jeudi 8 avril 2021

171


Là où je vis, c’est un peu les travaux non-stop : en dessous, en face, à côté. Et pas tout en même temps non, mais dans un enchaînement qui ne semble survenir que pour me taper sur le système. Je pense que pour 2022, je vais accepter toutes les résidences d’écriture qui se présentent.
Envoyé à Aude et aux éditions Les Pérégrines une version ultime de mon « Petit éloge du baiser » à paraître le 1er octobre. J’ai ajouté deux textes, car le livre sera composé d’une infinité de petits chapitres (comme chez Richard Brautigan, yeppie !). J’ai donc ajouté un chapitre intitulé « La pornographie », car dans une scène pornographique le baiser semble toujours surgir de nulle part, j’ai relié ça avec un triptyque de Jérôme Bosch, et un autre chapitre au sujet de La Boum, car pour ma génération il est impensable de parler de baiser, notamment de premier baiser, sans évoquer ce film. En le visionnant à nouveau, j’ai été surpris par le nombre de punchlines. Les lignes de textes définissent les personnages en trois traits de crayon. Chaque plan semble éperonné par le brio du dialogue, tout s’enchaîne parfaitement, c’est un film d’auteur qui s’ignore. En fait, les répliques jusqu’aux + anodines me plaisent, comme par exemple celle-ci : « C’est un métier d’avenir, y aura toujours des gens qui mangeront des gâteaux », ou le fameux « Grouille, y a interro d’anglais ! ». Ça patine un peu + dans la seconde partie du film, mais les quarante premières minutes sont absolument exquises.
Pas mal de déplacements prévus ces prochaines semaines - si tout va bien - et, après avoir terminé trois textes importants : le Petit éloge du baiser, La princesse 2, et mon prochain roman, j’espère pouvoir repartir dès le début de l’été dans un projet d’écriture au long cours (roman adulte ou/et livre jeunesse). Plusieurs idées, pistes, et des propositions aussi, il faut que les envies et les sollicitations coïncident, c’est une question d’énergie, d’élan, d’engagement, le truc qui vous fait dévorer les pages avec un appétit vorace, qui libère le souffle et l’imagination, et qui s’inscrive aussi dans l’idée d’une trajectoire, d’une oeuvre. Pris un café avec Jean-Marie Salhani mardi après-midi et nous avons beaucoup parlé d’oeuvre. Je reste persuadé que ce qui définit, disons, un créateur, ce n’est pas l’argent qu’il génère mais l’oeuvre qu’il construit.

lundi 5 avril 2021

170

Je m’en veux un peu parce qu’un robot m’a demandé si je voulais changer mon compte Instagram en compte pro, j’ai dit oui (je suis également poli avec les robots) et depuis dès que je poste un texte il y a un bouton PROMOUVOIR qui attend que je clique dessus. C’est étrange cette société qui veut absolument changer les gens qui écrivent en commerciaux, ou en agents publicitaires de leurs créations. N’empêche il y en a qui s’y prêtent avec beaucoup de talent. En permanence, à longueur de posts. Spectacle usant qui peut néanmoins faire naître des vocations, certain(e)s peuvent se révéler meilleurs commerciaux qu’écrivains ou artistes.

