lundi 26 août 2019

50

Writer’s life (50)
Remède à tous ces déplacements, ces traversées, ces émotions en dents de signes (littérature oblige) pour l’apparition de La petite sonneuse de cloches en librairie : du thé Pu-erh bien infusé, quand il est bien noir, proche du café.
Keith Richards sur la musique dans les années 60 : «It was a business where the only time people laughed was when they’d screwed someone else over. »
Au Caf Ferret, une lectrice qui, en se faisant dédicacer un exemplaire de mon nouveau roman, me regarde dans les yeux et me dit : « Je vais vous porter chance. J’ai toujours eu beaucoup de chance et je vais vous en donner ». J’ai dit que je penserai à elle dans ces périlleuses prochaines semaines..
À Chanceaux hier, une fille qui fait le tour des écrivains et leur délivre sa bonne parole (en astrologie). Elle demande la date de naissance et commence son topo (elle a fait le coup aussi à Loulou et Erwan). Me concernant, elle commence par me dire que j’aime le relationnel et la tribu. Olà, fais-je en la stoppant tout de suite, moi, madame, je suis un relationnel sans tribu ! Si, m’objecte-t-elle, les tribus que vous vous choisissez ! Ok. Elle me dit ensuite que je suis : Une flèche, un chevalier, et la loyauté même. D’accord, mais ne trouvez-vous pas qu’il y a une contradiction entre le chevalier et la loyauté, je veux dire les meilleurs chevaliers sont loyaux mais le propre d’un chevalier est de vivre des aventures, et la loyauté ne contrarie-t-elle pas la possibilité de vivre des aventures ? Elle n’a pas su répondre à ça et a préféré embrayer sur le fait que les Cancer (mon signe astrologique) après un certain âge finissent par devenir des boules, mais que pour ma chance je possède en moi un feu intérieur et une intensité qui m’empêchent de devenir une boule.
À l’interview pour le site « une fenêtre sur le monde », Léa m’a demandé quel serait « mon mot d’encouragement à un jeune auteur ». Bon, déjà, quand on écrit, on est toujours jeune (avec son écriture, ou alors on entre dans la recette et c’est fatiguant). Cependant, j’ai répondu : Ne jamais baisser les bras, parce que de toute façon baisser les bras est une très mauvaise position pour écrire.

mardi 20 août 2019

49

Writer’s life (49)
Au bord des plages, comme il y a vraiment peu d’endroit où s’abriter on voit comment les gens se parlent/se traitent entre eux. Le spectacle du coucher de soleil à dû être inventé pour détourner l’attention de subir et de comprendre comment certaines personnes se parlent entre elles.
Je regarde une interview de Leiji Matsumoto qui raconte qu’au début de sa carrière s’il a dessiné des filles à cheveux longs c’est parce que la longueur et le volume lui permettaient de dissimuler la nudité choquante à l’époque, les seins, le sexe, sans rien céder en émotion. Botticelli avait peut-être la même problématechnique.
La petite sonneuse de cloches paraît dans deux jours. Hâte de voir ce que les premiers lecteurs vont retenir/éprouver. S’ils vont me parler de mes scènes préférées. Il y en a une qui particulièrement me constitue et fait refuge. Un peu comme la scène de la piscine souterraine dans Les jonquilles de Green Park. Une scène qui appelle mon désir de littérature, et qui le définit dans le sens où un roman peut créer un refuge permanent hors le monde, une place où se sentir bien désormais. Une cabane de pages.
Un reportage de 5mn au Journal parlé sur des mecs qui tirent sur des oiseaux m’a bousillé pour la journée. (Hier j’ai mis un temps monstre à libérer un bébé moineau qui s’était aventuré dans l’appartement). Hey, filez-moi les 5 minutes plutôt que de glorifier les assassins !
Des trajets encore. Dans cette vieillerie de train pour Paris, la fille derrière moi sentait si bon que j’étais collé à mon siège pour essayer de m’endormir dans son odeur.
Mauvais trains, mauvais lits, mauvaises nuits, il n’y a plus qu’à espérer en de bons lecteurs.

