jeudi 24 mars 2022

209

 En sortant de la supérette, une fille que j’avais déjà remarquée à l’intérieur, m’a demandé la direction du centre ville. Elle avait acheté un pack d’eau (Evian, un litre) et une paire de collants. Une longue natte de cheveux noirs, des petits yeux noirs mobiles, une grande beauté.

À Nancy, ils ont drapé la statue de Stanislas du drapeau ukrainien, plus tôt dans la journée en allant vers la Gare de l’Est une inscription sur le pavé parisien : Srebrenica 1995.
J’ai fait travailler les classes de collège que j’ai sur le projet de correspondance écrite entre des résidences autonomie et des collèges, projet initié et encadré par Le livre sur la Place, sur les valeurs morales qui nous définissent et éclairent nos choix. Quand Krystal (13 ans) a dit à Inès qu’elle la trouvait courageuse, que le courage était la valeur qui définissait le mieux sa camarade, et que Inès a rougi, a paru surprise et touchée, est un moment que je garderai longtemps avec moi.
Pas mal de déceptions et d’insatisfaction(s) en ce moment, il faut que je trouve des solutions pour avancer.
Dans le métro un jeune type vénère dit à sa copine en parlant d’un autre type (qui est la cause de sa vénéritude) : “Tout ce qu’il sait faire, c’est jouer trois accords sur sa guitare, et c’est ça qui m’a agacé ! J’avais envie de lui dire : Ferme ta gueule Francis Cabrel !” Je me permets d’intervenir en disant : “Pardonnez-moi mais je connais personnellement Francis Cabrel, et en fait il connaît + de trois accords de guitare.”

mardi 22 mars 2022

208

 Writer’s life (208)

Au salon du livre de Bondues, Dominique me parle de mes writerslife et m’encourage à les reprendre/poursuivre. Dans le métro les gens ont l’air crevé, deux ans de pandémie puis la guerre en Europe et la confrontation permanente avec la brutalité. J’essaie tant bien que mal de continuer à faire du surf, dans la ligne 6 et dans la vie (vague de regrets (les plus petites), vagues de hauts le coeur, vagues de sentiments et d’émotions, de souvenirs et d’apparitions). Très beau salon du livre de Bondues, logé dans un hôtel avec vue sur l’aérodrome ; joie de revoir Jérôme, Jean-François et Franck du Furet du Nord, l’amitié avec Jérôme depuis La Griffe Noire ; la campagne du nord et les maisons en brique, panorama intime, le décor de mes vacances d’enfant en Belgique qui me remplissent d’une sorte de mélancolie vivifiante (et aussi, bien sûr, de l’inaltérable tristesse des paradis perdus)
Dans le train du retour, conversation très intéressante avec Silvana : elle me dit que pour un artiste il y a trois étapes de rencontres : la personne qui va te découvrir, la personne qui va te stabiliser, et la personne qui va te faire émerger. Selon Silvana, ce sont trois personnes différentes.
J’achète chez Smith & Sons (anciennement W.H. Smith) rue de Rivoli le Journal de Patricia Highsmith. J’ouvre une page au hasard, la première phrase sur laquelle je tombe est : “As long as beautiful women exist, who can be really depressed?”

samedi 5 mars 2022

207


Ma mère est née en 1926, à Liège. Elle a donc à peine quatorze ans quand les nazis décident de déverser leurs bombes sur sa tête puis d’envahir la Belgique. De la guerre, elle ne m’a pas raconté grand chose, à part l’exode vers la France (sous les bombes), et que c’était atroce et qu’elle en gardait à jamais le dégoût et l’effroi des sirènes d’alerte, mais je crois qu’elle avait un tempérament à franchir les épreuves les plus dures, un tempérament que j’ai donné à la mère de Tommy Bratford dans les Jonquilles de Green Park, mon roman qui se passe aussi en 1940. J’y ai ajouté également un souvenir personnel. Des souvenirs de cette période, il y en a un qui faisait bien rire ma mère et ses trois soeurs. Après les déjeuners de famille dans la maison de Gibecq, pendant que les hommes étaient au salon, fumant des cigarettes, essayant de se raconter des trucs sans rien avoir en commun, le petit garçon que j’étais restait dans la cuisine avec les quatre filles, ma mère et ses trois soeurs, et aidait à essuyer la vaisselle en évoluant dans leur compagnie. Pour se taper des barres de rires, elles n’arrêtaient pas de se remémorer une chose : pendant les bombardements intempestifs des nazis, quand il fallait descendre se protéger, une de mes tantes passait toujours sa tête dans la cave du voisin l’estimant plus solide, mieux à même de parer les obus. Juste la tête, le corps restant dans l’autre partie des caves. À chaque fois ce souvenir faisait rire les quatre sœurs. Évidemment j’ai mis cette anecdote dans Les jonquilles de Green Park. J’essaye toujours que mes livres soient le plus intime possible, j’y égrène (dissémine sans doute par pudeur) des sentiments et des souvenirs. C’est ça qui en fait, sinon des livres valeureux, du moins de la valeur à mes yeux.

