dimanche 2 mai 2021

175


Un mec dans la rue qui engueule sa copine en gémissant : « Pourquoi tu chiales ? Tu arrêtes de chialer, d’accord ?». Tout ce que j’ai imaginé, du moment et autour, m’a brisé le coeur.
Repassé au peigne fin le texte de « La Princesse qui rêvait d’être une petite fille 2 » avant la mise en pages. Je ne l’avais pas relu depuis son écriture en août, et je redécouvrais le texte comme un enfant le lirait. C’est peut-être d’ailleurs le secret d’un livre jeunesse : l’écrire comme un enfant, avec un appétit d’enfant, puis le relire avec des yeux d’enfant. Et aussi je dirais que dans mes livres jeunesse j’essaye de toucher un enfant absolu, qui serait en marge des autres enfants dans sa façon de ressentir les choses, un enfant déjà un peu adulte, mais aussi un adulte totalement en marge des autres adultes pour la part d’enfance qu’il n’a jamais quitté. J’essaye de révéler cette sensibilité là, de créer un monde plus vivable pour ces enfants et ces adultes-là.
Envoyé aussi la version méga ultime de mon petit éloge du baiser. J’ai réécrit de fond en comble un chapitre qui ne me satisfaisait pas et qui de toute façon était celui sur lequel Aude émettait un bémol, et j’ai ajouté quatre petits haïkus qui m’ont paru nécessaire, pour visser le projet. Est-ce parce que j’ai travaillé sur les haïkus il y a 15 jours avec les stagiaires de mon stage de songwriting à l’école Les Mots ? Certainement. Les merveilles qui sont sorties de ce galop d’une semaine m’ont mis le pied à l’étrier. Animant des ateliers d’écriture depuis 5 ans maintenant et travaillant beaucoup sur les haïkus, je n’en ai jamais écrit ou publié, ce sera la première fois dans ce petit éloge. Je ne sais pas s’ils sont parfaits, mais je me fous de la perfection, je n’ai pas envie qu’elle m’écrase. Du moment qu’ils sont viscéraux, qu’ils devaient être écrits pour étancher une certaine mélancolie, un trouble ou une absence, qu’ils produisent suffisamment de feu quand je les relis et que le texte final n’attendait qu’eux pour être définitivement bouclé, ça me va.
Paris cette semaine, et puis ensuite, les routes qui s’ouvrent à nouveau.

jeudi 29 avril 2021

174

 Writerslife (174)

Après 3 semaines d’inquiétudes, tensions et douleurs, échographie et examens médicaux rassurants. Il faut dire que j’ai eu la sensation de vivre une succession de mois asphyxiants, où rien n’était fluide, rien n’allait comme je l’espérais. J’ai quand même travaillé ardemment et bouclé dans deux formes qui me conviennent 2 textes importants : mon prochain roman + le petit éloge du baiser. Encore ajouté deux courts chapitres au Petit éloge pour une version ultime. Heureusement que Nicolas (d’E-O) a écrit le petit éloge de la gourmandise parce que si cela avait dû m’incomber j’aurais été tenté d’ajouter un chapitre dès que ma route aurait croisé celle d’une pâtisserie. Ce que je veux dire par là c’est que si vous êtes curieux(se) des êtres et des visages, et d’un tempérament pas barbant(e) (pour vous-même) la vie est ainsi faite qu’il y a quand même pas mal de possibilités de rencontrer des personnes que vous avez envie d’embrasser. Donc d’augmenter les pages si vous travaillez sur ce genre de projets.
Ne parvenant pas à me reposer, ou ayant trop de nouvelles idées ou de nouvelles émotions qui réclament à être logées quelque part, quelque part de fiable et d’honnête comme dans les romans, me voilà déjà à l’affût de nouveaux départs. Discuté longuement avec Delphine qui souhaite que je lui propose un récit pour le label Phonofaune. Tellement emballé par notre conversation que j’ai déjà l’idée et le reste dans la tête. C’est ainsi que va la création, c’est une question d’étincelle, d’énergie, et de sincérité bien sûr.
J’écoute en boucle les 2 nouveaux titres de Jorja Smith, avant de m’atteler ce week-end aux corrections de La Princesse 2 dont la sortie est prévue après l’été, dernier projet jeunesse de l’année, parfait pour noël. Lu Violette Leduc pour un passage du Petit éloge du baiser et je me rends compte à quel point c’est bon, au-dessus des autres de son temps niveau poético-littéraire. Des phrases intenses. Aujourd’hui, c’est souvent le règne de la démonstration, du « Regardez comme j’envoie du bois, et n’oubliez pas de me suivre » plutôt que l’impact direct et discret de l’intensité.

dimanche 25 avril 2021

173

 Encore passé une semaine bien intense à l’école Les Mots pour l’atelier de songwriting.

