Journal de bord et réflexions d'un écrivain dans ce monde trouble, troublant, et troublé.
dimanche 28 juin 2020
125
Writer’s life (125)
Dans le train, un couple avec un enfant me rappelle un autre couple, voire un autre encore, comme si les gens s’emboîtaient selon des caractéristiques bien précises, que leurs rencontres, leurs amours, leurs trajectoires, appartenaient à des boîtes de jeux de société - jeux d’aventures, de construction, de stratégie, voire de hasard - tout parait si bien organisé.
La jeune femme est face à moi, à trois rangs de distance. Happée par son téléphone. Mon regard détaille la finesse de son cou, de ses poignets et ses mains, ses yeux noirs en amande, ses cheveux bruns coiffés en chignon, et puis sur un voyage de plus de deux heures il y a toujours l’extraordinaire moment de libération (de ses cheveux) (avant de s’endormir).
Elle me rappelle tout à presque une fille dont j’étais épris - il y a des années - et le type qui est avec elle est la réplique à l’identique du type avec laquelle cette fille merveilleuse et éblouissante a fini par se marier (oui, vous venez d’assister au spectacle d’une phrase qui retombe).
Elle s’extrait du sommeil heurté des voyages en train pour répondre à une question posée par l’enfant. Derrière son masque en tissu bleu. Ses cheveux plus sombres au passage d’un tunnel.
Je reviens sur la personne à qui elle me fait penser et me demande pourquoi elle n’est pas tombée amoureuse de moi, autrefois ailleurs, dans cette période d’euphorie et de tristesse perpétuelles où je lui étais dévoué. Peut-être que j’ai la réponse de nouveau à l’instant, peut-être que je ne correspondais pas au schéma que j’ai maintenant sous les yeux, à la bonne boîte de jeux. Parfois, ça ne sert à rien de s’en faire. La vie se charge de ranger pour vous ce qui fait désordre dans votre cœur.
#writerslife
samedi 27 juin 2020
124
Writer’s life (124)
Quelques journées et nuits de profond abattement (que je dissimule plutôt bien), peut-être parce que je sors de l’écriture d’un roman de trois cent pages, de l’espace utopique de ce roman qui, comme le dit Michel Foucault dans « Les hétérotopies », est « la tente d’Indiens dressée au milieu du grenier » , et quand vous sortez d’un espace utopique comment ne pas trouver le retour au réel profondément décevant ?
Toutes ces choses où ma marche de manœuvre est si faible. Tellement réduite.
Même si c’est un espace préférable/ utopique, il y a aussi que la forme fixe d’un roman est tuante parce qu’avec le temps on a toujours envie de dire les choses autrement, différemment. Le but serait donc d’atteindre une forme invariable à lecture, mais ce n’est jamais satisfaisant. Je retombe sur un passage de « Pagaille Monstre » que j’aime bien. La scène de baise du chapitre 69 (Yeppie !) J’aime bien l’histoire de la panthère qui manierait l’usage du fume-cigarette (sorte d’hommage à la sophistication des sixties façon Blake Edwards), mais ce que je préfère dans cette page c’est la phrase : «Sa robe jaune laissée à terre n’est plus que marmelade de souvenirs ».
Je la relis et soudain je me dis : ah j’aurais peut-être du faire : « n’est plus qu’UNE marmelade de souvenirs. Voilà, j’y réfléchis encore et encore, ça m’obsède et le temps que j’y réfléchisse encore et encore, j’imagine, le pot de marmelade a été mangé et la jolie fille envoûtante et dénudée est devenue arrière grand-mère.
#writerslife
jeudi 25 juin 2020
123
Writer’s life (123)
Toujours de fortes douleurs dans le bras (de ma chute dans l’escalier pendant le confinement), toujours de vives douleurs dans le coeur (de tout ce dont je me languissais et qui a été sucré à cause du confinement).
Retombé sur l’édition Pocket de « Warum » de Pierre Bourgeade qui m’avait beaucoup plu à sa sortie quand j’étais jeune homme (il faut comprendre que quand je dis : quand j’étais jeune homme, disons, vers trente ans). La dernière phrase du livre est admirable : «Il me fallait écrire pour sortir de cet enfer. Écrire. Écrire. Écrire. Écrire un roman. Y jeter ma jeunesse, mon désir, ma force. La nature du roman, c’est la survie. » Hum !
