mardi 3 août 2021

188

 Bien sûr, quand vous écrivez, tout ce qui arrive et ne semble pas trouver sa place dans le roman vous paraît totalement invivable.

Dans un livre j’aime faire en sorte qu’il y ait au moins deux ou trois phrases bancales, qui ne veulent pas dire grand chose mais qui ont beaucoup de potentiel. En tant que lecteur ou spectateur s’il s’agit de cinéma je préfère d’ailleurs les oeuvres qui ont du potentiel, plutôt que celles qui prétendent m’écraser par leur perfection et qui, au bout du compte, ne m’ont donné aucun élan pour, à mon tour, mettre la main à la pâte.
Les gens qui commentent un travail littéraire doivent savoir qu’ils commentent aussi un combat entre la vitalité et la fatigue, la clarté et le doute, le crucial et l’inutile, l’amour et le désespoir.
Une jolie fille, dans le train. Quand elle baissa son masque pour boire au goulot d’une bouteille en plastique son visage se nimba de quelque chose de dur et de spectaculaire.
J’emportais son visage dans ma tête en fermant les yeux - assommé par la fatigue, les trajets. Je recomposais son visage les yeux fermés.
Dans un autre train, plus tard, un type qui souhaitait lire son journal m’a demandé si ça ne m’ennuyait pas de baisser le rideau qui court sur deux rangées de sièges. J’ai répondu poliment non, bien sûr, ça ne m’ennuie pas, et j’ai été privé de paysage. Je me suis consolé en pensant que le type allait pouvoir lire son journal peinard, les actualités dévorantes. Le genre de types qui préfèrent lire les nouvelles du monde que regarder le ciel et les paysages, alors j’ai repensé à cette fille qui était face à moi à une rangée de distance dans le train précédent, j’ai repensé à elle, j’ai essayé de recomposer son visage, ses attitudes, en m’appuyant sur une autre personne à qui elle m’avait fait penser, et cela m’a servi de ciel et de paysage.

lundi 2 août 2021

187

 Writerslife (187)

Des conversations très intéressantes avec Sandrine. Finalement, il y a peu de personnes avec lesquelles vous pouvez avoir des conversations intéressantes. La plupart du temps vous écoutez les gens parler et vous pensez à tout à fait autre chose, un visage aperçu et qui n’a pas encore disparu de la surface de vos préoccupations, ou une personne que vous connaissez depuis un certain temps et qui vous obsède en secret. Ce genre de choses. Et pendant ce temps-là, vous laissez les gens parler.
Enfant, je redoutais + que tout les soirées diapos. Les voisins, les amis des parents, ils voulaient tous vous prendre à témoin des paysages, des lieux extraordinaires qu’ils avaient le privilège d’avoir visités. C’était vraiment barbant. Je ne savais jamais comment m’en dépêtrer. ils avaient tous une soirée diapos en prévision. Je pensais y avoir échappé, et puis Instagram est arrivé. Comme quoi, toute fuite est inutile.
Le premier été après la mort de ma mère, j’ai ressenti une sorte d’étrange soulagement. J’en ai déjà parlé mais chaque été j’y repense. Ça revient me lancer. Un soulagement parce que je n’étais jamais tranquille, j’avais peur de la savoir toute seule dans sa maison des Yvelines, quand les voisins étaient en vacances. J’avais peur des rôdeurs, des opportunistes de passage, des cambrioleurs. De la lie de l’humanité que j’ai toujours trouvé très représentée (même avant twitter). Et que quelqu’un de mal intentionné surgisse au moment où elle fermait ses volets, arrosait ses fleurs, se promenait dans le jardin. J’avais des étés impossibles, je téléphonais à ma maman quatre fois dans la soirée sous des prétextes futiles, sans lui avouer la cause de mes angoisses, juste pour m’assurer que tout allait bien. L’été n’était qu’une longue inquiétude.
Passé la journée à travailler sur mon roman prévu pour janvier. Je rends le texte dans quinze jours.

mardi 6 juillet 2021

182

 Après l’atelier à l’École Les Mots, je vais prendre le thé chez Marie. Devant la vue splendide sur l’Observatoire, je lui dis : tu ne crois pas qu’il y a au moins un des types là-haut qui a fini par braquer son télescope sur toi, sur tes allées venues dans l’appartement ? Que ça l’intéresse plus que l’immobilité des étoiles.

