Ok, j’en ferai d’autres, d’autres en voudront, et les chansons seront bonnes. Encore alpagué en pleine rue, dans un autre quartier, par cette fille qui me demande « Une colocation vous tente ? Et une relation sentimentale ? Et une vie commune ? ». Cette fois, j’ai dit non merci et ai fui sans demander mon reste dans l’intervalle entre la relation sentimentale et la vie commune (Hum ! Story of my life !). Azziz avec qui je prends un verre me dit : «J’ai sondé tous mes potes de Nancy et aucun n’est jamais tombé sur cette fille. Sans aucun doute, c’est toi qu’elle poursuit ! » #writerslife

dimanche 2 février 2020

78

Writer’s life (78) X. Le genre de mec qui se met en avant tout le temps. Tout le temps. Chaque fois que je dois monter en voiture avec lui dans un événement autour du livre, pour faire un voyage entre la gare et le lieu de dédicaces par exemple, ou en direction d’un hôtel, je m’attends à ce qu’il s’installe sur le capot. J’ai un faible intérêt pour les gens en couple, ça a tendance à faire s’effondrer mon imaginaire (je déconne), pourtant l’une des plus jolies choses que j’ai vues ces dernières semaines : le moment entre Rooney Mara et Joaquin Phoenix aux Golden Globes. Terminé de travailler sur les épreuves d’Alcie (qui peut partir cette semaine à l’impression). À cette phrase du livre : "Alcie restait triste et tourmentée, alors elle répondait par des « oui » qui voulaient dire « peut-être » et des « non » qui voulaient dire « à quoi bon »", Charlotte me dit : « Ça c’est tellement tout à fait toi ! ». Au Grand Prix des blogeurs littéraires, Xavier me dit avec tendresse : « Parfois je pense à toi et je me demande : Est-ce que Jérôme est heureux ? Ou est-ce qu’il est encore au bord ? ». « Au bord d’être heureux ? », lui dis-je, « c’est déjà pas mal ». Avec amitié, il me demande aussi quand est-ce qu’il va enfin pouvoir revenir me voir en concert ? Les concerts, quel territoire que ce fût, entre 2003 et 2007. Mais comme les concerts, les livres aujourd’hui font pour moi lieu de territoire. Clémence me parle de mes #writerslife , Ali de mes #flashpoetry , tout ce travail quotidien, cette incarnation des jours empilés et fuyants, n’est pas vain, il est lu, cela réchauffe le cœur. À cette soirée très réussie, pas mal d’ami(e)s m’ont trouvé puissamment mélancolique, ou carrément triste, le fait de plusieurs choses mais aussi parce que je venais de passer deux bonnes heures à déchiffrer au piano « The long and winding road » des Beatles alors j’étais encore totalement dans l’état de la chanson, bien sûr. Les mélodies débordent toujours sur les soirées. #writerslife

lundi 27 janvier 2020

77

Writer’s Life (77) Samedi, entretien avec Myriam pour son site où elle interviewe des écrivains sur leurs pratiques d’écriture, leurs carnets. Comme je n’avais pas beaucoup dormi la veille, nous sommes allés rue du Sommerard. Au café de l’institut finlandais qui m’a toujours paru un endroit exquis, de l’extérieur, et qui l’est tout à fait. J’y retrouve une ambiance londonienne. Myriam me demande comment je vais. « Ça va », réponds-je. « Tranquille », me dit-elle. Je m’insurge tendrement : « Comment ça, tranquille ? Mais je n’ai pas été tranquille depuis, disons, 1989 ! Intranquille, tu veux dire ! » S’en est suivi une jolie conversation sur l’écriture, les poteaux qu’on évite et les râteaux qu’on se prend, Duras et Salinger, Sèvres-Babylone mon territoire de toujours, les cafés du quartier et le spectre de Loulou. Après-midi de lundi à écrire une chanson avec Naë, chez Roy Music. Inspirés, alertes et percutants. Au café où je relis les épreuves d’Alcie (quelle joie que ce livre, illustrations et textes, tout s’anime sous mes yeux). Comme me l’écrit Fred : « On est dans le top British ! ». Non loin de ma table, deux femmes aux cheveux blancs parlent de leur joie de s’être mises à l’application FaceTime pour communiquer. Je pense évidemment à ma mère. Les dernières années, je lui avais offert un iPad et de pouvoir nous voir par FaceTime chaque soir, ce rendez-vous qui remplaçait le téléphone, cela lui procurait beaucoup de joie. Quand j’arrivais quelque part, dans un hôtel pour mes tournées pour les livres, je lui faisais faire une visite du lieu. Quand j’étais chez moi, j’inventais même un prétexte dans la soirée, n’importe quoi, un programme télé qu’elle devait absolument regarder, un truc que j’avais oublié de lui dire, n’importe quel prétexte pour la rappeler une deuxième fois car je savais que ça lui ferait absolument plaisir. Je rappelais toujours une deuxième fois, une troisième fois parfois. Dieu que j’ai aimé passer du temps à inventer des prétextes pour m’assurer que tout allait bien et lui faire plaisir. #writerslife