#writerslife 

lundi 3 janvier 2022

206

Writerslife (206)
Finalement, je crois que mon coeur penche toujours vers les personnes qui n’ont pas besoin de la faveur ou de l’approbation des foules pour exister.
Je n’arrive pas à me faire à l’idée que je ne verrais plus Jean-Paul (Didierlaurent) l’été prochain, pendant les nocturnes littéraires en Morbihan. Cela dépasse mon entendement, me tracasse tous les jours. Et puis, dans cette famille à courants d’airs des écrivains, il n’est pas si fréquent de trouver des personnes avec lesquelles s’établit tout de suite une entente malicieuse et spontanée, une intelligence, une complicité naturelle, à mille lieues de toute posture.
En rentrant de la journée SP fin décembre, j’ai le roman avec moi et je me dis : Mince, c’est un livre qui continue à souffrir alors que je le tiens dans les mains. Enfin je veux dire, pas vraiment souffrir mais palpiter, son coeur bat encore, rouge après l’écriture.
Je dis à une journaliste que mon vrai souhait est d’écrire des livres qu’on a envie d’emporter avec soi, et dont parfois on retarde un peu l’avancée de la lecture, pour le bonheur d’y revenir, le garder le + longtemps possible près de soi. Un peu comme on écoutait un disque autrefois. Dans mon journal de 2004, je retrouve un mot d’une spectatrice d’un de mes concerts qui m’avait écrit : « On se sentait un peu intouchable par le monde extérieur, à tes côtés ». Eh bien, c’est exactement ce que j’aimerais faire avec les livres.
Charlotte a raconté à Sandrine qu’elle se souviendra toujours que quand je lui ai envoyé mes ultimes corrections pour « L’âge des amour égoïstes », elle a été frappée par cette demande : Page 178 : Pour + d’intensité, je changerai le « Bien sûr », par un « Oui »
En fait, ce changement était si capital pour moi que je n’en ai pas dormi de la nuit, j’étais dans l’impatience de sa confirmation, j’avais peur que Charlotte n’ouvre pas assez rapidement son mail, que le livre soit déjà parti à l’imprimerie, que ce « bien sûr » reste pour toujours entre les pages, j’en aurais été malade, inconsolable, anéanti. Changer ce « Bien sûr » pour un « oui » a été pour moi, au bord de voir le livre prendre sa forme définitive, plus crucial que tout. Bien sûr. Oui.

#writerslife 

samedi 25 décembre 2021

201

 Writer’s life (201)

Un auteur annonce à qui veut l’entendre : « on dit de moi que je suis la meilleure surprise de la rentrée littéraire ». Pour aller dans son sens, j’ai mimé la surprise.
Azouz (Begag) me dit que contrairement à moi il vient d’un milieu où on avait difficilement accès à la littérature, et qu’il n’a pas lu des tas de livres durant son adolescence. Détrompe-toi, lui dis-je, jusqu’à 19 ans je ne lisais que des Marvel et des Blueberry. En +, mes parents n’étaient pas du tout de ce milieu. Mon père était pilote de ligne. Azouz me regarde avec un grand sourire : Mais, Jérôme, pilote de ligne(s), pour un écrivain, c’est tellement prédestiné !
J’ai la sensation de traverser des mondes très différents - visages, projets, rencontres, comme des micro tournages de films aux émotions très fortes - et à chaque fois on me demande d’être intense, d’être intense tout le temps, sans que je trouve une seule journée de répit, mais peut-être est-ce le répit qui fera remonter d’un coup toute la fatigue que, pour le moment, je distance. Et dans les interstices, la création tout le temps, l’écriture, les idées et les mots.
Je traverse Paris en écoutant All too well de Taylor Swift, Sad Girl Autumn Version. Bon, ce sont les mêmes accords que Let it be, mais tant mieux. Et puis j’adore Taylor Swift, j’adore sa trogne sur la pochette, ses cheveux merveilleux et tout ce qu’elle propose depuis qu’elle travaille avec The National.
Deux seuls jours de libre dans un planning et Rodolphe me cale un mini séminaire d’écriture de chansons à l’autre bout de la France. Je lui dis : «Tu sais que je passe ma vie dans les trains ? ». Il répond : « Oui, les agents de la SNCF aussi ! »
Manon que je croise dans un festival du livre me dit : Tu es comme moi, tu es tout le temps intense. Je lui réponds : oui. Et elle me dit : le problème c’est que souvent les gens prennent ça pour de la drague. Alors que non. Enfin, parfois oui.