L’autre jour, je racontais à deux personnes comment mon premier éditeur Stéphane Million m’avait proposé de faire un roman en lisant ce que j’écrivais sur internet, et les deux filles se sont exclamées : « ah, tu n’as pas fait d’effort, alors ? ». J’ai réagi en tordant ma bouche en point d’interrogation « D’effort ? Mais voyons, l’effort ce n’est pas se faire repérer, c’est écrire, mener à terme un projet d’écriture. Il est là, l’effort !»
Aujourd’hui, je me suis souvenu de la période de ma vie, quand j’habitais Auteuil, où j’achetais des fleurs pour ma mère, quand j’allais lui rendre visite, deux fois par semaine. Le dimanche aussi. Des Lysanthius, des tulipes, des roses. Les vendeuses du grand fleuriste de la porte d’Auteuil me connaissaient bien. C’est une période que j’avais oublié. Qui ne m’était plus passé par la tête depuis longtemps. ET ce matin, pourquoi ?
La rue, les sensations, les rencontres. Ce que je capte et qui part directement dans la dernière partie de mon nouveau nouveau roman. Je crois que l’écriture vient toujours d’un état de sidération. Sidération devant un visage, pour une silhouette, une attitude, une blessure qui souvent se découvre, un geste qui vous émeut. Une histoire d’amour entrevue. Et l’écriture existe aussi pour revenir à soi. Parce qu’il s’agit de revenir à soi sans être définitivement troublé par l’autre. Sidéré sans retour. Puisqu’on ne peut pas être définitivement troublé par l’autre. À moins de vouloir vivre dans un livre de Marguerite Duras, ce n’est pas supportable. Pour personne.

dimanche 4 juillet 2021

181

 Writerslife (181)

J’ai reçu un mail des congés spectacles qui me demandent de leur signifier quand est-ce que je compte prendre mes vacances. Je leur donne une date et trois jours plus tard reçois sur mon compte un virement de 11 euros 95 centimes. Hum ! Je ne sais pas bien où ils comptent m’envoyer en vacances avec ça. Sans doute sur une île qui serait l’île de France.
À la soirée de l’École Les Mots, conversation avec Elsa sur François Truffaut, et aussi elle me dit : « moi je suis du genre à dire pardon quand quelqu’un me bouscule dans la rue ». Ah, lui réponds-je, mais je suis exactement comme toi. Elle me dit qu’elle est toujours très énervée contre elle, après qu’elle ait dit pardon au malotru qui l’a bousculée. Je lui dis que moi aussi sur le moment je suis en colère contre moi mais que ça ne dure pas plus d’une seconde, qu’ensuite je me fais la réflexion que je suis heureux de dire pardon quand ce n’est pas de ma faute (dans le cas d’une bousculade), que dans ce monde où de + en + de personnes se comportent comme de gros connards, j’y vois une forme de résistance par le tempérament. Alors oui, je sais que le type qui vient de me bousculer est un gros connard, mais s’il est plus heureux en ne partageant pas ce savoir, grand bien lui fasse.
Déjeuner avec Aude, non loin de chez Les Pérégrines. Je souhaite commander un jus de tomate mais le type du resto me dit qu’il n’y en a pas. Nous nous étonnons, Aude et moi, alors pour justifier l’absence à sa carte, il prétend que plus personne ne commande de jus de tomate de nos jours, que c’est terminé. Il dit ça avec fermeté et aplomb, comme si c’était un concept d’un autre siècle. Comme s’il parlait de la douceur. Ou de la candeur. C’est terminé la douceur, il faudra faire sans, dorénavant dans ce monde. Et pareil pour la candeur.
Travail sur mon nouveau nouveau roman. Je suis heureux de son état d’esprit, et de l’âme que j’y fourre, dans chaque paragraphe. Promenades dans Paris, désolation devant la saleté des gens, leur laisser-aller, mais encore, tout de même ce qui sauve, quelques émotions d’ordre esthétique.

