Writer’s life (169)
Journal de bord et réflexions d'un écrivain dans ce monde trouble, troublant, et troublé.
samedi 13 mars 2021
169
dimanche 7 mars 2021
168
Writer’s life (168)
mercredi 10 février 2021
166
Writerslife (166)
mardi 9 février 2021
165
Writerslife (165)
dimanche 7 février 2021
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Je dis à Aude qu’en temps de pandémie les chasseurs devraient laisser tranquilles les chevreuils et tous les oiseaux et tourner leurs fusils en direction des joggers. Le jogger qui vous voit arriver de loin sur le trottoir mais continue obstinément son tracé en soufflant et éructant à tout vent comme s’il était le roi de la route fait regretter de ne pas avoir cette once de monstruosité qu’il faut sans doute pour attraper un fusil et se mettre en joie de pister un renard.
lundi 11 janvier 2021
163
samedi 19 décembre 2020
162
Plongé dans un long poème en prose sur l’adolescence pour le « petit éloge du baiser » que je rendrai à Aude début janvier. Je vais travailler parallèlement à un script pour un dessin animé. Un noël en apnée dans le travail. Dans la saison 2 de « Pen 15 », il y a un moment où au cours d’une pyjama party chez une de ses amies Mia appelle en pleurs au milieu de la nuit sa mère pour qu’elle vienne la chercher. Je crois que je n’ai pas arrêté de faire ça durant mon enfance et mon adolescence, si je devais dormir chez un copain, ou dans une autre maison avec des enfants pendant que les parents faisaient la fête, ou dans des familles d’accueil pour les vacances scolaires en Angleterre, à chaque fois il y a un moment où j’ai appelé en larmes mes parents. Ou bien j’ai passé des nuits blanches à vouloir le faire sans oser. Je ne sais pas si c’est décuplé parce que je suis fils unique, que mes parents m’ont eu tard, etc. Maintenant qu’ils ne sont plus là et que je suis censé être « totalement et tellement adulte », il y a certains jours qui sont comme de vastes nuits blanches où j’ai l’impression de remettre toujours à la minute d’après d’appeler mes parents pour rentrer à la maison. Écrire est une maison de substitution, maintenant que celle du passé n’est plus. Au moment de la mort de mon père, après la cérémonie, quand nous nous sommes retrouvés sur le parvis de l’église, ma maman et moi, un voisin s’est approché de moi et m’a dit : « C’est au moment où son père meurt, qu’un homme devient réellement un homme ». Sur le moment j’ai trouvé ça affreusement stupide, péremptoire et déplacé. J’ai pensé que si je devais mettre cette scène dans un roman ou un film, celui à qui on profère un tel truc répliquerait : « Tu te prends pour Sénèque ou quoi ? », et se jetterait sur le type et lui casserait la gueule façon Scorcese/Tarantino devant le curé et les gens médusés. Mais, pour une fois (de plus), je n’ai pas laissé la fiction me déborder, et j’ai décidé d’être courtois, poli, et détaché, avec la trivialité du réel.
jeudi 17 décembre 2020
161
Writer’s life (161)
mardi 15 décembre 2020
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Dernière mauvaise nouvelle de l’année (j’espère… mais n’en a-t-elle pas comporté au moins 365 ?) : la sortie de mon prochain roman est recalée à 2022. Hum. L’année 2021 s’annonce longue et pâle. L’effort, ce n’est jamais d’écrire, d’imaginer un nouveau livre, mais d’endurer le délai qu’il y a entre l’urgence et l’intensité que vous mettez dans un texte et le moment où il paraît. Chaque jour aussi, je m’efforce à ce que ma déception à cette annonce ne contamine pas mes autres projets en cours. De fait, bordel dans mon planning bien soutenu notamment avec le « Petit éloge du baiser » qui devait sortir en février 2022, mais Aude se démène de façon adorable pour me trouver une date de sortie en 2021, ce qui fait que j’aurais quand même un texte adulte l’année prochaine.
