mardi 28 septembre 2021

193

Est-ce parce qu’il avait l’apparence d’un doux géant façon Roald Dahl que Jean Teulé me semblait toujours planer au dessus des autres, dans les festivals, à table dans les dîners (Vannes, Quimper, Brive etc.) souriant, dans son monde, cerf-volant malicieux parfois dans l’obligation de se plier aux exigences d’un cadre photo, avec pour attache et fil conducteur à la terre ferme, la présence bienveillante de Betty, son éditrice ? J’écris à Sarah qui m’apprend la nouvelle de sa disparition que lorsqu’un écrivain nous quitte j’ai la sensation que c’est nous toutes et tous, la communauté des autrices et des auteurs, qui sommes touchés.

Je n’ai pas été invité à Brive cette année mais j’espère qu’une autrice ou un auteur organisera une chenille endiablée en l’honneur de Jean Teulé dans la moiteur effarante et folkorique du Cardinal.
Dans le métro j’ai laissé passer une japonaise puis ensuite j’ai demandé à Romain (Slocombe) si j’étais plus japonais qu’une japonaise en laissant passer une japonaise. Sa réponse sans réponse à la fois hyper concernée et jusqu’à présent suspendue m’a paru la plus japonaise des réponses.
X : Le soleil lui mangeait une partie du visage et elle a joué huit fois avec sa chevelure entre deux arrêts.
Totalement diminué avec une crise de calculs depuis quatre jours. Je paye les excès des derniers week-ends (avant d’en affronter de nouveaux) et les soucis sans doute liés aux changements de saison et de cycles. Fragile dans les transitions. Le privilège d’avancer dans l’existence est d’admettre la possibilité de cycles, de séquences, et de ne pas trop s’en affliger. Par exemple, je clos un cycle de sept ans chez Robert Laffont sachant à présent que je n’y ferai pas mon prochain roman, et donc, dès que je suis remis sur pied, je pars en quête d’une nouvelle maison, d’un nouveau projet.

lundi 30 août 2021

192

 Writerslife (192)

Ma tante Christiane a vécu la dernière partie de sa vie dans un deux-pièces modeste en rez-de-chaussée, dans un petit lotissement d’Etterbeek. Quand elle fut la dernière des Collas a être de ce monde, j’allais lui rendre visite une journée tous les 2 mois, je prenais le Thalys, et je me souviens un jour de grève être allé à pied jusque chez elle juste pour le déjeuner, depuis la Gare du Midi en passant par l’interminable chaussée de Wavre, aller-retour plutôt onirique sous la bruine. La soeur de ma maman avait tenu un temps un magasin de disques avec son conjoint, et l’affaire avait péréclité, elle vivait depuis avec une retraite de la taille d’un dé à coudre. Du vivant de ma mère, on lui envoyait des tas de colis pour Noël. Des vêtements chauds (en hiver elle ne mettait pas le chauffage par souci d’économie) et des livres, beaucoup de livres, car la fiction fait disparaître le temps trop pesant des jours successifs. À chacune de mes visites, je continuais à lui apporter des romans et des trucs bons à manger. En dehors des livres, sa grande et unique passion était : « Plus belle la vie ». Elle ne manquait jamais un épisode. Je pense à elle car dans l’attente du JT, il y a une promo pour un énième épisode de « Plus belle la vie ». J’ai un sursaut et je me dis : « Mais comment osent-ils encore poursuivre leur série ? Tant Christiane n’est plus là pour la regarder. »
Au JT, avalanche de calamités. Je me réfugie sur Youtube dans une émission fabuleuse qui traite des différences cruciales entre le Devon et le Cornwall au sujet du Cream tea. Dans le Cornwall on place la confiture de fraise en premier sur le scone et la crème par-dessus, tandis que dans le Devon c’est l’inverse.
Je relis quelques bribes du Petit éloge du baiser. Plein d’instants, de souvenirs, de rêves, de désir, que j’aime voir y figurer. Des trucs précis. Hâte de la sortie.
Jardin des Plantes, sur les marches d’un des pavillons. Une jeune femme brune, d’une beauté aussi simple qu’exceptionnelle. Elle raconte quelque chose à un type, et il se dégage d’elle une telle intensité que j’ai l’impression qu’elle lui révèle l’emplacement de la dernière des six cités d’or.