jeudi 20 mai 2021

179

 La fatigue est dans mon dos, j’essaie de la distancer, quand tout parait reprendre à folle allure. Après une semaine encore bien intense à Astaffort, rencontre en collège à Rosny-Sous-Bois, puis atelier d’écriture avec les jeunes artistes du MIMA, et rencontre en visio pour la nomination de Duncan au prix du livre audio 2021. Entre temps, parenthèse avec Aude où mercredi matin nous nous réinstallions en terrasse parmi les habitués du Pause Café, rue de Charonne. Puis direction le bureau des Pérégrines où Aude me présente à l’équipe qui s’occupera de mon Petit éloge du baiser. Nous nous arrêtons aussi sur un choix de couve. Je dis aux filles que j’ai hâte que le livre file à l’imprimerie car je suis toujours tenté d’ajouter un petit chapitre - un baiser me passe par la tête, l’intention d’un baiser me frôle, me hante, ou, je me dis : tiens je n’ai pas parlé du baiser de Madonna et Britney Spears aux MTV Awards, ni de cette chanson de Pierre Perret que j’ai découverte récemment et dont j’ai chanté une version impromptue avec Emilie, etc. - bref Sarah me dit au téléphone : « Si ça continue, ça ne va pas être le « Petit éloge », mais « La grande encyclopédie du baiser » !

L’agenda de la rentrée se remplit à ras bord. Rencontres, festivals, ateliers d’écriture. Profiter des plages (de temps libre et d’écriture) cet été pour avancer sur de futurs projets. Je passe mon temps à présenter des excuses à des ami(e)s que je n’appelle jamais parce que 1/ j’ai toujours peur de déranger, 2/ je pense à une personne, je me dis je vais me manifester et je finis toujours par choisir la solitude. De la solitude nait l’écriture aussi bien que dans le tumulte. Et quand les choses apparaissent dans le tumulte, il faut les écrire dans la solitude, en planque, façon terrier de nuages.
Une fille dans la rue me coupe le passage au moment où il se met à pleuvoir à verse. Chevilles nues dans des snickers blanches. Chevilles nues trempées jusqu’aux os. Elle s’engouffre dans une boulangerie. J’y vais aussi, par faim d’entendre sa voix. Juste connaître le son de sa voix quand elle va commander quelque chose. À cause de la pluie et des chevilles nues.