dimanche 26 janvier 2020

76

Writer’s Life (76) La fin du monde, abandonnée en pleine rue, sur un plot. La fin du monde à la merci de tous. La semaine passée fut intense : mardi ateliers d’écriture à Nancy, mercredi à Paris conférence de presse du Printemps du livre de Montaigu, jeudi retour à Nancy pour les ateliers d’écriture, et vendredi Paris pour la soirée littéraire au château de Maffliers. Je jongle avec les horaires de train, et ça risque d’être comme ça la semaine prochaine. Comme ça - avec toutes les sollicitations et les projets - jusqu’en juillet. Mais j’avance, je prends des notes, dans mon désir/projet de prochain roman. Le livre s’affine dans les interstices, s’écrit dans les heures transitoires. Même sans écrire, s’écrit. Quel bonheur que ces échanges autour de « La petite sonneuse de cloches » au club de lecture du château de Maffliers. Ça fait du bien de se savoir lu et apprécié avec ferveur par de grands lecteurs pour un livre qui a quand même eu moins de retentissement que j’en espérais. Enfin, quand je parle de retentissement, je veux dire de relais ou de soutiens qui peuvent faire la différence, du moins permettre de gagner encore davantage d’horizon, de perspectives. À chaque rencontre, une ou plusieurs personnes affirment que mes livres feraient de supers adaptions ciné, et à chaque fois c’est la même rengaine je ne trouve rien à dire que m’excuser platement pour mes livres de n’avoir jamais eu aucune touche avec le cinéma. Rêvé de X. Une des deux personnes auxquelles je pensais en permanence pour un des personnages féminins en écrivant 37, étoiles filantes. Dans ce rêve, nous nous retrouvons dans une salle polyvalente suite à une dédicace de livres, nous nous prenons dans les bras l’un de l’autre, je lui demande si elle a besoin de quelque chose, et elle me répond : « Oui, une soupe me ferait plaisir ». « Une soupe à quoi ? », « Une soupe au romarin » Pendant toute la suite du rêve je reste des plombes devant le distributeur de soupes, à converser avec des gens dans la file, à attendre que mon tour vienne, à tenter de repérer l’inscription “romarin” sur la machine etc. Tout le rêve, ainsi. Ça vaut vraiment la peine de se mettre à rêver des filles qui vous plaisent... #writerslife

jeudi 23 janvier 2020

75

Writer’s life (75)
Interview de Nabokov en 1959 : « What contemporaries do you value ? Sartre ? Faulkner ? », il répond : « They are not artists ». Ah, ah, parfait ! À la question suivante : « Salinger ? », il dit : « A great, wonderful writer. The best American novelist ». Je bondis de joie chaque fois que Nabokov loue l’écriture de Salinger. Ce sont mes deux grands manitous. Alors quand la dent dure du premier encense la grâce du second, je suis aux anges. Ça me fait penser à une particularité qui est la mienne depuis l’adolescence : quand il y a deux personnes que j’apprécie, j’essaie de les présenter l’une à l’autre en espérant qu’elles aient un coup de foudre réciproque. C’est aussi pour des raisons pratiques. Quand vos amis deviennent entre eux les meilleurs amis du monde, ça vous permet d’avoir la paix et de vous concentrer sur vos trucs. Les choses qu’on ne peut partager avec quiconque et qui remuent tout le temps. Qui trouvent une place décente dans la création.
Dans mon livre à paraître sur les Beatles, il y a une nouvelle sur John Lennon. Je lui ai donné une bonne punchline (enfin, j’ai l’impression que c’est une bonne punchline). À un moment, John dit : «Je préfère une femme mariée qui a des aventures à une femme libre qui a des hésitations. »
Ateliers d’écriture à Nancy. Il en sort de jolies choses. Des personnes ouvrent timidement la porte, et mon travail consiste à faire jaillir, et si possible rendre incontestable, la poésie (ou son intuition) qui sur la pointe des pieds leur a fait pousser la porte de l’atelier.
J’ai le coeur gros en ce moment. C’est aussi que je me lance dans l’écriture d’un roman et c’est peut-être l’état qui me convient pour aborder ce territoire en mouvement qu’il faut s’efforcer de rendre fiable, sensible, et le + définitif possible. Plus fiable en tout cas que l’inconstance ou la litanie mordante des jours.
Nuit de la lecture chez Castel. Belle soirée, bon show. Heureux d’avoir revu X. En rentrant par les rues parisiennes, j’ai été encadré pendant une vingtaine de minutes par une escouade de filles qui portaient des serre-têtes surmontés de papillons phosphorescents.

