lundi 27 janvier 2020

77

Writer’s Life (77) Samedi, entretien avec Myriam pour son site où elle interviewe des écrivains sur leurs pratiques d’écriture, leurs carnets. Comme je n’avais pas beaucoup dormi la veille, nous sommes allés rue du Sommerard. Au café de l’institut finlandais qui m’a toujours paru un endroit exquis, de l’extérieur, et qui l’est tout à fait. J’y retrouve une ambiance londonienne. Myriam me demande comment je vais. « Ça va », réponds-je. « Tranquille », me dit-elle. Je m’insurge tendrement : « Comment ça, tranquille ? Mais je n’ai pas été tranquille depuis, disons, 1989 ! Intranquille, tu veux dire ! » S’en est suivi une jolie conversation sur l’écriture, les poteaux qu’on évite et les râteaux qu’on se prend, Duras et Salinger, Sèvres-Babylone mon territoire de toujours, les cafés du quartier et le spectre de Loulou. Après-midi de lundi à écrire une chanson avec Naë, chez Roy Music. Inspirés, alertes et percutants. Au café où je relis les épreuves d’Alcie (quelle joie que ce livre, illustrations et textes, tout s’anime sous mes yeux). Comme me l’écrit Fred : « On est dans le top British ! ». Non loin de ma table, deux femmes aux cheveux blancs parlent de leur joie de s’être mises à l’application FaceTime pour communiquer. Je pense évidemment à ma mère. Les dernières années, je lui avais offert un iPad et de pouvoir nous voir par FaceTime chaque soir, ce rendez-vous qui remplaçait le téléphone, cela lui procurait beaucoup de joie. Quand j’arrivais quelque part, dans un hôtel pour mes tournées pour les livres, je lui faisais faire une visite du lieu. Quand j’étais chez moi, j’inventais même un prétexte dans la soirée, n’importe quoi, un programme télé qu’elle devait absolument regarder, un truc que j’avais oublié de lui dire, n’importe quel prétexte pour la rappeler une deuxième fois car je savais que ça lui ferait absolument plaisir. Je rappelais toujours une deuxième fois, une troisième fois parfois. Dieu que j’ai aimé passer du temps à inventer des prétextes pour m’assurer que tout allait bien et lui faire plaisir. #writerslife

dimanche 26 janvier 2020

76

Writer’s Life (76) La fin du monde, abandonnée en pleine rue, sur un plot. La fin du monde à la merci de tous. La semaine passée fut intense : mardi ateliers d’écriture à Nancy, mercredi à Paris conférence de presse du Printemps du livre de Montaigu, jeudi retour à Nancy pour les ateliers d’écriture, et vendredi Paris pour la soirée littéraire au château de Maffliers. Je jongle avec les horaires de train, et ça risque d’être comme ça la semaine prochaine. Comme ça - avec toutes les sollicitations et les projets - jusqu’en juillet. Mais j’avance, je prends des notes, dans mon désir/projet de prochain roman. Le livre s’affine dans les interstices, s’écrit dans les heures transitoires. Même sans écrire, s’écrit. Quel bonheur que ces échanges autour de « La petite sonneuse de cloches » au club de lecture du château de Maffliers. Ça fait du bien de se savoir lu et apprécié avec ferveur par de grands lecteurs pour un livre qui a quand même eu moins de retentissement que j’en espérais. Enfin, quand je parle de retentissement, je veux dire de relais ou de soutiens qui peuvent faire la différence, du moins permettre de gagner encore davantage d’horizon, de perspectives. À chaque rencontre, une ou plusieurs personnes affirment que mes livres feraient de supers adaptions ciné, et à chaque fois c’est la même rengaine je ne trouve rien à dire que m’excuser platement pour mes livres de n’avoir jamais eu aucune touche avec le cinéma. Rêvé de X. Une des deux personnes auxquelles je pensais en permanence pour un des personnages féminins en écrivant 37, étoiles filantes. Dans ce rêve, nous nous retrouvons dans une salle polyvalente suite à une dédicace de livres, nous nous prenons dans les bras l’un de l’autre, je lui demande si elle a besoin de quelque chose, et elle me répond : « Oui, une soupe me ferait plaisir ». « Une soupe à quoi ? », « Une soupe au romarin » Pendant toute la suite du rêve je reste des plombes devant le distributeur de soupes, à converser avec des gens dans la file, à attendre que mon tour vienne, à tenter de repérer l’inscription “romarin” sur la machine etc. Tout le rêve, ainsi. Ça vaut vraiment la peine de se mettre à rêver des filles qui vous plaisent... #writerslife