dimanche 2 mai 2021

175


Un mec dans la rue qui engueule sa copine en gémissant : « Pourquoi tu chiales ? Tu arrêtes de chialer, d’accord ?». Tout ce que j’ai imaginé, du moment et autour, m’a brisé le coeur.
Repassé au peigne fin le texte de « La Princesse qui rêvait d’être une petite fille 2 » avant la mise en pages. Je ne l’avais pas relu depuis son écriture en août, et je redécouvrais le texte comme un enfant le lirait. C’est peut-être d’ailleurs le secret d’un livre jeunesse : l’écrire comme un enfant, avec un appétit d’enfant, puis le relire avec des yeux d’enfant. Et aussi je dirais que dans mes livres jeunesse j’essaye de toucher un enfant absolu, qui serait en marge des autres enfants dans sa façon de ressentir les choses, un enfant déjà un peu adulte, mais aussi un adulte totalement en marge des autres adultes pour la part d’enfance qu’il n’a jamais quitté. J’essaye de révéler cette sensibilité là, de créer un monde plus vivable pour ces enfants et ces adultes-là.
Envoyé aussi la version méga ultime de mon petit éloge du baiser. J’ai réécrit de fond en comble un chapitre qui ne me satisfaisait pas et qui de toute façon était celui sur lequel Aude émettait un bémol, et j’ai ajouté quatre petits haïkus qui m’ont paru nécessaire, pour visser le projet. Est-ce parce que j’ai travaillé sur les haïkus il y a 15 jours avec les stagiaires de mon stage de songwriting à l’école Les Mots ? Certainement. Les merveilles qui sont sorties de ce galop d’une semaine m’ont mis le pied à l’étrier. Animant des ateliers d’écriture depuis 5 ans maintenant et travaillant beaucoup sur les haïkus, je n’en ai jamais écrit ou publié, ce sera la première fois dans ce petit éloge. Je ne sais pas s’ils sont parfaits, mais je me fous de la perfection, je n’ai pas envie qu’elle m’écrase. Du moment qu’ils sont viscéraux, qu’ils devaient être écrits pour étancher une certaine mélancolie, un trouble ou une absence, qu’ils produisent suffisamment de feu quand je les relis et que le texte final n’attendait qu’eux pour être définitivement bouclé, ça me va.
Paris cette semaine, et puis ensuite, les routes qui s’ouvrent à nouveau.

jeudi 29 avril 2021

174

 Writerslife (174)

Après 3 semaines d’inquiétudes, tensions et douleurs, échographie et examens médicaux rassurants. Il faut dire que j’ai eu la sensation de vivre une succession de mois asphyxiants, où rien n’était fluide, rien n’allait comme je l’espérais. J’ai quand même travaillé ardemment et bouclé dans deux formes qui me conviennent 2 textes importants : mon prochain roman + le petit éloge du baiser. Encore ajouté deux courts chapitres au Petit éloge pour une version ultime. Heureusement que Nicolas (d’E-O) a écrit le petit éloge de la gourmandise parce que si cela avait dû m’incomber j’aurais été tenté d’ajouter un chapitre dès que ma route aurait croisé celle d’une pâtisserie. Ce que je veux dire par là c’est que si vous êtes curieux(se) des êtres et des visages, et d’un tempérament pas barbant(e) (pour vous-même) la vie est ainsi faite qu’il y a quand même pas mal de possibilités de rencontrer des personnes que vous avez envie d’embrasser. Donc d’augmenter les pages si vous travaillez sur ce genre de projets.
Ne parvenant pas à me reposer, ou ayant trop de nouvelles idées ou de nouvelles émotions qui réclament à être logées quelque part, quelque part de fiable et d’honnête comme dans les romans, me voilà déjà à l’affût de nouveaux départs. Discuté longuement avec Delphine qui souhaite que je lui propose un récit pour le label Phonofaune. Tellement emballé par notre conversation que j’ai déjà l’idée et le reste dans la tête. C’est ainsi que va la création, c’est une question d’étincelle, d’énergie, et de sincérité bien sûr.
J’écoute en boucle les 2 nouveaux titres de Jorja Smith, avant de m’atteler ce week-end aux corrections de La Princesse 2 dont la sortie est prévue après l’été, dernier projet jeunesse de l’année, parfait pour noël. Lu Violette Leduc pour un passage du Petit éloge du baiser et je me rends compte à quel point c’est bon, au-dessus des autres de son temps niveau poético-littéraire. Des phrases intenses. Aujourd’hui, c’est souvent le règne de la démonstration, du « Regardez comme j’envoie du bois, et n’oubliez pas de me suivre » plutôt que l’impact direct et discret de l’intensité.

dimanche 25 avril 2021

173

 Encore passé une semaine bien intense à l’école Les Mots pour l’atelier de songwriting.