Très chouette entretien sur France Infos pour Alcie. Je suis toujours surpris de n’avoir pas + d’espace ou de retentissement médiatique, notamment pour des livres du potentiel d’Alcie. Sandrine me fait part de la réflexion d’une journaliste qui lui a dit : «Ah, moi, je ne chronique jamais les suites ! ». Eh bien comme ça, c’est réglé.
J’affine mon prochain roman prévu pour la rentrée de janvier 2022 (eh oui). Entre temps, il y aura un revigorant « Petit éloge du baiser ». Je pense que l’une des principales contraintes dans mon travail est de souffrir les délais imposés. Ça freine l’élan pour mettre en oeuvre les pistes suivantes. Annaëlle m’a dit hier soir, tandis que nous terminions une nouvelle chanson pour son projet, qu’elle aimerait bien un jour s’installer dans ma tête, avec toutes les idées qu’il y a en permanence, qu’elle prendrait un sachet de pop corn et serait comme au cinéma. Néanmoins, de pouvoir relire ce prochain roman avec une distance qui m’éloigne du feu intérieur qui m’animait au moment de son écriture, permet sans doute d’être + juste avec les personnages, + précis dans ce que je veux dire. J’ai revu l’articulation grâce aux premières remarques de Charlotte, et mon travail de relecture consiste à soigner la musicalité dans le choix de certains mots, la sonorité des phrases, à donner de la chair (mais pas trop) à certains passages, et à affiner mes punchlines. Je fais toujours gagner la punchline, ou l’idée poétique, sur la crédibilité. L’autre jour Marie-Hélène a eu un retour sur le scénario de son film que nous avons écrit et on lui a fait pour remarque : «À un moment, le héros rencontre un copain qui lui donne un billet de 500 balles… Ce n’est pas crédible, personne ne se balade avec une telle somme en liquide dans la poche ». J’ai trouvé ce commentaire bien pathétique. Je ne comprends pas pourquoi il y a une obsession de la crédibilité. Si on va vers la fiction, c’est justement parce que la réalité n’est pas valable, que ce qui y est crédible y est insuffisant, peu savoureux. Si vous aimez tant ce qui est réaliste, lisez des enquêtes, du fait-divers, du reportage, laissez la fiction à celles et ceux qui en ont le goût et le besoin, et surtout, ne vous donnez pas la peine d’ouvrir des romans.

samedi 13 mars 2021

169

 Writer’s life (169)

En ouverture de la cérémonie des Césars, l’interprétation magistrale de Catherine Ringer du titre de Bécaud : “Je reviens te chercher”. Belle symbolique, bien sûr. Il faudrait féliciter la personne qui a eu cette idée, les choses belles et pleines de sens se font si rares. Mon père adorait Bécaud, ils étaient de la même génération et il y avait aussi entre eux une indéniable ressemblance physique. Où est mon papa, aujourd’hui ? C’est ce que je me demande en traversant Paris, les larmes aux yeux, en écoutant au casque mes deux chansons préférées de Bécaud : « Je reviens te chercher » et « C’est en septembre ».
Je baguenaude dans Paris en pensant aux chapitres que je vais ajouter à mon « Petit éloge du baiser » prévu pour octobre quand, levant les yeux rue Keller, je tombe sur une vitrine où sont affichés quelques uns des plus beaux baisers de cinéma. Un joli signe dans l’après-midi. De ma première version du texte, je vais enlever deux ou trois chapitres qui plaisent moins à Aude et qui ne sont pas non plus indispensables à mes yeux, et vais les remplacer par de nouvelles choses. Aude me dit : « Tu sais qu’avec un tel livre, tu vas avoir des tas de propositions ! » « Des propositions de quoi ? » « Eh bien de baisers ! » Je dis à Aude qu’il serait drôle, vu que de nos jours il est préférable d’avoir un storytelling façon fait divers ou sujet de société si vous voulez qu’on accorde un peu d’espace médiatique à ce que vous faites, de promouvoir le livre en disant que je l’ai écrit parce que je n’ai jamais embrassé personne de ma vie. Ça pourrait être un argument publicitaire sympathique. Exhiber la bête de foire qui à son âge (hum, avancé) n’a jamais embrassé. En même temps, il y a des possibilités pour qu’une telle mésaventure arrive, vous pouvez tomber amoureux(se) de personnes qui vous tournent le dos tout le temps et ça devient donc compliqué d’embrasser sur la bouche, et vous pouvez aussi trouver ça vaguement répugnant, un peu mouillé, un peu intrusif comme procédé. Bon, j’avoue, ce n’est pas mon cas.

dimanche 7 mars 2021

168

 Writer’s life (168)