Traversé Paris en plein couvre-feu en écoutant le dernier album de London Grammar. Puissant, même si quand la ville est déserte on réalise à quel niveau d’infamie Haussmann a coupé à la hache.
J’envoie un mail à Aude et Alice qui commence par « Oui je sais, mais… » pour qu’elles me permettent d’ajouter encore un ultime petit chapitre à mon petit éloge du baiser. L’aventure de la vie fait que l’inspiration ne tarit jamais, je suppose. Cela étant, avec la sortie en octobre, j’aime à croire que ce dernier ajout révèle la forme définitive du livre.
La traversée du Jardin des Plantes d’ouest au nord, Jussieu/gare d’Austerlitz, si j’accélère le pas et triche un peu, a la durée exacte du titre : « Dreams are my reality ». Au téléphone, Michaël (T) me rappelle que quand il a proposé le nom de Vladimir Cosma pour une masterclass à la Sacem, j’étais le seul autour de la table de la commission des Variétés à brûler d’enthousiasme.
Il en sera bientôt fini de la règle des dix kilomètres. À nouveau libres de voyager. Joie de retrouver la vie en librairies et en festivals, les ilots d’une semaine ou de plusieurs jours de création pour divers projets, les aventures sur les routes. Mais quand même, je n’ai pas attendu la règle des 10km pour éprouver cette sensation. Je veux dire : face à cette personne qui me trouble, dont la silhouette me bouleverse pour un détail - comme on le dit en peinture - un détail où je rêve de poser mes lèvres, et qui, pour une parole ou un regard me fait sortir des gonds de la réalité, m’enchante et me sidère à la fois, dévoilant une intimité qui me parle et me cloue le bec, l’autre aussi, dans toute sa puissance volatile, me promet un inaccessible voyage.

dimanche 18 avril 2021

172

Il y a sept ans « Presque la mer » venait de sortir de l’imprimerie et ma mère venait d’entrer à l’hôpital. Je voulais lui porter le lendemain, et puis dans la nuit du 19 au 20 avril j’ai reçu un coup de téléphone pour m’apprendre qu’elle venait de mourir. Le monde s’écroulait sous mes pieds et j’avais en main ce livre que je ne pourrais jamais lui donner. « Presque la mer » est une comédie romantique hommage aux films de Billy Wilder et je pense qu’elle l’aurait beaucoup aimé. Deux jours après, je devais retrouver Stéphane chez Hugo Romans pour le service de presse et je pleurais comme un enfant dans la rue, je pleurais comme une pluie de printemps, Stéphane était témoin de ça, je n’arrivais pas à m’arrêter, mais c’’était important d’y aller, les projets concrets étaient une rampe vaillante au moment où je l’étais si peu. Le livre a eu un très bon démarrage, réimpression après trois semaines, grâce à la super libraire Lydie (Zannini) qui s’est prise d’affection pour le livre et l’a porté à la télé. Parfois un libraire peut changer la donne. Quand ça vous arrive vous ne comprenez pas pourquoi ça vous arrive et c’est joyeux, quand ça ne vous arrive pas vous ne comprenez pas pourquoi ça ne vous arrive pas et c’est triste. Il y a donc eu 1 ou 2 réimpressions et ça a même failli être adapté au cinéma, grâce à Hugues de Saint Vincent le livre est arrivé entre les mains de Jean Becker mais malheureusement il y avait un autre film qui avait à peu près le même pitch (sans l’idée de la mer qui est quand même le sel - si je puis dire -de l’histoire) et qui en + s’est révélé être un épouvantable navet, alors le projet est tombé à l’eau. Et il devait aussi sortir en poche, et là aussi c’est tombé à l’eau. Q’un livre sorte en poche ou pas et le prix auquel les éditeurs poches l’achètent m’a toujours semblé hors de mon entendement. Le roman a reçu beaucoup d’amour mais ce que je retiens c’est que j’étais prêt de le donner à ma maman et qu’elle n’a pas pu l’avoir à un jour près. Je crois au pouvoir des livres, je pense que si j’avais pu lui donner, elle serait restée un peu + longtemps, et se serait rétablie pourquoi pas, pour le lire.