lundi 13 janvier 2020

74

Writer’s life (74)
Clara me dit : «Je suis abonnée au compte Instagram de plusieurs écrivains et ce qui m’amuse et me désole à la fois c’est qu’ils agissent comme si la sortie de leur livre était un événement mondial, attendu par la planète entière en général et la littérature en particulier ». « Oui, réponds-je, mais c’est tellement difficile parfois de mener un travail d’écriture qui nous rende heureux, et les répercussions paraissent ensuite tellement dérisoires, il faut avoir un moral d’acier, alors une fois que le travail est fait, il faut bien y croire un peu pour soi, c’est la moindre des choses.»
Au Pause Café avec Élise. Elle me parle de son job alimentaire (plutôt sympa) d’animatrice dans une salle d’Escape Game. Elle me dit que c’est très fréquenté, à toute heure. Je lui demande si des couples y vont. Élise me dit que non, c’est plutôt des groupes. Ah, c’est étrange, lui réponds-je, j’ai toujours vu le couple comme une tentative désespérée et perpétuelle d’escape game.
Masterclass d’un chanteur très connu à la Sacem, organisé par la comm des variétés. Très bon moment. J’avais deux livres dans les mains et j’ai dû expliquer à 2,3 connaissances que j’ai toujours un livre dans les mains ; elles pensaient que je les avais apportés parce que je pensais m’ennuyer pendant l’évènement. Les livres ? Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et le livre de Vanessa. Donc : un pédophile et son antidote.
Interview pour un site qui fait un parallèle entre gastronomie et création littéraire. À la question : «C’est quoi votre recette pour écrire un bon livre ? », je réponds : « Y mettre tout son coeur » ; à la question : « Vous aimez improviser ou vous suivez la recette à la lettre? », je réponds : « J’aime suivre mon sens de l’improvisation à la lettre ».
Au cocktail après la masterclass, une fille me demande si je suis un grand lecteur. «Oh non, n’ayez crainte, lui dis-je, c’est pour m’empêcher de boire. Un parapluie dans une main, des livres dans l’autre, plus moyen d’attraper un verre 🥃 ! »

vendredi 10 janvier 2020

73

Writer’s life (73)
J’adore, cautionne et valide tellement, cette phrase de Nabokov sur la création littéraire dans une interview pour Nice Matin qui date de 1961 : « Creation isn’t a discipline. It’s a state.»
Toute la semaine à peaufiner le tome 2 d’Alcie avant de l’envoyer aux parties concernées (mon éditrice, Fred). Travaillé parallèlement à deux trois commandes de chansons. Création toute la matinée puis je passe une partie de l’après-midi dans la grande salle de la bibliothèque Stanislas où je relis scrupuleusement ce que j’ai fait le matin, changeant un mot, une tournure, revenant scrupuleusement comme une abeille sur le travail du matin.
Lors de mon premier atelier d’écriture un étudiant me dit : « Vous faites plus vieux que sur la photo affiché dans les couloirs de la fac » (il y a toujours des provocateurs !) « Oui, lui réponds-je, mais ça ne vous est pas venu à l’esprit que la photo avait peut-être été prise avant que vous ne me rencontriez ? »
Interview pour la radio. On me demande si je fais partie d’un courant littéraire et je réponds : non, ou alors quelqu’un a dû débrancher la prise.
En allant prendre un verre avec Marie-Madeleine et Alia, une de ses collègues, je me fais aborder par une femme, brune, entre trente et quarante ans, non loin de la Place Stanislas. Elle me demande : « Est-ce qu’une colocation vous intéresserait ? », je réponds assez naïvement : « Non merci. ». La femme revient aussitôt à la charge : «Ah. Et une relation affective ? Est-ce qu’une relation affective vous intéresserait ? Et une vie commune ? » Un peu apeuré (il y a de quoi !) je refuse tout en bloc en prenant la poudre d’escampette quand j’entends dans mon dos la femme qui dit « excusez-moi, alors, excusez-moi ». Marie-Madeleine à qui je raconte l’anecdote toute fraîche salue son audace, quant à moi, même si cette femme était sûrement un peu dingue, son « excusez-moi, excusez-moi » lancé comme une plainte dans mon dos m’a fait de la peine pour la soirée.

