samedi 19 décembre 2020

162

Plongé dans un long poème en prose sur l’adolescence pour le « petit éloge du baiser » que je rendrai à Aude début janvier. Je vais travailler parallèlement à un script pour un dessin animé. Un noël en apnée dans le travail. Dans la saison 2 de « Pen 15 », il y a un moment où au cours d’une pyjama party chez une de ses amies Mia appelle en pleurs au milieu de la nuit sa mère pour qu’elle vienne la chercher. Je crois que je n’ai pas arrêté de faire ça durant mon enfance et mon adolescence, si je devais dormir chez un copain, ou dans une autre maison avec des enfants pendant que les parents faisaient la fête, ou dans des familles d’accueil pour les vacances scolaires en Angleterre, à chaque fois il y a un moment où j’ai appelé en larmes mes parents. Ou bien j’ai passé des nuits blanches à vouloir le faire sans oser. Je ne sais pas si c’est décuplé parce que je suis fils unique, que mes parents m’ont eu tard, etc. Maintenant qu’ils ne sont plus là et que je suis censé être « totalement et tellement adulte », il y a certains jours qui sont comme de vastes nuits blanches où j’ai l’impression de remettre toujours à la minute d’après d’appeler mes parents pour rentrer à la maison. Écrire est une maison de substitution, maintenant que celle du passé n’est plus. Au moment de la mort de mon père, après la cérémonie, quand nous nous sommes retrouvés sur le parvis de l’église, ma maman et moi, un voisin s’est approché de moi et m’a dit : « C’est au moment où son père meurt, qu’un homme devient réellement un homme ». Sur le moment j’ai trouvé ça affreusement stupide, péremptoire et déplacé. J’ai pensé que si je devais mettre cette scène dans un roman ou un film, celui à qui on profère un tel truc répliquerait : « Tu te prends pour Sénèque ou quoi ? », et se jetterait sur le type et lui casserait la gueule façon Scorcese/Tarantino devant le curé et les gens médusés. Mais, pour une fois (de plus), je n’ai pas laissé la fiction me déborder, et j’ai décidé d’être courtois, poli, et détaché, avec la trivialité du réel.

jeudi 17 décembre 2020

161

 Writer’s life (161)

Journée à répondre aux messages d’ami(e)s pour leur dire que je ne les ai pas ôté(e)s de ma page Facebook. C’est juste que j’ai été piraté et n’arrive plus à avoir accès à ma précédente page (qui a été supprimée). Impossible de me faire entendre ou d’établir le contact avec les robots Facebook. Dans les guerres que nous aurons à livrer plus tard contre les robots, j’aurais déjà expérimenté la défaite. Quoiqu’il en soit, je préfère conserver ma capacité à m’acharner pour des choses avec + de réponse (ah, si seulement j’avais été dans cet état d’esprit, adolescent...).
Le carnet de bal pour 2021 se remplit bien : médiathèques, festivals, librairies, ateliers d’écriture, rencontres écoles-collèges-lycées. Agenda toujours tributaire cependant des temps incertains qui s’annoncent.
Pour mon grand prix Sacem de la chanson française j’aurais reçu au final + de félicitations du monde de la littérature que du monde de la musique. De toute façon, quand on m’a tendu un micro ce n’était jamais pour parler d’une oeuvre, mais de la situation liée à la Covid.
Semaine d’interviews et de jolies choses pour Duncan (France Inter, Nice Matin, RTL, Télématin etc), à chaque fois des journalistes enthousiastes qui me parlent d’une communauté d’esprit avec Jacques Prévert par exemple, et de tout ce que j’aime chez les anglo-saxons. Chouette que mon jeune travail pour la jeunesse soit ainsi reconnu, moi qui ai toujours l’impression d’être assez mésestimé dans mes romans adultes. Enfin, n’exagérons rien, il y a quand même de fervents soutiens.
J’essaie de conserver le maximum d’élan dans l’asphyxie générale. Pour écrire et initier des projets, malgré de violentes déceptions.
Très belle phrase de Gwenaële au téléphone qui me dit : « Qui peut vraiment comprendre ? Les chagrins d’écrivains sont secrets et incommunicables.»