jeudi 8 avril 2021

171


Là où je vis, c’est un peu les travaux non-stop : en dessous, en face, à côté. Et pas tout en même temps non, mais dans un enchaînement qui ne semble survenir que pour me taper sur le système. Je pense que pour 2022, je vais accepter toutes les résidences d’écriture qui se présentent.
Envoyé à Aude et aux éditions Les Pérégrines une version ultime de mon « Petit éloge du baiser » à paraître le 1er octobre. J’ai ajouté deux textes, car le livre sera composé d’une infinité de petits chapitres (comme chez Richard Brautigan, yeppie !). J’ai donc ajouté un chapitre intitulé « La pornographie », car dans une scène pornographique le baiser semble toujours surgir de nulle part, j’ai relié ça avec un triptyque de Jérôme Bosch, et un autre chapitre au sujet de La Boum, car pour ma génération il est impensable de parler de baiser, notamment de premier baiser, sans évoquer ce film. En le visionnant à nouveau, j’ai été surpris par le nombre de punchlines. Les lignes de textes définissent les personnages en trois traits de crayon. Chaque plan semble éperonné par le brio du dialogue, tout s’enchaîne parfaitement, c’est un film d’auteur qui s’ignore. En fait, les répliques jusqu’aux + anodines me plaisent, comme par exemple celle-ci : « C’est un métier d’avenir, y aura toujours des gens qui mangeront des gâteaux », ou le fameux « Grouille, y a interro d’anglais ! ». Ça patine un peu + dans la seconde partie du film, mais les quarante premières minutes sont absolument exquises.
Pas mal de déplacements prévus ces prochaines semaines - si tout va bien - et, après avoir terminé trois textes importants : le Petit éloge du baiser, La princesse 2, et mon prochain roman, j’espère pouvoir repartir dès le début de l’été dans un projet d’écriture au long cours (roman adulte ou/et livre jeunesse). Plusieurs idées, pistes, et des propositions aussi, il faut que les envies et les sollicitations coïncident, c’est une question d’énergie, d’élan, d’engagement, le truc qui vous fait dévorer les pages avec un appétit vorace, qui libère le souffle et l’imagination, et qui s’inscrive aussi dans l’idée d’une trajectoire, d’une oeuvre. Pris un café avec Jean-Marie Salhani mardi après-midi et nous avons beaucoup parlé d’oeuvre. Je reste persuadé que ce qui définit, disons, un créateur, ce n’est pas l’argent qu’il génère mais l’oeuvre qu’il construit.

lundi 5 avril 2021

170

Je m’en veux un peu parce qu’un robot m’a demandé si je voulais changer mon compte Instagram en compte pro, j’ai dit oui (je suis également poli avec les robots) et depuis dès que je poste un texte il y a un bouton PROMOUVOIR qui attend que je clique dessus. C’est étrange cette société qui veut absolument changer les gens qui écrivent en commerciaux, ou en agents publicitaires de leurs créations. N’empêche il y en a qui s’y prêtent avec beaucoup de talent. En permanence, à longueur de posts. Spectacle usant qui peut néanmoins faire naître des vocations, certain(e)s peuvent se révéler meilleurs commerciaux qu’écrivains ou artistes.