Au moment où je termine un texte d’une vingtaine de pages sur Serge Gainsbourg, que m’a demandé Nicolas qui a repris la collection Duetto aux éditions Plon (le texte paraîtra en octobre prochain), je lis un article sur lui qui s’intitule : « Pourquoi on n’a plus forcément envie de l’écouter aujourd’hui », (le point d’interrogation a d’ailleurs été sans doute sciemment omis). Cet article est une petite entreprise de démolition qui, en disséquant ses textes et ses attitudes, l’accuse de véhiculer des clichés racistes (Couleur café, Black and white blues), ultra mysogines et agressifs envers les femmes, et de faire la promotion de l’inceste (Lemon incest). Bon… J’évoque dans mon texte cette misogynie dans l’œuvre de Gainsbourg qui à mon sens n’est jamais offensive et qui n’est que la porte de secours de l’amour blessé. Quant au reste, je pense que les trois journalistes qui signent cet article devraient disséquer les textes actuels de rappeurs encensés des foules si elles veulent vraiment continuer à faire évoluer les mentalités.
Je reprends/réécris le début de mon prochain roman. Il faut toujours soigner ses apparitions. Dans le dernier, avec Chateaubriand, quand j’ai cherché un début, ma question a été : Comment faire apparaître mon personnage ? J’ai lu un article sur les conditions épouvantables des soins dentaires à la fin du XVIIIème siècle. Je me suis dit : ah, je vais l’emmener chez le dentiste, dès le début, ça va être drôle. Et puis je me dis : Chateaubriand est un migrant (à l’époque et à Londres, les français sont appelés : migrants), je vais donner au dentiste un quota de migrants à soigner par jour, et le dentiste ne va pas du tout aimer s’occuper des migrants, surtout qu’au départ il va croire que son client s’appelle Chat O’Brian, que c’est un irlandais, quand il va comprendre que c’est un français, il va encore être + impitoyable. Bref, d’idées qui m’attirent en idées qui m’amusent, mon esprit part au quart de tour, et je boucle mon premier chapitre.

mercredi 10 février 2021

166

 Writerslife (166)

Quand j’entends sur France Culture ou ailleurs des écrivains que j’ai rencontré ici ou là, j’ai l’impression que ce sont des versions adultes des personnes que je connais.
Je m’aperçois que je ne suis jamais séduit par l’intelligence ou le talent tant que ce n’est pas associé à de la bonté. De la générosité, de l’humilité, et surtout : de la fantaisie.
Je termine de lire les romans pressentis pour la sélection du Prix du roman de la nuit. J’ai un favori mais ce n’est pas forcément bon signe car tous les livres que j’ai défendus bec et ongles les années précédentes ont fini dans les choux. Mais bon, c’est toujours plaisant de voir un joyeux jury littéraire s’étriper pour des phrases.
Dans mes ateliers d’écriture textes courts et nouvelles, une des question qui m’est souvent posée est : comment se faire publier ? Grâce aux éditions de l’Archipel, j’ai une réponse qui dispense même de passer par l’atelier d’écriture : séquestrer Kim Kardashian. Je n’en reviens toujours pas de la publication d’un tel livre et de la complaisance médiatique qui l’accompagne et qui en dit tellement plus sur la société contemporaine, ou la voyouterie ordinaire, que ne pouvaient le faire autrefois en des temps moins vulgaires (qu’il me semble n’avoir jamais connus) les véritables écrivains.
Souvent, je dois calmement attester du présent pour me dire que mes parents sont morts. Je me surprends moi-même à les imaginer dans la pièce d’à-côté (après tout, cela a été ma condition normale de fils unique, dans ma chambre d’enfant, puis d’adolescent), ou dans une voiture en stationnement, au téléphone quand tombe le soir, ou quand j’arrive dans une gare où je me dis que mon père sera là pour m’accueillir et me ramener à la maison, et qu’il n’y a personne, ou pas mon père en tout cas, pour m’attendre. Combien de fois il m’arrive de guetter cette voiture et cette silhouette qui ne sont pas là ? Je dois souvent, comme ce soir, faire un effort conscient pour me dire que ce que je suis aujourd’hui existe dans un système différent que celui que j’étais quand j’avais encore mes parents.

mardi 9 février 2021

165

 Writerslife (165)