dimanche 5 janvier 2020

72

Writer’s life (72)
Dans les messages de bonne année, chaque fois que j’écris : santé, amour, bonheur etc. De manière irrésistible, j’ai envie de mettre amour avec un s.
Testé le renouveau des paquets de Treets. Aussi parce que j’ai pensé au mot de Nabokov (que j’adore) qui déclare dans un Apostrophes de 1975 que pour retrouver la sensation de son enfance il faudrait reconstruire à l’identique les chocolateries de 1901. Les industriels et les services marketing chez Treets ne sont pas nabokoviens. C’est bien Treets. « À l’identique » est la règle d’or. Les nouveaux paquets sont orange et non jaunes comme jadis, le chocolat qui enrobe les cacahuètes moins au lait qu’à l’origine, rien ne va comme il aurait fallu car rien n’est à l’identique. Ça met du factice sur les souvenirs. Après, rien n’est jamais à l’identique. Si vous passez un moment exceptionnel avec quelqu’un (on n’est jamais à l’abri de ça), et si cette personne souhaite ensuite vous faire vivre ce moment à l’identique, vous savez bien que ce ne sera jamais pareil. Pour échapper à la déprime de ce constat cinglant, je crois que les artistes n’ont de cesse de créer de l’identique dans la nouveauté. Créer de l’identique en tenant compte du mouvement permanent, en désirant le mouvement et en l’anticipant même.
Ces millions d’animaux qui ont péri dans les flammes en Australie, ça me change en brouillon de chagrin sur les boulevards parisiens. Ça me fait tristement penser à un des thèmes que j’avais proposé pour le concours du prix ouest jeunesse : « Si la forêt brûle, où iront les oiseaux ? ». Fred a dessiné Alcie qui s’étire pour que les oiseaux puissent se percher/se réfugier sur elle. Finalement, on a ouvert le thème à « Si j’étais un arbre » mais gardé le dessin. Terminé l’année en réécrivant un peu « La Princesse qui rêvait d’être 1 petite fille» pour un podcast qui vient d’être enregistré, et commencé l’année en terminant l’écriture du volume 2 d’Alcie (écrit 100 pages en 10 jours dans une apnée de mots assez intense). Écrire, pour moi, c’est faire partie intégrante d’une intensité créatrice qui se dérobe aux déceptions ou au manque de magie des quotidiens.

lundi 23 décembre 2019

71

Writer’s life (71)
Chaque noël, j’’extirpe d’un panier Fortum’s la crèche de noël que ma maman installait au pied du sapin. Je ne sais pas son histoire, si elle vient de plus loin que ma naissance, si ma maman l’avait apporté de Belgique ou pas. Mais cette crèche m’accompagne depuis tant de noëls. À l’âge de six ans, je l’ai customisé avec un boeuf et un âne Playmobil. Il y a bien dû avoir trois schtroumpfs réquisitionnés pour faire les rois-mages. Tout ce temps des vacances de noël à Marsinval. La neige que j’ai si peu vue depuis, le feu de cheminée, et mon père qui passait sur sa chaîne stéréo les chants de noël de Bing Crosby, des Andrew Sisters, Frank Sinatra, tous les standards de sa jeunesse américaine.
Je crois que j’ai + d’imagination que de mémoire, parce que je suis toujours tourné vers les choses que j’ai envie de faire plutôt que tout ce que j’ai fait. Ma seule mémoire concerne l’enfance dorée avec mes parents sans doute, et, par la suite, les choses qui m’ont marqué parce que soit prodigieusement intelligentes, soit affreusement choquantes. Je pense qu’il faut chercher à s’entourer de personnes qui vous font vivre des moments prodigieusement intelligents, ne serait-ce que pour atténuer le choc des moments affreusement choquants.
Reçu le contrat envoyé par Aude pour écrire un texte dans sa collection « Petit éloge du… ». J’ai donc un programme de publications littéraires qui s’étend jusqu’à février 2022, date de sortie de ce texte.
Période studieuse, enfermé dans le travail. Le tome 2 d’Alcie, les songs en cours. Je lis aussi le dernier David Walliams et mesure ma chance pour Alcie. Quand l’illustrateur chez Walliams se contente de faire un dessin (plutôt moyen) de temps à autre, avec Fred c’est un véritable travail d’équipe. Pour le tome 1, il a fait 150 dessins. Pour les livres jeunesse, ma préoccupation est d’être surprenant et poétique tout le temps. Et aussi de parler un langage adulte que la sensibilité des enfants est mieux à même de comprendre que la plupart des adultes.
Dans un numéro de la revue Bordel dirigée et éditée par Stéphane, j’avais écrit une parodie d’Harry Potter qui s’intitulait « Henri Pottier à l’école de France », l’idée c’est que malgré la voie 9 3/4 et toute la magie du monde, le jeune Henri n’arrivait pas à rejoindre Poudlard à cause des sempiternelles grèves à la SNCF.