Appel de Charlotte qui me dit qu’elle a pitché mon prochain roman lors d’une réunion éditoriale et que cela a été accueilli très favorablement. Appel de J.B. que j’avais rencontré à Morges et qui me propose de participer à l’écriture d’un spectacle. Je lui dis que j’ai déjà tellement de travail en cours, mais si j’arrive à me projeter et à être pertinent peut-être que ça peut aller vite. J.B. me parle d’un extrait de « J’aurais voulu être un Beatles » qui est un des passages que j’ai adoré imaginer et personne ne m’ en a encore parlé (il faut dire que le livre sorti un mois avant le confinement a été encore peu lu). Un passage dans la nouvelle sur Paul McCartney. Paul est adolescent, il a traversé la ville pour se rendre chez un étudiant qui lui a appris un accord de guitare inédit, au moment de quitter la piaule, comme tous ces intérieurs anglais se ressemblent, il croit voir sa mère récemment disparue, en bas, dans la cuisine. Il en vient même à rêver une fraction de seconde que sa mère n’est pas morte et qu’elle a refait sa vie à l’autre bout de la ville. J.B. me dit : « J’ai encore mes parents. Mais, comment dire, ce passage, qu’il puisse imaginer ça, qu’il trouve ça plausible parce qu’elle serait encore vivante, c’est juste bouleversant. »
mardi 23 juin 2020
122
Writer’s life (122)
Rendez-vous avec une jeune femme et son manager qui veulent que j’écrive des textes de chansons. Honnêtement je n’arrive pas trop à me projeter, à voir ce que ma participation peut apporter de +. C’est drôle pour avoir fait depuis, disons, près de 20 ans une centaine de rendez-vous dans le genre, je sais que c’est une question d’inspiration. De flamme immédiate. Il y a des gens qui ne vous inspirent rien. C’est comme ça. Comme dans la vie de tous les jours. Des gens qui vous font peu d’effet, et sur lesquels vous faites peu d’effet. S’obstiner est juste une perte de temps. Bref, comme je décline poliment, le manager avance un argument imparable, le nombre de vues qu’a fait sa protégée sur youtube, le nombre de followers qu’elle a sur Instagram. Ok. Pour ma part j’ai fait un texte sur une chanson qui totalise + de 50 millions de vues ? Est-ce que j’emmerde les gens que je rencontre avec ça ? Non. (D’autant que je sais que je n’y suis pas pour grand chose / malgré une ou deux bonnes punchlines). J’ai toujours du mal à comprendre cette fascination pour le score. Cette course au clic, au like, aux vues, comme si c’était une sorte de validation de pouvoir ou le renvoi d’une image flatteuse. Alors que le nouveau chic, il me semble, c’est de ne pas chercher à se mêler de ça. Qui rêvent-ils d’être avec tous leurs clics ? Patrick Sébastien ? Je crois que ça fabrique une génération d’anxieux, qui va droit dans le mur à vouloir constamment que chaque geste soit validé, soit par l’image soit par le plébiscite (trait commun avec les tyrans).
Peut-être que si le manager m’avait dit : « Ah, et elle est en train de lire L’année de la pensée magique de Joan Didion »… Mais ce genre de choses n’arrive jamais. On parle toujours du nombre de likes.
Deux sortes de rêves en ce moment. Rêves à teneur érotique. Rêve à tournure nostalgique. Hier nuit, rêve absolument érotique avec X. Cette nuit, rêve où j’essayais de retrouver la matière exacte des poignées des deux grands tiroirs à jouet sous mon lit d’enfant (à Marsinval). Hum ! Rendez-moi pour demain mes rêves d’hier.
#writerslife
lundi 22 juin 2020
121
Writer’s life (121)
Les rues de Paris. Il est sans doute dans la nature de la jeunesse de se croire immortelle. C’est ce qui en fait sa passion, sa puissance. Mais se croire immortel n’a jamais voulu dire mettre en péril la vie des autres.