Commencé à écrire un journal de rêves. À l’exemple de ce livre que j’adore : « Insomniac dreams » qui compile les notes prises chaque matin par Vladimir Nabokov. L’idée est pour le moment plutôt à titre expérimental, voir s’il y a des ponts entre rêve et vie passante, les réactions des protagonistes dans l’un ou l’autre des systèmes, et si je retrouve ou j’aperçois dans l’aventure du quotidien les personnes inédites qui me sont apparues pendant mon sommeil. Enfin, si je peux continuer d’affirmer, preuves à l’appui, que la vie consciente (j’allais écrire : la réalité) est la plupart du temps décevante.
Je pense que celles et ceux qui trouvent que la réalité est totalement performante n’ont pas besoin d’écrire des livres. Sauf si ça leur plait de fabriquer. En littérature, à mon sens, il y a ceux qui fabriquent, et ceux qui n’ont guère le choix que d’être eux-mêmes.
Jean-Claude carrière est mort à 91 ans dans son sommeil. Comme mon grand-père maternel, dans la maison et le fauteuil qu’il aimait tant, avec son chat sur les genoux. Quelle merveilleuse façon de quitter ce monde. Je me souviens de Jean-Claude Carrière, impressionnant, accompagné d’un musicien, récitant seul les plus belles pages du Mahabharata au salon du livre de Béziers, et puis au déjeuner où nous avions pique-niqué sous un arbre en nous protégeant du soleil. C’est ça aussi qui est beau dans les festivals du livre, loin de ces auteurs insupportables qui la ramènent en permanence, qui font des bâtonnets à chaque livre vendu ou qui ne sont là que pour filer leur 06 aux autrices qu’ils trouvent baisables, ce sont les moments rares et privilégiés qui ne peuvent s’organiser ailleurs, comme la fois où j’ai partagé à l’ombre d’un arbre une conversation et un repas avec Jean-Claude Carrière.
Envoyé à Fred un script de roman ado que je verrais bien en roman illustré ou en roman graphique, même si cela est très codifié. Enthousiasme de Fred qui m’a lu dans la foulée mais qui pense que les éditeurs préfèreront en faire un livre sans illustrations, ou alors qu’il y aurait un format audacieux à inventer. Il n’y a plus qu’à trouver un éditeur pour préciser les choses.

dimanche 7 février 2021

164

 Je dis à Aude qu’en temps de pandémie les chasseurs devraient laisser tranquilles les chevreuils et tous les oiseaux et tourner leurs fusils en direction des joggers. Le jogger qui vous voit arriver de loin sur le trottoir mais continue obstinément son tracé en soufflant et éructant à tout vent comme s’il était le roi de la route fait regretter de ne pas avoir cette once de monstruosité qu’il faut sans doute pour attraper un fusil et se mettre en joie de pister un renard.

Je peux facilement définir les limites de ma foi en l’humanité : les portes de ma boulangerie. À voir comment les gens se tiennent, se comportent, n’hésitent pas à vous bousculer pour accéder au comptoir ou vous marcher sur les pieds pour se pencher au-dessus des viennoiseries en apostrophant la vendeuse, le manque d’élégance dans les attitudes, le mépris des consignes de sécurité pourtant martelées en permanence, cela donne à penser que si le monde court à sa perte ce sera en jogging et dans l’ordre des choses.
Report de ma semaine d’ateliers d’écriture à l’école Les Mots. Je passe mon temps à défaire mon agenda du mois pour le reporter sur le suivant et ainsi de suite. J’arrive tout de même après la succession de nouvelles déprimantes qui m’avaient coupé les ailes ces derniers mois à retrouver de la vigueur pour entamer de nouveaux projets. C’est le stade de l’ébullition, bientôt les moments d’écriture. C’est quand même dingue toute l’énergie qui n’a rien à voir avec l’énergie qu’il faut pour la création et qu’on vous fait dépenser malgré vous pour tout ce qui est annexe et que de toute façon vous subissez sans pouvoir de décision.
J’ai lu une tribune des scénaristes de cinéma/télé qui demandent à sortir, je cite : « du statut d’esclaves modernes », une autre des auteurs de bande dessinée, sous estimés, payés une misère ou qu’on fait travailler gratuitement pour des projets qui n’aboutissent pas. On pourrait aussi parler des auteurs de chansons. J’aurais bien aimé profiter de mon grand prix Sacem pour sensibiliser un peu en ce sens (avec humour), mais ce prix a eu tellement peu d’opportunités et de retentissement médiatiques que je n’en ai pas eu l’occasion, ce qui au final me libère d’une prise de parole revendicatrice qu’il m’aurait sans doute saoulé d’incarner.