mardi 24 août 2021

189


Il y a quelque chose d’important dans l’écriture qui requiert de la clandestinité. Il y a un moment où l’écriture vous rend clandestin à la journée des autres, aux préoccupations des autres, aux salaires des autres, aux amours des autres. C’est comme ça.
J’ai écouté l’émission du Masque et la Plume et leur diatribe particulièrement inutile et suffisante sur le dernier livre de Virginie (Grimaldi). Mener à terme un travail romanesque est déjà un tel territoire de doutes et d’efforts qu’en + il faut se farcir la grêle lapidaire des grincheux, soit. Juste après, j’ouvre le livre de Colum McCann (qui j’imagine a plutôt bonne presse au Masque et la plume) intitulé « Lettres à un jeune auteur » et dans les premières lignes on peut lire : « Ne crains pas les sentiments, même taxés de sensiblerie », tout ce qui est reproché à Virginie. L’un des commentaires sur IMDB à l’excellente série « Physical » (la seule série qui m’a happé cet été, il faut aussi avouer que je suis assez dingue de Rose Byrne) vient résonner avec mes pensées : « Le monde est devenu tellement hyper-analytique et hyper-critique que chacun est mis en demeure de se justifier en permanence. »
Je viens de remettre le texte de mon prochain roman. Avec le temps j’ai développé une appréhension des coupes, des passages qu’on pourrait me suggérer d’enlever. Quand je pense à certains de mes romans, je vois les membres fantômes. Pas trop quand même. J’ai eu et ai la chance de travailler avec des personnes qui n’ont pas des ciseaux en main. Pour le petit éloge, on a fait des coupes, mais c’était plutôt pour tenir au format du livre. Un PETIT éloge, pas une anthologie ! C’est terrible parce que je n’arrête pas de penser à des baisers que j’aimerais faire intervenir dans un possible « encore » ! (Hum ! Drôle de phrase.)
À part ça, rien de spécial. Ah, si, peut-être. Une blonde en maillot de bain noir a changé la plage en un poème à écrire.

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 Writerslife (190)

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de naissance de ma maman. Les dernières années, je l’emmenais chaque 24 août au bord de la mer, pour la journée. Elle me disait toujours : ça n’a aucune importance où tu m’emmènes du moment que je suis avec toi. Je bottais en touche, par pudeur. J’ai essayé de m’occuper d’elle au mieux, le plus de temps possible, les dernières années de sa vie, deux trois fois par semaine, précipitant parfois mes départs de sa maison puis du petit appartement qu’elle a loué la dernière année pour des projets qui n’en valaient pas la peine, qui ne me mèneraient nulle part, ou pour des gens qui me faisaient perdre un temps précieux pour rien. Aujourd’hui, j’aimerais pouvoir penser à ma mère. Convenablement, un peu. Retrouver des moments. Sans que cela me rende trop triste. Revivre des segments, des instants, en pensées ou en rêve. Je fréquente beaucoup de personnes qui ont encore leurs deux parents, au moins un sur les deux, est-ce que cela teinte mes paroles, nos échanges, est-ce que cela m’isole ou me les situe dans une sorte de distance en compréhension, je ne crois pas, mais quand je suis de nouveau seul je retrouve un autre espace - comment exprimer ça ?, et parfois je m’échappe des conversations pour aller ne serait-ce qu’en un instant de solitude retrouver la texture volatile et fuyante de mes paradis perdus.

mardi 3 août 2021

188

 Bien sûr, quand vous écrivez, tout ce qui arrive et ne semble pas trouver sa place dans le roman vous paraît totalement invivable.

Dans un livre j’aime faire en sorte qu’il y ait au moins deux ou trois phrases bancales, qui ne veulent pas dire grand chose mais qui ont beaucoup de potentiel. En tant que lecteur ou spectateur s’il s’agit de cinéma je préfère d’ailleurs les oeuvres qui ont du potentiel, plutôt que celles qui prétendent m’écraser par leur perfection et qui, au bout du compte, ne m’ont donné aucun élan pour, à mon tour, mettre la main à la pâte.
Les gens qui commentent un travail littéraire doivent savoir qu’ils commentent aussi un combat entre la vitalité et la fatigue, la clarté et le doute, le crucial et l’inutile, l’amour et le désespoir.
Une jolie fille, dans le train. Quand elle baissa son masque pour boire au goulot d’une bouteille en plastique son visage se nimba de quelque chose de dur et de spectaculaire.
J’emportais son visage dans ma tête en fermant les yeux - assommé par la fatigue, les trajets. Je recomposais son visage les yeux fermés.
Dans un autre train, plus tard, un type qui souhaitait lire son journal m’a demandé si ça ne m’ennuyait pas de baisser le rideau qui court sur deux rangées de sièges. J’ai répondu poliment non, bien sûr, ça ne m’ennuie pas, et j’ai été privé de paysage. Je me suis consolé en pensant que le type allait pouvoir lire son journal peinard, les actualités dévorantes. Le genre de types qui préfèrent lire les nouvelles du monde que regarder le ciel et les paysages, alors j’ai repensé à cette fille qui était face à moi à une rangée de distance dans le train précédent, j’ai repensé à elle, j’ai essayé de recomposer son visage, ses attitudes, en m’appuyant sur une autre personne à qui elle m’avait fait penser, et cela m’a servi de ciel et de paysage.