jeudi 2 décembre 2021

204

 Writer’s life (204)

Londres me manque (terriblement), d’autant plus dans la nullité totale de Paris au moment de noël. Une tristesse aussi plate que le jardin des Tuileries. Et, à Paris, je trouve les gens mal élevés, ils veulent être premiers partout (crétins), ils vous foncent dessus (même les vieux), ils ne durent pas.
Pourtant Paris reste mon territoire et celui du roman à paraître. L’âge des amours égoïstes. Hier après-midi, aux Deux Magots, je disais à Carole et Baptiste combien depuis toujours, depuis le début (du monde et de la poésie) mon territoire se situe dans ce triangle des Bermudes formé par les boulevards Saint-Michel, Raspail et Saint-Germain. By the way, la fille qui se promène entre les banquettes du Café pour proposer un plateau de pâtisseries à l’heure du goûter, j’ai trouvé ça très stylé. La fille, la proposition, et les tartelettes.
Dans mon portefeuille, il y a cette photo de ma maman en première communiante à Liège. La photo s’abime à mesure du temps, et les souvenirs avec mes parents restent intacts, dans une chambre intacte, quelque part, où parfois je m’abîme (les yeux / au bord des larmes). Une maison à trois où je ne suis plus que le seul témoin, le feu dans la cheminée, mes parents qui se passionnent pour leur jardin, la couleur des arbres en automne, les briques de la maison, moi dans ma chambre, occupé à jouer avec des figurines et m’inventer des mondes, déjà des histoires. La porte de l’entrée s’ouvre, quelqu’un rentre du jardin. Je trouve étonnant ce rapport d’avoir été un enfant unique surprotégé, faisant territoire de sa chambre d’enfant, et la vie qui est la mienne aujourd’hui où je suis projeté (protégé puis projeté) dans plein d’aventures et de visages différents, de rencontres, d’histoires, de segments, de passages, tout en gardant cette stabilité, cette constance et cette douceur, l’acuité aussi, de ma chambre d’enfant. La nuit est toujours vive, soudaine, emplie de promesses ou de fantômes. Mais tout semble authentique, perdure, à la différence que mes parents restent dans le jardin, ils ne rentrent plus jamais à la maison.

mardi 30 novembre 2021

203

 La joie suit la flèche de l’instant, épouse le présent, le déborde tout le temps. Le chagrin, d’où qu’il vienne, réclame des territoires spécifiques.

Je parle d’un ami qui, chaque fois qu’il est en présence de la patronne du restaurant où nous dînons, frétille de tout son être et s’illumine de l’intérieur. Je dis : c’est comme s’il avait une guirlande électrique de noël autour du cœur, et Lucie me dit : C’est très beau ça, note-le !
C’est assez difficile d’être raide dingue d’une restauratrice parce que si vous tombez amoureux, normalement vous ne mangez plus que des soupirs, l’appétit est coupé, vous renvoyez votre assiette sans y avoir touché et, évidemment, cela peut vexer la restauratrice concernée.
Deleuze dans ses entretiens avec Claire Parnet : “On n’écrit que par amour, toute écriture est une lettre d’amour.” Hum.. Oui. Tous mes romans ont été des lettres d’amour. Le premier, l’amoureux en lambeaux. Le dernier en date, La petite Sonneuse de cloches. Et le prochain aussi : L’âge des amours égoïstes. Je crois comme Deleuze que les livres qui ne sont pas des lettres d’amour n’ont pas nécessité d’être. C’est précisément là que je trouve le taux de magie suffisant qu’il me faut pour supporter la succession des jours, le désarroi et le laborieux, la bêtise et la vanité, la nullité et la violence, l’inconséquence et les ralentissements, la perte et l’absence. C’est là que je trouve un peu de souffle sur le manque de souffle. Les seuls livres qui importent à mes yeux sont des lettres d’amour. C’est ma croyance, et davantage encore que ma croyance, ma pratique, mon usage.