lundi 19 août 2019

48

Writer’s life (48)
Premier échange (plutôt marrant) avec une lectrice qui s’est procurée La Petite Sonneuse De Cloches avant tout le monde grâce à un ami libraire :
- Je l’ai lu !
- Oh super ! Merci !
- Vous faites des phrases longues !
- Ah ?
- Et parfois des courtes aussi.
- Ah oui, c’est un savant dosage !
- Mon écrivain préféré est Virginia Woolf.
- Qui faisait aussi des phrases longues…
- Certes. Ma fille a été ravie d’apprendre qu’elle fait partie d’une secte sybarite, altière et mystérieuse.
- Son prénom se termine par A ?
- C’est ça. J’aime aussi beaucoup votre phrase sur l’amour qui doit être le compromis idéal entre la redondance et le rebondissement.
- Ah.
- Il y a beaucoup de phrases comme ça dans votre livre, sur lesquelles on s’arrête, mais celle-là particulièrement j’ai beaucoup aimé.
- Ah.
- Après je me suis demandé : la redondance et le rebondissement. Qu’est-ce que vous avez voulu dire par là ?
- Vous avez beaucoup aimé cette phrase ?
- Oui.
- Et bien voilà, c’est ce que j’ai voulu dire !

jeudi 15 août 2019

47

Writer’s life (47)
L’épaule nue de cette fille m’a rendu triste.
L’autre nuit, rêve merveilleux qui me replongeait au lycée Notre Dame de Verneuil avec X, dans le même genre de rapports que j’entretiens avec elle aujourd’hui. Comme si je l’avais prise par la main pour la conduire dans un décor et le contexte de mon adolescence, sans abîmer ou m’affranchir de la réalité d’aujourd’hui. J’ai dû abréger ce rêve à regret pour aller prendre le petit-déjeuner avec Léa et au final Léa n’était pas au petit-déjeuner.
L’autre jour, parmi une ribambelle d’auteurs en dédicace. Je signe à côté de Juliette et se tient à côté d’elle, donc à deux places de moi, un auteur qui avait l’air franchement sympathique jusqu’à ce qu’il intervienne pour donner un conseil à Juliette (bon, j’imagine qu’il cherchait à l’aborder d’une manière ou d’une autre). Il lui dit : « Je peux te donner un conseil ? » et sans lui laisser le temps de répondre, il attrape un des livres qui étaient devant elle et le pose à la verticale contre une pile de livres à l’horizontale, du genre : « Voilà ma petite, si tu veux que les gens s’intéressent, il faut présenter comme ça. » J’ai trouvé ça hyper condescendant et, connaissant Juliette, j’ai tout de suite compris que le mec venait de marquer - 100 000 points. C’est dommage parce qu’il avait l’air sympathique et là il se comportait comme un auteur condescendant et stupide. J’étais gêné pour sa connerie et mortifié pour Juliette parce que je savais qu’elle fulminait intérieurement. J’ai eu envie d’intervenir pour dire au type : « Je peux te donner un conseil ? Arrête de donner des conseils. » Après, avec Juliette, je crois qu’on ne lui a plus vraiment parlé. C’est un défaut que j’ai, quand je trouve que les gens se comportent comme des cons, j’ai du mal à faire des efforts par la suite.

mercredi 14 août 2019

46

Writer’s life (46)
Quand on revient à Paris après un petit bout de temps, deux certitudes : Ça pue. Ça craint. (Dans cet ordre)
Je relis au hasard des pages un peu des 37, étoiles filantes qui viennent de sortir aujourd’hui chez Pocket. J’avais oublié le passage où j’ai inventé qu’Alberto s’énerve sur son frère quand il lui dit comment s’y prendre pour embrasser les filles. Ma chute avec « échapper à cette horreur qui procure du plaisir », c’est pas mal. Et mine de rien ça recadre avec le thème de la bonne distance qui est un des motifs principaux du roman (il n’y a que dans l’amour n’est-ce pas qu’il nous est permis de trouver la bonne distance avec l’autre..et encore...) et qui est une des obsessions de Giacometti.
Je vais me préparer à une nouvelle rentrée littéraire, qu’est-ce qui m’attend cette fois ? L’année dernière, pas mal de péripéties comme cette table ronde à Morges où un auteur et un modérateur (copains de fac il parait) s’allient façon traquenard pour s’attaquer à mon livre et me font un procès en public parce que j’ai osé incarner Giacometti, ou ce journaliste de l’émission tv « Stupéfiant » qui déprogramme l’interview qu’on a tournée parce qu’au dernier moment il a changé l’angle de son sujet...
Terminé le travail d’écriture/réécriture qui m’occupait depuis plusieurs semaines. Chaque fois que je finis, une sombre mélancolie s’empare de moi. C’est comme si à l’issue de l’écriture d’un livre je ne voyais pas d’issue pour ce qui suit. Pour la vie courante.
Lu dans le Journal de Susan Sontag : “Les trois peines que j’ai purgées : mon enfance, mon mariage, l’enfance de mon enfant.” Hé bien, c’est pas la grosse marrade !