lundi 2 août 2021

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 Writerslife (187)

Des conversations très intéressantes avec Sandrine. Finalement, il y a peu de personnes avec lesquelles vous pouvez avoir des conversations intéressantes. La plupart du temps vous écoutez les gens parler et vous pensez à tout à fait autre chose, un visage aperçu et qui n’a pas encore disparu de la surface de vos préoccupations, ou une personne que vous connaissez depuis un certain temps et qui vous obsède en secret. Ce genre de choses. Et pendant ce temps-là, vous laissez les gens parler.
Enfant, je redoutais + que tout les soirées diapos. Les voisins, les amis des parents, ils voulaient tous vous prendre à témoin des paysages, des lieux extraordinaires qu’ils avaient le privilège d’avoir visités. C’était vraiment barbant. Je ne savais jamais comment m’en dépêtrer. ils avaient tous une soirée diapos en prévision. Je pensais y avoir échappé, et puis Instagram est arrivé. Comme quoi, toute fuite est inutile.
Le premier été après la mort de ma mère, j’ai ressenti une sorte d’étrange soulagement. J’en ai déjà parlé mais chaque été j’y repense. Ça revient me lancer. Un soulagement parce que je n’étais jamais tranquille, j’avais peur de la savoir toute seule dans sa maison des Yvelines, quand les voisins étaient en vacances. J’avais peur des rôdeurs, des opportunistes de passage, des cambrioleurs. De la lie de l’humanité que j’ai toujours trouvé très représentée (même avant twitter). Et que quelqu’un de mal intentionné surgisse au moment où elle fermait ses volets, arrosait ses fleurs, se promenait dans le jardin. J’avais des étés impossibles, je téléphonais à ma maman quatre fois dans la soirée sous des prétextes futiles, sans lui avouer la cause de mes angoisses, juste pour m’assurer que tout allait bien. L’été n’était qu’une longue inquiétude.
Passé la journée à travailler sur mon roman prévu pour janvier. Je rends le texte dans quinze jours.

mardi 6 juillet 2021

182

 Après l’atelier à l’École Les Mots, je vais prendre le thé chez Marie. Devant la vue splendide sur l’Observatoire, je lui dis : tu ne crois pas qu’il y a au moins un des types là-haut qui a fini par braquer son télescope sur toi, sur tes allées venues dans l’appartement ? Que ça l’intéresse plus que l’immobilité des étoiles.

L’autre jour, je racontais à deux personnes comment mon premier éditeur Stéphane Million m’avait proposé de faire un roman en lisant ce que j’écrivais sur internet, et les deux filles se sont exclamées : « ah, tu n’as pas fait d’effort, alors ? ». J’ai réagi en tordant ma bouche en point d’interrogation « D’effort ? Mais voyons, l’effort ce n’est pas se faire repérer, c’est écrire, mener à terme un projet d’écriture. Il est là, l’effort !»
Aujourd’hui, je me suis souvenu de la période de ma vie, quand j’habitais Auteuil, où j’achetais des fleurs pour ma mère, quand j’allais lui rendre visite, deux fois par semaine. Le dimanche aussi. Des Lysanthius, des tulipes, des roses. Les vendeuses du grand fleuriste de la porte d’Auteuil me connaissaient bien. C’est une période que j’avais oublié. Qui ne m’était plus passé par la tête depuis longtemps. ET ce matin, pourquoi ?
La rue, les sensations, les rencontres. Ce que je capte et qui part directement dans la dernière partie de mon nouveau nouveau roman. Je crois que l’écriture vient toujours d’un état de sidération. Sidération devant un visage, pour une silhouette, une attitude, une blessure qui souvent se découvre, un geste qui vous émeut. Une histoire d’amour entrevue. Et l’écriture existe aussi pour revenir à soi. Parce qu’il s’agit de revenir à soi sans être définitivement troublé par l’autre. Sidéré sans retour. Puisqu’on ne peut pas être définitivement troublé par l’autre. À moins de vouloir vivre dans un livre de Marguerite Duras, ce n’est pas supportable. Pour personne.

dimanche 4 juillet 2021

181

 Writerslife (181)