Rodolphe me parle du projet d’un nouveau disque, pour le moment un peu en stand by faute de matériel convaincant (paroles & musique). Il faut que je retrouve une viscéralité égale à celle qu’on ressent à l’écoute de « Comme elle se donne. » Sur ce disque, il y avait des chansons comme «Au plaisir » ou « La prémonition », alors on aime ou aime pas, c’est une affaire de goût, mais le fait est qu’à mes yeux elles sont inattaquables, je veux dire défendables, parce que viscérales. Rodolphe me parle d’un rendez-vous qui pourrait accélérer les choses, prévu à la fin de l’été. Ce qui est bien dans ce genre de projets, c’est que ça prend du temps mais ça peut aller vite.
Si je cherche à savoir comment un roman entraîne le suivant, je dirais que je cherche une histoire, ou un cadre, ou un territoire qui serait sous contrôle - et, dans l’idéal, sous mon contrôle - sur ce qui m’agite en permanence au moment où je ressens le besoin d’écrire. Je dirais aussi qu’il est question d’absence et de présence. Dans l’écriture, il y a un territoire idéal qui résout les rapports bouleversants entre l’absence et la présence (d’un visage par exemple, ou de moments). Je termine mon nouveau roman et me dis que sa sortie pressentie pour l’année prochaine est vraiment lointaine. Deux amis libraires se sont attristés aujourd’hui que je n’ai pas de roman de rentrée ce coup-ci. Bon, parfois le temps passe plus légèrement que l’impatience ne s’en chagrine.
Article dans Femme actuelle pour Alcie. Coup de coeur de la rédaction. Il y est dit qu’Alcie est « le roman de l’été des enfants ». Je ne saurais mieux dire. J’espère qu’il le sera.
#writerslife
samedi 20 juin 2020
120
Writer’s life (120)
Donnez moi une pièce vide et j’ai envie de mettre des livres partout. Quand j’ai eu un grand appartement à Paris, disons soixante mètres carrés, ça n’a pas duré longtemps, je vivais tellement au-dessus de mes moyens, j’ai acheté une grande table. Pour la première fois de ma vie, une super grande table, dans un bois sombre, très beau, et je me suis dit : ah, je vais pouvoir inviter des gens à dîner, je vais pouvoir enfin rendre les invitations. Résultat des courses en quatre ans je n’ai jamais invité personne à dîner, et au bout de trois jours la table était envahie d’une grande quantité de livres. C’est le style de vie que j’aime je suppose. Les livres, la porcelaine anglaise, et la pop culture parce que la pop culture est le berceau de mon enfance.
Vu la très bonne série de reportages sur le magazine Rolling Stones. J’ai eu une sorte de débat avec Jade pour savoir si les filles étaient plus jolies dans les années 60 ou aujourd’hui. Elle dit les années 60 parce qu’elles étaient moins coincées. J’ai beau lui dire que je connais des filles qui ne sont pas coincées, ça ne l’a pas farouchement convaincue. J’ai dit à Jade qu’elle est paradoxale car elle est coincée dans les années 60.
Louise qui fait un burn out des réseaux sociaux. Elle me dit qu’elle est dégoûtée de la réaction de certaines personnes. Ah, pour ça, c’est sans doute égalité entre le virtuel et le réel. J’ajoute : Le problème c’est qu’on est plus souvent confronté à la vanité et l’arrogance de personnes qu’on a croisé quelques fois dans sa vie qu’à l’intelligence et l’émotion qui naissent parfois d’une première rencontre.
#writerslife
jeudi 18 juin 2020
119
Writer’s life (119)
Zoé me dit, avec une mélancolie teintée de découragement : «Tu sais, j’ai l’impression que pour plaire à un homme il faut en avoir plusieurs »
Envoyé à Evelyne ma nouvelle inédite écrite le week-end dernier pour le recueil Livres en vignes, et à Thomas du CROUS le projet de recueil fait d’après les travaux des étudiants que j’ai eus à Nancy en atelier d’écriture en janvier et février derniers. Il y a vraiment des trucs remarquables, poèmes et textes. J’ai écrit de courts avant-propos plutôt fun de mise en situation, expliquant par exemple que j’avais demandé aux participants de faire un haïku sur un épisode pathétique de ma vie d’étudiant, une sombre histoire de dénonciation, de Bounty et de jolie fille.