mardi 15 décembre 2020

160

 Dernière mauvaise nouvelle de l’année (j’espère… mais n’en a-t-elle pas comporté au moins 365 ?) : la sortie de mon prochain roman est recalée à 2022. Hum. L’année 2021 s’annonce longue et pâle. L’effort, ce n’est jamais d’écrire, d’imaginer un nouveau livre, mais d’endurer le délai qu’il y a entre l’urgence et l’intensité que vous mettez dans un texte et le moment où il paraît. Chaque jour aussi, je m’efforce à ce que ma déception à cette annonce ne contamine pas mes autres projets en cours. De fait, bordel dans mon planning bien soutenu notamment avec le « Petit éloge du baiser » qui devait sortir en février 2022, mais Aude se démène de façon adorable pour me trouver une date de sortie en 2021, ce qui fait que j’aurais quand même un texte adulte l’année prochaine.

Moi qui aime tant noël, peu de plaisir cette année, je bouillonne intérieurement. Les travaux interminables dans le lieu où je vis n’arrangent pas mon moral, je me sens en cage (travail + espace), vivement de reprendre la vie de troubadour. Je voudrais à nouveau, comme le jeune Chateaubriand et Mirabel l’expriment dans « La petite sonneuse de cloches » : danser au milieu des flammes.
L’autre jour en allant à Astaffort travailler avec des artistes, dans le train Paris-Agen, j’avais mon casque, prêt à écouter ma playlist du moment (derniers albums de Cabrel, des Strokes, et de Matt Berninger), et puis une jeune femme s’assoit derrière moi et se met à parler avec un collègue, parfois en anglais, parfois en français avec un délicieux accent british. Harponné par la mélodie de sa voix, j’ai ôté mon casque. Je n’écoutais même pas vraiment ce qu’elle racontait. C’était juste la voix, sa mélodie, bercé par un réconfort insatiable. J’aurais aimé que le trajet dure le double de temps (et même s’il faut être prudent avec ce genre de souhaits que la SNCF est toujours prête - sans crier gare - à exaucer).

dimanche 22 novembre 2020

159

 Writer’s life (159)

"Selon Proust, les meilleurs paradis sont les paradis perdus. C'est une phrase célèbre à juste titre. Je me permets d'ajouter qu'il existe peut-être des paradis encore plus fascinants : ceux qu'on n'a jamais vécus, les lieux et les aventures qu'on entrevoit, là-bas. Pas derrière nous, comme les paradis perdus qui rendent nostalgiques, mais devant nous, dans l'espoir qu'un jour peut-être, comme les rêves qui se réalisent, on arrivera à les atteindre, les toucher. Le charme du voyage réside peut-être dans cet enchantement, cette nostalgie paradoxale du futur. C'est la force qui fait imaginer ou croire qu'on fait un voyage et qu'on trouvera, dans une gare inconnue, quelque chose qui changera notre vie. On cesse peut-être d'être jeune quand on ne fait que regretter, aimer seulement le paradis perdus."

J’adore cette pensée de Marcello Mastroianni dans un doc qui lui était consacré et que j’ai retranscrite pour l’épigraphe de mon roman sorti en 2013 chez Stéphane Million éditeur, Le voyage près de chez moi. C’est tout ce qui me pèse dans ce confinement, l’impossibilité du voyage, de poursuivre une création qui n’est jamais plus vivante que dans le mouvement. Aujourd’hui où grâce m’est faite d’être toujours sollicité pour de nombreux projets, mon plus grand effort n’est pas d’écrire, d’inventer, de créer, mais d’empêcher que la création soit marquée par le surplace, le confinement, et que ce qui sort de ma table de travail ne sente pas le renfermé. Et même si dans le voyage près de chez moi, il s’agissait d’un voyage d’une rue à l’autre, à Paris. Le narrateur déménageait à une rue de chez lui, avec un petit caddie jaune qui ressemblait à un Yellow Submarine rempli à ras bord de souvenirs et il n’avait plus que quinze jours pour avouer à sa voisine qu’il était fou amoureux d’elle. C’était une petite comédie littéraire et romantique qui aurait été épatante au cinéma, une sorte de croisement idyllique (dans le projet) entre François Truffaut et Richard Curtis, mais pour une raison que j’ignore aucun de mes livres n’a encore été adapté au cinéma, alors que j’ai toujours l’impression qu’ils seraient parfaits pour ça. Sans doute ne suis-je pas accompagné ou suivi dans cette perspective, alors je fais profil bas, mais quand j’y repense je me dis que cette histoire aurait fait un super film. Le roman est épuisé, et peut-être qu’il sortira un jour en poche, sait-on jamais. Si un jour j’ai un succès indiscutable sur un truc ou un autre, peut-être que tout s’accélèrera d’un coup. Ou peut-être que cela n’arrivera pas. En tout cas, ce soir, je retombe sur cette citation de Marcello placée en épigraphe de ce roman et je me dis : vivement que revienne le temps des petits voyages, la jeunesse retrouvée. Comme je le disais l’autre jour à Adeline, cette époque, cette année, on nous vole notre jeunesse mature. 