lundi 11 janvier 2021

163


Dans 37, étoiles filantes je relate une anecdote qui concerne le peintre Fernand Léger. Il est attablé en terrasse à la Closerie des Lilas et voit passer sur le boulevard une jeune femme en robe de mariée perchée sur un vélo. Intrigué, il la hèle. La fille accepte de le rejoindre et lui raconte qu’elle s’est évadée de son propre mariage en prétextant d’essayer un des cadeaux (le vélo), qu’elle a suivi la Seine et s’est retrouvée dans Paris. Le peintre et la jeune femme vont passer la soirée ensemble. Fernand Léger finira par l’épouser. Dans 37, comme à cette époque, la majeure partie de ce qui arrive se passe dans et autour des cafés. Je veux dire : Paris sans ses terrasses, c’est la tristesse absolue. Je pense à ça en lisant Marcos Uzal dans les Cahiers du cinéma qui cite Vinicius de Morales : “L’art de la rencontre est la définition même de la vie”, et qui termine son édito par ce brillant : « Rendez-nous le hasard, sinon nous étoufferons ». Il est vrai que le hasard, la rencontre, réconcilient la réalité et la fiction, c’est le voyage sans la pénibilité du voyage (où est-ce que j’ai fourré mon passeport ? quel livre dois-je emporter ? ce genre de trucs). Paris sans ses terrasses me démoralise au plus haut point.
Je viens de rendre le texte de mon petit éloge du baiser à Aude, et je m’aperçois que sont inclus dans ce petit éloge du baiser : le petit éloge de la rencontre, le petit éloge du hasard, et le petit éloge de la vie (entre autres).
Tout semble à l’arrêt - ou pire qu’à l’arrêt, au mièvre ralenti, et je continue pourtant à recevoir de stimulantes propositions éditoriales. il faut que je m’organise, me fixe un calendrier. Trouver aussi une pertinence entre ce qu’on me propose et les projets que j’ai en tête (sur le coeur, serait + juste) et ai envie d’initier.
Un truc que j’ai bien aimé faire dans 37. Alberto offre une statue miniature à Julia (avant guerre, c’est sa période des sculptures minuscules), et il lui dit : « C’est vous ! » Avant de préciser : « Enfin, c’est ma place par rapport à vous. »

samedi 19 décembre 2020

162

Plongé dans un long poème en prose sur l’adolescence pour le « petit éloge du baiser » que je rendrai à Aude début janvier. Je vais travailler parallèlement à un script pour un dessin animé. Un noël en apnée dans le travail. Dans la saison 2 de « Pen 15 », il y a un moment où au cours d’une pyjama party chez une de ses amies Mia appelle en pleurs au milieu de la nuit sa mère pour qu’elle vienne la chercher. Je crois que je n’ai pas arrêté de faire ça durant mon enfance et mon adolescence, si je devais dormir chez un copain, ou dans une autre maison avec des enfants pendant que les parents faisaient la fête, ou dans des familles d’accueil pour les vacances scolaires en Angleterre, à chaque fois il y a un moment où j’ai appelé en larmes mes parents. Ou bien j’ai passé des nuits blanches à vouloir le faire sans oser. Je ne sais pas si c’est décuplé parce que je suis fils unique, que mes parents m’ont eu tard, etc. Maintenant qu’ils ne sont plus là et que je suis censé être « totalement et tellement adulte », il y a certains jours qui sont comme de vastes nuits blanches où j’ai l’impression de remettre toujours à la minute d’après d’appeler mes parents pour rentrer à la maison. Écrire est une maison de substitution, maintenant que celle du passé n’est plus. Au moment de la mort de mon père, après la cérémonie, quand nous nous sommes retrouvés sur le parvis de l’église, ma maman et moi, un voisin s’est approché de moi et m’a dit : « C’est au moment où son père meurt, qu’un homme devient réellement un homme ». Sur le moment j’ai trouvé ça affreusement stupide, péremptoire et déplacé. J’ai pensé que si je devais mettre cette scène dans un roman ou un film, celui à qui on profère un tel truc répliquerait : « Tu te prends pour Sénèque ou quoi ? », et se jetterait sur le type et lui casserait la gueule façon Scorcese/Tarantino devant le curé et les gens médusés. Mais, pour une fois (de plus), je n’ai pas laissé la fiction me déborder, et j’ai décidé d’être courtois, poli, et détaché, avec la trivialité du réel.