Très chouette entretien sur France Infos pour Alcie. Je suis toujours surpris de n’avoir pas + d’espace ou de retentissement médiatique, notamment pour des livres du potentiel d’Alcie. Sandrine me fait part de la réflexion d’une journaliste qui lui a dit : «Ah, moi, je ne chronique jamais les suites ! ». Eh bien comme ça, c’est réglé.
J’affine mon prochain roman prévu pour la rentrée de janvier 2022 (eh oui). Entre temps, il y aura un revigorant « Petit éloge du baiser ». Je pense que l’une des principales contraintes dans mon travail est de souffrir les délais imposés. Ça freine l’élan pour mettre en oeuvre les pistes suivantes. Annaëlle m’a dit hier soir, tandis que nous terminions une nouvelle chanson pour son projet, qu’elle aimerait bien un jour s’installer dans ma tête, avec toutes les idées qu’il y a en permanence, qu’elle prendrait un sachet de pop corn et serait comme au cinéma. Néanmoins, de pouvoir relire ce prochain roman avec une distance qui m’éloigne du feu intérieur qui m’animait au moment de son écriture, permet sans doute d’être + juste avec les personnages, + précis dans ce que je veux dire. J’ai revu l’articulation grâce aux premières remarques de Charlotte, et mon travail de relecture consiste à soigner la musicalité dans le choix de certains mots, la sonorité des phrases, à donner de la chair (mais pas trop) à certains passages, et à affiner mes punchlines. Je fais toujours gagner la punchline, ou l’idée poétique, sur la crédibilité. L’autre jour Marie-Hélène a eu un retour sur le scénario de son film que nous avons écrit et on lui a fait pour remarque : «À un moment, le héros rencontre un copain qui lui donne un billet de 500 balles… Ce n’est pas crédible, personne ne se balade avec une telle somme en liquide dans la poche ». J’ai trouvé ce commentaire bien pathétique. Je ne comprends pas pourquoi il y a une obsession de la crédibilité. Si on va vers la fiction, c’est justement parce que la réalité n’est pas valable, que ce qui y est crédible y est insuffisant, peu savoureux. Si vous aimez tant ce qui est réaliste, lisez des enquêtes, du fait-divers, du reportage, laissez la fiction à celles et ceux qui en ont le goût et le besoin, et surtout, ne vous donnez pas la peine d’ouvrir des romans.

samedi 13 mars 2021

169

 Writer’s life (169)

En ouverture de la cérémonie des Césars, l’interprétation magistrale de Catherine Ringer du titre de Bécaud : “Je reviens te chercher”. Belle symbolique, bien sûr. Il faudrait féliciter la personne qui a eu cette idée, les choses belles et pleines de sens se font si rares. Mon père adorait Bécaud, ils étaient de la même génération et il y avait aussi entre eux une indéniable ressemblance physique. Où est mon papa, aujourd’hui ? C’est ce que je me demande en traversant Paris, les larmes aux yeux, en écoutant au casque mes deux chansons préférées de Bécaud : « Je reviens te chercher » et « C’est en septembre ».
Je baguenaude dans Paris en pensant aux chapitres que je vais ajouter à mon « Petit éloge du baiser » prévu pour octobre quand, levant les yeux rue Keller, je tombe sur une vitrine où sont affichés quelques uns des plus beaux baisers de cinéma. Un joli signe dans l’après-midi. De ma première version du texte, je vais enlever deux ou trois chapitres qui plaisent moins à Aude et qui ne sont pas non plus indispensables à mes yeux, et vais les remplacer par de nouvelles choses. Aude me dit : « Tu sais qu’avec un tel livre, tu vas avoir des tas de propositions ! » « Des propositions de quoi ? » « Eh bien de baisers ! » Je dis à Aude qu’il serait drôle, vu que de nos jours il est préférable d’avoir un storytelling façon fait divers ou sujet de société si vous voulez qu’on accorde un peu d’espace médiatique à ce que vous faites, de promouvoir le livre en disant que je l’ai écrit parce que je n’ai jamais embrassé personne de ma vie. Ça pourrait être un argument publicitaire sympathique. Exhiber la bête de foire qui à son âge (hum, avancé) n’a jamais embrassé. En même temps, il y a des possibilités pour qu’une telle mésaventure arrive, vous pouvez tomber amoureux(se) de personnes qui vous tournent le dos tout le temps et ça devient donc compliqué d’embrasser sur la bouche, et vous pouvez aussi trouver ça vaguement répugnant, un peu mouillé, un peu intrusif comme procédé. Bon, j’avoue, ce n’est pas mon cas.

dimanche 7 mars 2021

168

 Writer’s life (168)