lundi 16 décembre 2019

70

Writer’s life (70)
Parfois une personne - une silhouette, un visage, un tempérament, une présence - m’obsède tellement que je n’ai d’autre choix que de la mettre dans un livre, comme pour tenter de me libérer de cette obsession, mais souvent c’est sans compter sur l’effet boomerang de la littérature...
En terrasse du Flore, conversation avec deux trois it girls rescapées de la chienlit parisienne (sorte d’hommage à la nouvelle vague et à Anna Karina)
Dans mon Beatles, j’ai fait un passage secret, un tunnel parfait, entre le livre et une scène emblématique de La petite sonneuse de cloches. Je n’ai pas encore une communauté de lecteurs très étendue (quoique, ça progresse) mais voilà, la lectrice ou le lecteur attentif et passionné pourra prendre ce tunnel pour se retrouver directement dans une scène refuge de La petite Sonneuse. Le moment qui est à l’origine du livre, en quelque sorte.
Dans une interview à l’Express qui date de 1961, Vladimir Nabokov avoue à Anne Guérin qu’il n’aime pas Dostoievski. Son interlocutrice s’étonne, il s’explique dans un rire : “Dostoievski écrit de la littérature sentimentale pour jeunes filles....qui plaît aussi beaucoup aux jeunes garçons.” Puis, pour en finir au sujet de Dostoievski : “C’est un journaliste : il ne créé pas, il n’a pas le temps.”
À la boulangerie X où j’achète parfois une brioche aux pépites de chocolat, face à la jeune employée qui s’occupe de moi en laissant se déployer hors de sa blouse un cou longiligne aux grains de beauté noirs et magnétiques, je fais des efforts spectaculaires pour ne pas dire, quand vient mon tour : “Je voudrais votre cou aux pépites de chocolat s’il vous plait..”
Je me demande s’il y aura un piano, sur le campus, à Nancy, sur lequel je pourrais continuer à m’entrainer de temps à autre de mes journées rythmées par les mots et le travail sur un prochain roman.

dimanche 15 décembre 2019

69

Writer’s life (69)
Un jeune type m’aborde en haut du boulevard Raspail et me demande la direction du McDo le + proche. Il ajoute : “C’est parce que je dois entrer en détention dans 30mn”. (La prison de la Santé est juste à côté). Je lui indique, puis suggère : “Vous ne voulez pas plutôt une librairie ?”
Goûter de noël avec Louise, Zoé, Jenna et Charlotte (M). Un peu de baume sur ce dimanche marqué par la disparition d’Anna Karina. En dehors de sa présence d’égérie en mouvement dans les films de la nouvelle vague, son alliance détonnante d’intensité et de désinvolture, je me souviens de ce moment où elle retrouve Godard sans l’avoir recherché (et sans l’avoir revu en + de 20 ans) lors d’une émission télé. Un amour dans les griffes de la vulgarité des temps, où on voudrait nous faire croire que tout se vaut, que rien n’est grave ni éperdu, pour faire le show. J’aurais pu consacrer un texte dans mon Beatles à paraître à la relation Godard/Truffaut, tracer des parallèles avec Lennon/McCartney, la décennie, la façon dont leur œuvre est redécouverte avec une frénésie neuve et jubilatoire par des générations successives, et la progression de leurs liens créativité/amour/haine.
Avec la disparition d’Anna Karina, c’est aussi le quartier (St-Germain) qui prend un coup dans l’aile.
Les rues de Paris débordées par les conséquences de la grève, et toujours l’agressivité qui semble être le premier réflexe entre les autos, les vélos, les trottinettes...Les gens se hurlent et se marchent dessus, sans civisme ni éducation. Si peu d’élégance dans les rues. Qu’est devenue cette ville que j’aimais tant ? Michael me dit : “En Angleterre c’est autre chose, c’est pas seulement une question d’énergie, c’est que ça se tient plus droit, les gens se tiennent plus droit.”
Hier, encore croisé quelqu’un qui me déclare (sans que je lui demande rien) : “J’aurais bien parlé de ton roman mais je n’ai pas eu la place.” Que répondre à ça ? Il y a des gens qui voudraient toujours qu’on les absolve ou les pardonne de leur insuffisance, leur légèreté, à votre égard. Rien de remarquable.

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...