jeudi 23 janvier 2020

75

Writer’s life (75)
Interview de Nabokov en 1959 : « What contemporaries do you value ? Sartre ? Faulkner ? », il répond : « They are not artists ». Ah, ah, parfait ! À la question suivante : « Salinger ? », il dit : « A great, wonderful writer. The best American novelist ». Je bondis de joie chaque fois que Nabokov loue l’écriture de Salinger. Ce sont mes deux grands manitous. Alors quand la dent dure du premier encense la grâce du second, je suis aux anges. Ça me fait penser à une particularité qui est la mienne depuis l’adolescence : quand il y a deux personnes que j’apprécie, j’essaie de les présenter l’une à l’autre en espérant qu’elles aient un coup de foudre réciproque. C’est aussi pour des raisons pratiques. Quand vos amis deviennent entre eux les meilleurs amis du monde, ça vous permet d’avoir la paix et de vous concentrer sur vos trucs. Les choses qu’on ne peut partager avec quiconque et qui remuent tout le temps. Qui trouvent une place décente dans la création.
Dans mon livre à paraître sur les Beatles, il y a une nouvelle sur John Lennon. Je lui ai donné une bonne punchline (enfin, j’ai l’impression que c’est une bonne punchline). À un moment, John dit : «Je préfère une femme mariée qui a des aventures à une femme libre qui a des hésitations. »
Ateliers d’écriture à Nancy. Il en sort de jolies choses. Des personnes ouvrent timidement la porte, et mon travail consiste à faire jaillir, et si possible rendre incontestable, la poésie (ou son intuition) qui sur la pointe des pieds leur a fait pousser la porte de l’atelier.
J’ai le coeur gros en ce moment. C’est aussi que je me lance dans l’écriture d’un roman et c’est peut-être l’état qui me convient pour aborder ce territoire en mouvement qu’il faut s’efforcer de rendre fiable, sensible, et le + définitif possible. Plus fiable en tout cas que l’inconstance ou la litanie mordante des jours.
Nuit de la lecture chez Castel. Belle soirée, bon show. Heureux d’avoir revu X. En rentrant par les rues parisiennes, j’ai été encadré pendant une vingtaine de minutes par une escouade de filles qui portaient des serre-têtes surmontés de papillons phosphorescents.

lundi 13 janvier 2020

74

Writer’s life (74)
Clara me dit : «Je suis abonnée au compte Instagram de plusieurs écrivains et ce qui m’amuse et me désole à la fois c’est qu’ils agissent comme si la sortie de leur livre était un événement mondial, attendu par la planète entière en général et la littérature en particulier ». « Oui, réponds-je, mais c’est tellement difficile parfois de mener un travail d’écriture qui nous rende heureux, et les répercussions paraissent ensuite tellement dérisoires, il faut avoir un moral d’acier, alors une fois que le travail est fait, il faut bien y croire un peu pour soi, c’est la moindre des choses.»
Au Pause Café avec Élise. Elle me parle de son job alimentaire (plutôt sympa) d’animatrice dans une salle d’Escape Game. Elle me dit que c’est très fréquenté, à toute heure. Je lui demande si des couples y vont. Élise me dit que non, c’est plutôt des groupes. Ah, c’est étrange, lui réponds-je, j’ai toujours vu le couple comme une tentative désespérée et perpétuelle d’escape game.
Masterclass d’un chanteur très connu à la Sacem, organisé par la comm des variétés. Très bon moment. J’avais deux livres dans les mains et j’ai dû expliquer à 2,3 connaissances que j’ai toujours un livre dans les mains ; elles pensaient que je les avais apportés parce que je pensais m’ennuyer pendant l’évènement. Les livres ? Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et le livre de Vanessa. Donc : un pédophile et son antidote.
Interview pour un site qui fait un parallèle entre gastronomie et création littéraire. À la question : «C’est quoi votre recette pour écrire un bon livre ? », je réponds : « Y mettre tout son coeur » ; à la question : « Vous aimez improviser ou vous suivez la recette à la lettre? », je réponds : « J’aime suivre mon sens de l’improvisation à la lettre ».
Au cocktail après la masterclass, une fille me demande si je suis un grand lecteur. «Oh non, n’ayez crainte, lui dis-je, c’est pour m’empêcher de boire. Un parapluie dans une main, des livres dans l’autre, plus moyen d’attraper un verre 🥃 ! »