Au moment où je termine un texte d’une vingtaine de pages sur Serge Gainsbourg, que m’a demandé Nicolas qui a repris la collection Duetto aux éditions Plon (le texte paraîtra en octobre prochain), je lis un article sur lui qui s’intitule : « Pourquoi on n’a plus forcément envie de l’écouter aujourd’hui », (le point d’interrogation a d’ailleurs été sans doute sciemment omis). Cet article est une petite entreprise de démolition qui, en disséquant ses textes et ses attitudes, l’accuse de véhiculer des clichés racistes (Couleur café, Black and white blues), ultra mysogines et agressifs envers les femmes, et de faire la promotion de l’inceste (Lemon incest). Bon… J’évoque dans mon texte cette misogynie dans l’œuvre de Gainsbourg qui à mon sens n’est jamais offensive et qui n’est que la porte de secours de l’amour blessé. Quant au reste, je pense que les trois journalistes qui signent cet article devraient disséquer les textes actuels de rappeurs encensés des foules si elles veulent vraiment continuer à faire évoluer les mentalités.
Je reprends/réécris le début de mon prochain roman. Il faut toujours soigner ses apparitions. Dans le dernier, avec Chateaubriand, quand j’ai cherché un début, ma question a été : Comment faire apparaître mon personnage ? J’ai lu un article sur les conditions épouvantables des soins dentaires à la fin du XVIIIème siècle. Je me suis dit : ah, je vais l’emmener chez le dentiste, dès le début, ça va être drôle. Et puis je me dis : Chateaubriand est un migrant (à l’époque et à Londres, les français sont appelés : migrants), je vais donner au dentiste un quota de migrants à soigner par jour, et le dentiste ne va pas du tout aimer s’occuper des migrants, surtout qu’au départ il va croire que son client s’appelle Chat O’Brian, que c’est un irlandais, quand il va comprendre que c’est un français, il va encore être + impitoyable. Bref, d’idées qui m’attirent en idées qui m’amusent, mon esprit part au quart de tour, et je boucle mon premier chapitre.

mercredi 10 février 2021

166

 Writerslife (166)

Quand j’entends sur France Culture ou ailleurs des écrivains que j’ai rencontré ici ou là, j’ai l’impression que ce sont des versions adultes des personnes que je connais.
Je m’aperçois que je ne suis jamais séduit par l’intelligence ou le talent tant que ce n’est pas associé à de la bonté. De la générosité, de l’humilité, et surtout : de la fantaisie.
Je termine de lire les romans pressentis pour la sélection du Prix du roman de la nuit. J’ai un favori mais ce n’est pas forcément bon signe car tous les livres que j’ai défendus bec et ongles les années précédentes ont fini dans les choux. Mais bon, c’est toujours plaisant de voir un joyeux jury littéraire s’étriper pour des phrases.
Dans mes ateliers d’écriture textes courts et nouvelles, une des question qui m’est souvent posée est : comment se faire publier ? Grâce aux éditions de l’Archipel, j’ai une réponse qui dispense même de passer par l’atelier d’écriture : séquestrer Kim Kardashian. Je n’en reviens toujours pas de la publication d’un tel livre et de la complaisance médiatique qui l’accompagne et qui en dit tellement plus sur la société contemporaine, ou la voyouterie ordinaire, que ne pouvaient le faire autrefois en des temps moins vulgaires (qu’il me semble n’avoir jamais connus) les véritables écrivains.
Souvent, je dois calmement attester du présent pour me dire que mes parents sont morts. Je me surprends moi-même à les imaginer dans la pièce d’à-côté (après tout, cela a été ma condition normale de fils unique, dans ma chambre d’enfant, puis d’adolescent), ou dans une voiture en stationnement, au téléphone quand tombe le soir, ou quand j’arrive dans une gare où je me dis que mon père sera là pour m’accueillir et me ramener à la maison, et qu’il n’y a personne, ou pas mon père en tout cas, pour m’attendre. Combien de fois il m’arrive de guetter cette voiture et cette silhouette qui ne sont pas là ? Je dois souvent, comme ce soir, faire un effort conscient pour me dire que ce que je suis aujourd’hui existe dans un système différent que celui que j’étais quand j’avais encore mes parents.

mardi 9 février 2021

165

 Writerslife (165)