#writerslife

mercredi 4 novembre 2020

158

 Writer’s life (158)


Je pensais que j’habitais dans une ville où on entendrait les oiseaux, et c’est une ville où on n’entend plus que les travaux. Et aussi les postes radios des ouvriers sur les échafaudages, à chaque coin de rue quasiment. D’une maison, d’un bâtiment à l’autre : Claude François, Britney Spears, Vianney. Les nouveaux lieux de diffusion de la musique. 
Journée à Paris, pour des interviews. J’étais assez découragé en rentrant parce qu’à chaque fois, pour le format réseaux sociaux etc. on me demandait de reprendre ce que j’avais dit pour faire le plus court possible, on me forçait à synthétiser au maximum ce que je voulais exprimer. C’est le vrai problème des formats à succès comme Brut, Konbini, Instagram, etc. c’est qu’on ne s’habitue plus qu’à écouter des paroles qui se passent des hésitations, des silences, des détours, de la littérature en somme. On veut que l’autre tienne, sur tout sujet, un discours Trumpiste en quelque sorte. C’est pour ça que les livres restent un territoire si important, et qu’il faut défendre les auteurs et tous ceux qui leur permettent d’exister, parce que dans le livre il y a un territoire, une forêt, un imaginaire et une réflexion qu’on vous permet rarement d’arpenter dans la vie (sauf si, disons, vous passez une soirée avec une personne qui vous plait), et qui n’existe plus dans l’espace médiatique où, quand on fait un peu d’éclairage sur vous ou sur votre travail, au pire vous vous faites interrompre en permanence, au mieux on cherche à synthétiser ce que vous avez à dire dans le format le plus minuscule possible. Je pense aussi que la grâce, le charme, tout ce que nous recherchons de mieux dans l’existence et qui dépasse toujours d’une tête sur la ligne d’arrivée la beauté ou l’intelligence, eh bien le charme et la grâce échappent toujours aux formats dans lesquels la société, le monde, la famille, l’écran, veulent vous enfermer. Si vous trouvez une personne gracieuse, c’est qu’elle échappe au format habituel, c’est qu’elle produit en vous à la fois une résonance et un appel, une différence et un horizon, une jubilation et un triste amour, une forêt imprévue, un carquois d’hésitations.

#writerslife

lundi 2 novembre 2020

157

 Writer’s life (157)