vendredi 10 janvier 2020

73

Writer’s life (73)
J’adore, cautionne et valide tellement, cette phrase de Nabokov sur la création littéraire dans une interview pour Nice Matin qui date de 1961 : « Creation isn’t a discipline. It’s a state.»
Toute la semaine à peaufiner le tome 2 d’Alcie avant de l’envoyer aux parties concernées (mon éditrice, Fred). Travaillé parallèlement à deux trois commandes de chansons. Création toute la matinée puis je passe une partie de l’après-midi dans la grande salle de la bibliothèque Stanislas où je relis scrupuleusement ce que j’ai fait le matin, changeant un mot, une tournure, revenant scrupuleusement comme une abeille sur le travail du matin.
Lors de mon premier atelier d’écriture un étudiant me dit : « Vous faites plus vieux que sur la photo affiché dans les couloirs de la fac » (il y a toujours des provocateurs !) « Oui, lui réponds-je, mais ça ne vous est pas venu à l’esprit que la photo avait peut-être été prise avant que vous ne me rencontriez ? »
Interview pour la radio. On me demande si je fais partie d’un courant littéraire et je réponds : non, ou alors quelqu’un a dû débrancher la prise.
En allant prendre un verre avec Marie-Madeleine et Alia, une de ses collègues, je me fais aborder par une femme, brune, entre trente et quarante ans, non loin de la Place Stanislas. Elle me demande : « Est-ce qu’une colocation vous intéresserait ? », je réponds assez naïvement : « Non merci. ». La femme revient aussitôt à la charge : «Ah. Et une relation affective ? Est-ce qu’une relation affective vous intéresserait ? Et une vie commune ? » Un peu apeuré (il y a de quoi !) je refuse tout en bloc en prenant la poudre d’escampette quand j’entends dans mon dos la femme qui dit « excusez-moi, alors, excusez-moi ». Marie-Madeleine à qui je raconte l’anecdote toute fraîche salue son audace, quant à moi, même si cette femme était sûrement un peu dingue, son « excusez-moi, excusez-moi » lancé comme une plainte dans mon dos m’a fait de la peine pour la soirée.