Commencé à écrire un journal de rêves. À l’exemple de ce livre que j’adore : « Insomniac dreams » qui compile les notes prises chaque matin par Vladimir Nabokov. L’idée est pour le moment plutôt à titre expérimental, voir s’il y a des ponts entre rêve et vie passante, les réactions des protagonistes dans l’un ou l’autre des systèmes, et si je retrouve ou j’aperçois dans l’aventure du quotidien les personnes inédites qui me sont apparues pendant mon sommeil. Enfin, si je peux continuer d’affirmer, preuves à l’appui, que la vie consciente (j’allais écrire : la réalité) est la plupart du temps décevante.
Je pense que celles et ceux qui trouvent que la réalité est totalement performante n’ont pas besoin d’écrire des livres. Sauf si ça leur plait de fabriquer. En littérature, à mon sens, il y a ceux qui fabriquent, et ceux qui n’ont guère le choix que d’être eux-mêmes.
Jean-Claude carrière est mort à 91 ans dans son sommeil. Comme mon grand-père maternel, dans la maison et le fauteuil qu’il aimait tant, avec son chat sur les genoux. Quelle merveilleuse façon de quitter ce monde. Je me souviens de Jean-Claude Carrière, impressionnant, accompagné d’un musicien, récitant seul les plus belles pages du Mahabharata au salon du livre de Béziers, et puis au déjeuner où nous avions pique-niqué sous un arbre en nous protégeant du soleil. C’est ça aussi qui est beau dans les festivals du livre, loin de ces auteurs insupportables qui la ramènent en permanence, qui font des bâtonnets à chaque livre vendu ou qui ne sont là que pour filer leur 06 aux autrices qu’ils trouvent baisables, ce sont les moments rares et privilégiés qui ne peuvent s’organiser ailleurs, comme la fois où j’ai partagé à l’ombre d’un arbre une conversation et un repas avec Jean-Claude Carrière.
Envoyé à Fred un script de roman ado que je verrais bien en roman illustré ou en roman graphique, même si cela est très codifié. Enthousiasme de Fred qui m’a lu dans la foulée mais qui pense que les éditeurs préfèreront en faire un livre sans illustrations, ou alors qu’il y aurait un format audacieux à inventer. Il n’y a plus qu’à trouver un éditeur pour préciser les choses.

dimanche 7 février 2021

164

 Je dis à Aude qu’en temps de pandémie les chasseurs devraient laisser tranquilles les chevreuils et tous les oiseaux et tourner leurs fusils en direction des joggers. Le jogger qui vous voit arriver de loin sur le trottoir mais continue obstinément son tracé en soufflant et éructant à tout vent comme s’il était le roi de la route fait regretter de ne pas avoir cette once de monstruosité qu’il faut sans doute pour attraper un fusil et se mettre en joie de pister un renard.

Je peux facilement définir les limites de ma foi en l’humanité : les portes de ma boulangerie. À voir comment les gens se tiennent, se comportent, n’hésitent pas à vous bousculer pour accéder au comptoir ou vous marcher sur les pieds pour se pencher au-dessus des viennoiseries en apostrophant la vendeuse, le manque d’élégance dans les attitudes, le mépris des consignes de sécurité pourtant martelées en permanence, cela donne à penser que si le monde court à sa perte ce sera en jogging et dans l’ordre des choses.
Report de ma semaine d’ateliers d’écriture à l’école Les Mots. Je passe mon temps à défaire mon agenda du mois pour le reporter sur le suivant et ainsi de suite. J’arrive tout de même après la succession de nouvelles déprimantes qui m’avaient coupé les ailes ces derniers mois à retrouver de la vigueur pour entamer de nouveaux projets. C’est le stade de l’ébullition, bientôt les moments d’écriture. C’est quand même dingue toute l’énergie qui n’a rien à voir avec l’énergie qu’il faut pour la création et qu’on vous fait dépenser malgré vous pour tout ce qui est annexe et que de toute façon vous subissez sans pouvoir de décision.
J’ai lu une tribune des scénaristes de cinéma/télé qui demandent à sortir, je cite : « du statut d’esclaves modernes », une autre des auteurs de bande dessinée, sous estimés, payés une misère ou qu’on fait travailler gratuitement pour des projets qui n’aboutissent pas. On pourrait aussi parler des auteurs de chansons. J’aurais bien aimé profiter de mon grand prix Sacem pour sensibiliser un peu en ce sens (avec humour), mais ce prix a eu tellement peu d’opportunités et de retentissement médiatiques que je n’en ai pas eu l’occasion, ce qui au final me libère d’une prise de parole revendicatrice qu’il m’aurait sans doute saoulé d’incarner.

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...