jeudi 17 décembre 2020

161

 Writer’s life (161)

Journée à répondre aux messages d’ami(e)s pour leur dire que je ne les ai pas ôté(e)s de ma page Facebook. C’est juste que j’ai été piraté et n’arrive plus à avoir accès à ma précédente page (qui a été supprimée). Impossible de me faire entendre ou d’établir le contact avec les robots Facebook. Dans les guerres que nous aurons à livrer plus tard contre les robots, j’aurais déjà expérimenté la défaite. Quoiqu’il en soit, je préfère conserver ma capacité à m’acharner pour des choses avec + de réponse (ah, si seulement j’avais été dans cet état d’esprit, adolescent...).
Le carnet de bal pour 2021 se remplit bien : médiathèques, festivals, librairies, ateliers d’écriture, rencontres écoles-collèges-lycées. Agenda toujours tributaire cependant des temps incertains qui s’annoncent.
Pour mon grand prix Sacem de la chanson française j’aurais reçu au final + de félicitations du monde de la littérature que du monde de la musique. De toute façon, quand on m’a tendu un micro ce n’était jamais pour parler d’une oeuvre, mais de la situation liée à la Covid.
Semaine d’interviews et de jolies choses pour Duncan (France Inter, Nice Matin, RTL, Télématin etc), à chaque fois des journalistes enthousiastes qui me parlent d’une communauté d’esprit avec Jacques Prévert par exemple, et de tout ce que j’aime chez les anglo-saxons. Chouette que mon jeune travail pour la jeunesse soit ainsi reconnu, moi qui ai toujours l’impression d’être assez mésestimé dans mes romans adultes. Enfin, n’exagérons rien, il y a quand même de fervents soutiens.
J’essaie de conserver le maximum d’élan dans l’asphyxie générale. Pour écrire et initier des projets, malgré de violentes déceptions.
Très belle phrase de Gwenaële au téléphone qui me dit : « Qui peut vraiment comprendre ? Les chagrins d’écrivains sont secrets et incommunicables.»

mardi 15 décembre 2020

160

 Dernière mauvaise nouvelle de l’année (j’espère… mais n’en a-t-elle pas comporté au moins 365 ?) : la sortie de mon prochain roman est recalée à 2022. Hum. L’année 2021 s’annonce longue et pâle. L’effort, ce n’est jamais d’écrire, d’imaginer un nouveau livre, mais d’endurer le délai qu’il y a entre l’urgence et l’intensité que vous mettez dans un texte et le moment où il paraît. Chaque jour aussi, je m’efforce à ce que ma déception à cette annonce ne contamine pas mes autres projets en cours. De fait, bordel dans mon planning bien soutenu notamment avec le « Petit éloge du baiser » qui devait sortir en février 2022, mais Aude se démène de façon adorable pour me trouver une date de sortie en 2021, ce qui fait que j’aurais quand même un texte adulte l’année prochaine.

Moi qui aime tant noël, peu de plaisir cette année, je bouillonne intérieurement. Les travaux interminables dans le lieu où je vis n’arrangent pas mon moral, je me sens en cage (travail + espace), vivement de reprendre la vie de troubadour. Je voudrais à nouveau, comme le jeune Chateaubriand et Mirabel l’expriment dans « La petite sonneuse de cloches » : danser au milieu des flammes.
L’autre jour en allant à Astaffort travailler avec des artistes, dans le train Paris-Agen, j’avais mon casque, prêt à écouter ma playlist du moment (derniers albums de Cabrel, des Strokes, et de Matt Berninger), et puis une jeune femme s’assoit derrière moi et se met à parler avec un collègue, parfois en anglais, parfois en français avec un délicieux accent british. Harponné par la mélodie de sa voix, j’ai ôté mon casque. Je n’écoutais même pas vraiment ce qu’elle racontait. C’était juste la voix, sa mélodie, bercé par un réconfort insatiable. J’aurais aimé que le trajet dure le double de temps (et même s’il faut être prudent avec ce genre de souhaits que la SNCF est toujours prête - sans crier gare - à exaucer).

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...