dimanche 5 janvier 2020

72

Writer’s life (72)
Dans les messages de bonne année, chaque fois que j’écris : santé, amour, bonheur etc. De manière irrésistible, j’ai envie de mettre amour avec un s.
Testé le renouveau des paquets de Treets. Aussi parce que j’ai pensé au mot de Nabokov (que j’adore) qui déclare dans un Apostrophes de 1975 que pour retrouver la sensation de son enfance il faudrait reconstruire à l’identique les chocolateries de 1901. Les industriels et les services marketing chez Treets ne sont pas nabokoviens. C’est bien Treets. « À l’identique » est la règle d’or. Les nouveaux paquets sont orange et non jaunes comme jadis, le chocolat qui enrobe les cacahuètes moins au lait qu’à l’origine, rien ne va comme il aurait fallu car rien n’est à l’identique. Ça met du factice sur les souvenirs. Après, rien n’est jamais à l’identique. Si vous passez un moment exceptionnel avec quelqu’un (on n’est jamais à l’abri de ça), et si cette personne souhaite ensuite vous faire vivre ce moment à l’identique, vous savez bien que ce ne sera jamais pareil. Pour échapper à la déprime de ce constat cinglant, je crois que les artistes n’ont de cesse de créer de l’identique dans la nouveauté. Créer de l’identique en tenant compte du mouvement permanent, en désirant le mouvement et en l’anticipant même.
Ces millions d’animaux qui ont péri dans les flammes en Australie, ça me change en brouillon de chagrin sur les boulevards parisiens. Ça me fait tristement penser à un des thèmes que j’avais proposé pour le concours du prix ouest jeunesse : « Si la forêt brûle, où iront les oiseaux ? ». Fred a dessiné Alcie qui s’étire pour que les oiseaux puissent se percher/se réfugier sur elle. Finalement, on a ouvert le thème à « Si j’étais un arbre » mais gardé le dessin. Terminé l’année en réécrivant un peu « La Princesse qui rêvait d’être 1 petite fille» pour un podcast qui vient d’être enregistré, et commencé l’année en terminant l’écriture du volume 2 d’Alcie (écrit 100 pages en 10 jours dans une apnée de mots assez intense). Écrire, pour moi, c’est faire partie intégrante d’une intensité créatrice qui se dérobe aux déceptions ou au manque de magie des quotidiens.

lundi 23 décembre 2019

71

Writer’s life (71)
Chaque noël, j’’extirpe d’un panier Fortum’s la crèche de noël que ma maman installait au pied du sapin. Je ne sais pas son histoire, si elle vient de plus loin que ma naissance, si ma maman l’avait apporté de Belgique ou pas. Mais cette crèche m’accompagne depuis tant de noëls. À l’âge de six ans, je l’ai customisé avec un boeuf et un âne Playmobil. Il y a bien dû avoir trois schtroumpfs réquisitionnés pour faire les rois-mages. Tout ce temps des vacances de noël à Marsinval. La neige que j’ai si peu vue depuis, le feu de cheminée, et mon père qui passait sur sa chaîne stéréo les chants de noël de Bing Crosby, des Andrew Sisters, Frank Sinatra, tous les standards de sa jeunesse américaine.
Je crois que j’ai + d’imagination que de mémoire, parce que je suis toujours tourné vers les choses que j’ai envie de faire plutôt que tout ce que j’ai fait. Ma seule mémoire concerne l’enfance dorée avec mes parents sans doute, et, par la suite, les choses qui m’ont marqué parce que soit prodigieusement intelligentes, soit affreusement choquantes. Je pense qu’il faut chercher à s’entourer de personnes qui vous font vivre des moments prodigieusement intelligents, ne serait-ce que pour atténuer le choc des moments affreusement choquants.
Reçu le contrat envoyé par Aude pour écrire un texte dans sa collection « Petit éloge du… ». J’ai donc un programme de publications littéraires qui s’étend jusqu’à février 2022, date de sortie de ce texte.
Période studieuse, enfermé dans le travail. Le tome 2 d’Alcie, les songs en cours. Je lis aussi le dernier David Walliams et mesure ma chance pour Alcie. Quand l’illustrateur chez Walliams se contente de faire un dessin (plutôt moyen) de temps à autre, avec Fred c’est un véritable travail d’équipe. Pour le tome 1, il a fait 150 dessins. Pour les livres jeunesse, ma préoccupation est d’être surprenant et poétique tout le temps. Et aussi de parler un langage adulte que la sensibilité des enfants est mieux à même de comprendre que la plupart des adultes.
Dans un numéro de la revue Bordel dirigée et éditée par Stéphane, j’avais écrit une parodie d’Harry Potter qui s’intitulait « Henri Pottier à l’école de France », l’idée c’est que malgré la voie 9 3/4 et toute la magie du monde, le jeune Henri n’arrivait pas à rejoindre Poudlard à cause des sempiternelles grèves à la SNCF.