J’ai reçu un mail des congés spectacles qui me demandent de leur signifier quand est-ce que je compte prendre mes vacances. Je leur donne une date et trois jours plus tard reçois sur mon compte un virement de 11 euros 95 centimes. Hum ! Je ne sais pas bien où ils comptent m’envoyer en vacances avec ça. Sans doute sur une île qui serait l’île de France.
À la soirée de l’École Les Mots, conversation avec Elsa sur François Truffaut, et aussi elle me dit : « moi je suis du genre à dire pardon quand quelqu’un me bouscule dans la rue ». Ah, lui réponds-je, mais je suis exactement comme toi. Elle me dit qu’elle est toujours très énervée contre elle, après qu’elle ait dit pardon au malotru qui l’a bousculée. Je lui dis que moi aussi sur le moment je suis en colère contre moi mais que ça ne dure pas plus d’une seconde, qu’ensuite je me fais la réflexion que je suis heureux de dire pardon quand ce n’est pas de ma faute (dans le cas d’une bousculade), que dans ce monde où de + en + de personnes se comportent comme de gros connards, j’y vois une forme de résistance par le tempérament. Alors oui, je sais que le type qui vient de me bousculer est un gros connard, mais s’il est plus heureux en ne partageant pas ce savoir, grand bien lui fasse.
Déjeuner avec Aude, non loin de chez Les Pérégrines. Je souhaite commander un jus de tomate mais le type du resto me dit qu’il n’y en a pas. Nous nous étonnons, Aude et moi, alors pour justifier l’absence à sa carte, il prétend que plus personne ne commande de jus de tomate de nos jours, que c’est terminé. Il dit ça avec fermeté et aplomb, comme si c’était un concept d’un autre siècle. Comme s’il parlait de la douceur. Ou de la candeur. C’est terminé la douceur, il faudra faire sans, dorénavant dans ce monde. Et pareil pour la candeur.
Travail sur mon nouveau nouveau roman. Je suis heureux de son état d’esprit, et de l’âme que j’y fourre, dans chaque paragraphe. Promenades dans Paris, désolation devant la saleté des gens, leur laisser-aller, mais encore, tout de même ce qui sauve, quelques émotions d’ordre esthétique.

jeudi 20 mai 2021

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 La fatigue est dans mon dos, j’essaie de la distancer, quand tout parait reprendre à folle allure. Après une semaine encore bien intense à Astaffort, rencontre en collège à Rosny-Sous-Bois, puis atelier d’écriture avec les jeunes artistes du MIMA, et rencontre en visio pour la nomination de Duncan au prix du livre audio 2021. Entre temps, parenthèse avec Aude où mercredi matin nous nous réinstallions en terrasse parmi les habitués du Pause Café, rue de Charonne. Puis direction le bureau des Pérégrines où Aude me présente à l’équipe qui s’occupera de mon Petit éloge du baiser. Nous nous arrêtons aussi sur un choix de couve. Je dis aux filles que j’ai hâte que le livre file à l’imprimerie car je suis toujours tenté d’ajouter un petit chapitre - un baiser me passe par la tête, l’intention d’un baiser me frôle, me hante, ou, je me dis : tiens je n’ai pas parlé du baiser de Madonna et Britney Spears aux MTV Awards, ni de cette chanson de Pierre Perret que j’ai découverte récemment et dont j’ai chanté une version impromptue avec Emilie, etc. - bref Sarah me dit au téléphone : « Si ça continue, ça ne va pas être le « Petit éloge », mais « La grande encyclopédie du baiser » !

L’agenda de la rentrée se remplit à ras bord. Rencontres, festivals, ateliers d’écriture. Profiter des plages (de temps libre et d’écriture) cet été pour avancer sur de futurs projets. Je passe mon temps à présenter des excuses à des ami(e)s que je n’appelle jamais parce que 1/ j’ai toujours peur de déranger, 2/ je pense à une personne, je me dis je vais me manifester et je finis toujours par choisir la solitude. De la solitude nait l’écriture aussi bien que dans le tumulte. Et quand les choses apparaissent dans le tumulte, il faut les écrire dans la solitude, en planque, façon terrier de nuages.
Une fille dans la rue me coupe le passage au moment où il se met à pleuvoir à verse. Chevilles nues dans des snickers blanches. Chevilles nues trempées jusqu’aux os. Elle s’engouffre dans une boulangerie. J’y vais aussi, par faim d’entendre sa voix. Juste connaître le son de sa voix quand elle va commander quelque chose. À cause de la pluie et des chevilles nues.