mardi 6 août 2019

45

Writer’s life (45)
Vu le merveilleux film doc vrai-faux-vrai de Scorcese sur la tournée de Dylan : Rolling Thunder. Autant je trouve son doc sur George Harrison un peu scolaire, là c’est terriblement envoûtant. Après, j’adore les chansons de cette période ou un peu avant comme : Simple twist of fate. À chaque fois qu’une fille traverse l’écran on a envie de tomber raide dingue : Scarlet Rivera, Patti Smith, Joni Mitchell. J’adore la conversation de Dylan et Joan Baez sur le mariage, si beau, et la version chambre d’hôtel de « Coyote » la chanson de Joni Mitchell, quasi à sa création. Ça me fait penser qu’il faut rechercher dans la vie les personnes qui nous font battre le coeur, dont on peut tomber raide amoureux même si ce sont des amours impossibles, secrets, ou qui n’auront jamais de souffle ensemble. La qualité de regards entre Scarlet Rivera et Dylan sur scène, c’est tellement beau. Bon après, il est très probable qu’ils aient eu une aventure, aussi.
Toute la semaine prochaine encore sur mon livre à propos des Beatles, et je rends mon texte aux éditions Le mot et le reste. Je suis heureux parce que j’arrive à une version en harmonie avec mon intention de départ. Bon, ce livre sera une tentative de lier la littérature aux chansons des Beatles et parlera de ce que je suis depuis…(j’ose même pas dire le nombre d’années).
Dans les trains, il y a toujours un moment où un mec va passer avec un porte-bébé et un bébé sur le ventre. Souvent, il obéit à une cadence bien à lui, et son visage respire la même intelligence que son bébé (s’il est suivi dans ses allées venues par une femme, c’est une fleur). Je ne sais jamais à quel moment il va apparaître, mais je sais qu’il va apparaître. Je crois que malgré moi j’ai contracté la phobie du mec qui va passer dans la voiture de train avec un bébé sur le ventre.

lundi 5 août 2019

44

Writer’s life (44)
Je termine le livre sur les Beatles. Je rends le texte def d’ici 10 jours. Aujourd’hui, après le texte sur George Harrison, j’ai écrit un texte sur ma mère qui se prénommait Michelle (comme la chanson de Paul, dans Rubber soul). Au fur et à mesure que j’écrivais je voyais se profiler la chute du texte et je me disais : « Ça y est, je vais finir en larmes », et c’est ce qui n’a pas manqué de se produire.
J’étais à un dîner l’autre soir et ça s’est mal passé. Il y avait une fille plutôt intéressante et jolie (c’est comme ça) et son mec était présent (il faisait même en sorte d’être plus que présent, de la même manière qu’il y a un plus que parfait) et je n’ai rien compris à ce qu’il faisait dans la vie sauf qu’en ce moment son truc est d’acheter des appartements pour les mettre en Airbnb. Ça s’est mal passé parce qu’il s’attendait à ce que j’approuve ce bon et juteux business, et alors j’ai dit que j’habitais Deauville et que là-bas il y avait plein de mecs comme lui qui achetaient des appartements pour les mettre en Airbnb et que je trouvais ça déprimant parce que ce n’est pas loyal de prendre les fantômes d’un lieu pour des concierges, et aussi parce que ça faisait des appartements sans livres. Le mec a pris mon intervention pour un affront personnel, devant son amoureuse de surcroît, mais j’ai dit ça sans animosité (de manière générale, je considère l’animosité comme une perte de temps, ou du lien dont on se passerait volontiers), et il a voulu se justifier sauf qu’il était incapable de trouver une photo dans son téléphone pour montrer qu’il y avait des livres dans les appartements qu’il mettait en Airbnb.
Le mec s’est lancé ensuite dans un éloge de la dématérialisation et je me suis abstenu de lui demander s’il arrivait à dématérialiser sa connerie.
Après, j’ai pensé à Holden Caulfield. Enfin, je pensais comme Holden Caulfield. Je me suis demandé toute la soirée : « Mais qu’est-ce que fout cette fille avec un mec comme ça ? (Une des questions que je me pose le + depuis mes quatorze ans), un mec dont la passion dans la vie est d’acheter des appartements pour en faire des territoires où il n’y a aucun livre. C’est vraiment un truc qui me déprime tout à fait. Pire je crois que d’avoir des livres et que des trucs épouvantables... quoique...