lundi 16 décembre 2019

70

Writer’s life (70)
Parfois une personne - une silhouette, un visage, un tempérament, une présence - m’obsède tellement que je n’ai d’autre choix que de la mettre dans un livre, comme pour tenter de me libérer de cette obsession, mais souvent c’est sans compter sur l’effet boomerang de la littérature...
En terrasse du Flore, conversation avec deux trois it girls rescapées de la chienlit parisienne (sorte d’hommage à la nouvelle vague et à Anna Karina)
Dans mon Beatles, j’ai fait un passage secret, un tunnel parfait, entre le livre et une scène emblématique de La petite sonneuse de cloches. Je n’ai pas encore une communauté de lecteurs très étendue (quoique, ça progresse) mais voilà, la lectrice ou le lecteur attentif et passionné pourra prendre ce tunnel pour se retrouver directement dans une scène refuge de La petite Sonneuse. Le moment qui est à l’origine du livre, en quelque sorte.
Dans une interview à l’Express qui date de 1961, Vladimir Nabokov avoue à Anne Guérin qu’il n’aime pas Dostoievski. Son interlocutrice s’étonne, il s’explique dans un rire : “Dostoievski écrit de la littérature sentimentale pour jeunes filles....qui plaît aussi beaucoup aux jeunes garçons.” Puis, pour en finir au sujet de Dostoievski : “C’est un journaliste : il ne créé pas, il n’a pas le temps.”
À la boulangerie X où j’achète parfois une brioche aux pépites de chocolat, face à la jeune employée qui s’occupe de moi en laissant se déployer hors de sa blouse un cou longiligne aux grains de beauté noirs et magnétiques, je fais des efforts spectaculaires pour ne pas dire, quand vient mon tour : “Je voudrais votre cou aux pépites de chocolat s’il vous plait..”
Je me demande s’il y aura un piano, sur le campus, à Nancy, sur lequel je pourrais continuer à m’entrainer de temps à autre de mes journées rythmées par les mots et le travail sur un prochain roman.

dimanche 15 décembre 2019

69

Writer’s life (69)
Un jeune type m’aborde en haut du boulevard Raspail et me demande la direction du McDo le + proche. Il ajoute : “C’est parce que je dois entrer en détention dans 30mn”. (La prison de la Santé est juste à côté). Je lui indique, puis suggère : “Vous ne voulez pas plutôt une librairie ?”
Goûter de noël avec Louise, Zoé, Jenna et Charlotte (M). Un peu de baume sur ce dimanche marqué par la disparition d’Anna Karina. En dehors de sa présence d’égérie en mouvement dans les films de la nouvelle vague, son alliance détonnante d’intensité et de désinvolture, je me souviens de ce moment où elle retrouve Godard sans l’avoir recherché (et sans l’avoir revu en + de 20 ans) lors d’une émission télé. Un amour dans les griffes de la vulgarité des temps, où on voudrait nous faire croire que tout se vaut, que rien n’est grave ni éperdu, pour faire le show. J’aurais pu consacrer un texte dans mon Beatles à paraître à la relation Godard/Truffaut, tracer des parallèles avec Lennon/McCartney, la décennie, la façon dont leur œuvre est redécouverte avec une frénésie neuve et jubilatoire par des générations successives, et la progression de leurs liens créativité/amour/haine.
Avec la disparition d’Anna Karina, c’est aussi le quartier (St-Germain) qui prend un coup dans l’aile.
Les rues de Paris débordées par les conséquences de la grève, et toujours l’agressivité qui semble être le premier réflexe entre les autos, les vélos, les trottinettes...Les gens se hurlent et se marchent dessus, sans civisme ni éducation. Si peu d’élégance dans les rues. Qu’est devenue cette ville que j’aimais tant ? Michael me dit : “En Angleterre c’est autre chose, c’est pas seulement une question d’énergie, c’est que ça se tient plus droit, les gens se tiennent plus droit.”
Hier, encore croisé quelqu’un qui me déclare (sans que je lui demande rien) : “J’aurais bien parlé de ton roman mais je n’ai pas eu la place.” Que répondre à ça ? Il y a des gens qui voudraient toujours qu’on les absolve ou les pardonne de leur insuffisance, leur légèreté, à votre égard. Rien de remarquable.