dimanche 2 mai 2021

175


Un mec dans la rue qui engueule sa copine en gémissant : « Pourquoi tu chiales ? Tu arrêtes de chialer, d’accord ?». Tout ce que j’ai imaginé, du moment et autour, m’a brisé le coeur.
Repassé au peigne fin le texte de « La Princesse qui rêvait d’être une petite fille 2 » avant la mise en pages. Je ne l’avais pas relu depuis son écriture en août, et je redécouvrais le texte comme un enfant le lirait. C’est peut-être d’ailleurs le secret d’un livre jeunesse : l’écrire comme un enfant, avec un appétit d’enfant, puis le relire avec des yeux d’enfant. Et aussi je dirais que dans mes livres jeunesse j’essaye de toucher un enfant absolu, qui serait en marge des autres enfants dans sa façon de ressentir les choses, un enfant déjà un peu adulte, mais aussi un adulte totalement en marge des autres adultes pour la part d’enfance qu’il n’a jamais quitté. J’essaye de révéler cette sensibilité là, de créer un monde plus vivable pour ces enfants et ces adultes-là.
Envoyé aussi la version méga ultime de mon petit éloge du baiser. J’ai réécrit de fond en comble un chapitre qui ne me satisfaisait pas et qui de toute façon était celui sur lequel Aude émettait un bémol, et j’ai ajouté quatre petits haïkus qui m’ont paru nécessaire, pour visser le projet. Est-ce parce que j’ai travaillé sur les haïkus il y a 15 jours avec les stagiaires de mon stage de songwriting à l’école Les Mots ? Certainement. Les merveilles qui sont sorties de ce galop d’une semaine m’ont mis le pied à l’étrier. Animant des ateliers d’écriture depuis 5 ans maintenant et travaillant beaucoup sur les haïkus, je n’en ai jamais écrit ou publié, ce sera la première fois dans ce petit éloge. Je ne sais pas s’ils sont parfaits, mais je me fous de la perfection, je n’ai pas envie qu’elle m’écrase. Du moment qu’ils sont viscéraux, qu’ils devaient être écrits pour étancher une certaine mélancolie, un trouble ou une absence, qu’ils produisent suffisamment de feu quand je les relis et que le texte final n’attendait qu’eux pour être définitivement bouclé, ça me va.
Paris cette semaine, et puis ensuite, les routes qui s’ouvrent à nouveau.

jeudi 29 avril 2021

174

 Writerslife (174)

Après 3 semaines d’inquiétudes, tensions et douleurs, échographie et examens médicaux rassurants. Il faut dire que j’ai eu la sensation de vivre une succession de mois asphyxiants, où rien n’était fluide, rien n’allait comme je l’espérais. J’ai quand même travaillé ardemment et bouclé dans deux formes qui me conviennent 2 textes importants : mon prochain roman + le petit éloge du baiser. Encore ajouté deux courts chapitres au Petit éloge pour une version ultime. Heureusement que Nicolas (d’E-O) a écrit le petit éloge de la gourmandise parce que si cela avait dû m’incomber j’aurais été tenté d’ajouter un chapitre dès que ma route aurait croisé celle d’une pâtisserie. Ce que je veux dire par là c’est que si vous êtes curieux(se) des êtres et des visages, et d’un tempérament pas barbant(e) (pour vous-même) la vie est ainsi faite qu’il y a quand même pas mal de possibilités de rencontrer des personnes que vous avez envie d’embrasser. Donc d’augmenter les pages si vous travaillez sur ce genre de projets.
Ne parvenant pas à me reposer, ou ayant trop de nouvelles idées ou de nouvelles émotions qui réclament à être logées quelque part, quelque part de fiable et d’honnête comme dans les romans, me voilà déjà à l’affût de nouveaux départs. Discuté longuement avec Delphine qui souhaite que je lui propose un récit pour le label Phonofaune. Tellement emballé par notre conversation que j’ai déjà l’idée et le reste dans la tête. C’est ainsi que va la création, c’est une question d’étincelle, d’énergie, et de sincérité bien sûr.
J’écoute en boucle les 2 nouveaux titres de Jorja Smith, avant de m’atteler ce week-end aux corrections de La Princesse 2 dont la sortie est prévue après l’été, dernier projet jeunesse de l’année, parfait pour noël. Lu Violette Leduc pour un passage du Petit éloge du baiser et je me rends compte à quel point c’est bon, au-dessus des autres de son temps niveau poético-littéraire. Des phrases intenses. Aujourd’hui, c’est souvent le règne de la démonstration, du « Regardez comme j’envoie du bois, et n’oubliez pas de me suivre » plutôt que l’impact direct et discret de l’intensité.

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...