Traversé Paris en plein couvre-feu en écoutant le dernier album de London Grammar. Puissant, même si quand la ville est déserte on réalise à quel niveau d’infamie Haussmann a coupé à la hache.
J’envoie un mail à Aude et Alice qui commence par « Oui je sais, mais… » pour qu’elles me permettent d’ajouter encore un ultime petit chapitre à mon petit éloge du baiser. L’aventure de la vie fait que l’inspiration ne tarit jamais, je suppose. Cela étant, avec la sortie en octobre, j’aime à croire que ce dernier ajout révèle la forme définitive du livre.
La traversée du Jardin des Plantes d’ouest au nord, Jussieu/gare d’Austerlitz, si j’accélère le pas et triche un peu, a la durée exacte du titre : « Dreams are my reality ». Au téléphone, Michaël (T) me rappelle que quand il a proposé le nom de Vladimir Cosma pour une masterclass à la Sacem, j’étais le seul autour de la table de la commission des Variétés à brûler d’enthousiasme.
Il en sera bientôt fini de la règle des dix kilomètres. À nouveau libres de voyager. Joie de retrouver la vie en librairies et en festivals, les ilots d’une semaine ou de plusieurs jours de création pour divers projets, les aventures sur les routes. Mais quand même, je n’ai pas attendu la règle des 10km pour éprouver cette sensation. Je veux dire : face à cette personne qui me trouble, dont la silhouette me bouleverse pour un détail - comme on le dit en peinture - un détail où je rêve de poser mes lèvres, et qui, pour une parole ou un regard me fait sortir des gonds de la réalité, m’enchante et me sidère à la fois, dévoilant une intimité qui me parle et me cloue le bec, l’autre aussi, dans toute sa puissance volatile, me promet un inaccessible voyage.

dimanche 18 avril 2021

172

Il y a sept ans « Presque la mer » venait de sortir de l’imprimerie et ma mère venait d’entrer à l’hôpital. Je voulais lui porter le lendemain, et puis dans la nuit du 19 au 20 avril j’ai reçu un coup de téléphone pour m’apprendre qu’elle venait de mourir. Le monde s’écroulait sous mes pieds et j’avais en main ce livre que je ne pourrais jamais lui donner. « Presque la mer » est une comédie romantique hommage aux films de Billy Wilder et je pense qu’elle l’aurait beaucoup aimé. Deux jours après, je devais retrouver Stéphane chez Hugo Romans pour le service de presse et je pleurais comme un enfant dans la rue, je pleurais comme une pluie de printemps, Stéphane était témoin de ça, je n’arrivais pas à m’arrêter, mais c’’était important d’y aller, les projets concrets étaient une rampe vaillante au moment où je l’étais si peu. Le livre a eu un très bon démarrage, réimpression après trois semaines, grâce à la super libraire Lydie (Zannini) qui s’est prise d’affection pour le livre et l’a porté à la télé. Parfois un libraire peut changer la donne. Quand ça vous arrive vous ne comprenez pas pourquoi ça vous arrive et c’est joyeux, quand ça ne vous arrive pas vous ne comprenez pas pourquoi ça ne vous arrive pas et c’est triste. Il y a donc eu 1 ou 2 réimpressions et ça a même failli être adapté au cinéma, grâce à Hugues de Saint Vincent le livre est arrivé entre les mains de Jean Becker mais malheureusement il y avait un autre film qui avait à peu près le même pitch (sans l’idée de la mer qui est quand même le sel - si je puis dire -de l’histoire) et qui en + s’est révélé être un épouvantable navet, alors le projet est tombé à l’eau. Et il devait aussi sortir en poche, et là aussi c’est tombé à l’eau. Q’un livre sorte en poche ou pas et le prix auquel les éditeurs poches l’achètent m’a toujours semblé hors de mon entendement. Le roman a reçu beaucoup d’amour mais ce que je retiens c’est que j’étais prêt de le donner à ma maman et qu’elle n’a pas pu l’avoir à un jour près. Je crois au pouvoir des livres, je pense que si j’avais pu lui donner, elle serait restée un peu + longtemps, et se serait rétablie pourquoi pas, pour le lire.