vendredi 13 décembre 2019

68

Writer’s life (68)
À Rennes, avec Virginie, libraire au Forum du livre, nous tombons en pleine rue sur Fred Martin, l’éditeur du Tripode. Rencontre inattendue pour le moins étonnante ! Je lui dis qu’il est mon idole depuis sa prise de parole mardi dernier au théâtre de l’Odéon à Paris, lors de cette cérémonie très embarrassante où madame Google et monsieur Facebook ont donné une vision aberrante du futur de l’édition. Nous allons boire un café dans un endroit délicieux : La part des anges. Parlons des journaux intimes en tant que genre littéraire, et des jolies couvertures du Tripode.
Très chouette rencontre avec des lycéens autour de La petite sonneuse de cloches. Une lycéenne de la seconde 7 du lycée Chateaubriand me demande si mon livre est une tentative pour atténuer la mélancolie. Mais ! lui réponds-je, chacun de mes mouvements, chacune de mes pensées, est une tentative pour atténuer la mélancolie.
Patrick me fait découvrir un bar nommé : Le Penny Lane. Dans une cave style The Cavern des chevelus jouent un rock énergique et brouillon. En parlant de Penny Lane, inquiétudes des commerciaux sur mon Beatles qui va sortir en février : où le placer en librairie ? En musique ou en littérature ? Hum, c’est un dilemme que je peux avoir aussi hors les murs d’une librairie. Entrevue avec Martin qui veut adapter “Presque la mer” en pièce radiophonique et théâtrale. Il me dit qu’il a lu “L’amoureux en lambeaux” (mon premier roman) à l’âge de 15 ans. Il affrontait un chagrin d’amour effroyable. Il est tombé sur mon roman et s’est dit “ah on peut donc éprouver ça !”. Je lui dis : tu vois, en 12 ans je n’ai pas vraiment changé de registre.
Retour à Paris où noël n’est plus qu‘un souvenir d’enfance, où ce pays se tire une balle dans le pied, où je pense à X entre deux averses. Les gens ne se rendent jamais compte du temps que vous passez à penser à eux. Il ne faut pas leur en vouloir. C’est un temps difficilement habitable à deux.

mercredi 11 décembre 2019

67

Writer’s life (67)
Pour une raison qui m’échappe j’étais l’un des très rares auteurs présents (Invités ?) à la 1ère cérémonie des trophées de l’édition. Sur scène se sont succédés madame Facebook, monsieur Google, et j’ai eu un peu l’impression que dans ce monde idéal dont on nous a dressé le portrait, les auteurs pourraient devenir les cheminots de l’édition.
Les filles qui dans les cafés enlèvent leurs manteaux et le manteau manque d’emporter tout ce qu’il y a dessous, enfin, déstabilise le dessous, laisse apparaître une naissance ou une pointe ; pour moi c’est un spectacle + captivant qu’un compétition sportive voire même un opéra.
Chaque fois qu’un projet se dessine ou s’amorce, c’est comme s’il commençait à travailler en moi, et au moment où je peux enfin dégager du temps pour m’y consacrer entièrement c’est comme si c’était presque prêt. Le presque devient le travail. Le travail consiste à ne pas laisser le presque dans l’approximatif.
Avec Charlotte, nous tombons sur un livre qui a pour titre : « Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même ». Hum, dis-je à Charlotte, ils ne se sont pas gourrés dans le titre ? Ne serait-ce pas plutôt : « Les 5 blessures qui permettent d’être soi-même »
Aude, que je raccompagne sous une amorce de pluie, quai des Grands Augustins, me dit que chaque fois que je poste une photo de mes parents il se dégage une grande intensité. Il est indéniable que mes parents étaient des êtres intenses. Après, je crois qu’ils se sont découverts l’un l’autre à travers moi, moi qui n’ai connu qu’eux en étant trop égoïste pour réellement bien les connaître.
Dans la seule ligne de métro qui circule, entre Gare de Lyon et Châtelet, un type avise mon badge : « Merry Fucking Christmas » et me lance : « So you’e definitely with the tories ? », je lui réponds : « oh it’s just a joke, but a joke can make sense. »

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...