La poésie est une denrée de première nécessité, et, c’est ainsi, on la trouve davantage en liberté dans les livres qu’embastillé chez soi ou dans la rue des temps qui courent. 
Les livres vont devenir un bien de contrebande, un rendez-vous masqué, un baiser de feuilles, de tout temps et plus encore aujourd’hui, un petit luxe et une grande consolation. 
Je pense que ce qui touche dans cette interdiction du livre, du disque, du spectacle vivant, c’est l’atteinte à ce qui fait notre culture et qui nous constitue, je veux dire ce n’est pas juste une histoire de boutique où chacun peut avoir l’air de plaider pour sa paroisse, c’est un sentiment plus général et collectif, constituant, qui engage notre mode de vie, notre modernité, et notre humanisme. L’art, comme dit Jean Cocteau dans cette phrase que j’adore et dont j’avais fait le mantra du Journal en ligne que j’ai tenu sur le web disons de 1998 à 2010, l’art est « une île qui est brisée, dispersée à travers le monde. Et, en somme, l’art est une espèce de signal, comme un mot d’ordre pour retrouver des compatriotes ». Les librairies fermées sont comme des îles englouties. Les cinémas, les théâtres, les salles de concert aussi. Des Atlantide en veille. 
Grand bonheur de voir Serge (Joncour) lauréat du prix Femina. Une nouvelle qui donne une énergie bienvenue en ces temps mortifères. Pour moi, Serge, dans son écriture et dans la manière qu’il a d’arpenter les librairies d’un bout à l’autre de la France sans relâche, réconcilie en une seule et même personne le seigneur, le chevalier, et le troubadour. Serge est un royaume intense dans le petit duché des lettres françaises. 
J’avance dans mes travaux en cours. Quand les interactions, les rencontres, les retrouvailles, la nouveauté, un visage ou une silhouette, me manquent terriblement, je plonge dans mes souvenirs comme on fouille de la main la poche d’un manteau et y retrouve quelque chose d’oublié et qui sur le moment procure un peu de plaisir. 

#writerslife

dimanche 1 novembre 2020

156

 Writer’s life (156)


Nick Cave qui sort un disque le 20 novembre, seul au piano, voilà une bonne nouvelle dans tout ce marasme. Sortir du confinement en sachant jouer « Into my arms » au piano, est un nouvel objectif. 
Je picore le livre « L’enfance c’est… » le projet de l’illustrateur Jack Koch sorti au livre de poche, avec 120 auteurs (dont je fais partie) et qui donnent tous leur version de l’enfance. Beaucoup de jolies choses, ce qui est assez normal, j’ai l’impression que les rapports que nous entretenons avec les autres dans nos vies d’adulte sont équivalents à ceux qui nous définissaient dans la cour de récréation, et dans le cas où ils ont évolué, c’est souvent en réaction à. Dans le beau texte d’Hadia (Decharrière), il y a une phrase qui dit : « L’enfance, c’est l’amour dépourvu de la terreur de perdre ». Je trouve ça très beau. Vrai et pas seulement (voici sans doute une définition convenable de la beauté). Moi, par exemple, peut-être parce que je suis fils unique et ai eu des parents relativement âgés, j’avais parfois la terreur de les perdre. Je peux faire remonter des épisodes précis, quand j’y pense : une voiture qui déboule de nulle part, de nuit sur une nationale, et manque de nous foncer dedans. Les deux voitures freinent et dérapent. Mon père sort pour confronter l’individu, et moi à l’arrière qui n’ai qu’une peur, que le type sorte un couteau, frappe mon père, que tout bascule en une seconde ,ce genre de choses. Plus tard, quand je suis dans une librairie avec ma mère, que nous allons chacun vers un rayon, et que tout à coup je n’arrive plus à la retrouver. Où est-elle ? A-t-elle eu un accident ? Un malaise ? La terreur de perdre m’envahit, et puis je la retrouve assise car fatiguée, sur un siège mis à disposition par la librairie. Tant d’épisodes remontent, et même depuis que mes parents ne sont plus de ce monde, je crois que la terreur de perdre, comme l’enfance, ne m’ont jamais quitté. 
#writerslife.

samedi 31 octobre 2020

155

 Writer’s life (154)