dimanche 22 novembre 2020
159
Writer’s life (159)
"Selon Proust, les meilleurs paradis sont les paradis perdus. C'est une phrase célèbre à juste titre. Je me permets d'ajouter qu'il existe peut-être des paradis encore plus fascinants : ceux qu'on n'a jamais vécus, les lieux et les aventures qu'on entrevoit, là-bas. Pas derrière nous, comme les paradis perdus qui rendent nostalgiques, mais devant nous, dans l'espoir qu'un jour peut-être, comme les rêves qui se réalisent, on arrivera à les atteindre, les toucher. Le charme du voyage réside peut-être dans cet enchantement, cette nostalgie paradoxale du futur. C'est la force qui fait imaginer ou croire qu'on fait un voyage et qu'on trouvera, dans une gare inconnue, quelque chose qui changera notre vie. On cesse peut-être d'être jeune quand on ne fait que regretter, aimer seulement le paradis perdus."J’adore cette pensée de Marcello Mastroianni dans un doc qui lui était consacré et que j’ai retranscrite pour l’épigraphe de mon roman sorti en 2013 chez Stéphane Million éditeur, Le voyage près de chez moi. C’est tout ce qui me pèse dans ce confinement, l’impossibilité du voyage, de poursuivre une création qui n’est jamais plus vivante que dans le mouvement. Aujourd’hui où grâce m’est faite d’être toujours sollicité pour de nombreux projets, mon plus grand effort n’est pas d’écrire, d’inventer, de créer, mais d’empêcher que la création soit marquée par le surplace, le confinement, et que ce qui sort de ma table de travail ne sente pas le renfermé. Et même si dans le voyage près de chez moi, il s’agissait d’un voyage d’une rue à l’autre, à Paris. Le narrateur déménageait à une rue de chez lui, avec un petit caddie jaune qui ressemblait à un Yellow Submarine rempli à ras bord de souvenirs et il n’avait plus que quinze jours pour avouer à sa voisine qu’il était fou amoureux d’elle. C’était une petite comédie littéraire et romantique qui aurait été épatante au cinéma, une sorte de croisement idyllique (dans le projet) entre François Truffaut et Richard Curtis, mais pour une raison que j’ignore aucun de mes livres n’a encore été adapté au cinéma, alors que j’ai toujours l’impression qu’ils seraient parfaits pour ça. Sans doute ne suis-je pas accompagné ou suivi dans cette perspective, alors je fais profil bas, mais quand j’y repense je me dis que cette histoire aurait fait un super film. Le roman est épuisé, et peut-être qu’il sortira un jour en poche, sait-on jamais. Si un jour j’ai un succès indiscutable sur un truc ou un autre, peut-être que tout s’accélèrera d’un coup. Ou peut-être que cela n’arrivera pas. En tout cas, ce soir, je retombe sur cette citation de Marcello placée en épigraphe de ce roman et je me dis : vivement que revienne le temps des petits voyages, la jeunesse retrouvée. Comme je le disais l’autre jour à Adeline, cette époque, cette année, on nous vole notre jeunesse mature.
#writerslife
mercredi 4 novembre 2020
158
Writer’s life (158)
Je pensais que j’habitais dans une ville où on entendrait les oiseaux, et c’est une ville où on n’entend plus que les travaux. Et aussi les postes radios des ouvriers sur les échafaudages, à chaque coin de rue quasiment. D’une maison, d’un bâtiment à l’autre : Claude François, Britney Spears, Vianney. Les nouveaux lieux de diffusion de la musique.
Journée à Paris, pour des interviews. J’étais assez découragé en rentrant parce qu’à chaque fois, pour le format réseaux sociaux etc. on me demandait de reprendre ce que j’avais dit pour faire le plus court possible, on me forçait à synthétiser au maximum ce que je voulais exprimer. C’est le vrai problème des formats à succès comme Brut, Konbini, Instagram, etc. c’est qu’on ne s’habitue plus qu’à écouter des paroles qui se passent des hésitations, des silences, des détours, de la littérature en somme. On veut que l’autre tienne, sur tout sujet, un discours Trumpiste en quelque sorte. C’est pour ça que les livres restent un territoire si important, et qu’il faut défendre les auteurs et tous ceux qui leur permettent d’exister, parce que dans le livre il y a un territoire, une forêt, un imaginaire et une réflexion qu’on vous permet rarement d’arpenter dans la vie (sauf si, disons, vous passez une soirée avec une personne qui vous plait), et qui n’existe plus dans l’espace médiatique où, quand on fait un peu d’éclairage sur vous ou sur votre travail, au pire vous vous faites interrompre en permanence, au mieux on cherche à synthétiser ce que vous avez à dire dans le format le plus minuscule possible. Je pense aussi que la grâce, le charme, tout ce que nous recherchons de mieux dans l’existence et qui dépasse toujours d’une tête sur la ligne d’arrivée la beauté ou l’intelligence, eh bien le charme et la grâce échappent toujours aux formats dans lesquels la société, le monde, la famille, l’écran, veulent vous enfermer. Si vous trouvez une personne gracieuse, c’est qu’elle échappe au format habituel, c’est qu’elle produit en vous à la fois une résonance et un appel, une différence et un horizon, une jubilation et un triste amour, une forêt imprévue, un carquois d’hésitations.
#writerslife
274
Writer’s life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...