lundi 22 novembre 2021

200

 Writer’s life (200)

Sur le stand de la libraire au festival du livre du Var, il y a une fille qui a une silhouette extraordinaire. Elle propose un livre où elle relate sa traversée de l’Australie en stop. Ceci expliquant sans doute cela.
J’apprends plus tard que les autrices qui l’entourent sont bluffées de la capacité de cette fille à haranguer les gens, les faire s’arrêter, à leur raconter sa vie et à leur faire acheter son livre. Sans doute aussi un des avantages indéniables de la pratique du Stop.
Conversation très intéressante avec Perrine et Sandrine au petit déjeuner. Je leur dis que je préfère avoir un nombre raisonnable de livres et qu’ils soient tous pris, plutôt que des montagnes d’exemplaires qui restent sur les tables, notamment pour les libraires. Perrine me dit : En somme, tu préfères la frustration du manque à la culpabilité du trop. Hum ! Je lui demande si elle dirait la même chose, en amour. Sandrine a une théorie intéressante, elle pense que l’espace des libraires n’étant pas extensible ils sont obligés de choisir les auteurs qu’ils vont aimer, alors que dans une relation amoureuse on ne choisit plus. Enfin, on choisit de ne plus choisir. Même malgré soi, ajouterais-je.
Léa me fait sentir son poignet et me dit : qu’est-ce que tu en penses ? Je réponds : C’est vanillé, on a envie de te dévorer le poignet. Elle s’exclame : C’est exactement ce que le parfumeur m’a dit. C’est un parfum qui s’appelle musc ravageur et quand les gens le sentent ils ont envie de te sauter dessus.
Le soir, en marge d’un cocktail, Lilia m’a dit qu’elle quittait les hommes avant même de les rencontrer. Quelque chose comme ça.

mercredi 3 novembre 2021

196

 Writerslife (196)

L’autre jour à Saumur, un lecteur est venu se faire dédicacer cette page de Télépoche qui m’avait mis en avant à la sortie de « Comme elle se donne ». Cette photo et cet article m’avaient valu pas mal de péripéties. C’est drôle, parce que j’en parle précisément dans un des chapitres du « Petit éloge du baiser ». Je raconte une de ces péripéties. Des filles qui m’invitaient chez elles.
Je me souviens aussi d’un concert au théâtre de Suresnes où juste avant d’entrer en scène Rodolphe m’avait apporté un paquet de lettres envoyées à Roy Music suite à cet article. « Lui écrire » promet l’article 😱 En 2005, on ne pouvait pas encore joindre les gens directement comme aujourd’hui. Enfin par mail, si. Donc, des lettres enflammées, qui m’étaient adressé. Il faut dire que je faisais mon fanfaron à l’époque, à la mention vie privée dans Télépoche j’avais répondu : Mouvementée. Pauvre crétin plein de posture, je faisais le fanfaron alors qu’en réalité je me consumais pour un amour non exaucé. J’allais dans les télés, les interviews, les concerts, les yeux cernés plus bas que terre et le corps réduit à une flamme. J’étais ferré dans l’impossible et l’absence. Néanmoins, on me proposait tout un tas d’aventures dans la lignée de Comme elle se donne et de son clip sulfureux, et je recevais des propositions écrites (j’en ai gardées). On les lisait donc avec le groupe avant d’entrer en scène, des lettres folles ou/et totalement débridées. Toujours dans la rubrique de TéléPoche, à « La musique qu’il aime » j’avais mis Bowie, Interpol, et Nick Cave. En fait c’est surtout Mathieu qui écoutait Interpol mais l’arrivée de Mathieu avait été décisive pour notre musique, et Interpol, Joy Division étaient devenus nos principales références. Avec Nick Cave que j’adorais. Puis Jean-Vic m’a fait découvrir The National, nous étions allés les voir ensemble à la maison de la radio, et depuis The National est devenu mon groupe en activité préféré. Les Beatles, et, si j’ose dire, mon propre groupe (ayant habité intensément et tellement adoré ces cinq années à me tenir au milieu de ce groupe) ne l’étant plus.