Tellement envie que 2021 arrive que pour la 1ère fois de mon existence j’aimerais que le 31 décembre survienne avant noël. 
Lors du premier confinement en mars j’ai glissé dans les escaliers et ai encore de vives et lancinantes douleurs au bras droit, ce coup-ci c’est un mal de dos qui ne me lâche pas, comme si on m’avait coupé les ailes en plein vol (ce qui est assez plausible par ailleurs).
J’ai l’impression que la situation m’a replongé en enfance, je suis dans ma chambre avec ma guitare électrique, mes livres, la télévision dans la pièce d’à côté, les histoires que j’invente (autrefois sur la moquette avec mes figurines, aujourd’hui sur l’écran d’ordinateur dans mes livres), le gouvernement parental me dit « va jouer une heure dehors et reviens pour dîner », c’est juste que le gouvernement prend des mesures beaucoup plus incohérentes que celles qui ont gouverné mon enfance (et contribué à ma stabilité mentale), et que j’ai des problèmes matériels d’adulte dans une chambre d’enfant, quelque chose comme ça. Si tout doit agir par sphère, peut-être reviendra le temps éclaté de la post-adolescence, les bars, les soirées, les samedis soirs à partir du mercredi ou du jeudi soir. Il y a une époque où je suis quand même sorti tous les soirs, l’époque du Baron, du Paris-Paris (j’étais plus au Paris-Paris qu’au Baron, + bon enfant, moins de cuistres m’as-tu-vu qui se prenaient pour les princes de la ville), la fille de l’entrée m’ouvrait le cordon VIP, j’avais fait un disque - Comme elle se donne - et étais un tout petit peu connu (suffisamment peu pour conserver un minimum d’élégance). Cette période où je pourchassais des amours fuyantes, des baisers aussi fugaces qu’étincelants, des filles mystérieuses qui se donnaient aussi furieusement qu’elles s’échappaient, des amours sous le manteau (avec les mains, sous le manteau). C’était comme se tenir sur le bord d’une falaise. Le jour d’après, les gens se mariaient sur un coup de tête, faisaient des enfants, rejoignaient une autre sphère. Et moi je me tenais là, travaillant sur des choses qui selon moi en valaient la peine(du moins, ma peine) avec pour seules rampes dans la nuit, Paris et ma mélancolie

vendredi 30 octobre 2020

154

 Writer’s life (154)


Je dirais que je suis chrétien, parmi mille autres choses qui font partie de ce que je suis je suppose, par ma culture et mon éducation principalement, par ma mère qui était très croyante et venait d’une famille belge très catholique, je suis donc passé par tous les sacrements (m’étant arrêté à la confirmation - il y a le mariage après et il y a quand même des limités à ma crédulité - (je déconne)), ayant assisté deux fois par an aux bénédictions Ubi et Orbi des papes successifs avec ma maman qui ne les auraient manqué pour rien au monde, ayant passé mes dimanches à bailler à l’église attendant le moment de la communion pour aller retrouver une fille de mon âge qui me plaisait dans la ribambelle des fidèles vers l’autel, etc. etc. je reste perplexe en lisant le message du pape hier, après ce nouvel attentat, message que je trouve toujours d’une douceur irréaliste. Il dit : « Que le peuple français puisse réagir au mal par le bien » ; j’ai toujours envie de demander : «Est qu’on peut bien réagir au mal par le bien ? ». Je m’en ouvre ce matin au téléphone à Bernard (Lecomte) qui me répond : mais c’est le message de L’évangile, le Pape ne peut pas dire autre chose, s’il n’y pas ce message du bien qui est la réponse absolue au mal, il n’y a pas de christianisme et c’est pour cette raison que le christianisme a perduré plus de 2000 ans. 
Très éprouvé aujourd’hui par l’annonce du décès de Jean-Marie Moreau, un auteur qui s’est toujours battu dans le cadre de ses fonctions à la Sacem pour le droit (si fragile, si piétinable)des auteurs. Je n’arrive pas à croire que je ne verrais plus Jean-Marie. Encore une nouvelle pénible dans un monde à la limite du supportable. 
Au téléphone, Sarah( Briand) me demande comment je me sens. « Empêché ». Voilà, comment je me sens, lui dis-je. Déjà en temps normal, la plupart du temps, alors…
Travailler sur mon « Petit éloge du baiser » par ces temps sombres de confinement équivaut sans doute à ressentir une expérience comparable à celle de Victor Hugo en exil à Guernesey en train de bosser sur les Misérables. C’est du moins comme ça que je le vois. 