Triste en apprenant la mort de la chanteuse Vera Lynn (103 ans c’est inéluctable, j’imagine), le jour du 80ème anniversaire de l’appel du 18 juin. Je n’écoute pas beaucoup de musique quand j’écris, mais pour le dernier chapitre des Jonquilles de Green Park, j’écoutais en boucle The white cliffs of Dover, par Vera Lynn. Cette chanson me mettait les larmes aux yeux, dans le contexte de cette fin de roman.
Aude me dit qu’en salon du livre j’ai l’attitude parfaite. L’attitude qui envoie pour message : « Je suis disponible mais je ne vous attends pas. » Wah ! J’adore cette phrase, dis-je à Aude. Si Aude avait été là pour me dire ça, à 18 ans, j’en aurais fait un chemin de vie. Quoique j’aime beaucoup aussi ce que donne une structure un peu différente : « Je ne suis pas disponible mais je vous attendais »
mercredi 17 juin 2020
118
Writer’s life (118)
Saint-Germain-des prés ressemblait aujourd’hui à un programme ciné qui mêlerait les films de Don Siegel et François Truffaut : L’invasion des profanateurs de sépulture et L’homme qui aimait les femmes. À la sortie du confinement, de l’agressivité partout et parallèlement pléthore de jolies filles lâchées dans le quartier. On ne sait plus où donner du coeur.
Au café avec Agathe et Zoé, Agathe prétend, en prenant l’exemple de son mari, que quand on prend des cours de boxe, le physique se transforme au bout de trois semaines. Wah !Je demande : « Est-ce que ça marche aussi avec les cours de piano ? Cela me plairait beaucoup. », «En jouant debout, peut-être, propose Zoé, comme Elton John ». « Ah, zut, dis-je, si au bout de trois semaines de piano, on a le physique d’Elton John… Hum… »
Beaucoup d’idées et de projets d’écriture, j’essaie de trouver la justesse (tout le temps, c’est mon souci principal) et aussi je pense à cette phrase qui illustre un dessin de Quentin Blake sur le mug (rempli de thé Pu-erh) qui est à côté de moi au moment où j’écris ces lignes : «The trick is to keep pedalling »
Je suis toujours surpris par la brutalité et l’égotisme des gens. Ce qu’ils se permettent. Même quand ils font des choses assez banales, on dirait qu’ils s’extirpent de l’ordinaire en occupant l’espace d’un flot de trucs agressifs et m’as-tu vu. Puissance mille, après le confinement.
Rendez-vous avec Aude au Pause-Café pour signer mon contrat du « Petit éloge du baiser », à rendre en début d’année prochaine. J’ai donc quelques mois, j’imagine, pour nourrir et donner à mon écriture la fougue de l’imprévu et la véracité de l’expérience.
vendredi 12 juin 2020
117
Writer’s life (117)
« Punaise mayonnaise ! » comme s’écrie Tante Oupelaoupe dans Alcie. J’ai appris l’autre jour que Chateaubriand aurait rédigé quelques pages de ses Mémoires, dans le parc du Château de Verneuil-Sur-Seine quand il séjournait chez M. de Tocqueville. Parc qui servait de cour de récréation à l’établissement Notre Dame de Verneuil où j’ai été scolarisé pendant 4 ans. Aurais-je croisé lors de mes errances quotidiennes dans ce parc, le fantôme de François-René qui m’aurait soufflé sans que je m’en aperçoive consciemment : « Mon garçon, dans une trentaine d’années tu me consacreras un roman! ». Ce qui serait des + épatant, c’est qu’il ait écrit précisément le court passage dont je m’inspire pour bâtir « La petite sonneuse de cloches », à savoir sa nuit passée dans l’abbaye de Westminster, et sa délivrance au matin par une jeune anglaise avec qui il échange (ou pas vraiment, ou pas tout à fait) un baiser. Une sorte de photographie de mon adolescence dans le parc de Notre-Dame-de Verneuil. En 2006, j’ai écrit un texte de chanson qui s’appelle « Le parc où l’on s’aimait » pour Pierre (Guimard) qui, lui aussi, quelques années après moi, a été scolarisé à Notre-Dame-de-Verneuil. Nous avions ce parc en commun. Avec Chateaubriand, maintenant. Dans cette chanson, il y a un truc que j’aime bien, le rejet du 1er sur le 2ème couplet. (On peut l’écouter sur Spotify, Deezer, etc.) Ça fait : «Il y a une ville derrière la gare / une banlieue dans tes yeux / et l’arrêt des cars où tu m’as dit je veux… », «…bien que tu m’embrasses encore / je n’ai pas manqué le sport / pour me croiser les bras au fond de tes yeux. » La chanson n’a pas trop mal vieilli. Pretty good job.