dimanche 24 octobre 2021

196

 Writer’s life (196)

Hier soir le concert de Francis à La Seine Musicale (concert excellent, son excellent), et aujourd’hui me voici dans un train qui traverse la France en direction d’Astaffort. Il y a environ un an j’ai pas mal parlé des troubadours avec Francis. Parallèlement au Petit éloge du baiser, j’écrivais un roman sur les troubadours anglais (qui sera peut-être, je l’espère, un jour pris et édité..) donc, plongé dans mes problématiques d’écriture (qui sont, par bonheur, toujours moins problématiques que les problématiques de la vie), l’écoute de son dernier album m’a fortement impressionné notamment une chanson qui s’intitule : “Ode à l’amour courtois” (en regard de mon projet). Sans avoir la dextérité évidente de certains, j’aime à penser que moi aussi je suis une sorte de troubadour. Du moins dans l’état d’esprit, les thématiques, le coeur, et tous ces voyages qui font mon quotidien. Je n’ai jamais aimé réellement voyager, mais depuis que d’abord j’ai écrit et chanté des chansons, puis ensuite écrit des romans, je passe la plupart de mon temps sur les routes, tel un troubadour moderne. Et je voyage aussi à travers tous les trucs que j’écris, toutes les choses auxquelles je participe, comme un troubadour, dont moi seul connaît la logique disloquée et les visages ou les émotions qui les ont inspirées. Je dirai aussi qu’écrire c’est proposer à la personne qui vous lira une piste ou des jubilations éparses à la recherche de cette logique disloquée, des échos en sa trajectoire, et un peu de cette aube aux yeux cernés qui est l’état permanent des troubadours. Et puis, je dirai que dans une époque qui offre des dizaines de façons de voyager, mon moyen de locomotion préféré reste la mélancolie. Mais pas celle qui fait qu’on s’endort ou se morfond sur place, non, pas du tout, la mélancolie qui prend des places fortes.

mardi 28 septembre 2021

193

Est-ce parce qu’il avait l’apparence d’un doux géant façon Roald Dahl que Jean Teulé me semblait toujours planer au dessus des autres, dans les festivals, à table dans les dîners (Vannes, Quimper, Brive etc.) souriant, dans son monde, cerf-volant malicieux parfois dans l’obligation de se plier aux exigences d’un cadre photo, avec pour attache et fil conducteur à la terre ferme, la présence bienveillante de Betty, son éditrice ? J’écris à Sarah qui m’apprend la nouvelle de sa disparition que lorsqu’un écrivain nous quitte j’ai la sensation que c’est nous toutes et tous, la communauté des autrices et des auteurs, qui sommes touchés.

Je n’ai pas été invité à Brive cette année mais j’espère qu’une autrice ou un auteur organisera une chenille endiablée en l’honneur de Jean Teulé dans la moiteur effarante et folkorique du Cardinal.
Dans le métro j’ai laissé passer une japonaise puis ensuite j’ai demandé à Romain (Slocombe) si j’étais plus japonais qu’une japonaise en laissant passer une japonaise. Sa réponse sans réponse à la fois hyper concernée et jusqu’à présent suspendue m’a paru la plus japonaise des réponses.
X : Le soleil lui mangeait une partie du visage et elle a joué huit fois avec sa chevelure entre deux arrêts.
Totalement diminué avec une crise de calculs depuis quatre jours. Je paye les excès des derniers week-ends (avant d’en affronter de nouveaux) et les soucis sans doute liés aux changements de saison et de cycles. Fragile dans les transitions. Le privilège d’avancer dans l’existence est d’admettre la possibilité de cycles, de séquences, et de ne pas trop s’en affliger. Par exemple, je clos un cycle de sept ans chez Robert Laffont sachant à présent que je n’y ferai pas mon prochain roman, et donc, dès que je suis remis sur pied, je pars en quête d’une nouvelle maison, d’un nouveau projet.

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...