#writerslife

mardi 27 octobre 2020

153

 Writer’s life (153)


Je viens de lire un extrait d’interview de cette actrice qui déclare : «Je ne me suis jamais sentie offensée parce qu’un homme portait un regard bestial sur moi ». Je pense aux situations, innombrables où j’ai observé le regard bestial, nourri d’intentions bestiales, des hommes courir ou se fixer sur des filles. Dans des soirées, dans la rue, dans d’autres circonstances. À chaque fois, sans savoir d’où ça me vient, je me suis senti et me sens encore terriblement offensé. Pour la fille, à sa place, ou avec elle, ou pour moi, ma place dans ce monde (ou dans cette fête), je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que tout d’un coup je suis en face d’un déni de civilisation, d’une vulgarité et d’une brutalité qui me révulsent, c’est une constante, depuis l’enfance, l’adolescence, le moindre regard bestial porté sur une femme me blesse et me révolte à la fois, j’ai des envies de duel que je ne provoque pas inconsidérément car pour paraphraser le Prince de Ligne, c’est déjà suffisamment un calvaire de supporter de son vivant les abrutis il ne manquerait plus que de périr de leur main, bref, je réfléchis à mes propres réactions d’effroi et de dégoût, en lisant l’interview de cette actrice, et sans tomber dans un excès genré toujours stupide, d’autant que j’ai déjà vu des filles se comporter tout autant bestialement avec d’autres filles, pourquoi me sens-je offensé dans ma « nature humaine » comme dit Serge (Joncour), pourquoi ai-je des envies de protection, de passer mes bras autour de la fille et de l’empêcher d’aller à l’abattoir même dans le tranchant d’un seul commentaire ou d’un regard ?
Les tournées (littéraires) me manquent - « It’s a goddam possible way of life » comme dit Robbie Robertson à la fin de The Last Waltz - moi qui peux me sentir la fois entier et morcelé, le mouvement de ces tournées me répare. L’intérieur de mon prochain livre en attendant, où je me retrouve tout entier. 

#writerslife

lundi 26 octobre 2020

152

 Writer’s life (152)


Encore à travailler sur mon prochain roman, j’ai du mal à le quitter (pire qu’un arrachage de dent). Il faudrait faire à chaque fois le livre qui nous ressemble le plus et qui nous trahit le moins. Je vais le dire comme ça, c’est mieux : mon prochain livre sera le livre qui me trahit le moins et me ressemble le plus. C’était déjà le cas du précédent, La petite sonneuse de cloches, mais il faut à chaque fois se donner + fort je crois. Du moins préciser qui on est dans ce monde flottant. Quand on écrit, il faudrait que ce soit le livre qui nous ressemble le + parmi les livres que l’on a déjà écrit, ceux qu’on a lus et qu’on vient de lire, et ceux dont on se souvient, et ceux aussi qu’on aime avoir avec soi. Je pense que je préfère écrire des livres qu’on aime garder non loin de soi plutôt que des livres dont on se souviendrait de l’intrigue ou de tel passage. Je préfère qu’on se souvienne vaguement d’un passage mais qu’on ressente l’envie de garder le livre avec soi. Comme un talisman, en quelque sorte.
Parallèlement au roman, je travaille aussi au Petit éloge du baiser. C’est compliqué de travailler sur un tel livre dans une période de couvre-feu, pour la raison qu’un baiser c’est l’opposé du couvre feu. Un baiser, c’est une illumination. Ça doit jaillir, produire du feu. Illuminer tout. C’est du charbon pour le coeur. 
Forte inquiétude d’un confinement pile pour la sortie d’Alcie. Le premier épisode a été tellement massacré et je crains qu’il n’y ait pas d’épisode 3 si le deuxième ne trouve pas son public. Or, le livre sort le 12 novembre et comme pour le premier, le 12 mars dernier, le reconfinement pointe. C’est un livre avec des choses si intimes dedans aussi, ça me brise le coeur d’avoir si peu d’écho. Et puis j’ai déjà vécu ça au moment de la sortie de la Princesse.. avec le cirque des gilets jaunes, les gens qui n’allaient pas en librairie préféraient par internet - et sans les conseils essentiels des libraires - se réfugier sur des valeurs sûres comme le nouveau Lucky Luke, ce genre de trucs. C’est vraiment une sale période pour les créateurs et une sale période tout court. 

#writerslife

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...