À chaque fois que je termine l’écriture d’un roman, une puissante mélancolie que rien ne peut guérir s’empare de moi. Tristesse de + en + violente avec les années. Dépossédé d’un territoire, chassé d’une espérance, on vient vous chercher pour vous dire : voilà, il faut arrêter de jouer dans ta chambre. Enfin, on ne vient pas vraiment vous chercher. Si c’est réussi, c’est la chambre elle-même qui vous fout à la porte.
Tous ces débats qui agitent le microcosme : Qu’est-ce qu’écrire ? Qu’est-ce que la littérature ? Qu’est-ce qu’un écrivain ? En ce qui me concerne, hors de tout snobisme je dirais que si vous avez déjà voulu être enfermé dans une de vos phrases, je veux dire si une de vos phrases est un monde idéal ou un monde + valable que celui que vous renvoie le mur exténuant de la réalité - contre lequel, il est doux parfois, d’envoyer et de renvoyer une à deux balles neuves - si vous écrivez une phrase qui peut contenir vos puissantes baisses de moral et dans laquelle vous voudriez être projeté, et bien il se peut, à mon sens, que vous soyez écrivain.
D’au moins une phrase. Ce qui est déjà considérable.
Dans la matinée, j’’assiste à une réunion avec un type qui dit : «Ça va nous permettre d’élargir l’assiette des possibilités. » Je me suis vu à table, un couteau et une fourchette à la main, devant une assiette qui n’arrêtait pas de prendre des proportions véritablement inquiétantes. Comme je ne peux pas intervenir tout le temps, je me suis tu mais j’aurais adoré demander : «Est-ce que par hasard, il s’agirait d’une assiette à dessert ? »
#writerslife
dimanche 7 juin 2020
116
Writer’s life (116)
Je ne sais pas si c’est l’influence ou la pression envahissante de ce jour de la fête des mères, mais je suis en train de travailler sur la fin d’un nouveau roman (pour l’année prochaine) (60 000 mots en trois mois, voilà, c’est bientôt terminé) et tout d’un coup, je me vois, enfant, sur le parvis de l’église de Verneuil-sur-Seine après avoir assisté à la messe avec ma maman, je regarde l’heure, 12h04, c’est tout à fait cohérent, ce flash correspond à l’heure qu’il était et qu’il est, et, si je creuse un peu cette image qui surgit, je peux revivre nos courses au marché sur l’esplanade à côté, l’effervescence et le climat de ce marché, je peux retrouver l’ordre exact des étales qui se succèdent, le poisson rouge que je choisis et qui va se retrouver dans une petite poche en plastique gorgée d’eau, la file d’attente devant la boulangerie en contrebas, l’odeur de la voiture, l’odeur du parfum de ma mère (Opium, d’Yves Saint-Laurent) et je peux revivre le trajet jusqu’à Marsinval et tout ce qui suit, l’apéritif sur la terrasse, les bouteilles d’Américano et de Cinzano de mon père dans le meuble MB en bois agrémenté d’un bar coulissant (que j’ai dû céder dans un déménagement, un crève-coeur), l’oeuf mayonnaise ou mimosa que je vais piocher en douce sur le plat de hors d’oeuvres qui patiente dans la cuisine, cela est si lointain et pourtant si envisageable, mentalement, je peux faire le geste d’ouvrir une porte et me retrouver là, intact dans ce contexte pourtant désagrégé, à l’instant où cela surgit, tandis que je suis concentré à tout autre chose. Qu’il s’agisse d’un épisode d’il y a six mois et d’un tout autre ordre, ou de ce temps ancien de l’enfance, la possibilité de me retrouver intact dans un monde disparu vit en moi de manière parallèle et possible à ce qui arrive d’inédit (parfois de beau, et de valable) dans chaque journée qui s’en vient.
#writerslife
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Nouvelle salve d’envois de mes manuscrits. Je vais sur le site d’une grande maison pour avoir le mail d’un contact à qui envoyer mes projets...