dimanche 4 août 2019

43

Writer’s life (43)
Je travaille comme un forcené à la réédition de mon livre sur Les Beatles prévue pour février prochain. J’ajoute plusieurs textes et clos le livre par quatre nouvelles consacrées à chacun des Beatles. J’ai écrit la nouvelle sur Paul hier, celle sur John aujourd’hui, demain George et mardi Ringo, avant de rejoindre les nocturnes littéraires pour trois jours de dédicaces dans le sud. J’aurais ensuite une courte semaine pour peaufiner l’ensemble avant d’enchaîner sur la sortie et la tournée de La petite sonneuse de cloches. Je me suis bien amusé sur la nouvelle concernant John, en pleine dispute conjugale avec sa première femme, j’essaie de lui donner le maximum de punchlines. Un peu comme je l’ai fait avec Alberto dans 37. Ce matin, j’ai trouvé un truc marrant. Il balance à Cynthia : « Je préfère une femme mariée qui a des aventures à une femme libre qui a des hésitations ». Ça me fait marrer. Et puis, bien sûr, je lie au maximum avec la petite sonneuse et mes autres projets de cette année. Développer des correspondances ou creuser des passages secrets dans tous mes projets est ce qui m’enchante le plus. De toute façon, il faut travailler pour les lecteurs qui se procurent tout ce que vous faites. C’est eux qu’il faut enchanter. Ceux qui se contentent d’un seul livre, ça n’a aucun intérêt. En tant que lecteur en tout cas, quand un auteur me plait, je ne me contente jamais d’un seul livre. Travailler sur Les Beatles me fait voir encore davantage les parallèles qui existent entre l’écriture et le travail de studio. J’écris mon texte dans une sorte d’apnée fiévreuse, d’où jaillissent des idées, un peu comme une structure rythmique, et ensuite je reprends et j’ajoute ici et là une virgule, un mot, une phrase, comme un instrument, et n’hésite pas à passer un coup de mellotron pour décoiffer une description. Je pourrais même écrire un roman comme ils ont fait " A Day in the life", écrire le début et la fin, en laissant 24 mesures vides, qui correspondraient à trois ou quatre chapitres de pages blanches à compléter par la suite. Mais la plupart du temps, quand même, j’aime écrire dans une continuité fiévreuse. Comme on se lance dans un 400 mètres haies.

vendredi 2 août 2019

42

Writer’s life (42)
Rien qui me déprime plus que les couples dans les soirées, ou alors, si, peut-être, une chose : les couples en vacances.
À Carnac, une lectrice adorable me dit : « Découvrir vos livres a été comme ouvrir une boîte de chocolats. »
Message réconfortant de Sarah à propos de La petite sonneuse qu’elle a lu en avant première la semaine dernière : « C’est un roman audacieux et rassurant. Terriblement moderne. Et tes petites pensées semées comme les cailloux du Petit Poucet sont à relire encore et encore. »
Avec Marie et Pierre, nous lisons les 81 recettes de George Perec pour constater qu’il ne s’intéressait qu’à la sole, au lapin, et au ris de veau. Ça me fait penser que j’avais écrit un poème pour une jolie blonde prénommée Dora, serveuse au Coolin, ce pub irlandais sous les arcades du Marché Saint-Germain qui a été remplacé par un Uniqlo. Il faudrait faire un livre à la Perec de tous les lieux où ont été écrits des poèmes, et qui ont été remplacés sans sommation par des chaines de magasins de fringues. Le poème disait :
Adorable Dora
Moi qui voulais du rab
Ou une liaison durable
Elle m’a posé un lapin.
Mauvaise passe avec les chauffeurs de taxi, entre celui qui raconte qu’il est un ancien cascadeur et roule comme un taré, celui qui fait des blagues graveleuses sur les femmes en s’attendant à ce que je sois complice de son rire, celui qui se dit féru de littérature et me conseille « Bagatelle pour un massacre », et celui qui se comporte comme un con et menace, dans toute sa crasse de mâle abject, la formidable Lyly qui organisait nos voyages. Résultat, je redoute de prendre le taxi avec autant de répulsion que l’avion (certes, pas pour les mêmes raisons). Il n’y a pas qu’au volant des taxis que l’on trouve des êtres déprimants. Je constate toujours avec peine et dégoût comment des écrivains fielleux, désagréables avec tout le monde lors de festivals du livre par exemple, intrigants et carriéristes, imbus d’eux-mêmes, plus autos-centrés et suceurs que des moustiques, parviennent à bluffer leur monde, à s’attirer la sympathie des libraires notamment, ou des critiques, et au final à être toujours dans les bons coups. Heureusement, nous sommes quelques uns à ne pas laisser faire.

266

Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...