jeudi 8 avril 2021

171


Là où je vis, c’est un peu les travaux non-stop : en dessous, en face, à côté. Et pas tout en même temps non, mais dans un enchaînement qui ne semble survenir que pour me taper sur le système. Je pense que pour 2022, je vais accepter toutes les résidences d’écriture qui se présentent.
Envoyé à Aude et aux éditions Les Pérégrines une version ultime de mon « Petit éloge du baiser » à paraître le 1er octobre. J’ai ajouté deux textes, car le livre sera composé d’une infinité de petits chapitres (comme chez Richard Brautigan, yeppie !). J’ai donc ajouté un chapitre intitulé « La pornographie », car dans une scène pornographique le baiser semble toujours surgir de nulle part, j’ai relié ça avec un triptyque de Jérôme Bosch, et un autre chapitre au sujet de La Boum, car pour ma génération il est impensable de parler de baiser, notamment de premier baiser, sans évoquer ce film. En le visionnant à nouveau, j’ai été surpris par le nombre de punchlines. Les lignes de textes définissent les personnages en trois traits de crayon. Chaque plan semble éperonné par le brio du dialogue, tout s’enchaîne parfaitement, c’est un film d’auteur qui s’ignore. En fait, les répliques jusqu’aux + anodines me plaisent, comme par exemple celle-ci : « C’est un métier d’avenir, y aura toujours des gens qui mangeront des gâteaux », ou le fameux « Grouille, y a interro d’anglais ! ». Ça patine un peu + dans la seconde partie du film, mais les quarante premières minutes sont absolument exquises.
Pas mal de déplacements prévus ces prochaines semaines - si tout va bien - et, après avoir terminé trois textes importants : le Petit éloge du baiser, La princesse 2, et mon prochain roman, j’espère pouvoir repartir dès le début de l’été dans un projet d’écriture au long cours (roman adulte ou/et livre jeunesse). Plusieurs idées, pistes, et des propositions aussi, il faut que les envies et les sollicitations coïncident, c’est une question d’énergie, d’élan, d’engagement, le truc qui vous fait dévorer les pages avec un appétit vorace, qui libère le souffle et l’imagination, et qui s’inscrive aussi dans l’idée d’une trajectoire, d’une oeuvre. Pris un café avec Jean-Marie Salhani mardi après-midi et nous avons beaucoup parlé d’oeuvre. Je reste persuadé que ce qui définit, disons, un créateur, ce n’est pas l’argent qu’il génère mais l’oeuvre qu’il construit.

lundi 5 avril 2021

170

Je m’en veux un peu parce qu’un robot m’a demandé si je voulais changer mon compte Instagram en compte pro, j’ai dit oui (je suis également poli avec les robots) et depuis dès que je poste un texte il y a un bouton PROMOUVOIR qui attend que je clique dessus. C’est étrange cette société qui veut absolument changer les gens qui écrivent en commerciaux, ou en agents publicitaires de leurs créations. N’empêche il y en a qui s’y prêtent avec beaucoup de talent. En permanence, à longueur de posts. Spectacle usant qui peut néanmoins faire naître des vocations, certain(e)s peuvent se révéler meilleurs commerciaux qu’écrivains ou artistes.

Très chouette entretien sur France Infos pour Alcie. Je suis toujours surpris de n’avoir pas + d’espace ou de retentissement médiatique, notamment pour des livres du potentiel d’Alcie. Sandrine me fait part de la réflexion d’une journaliste qui lui a dit : «Ah, moi, je ne chronique jamais les suites ! ». Eh bien comme ça, c’est réglé.
J’affine mon prochain roman prévu pour la rentrée de janvier 2022 (eh oui). Entre temps, il y aura un revigorant « Petit éloge du baiser ». Je pense que l’une des principales contraintes dans mon travail est de souffrir les délais imposés. Ça freine l’élan pour mettre en oeuvre les pistes suivantes. Annaëlle m’a dit hier soir, tandis que nous terminions une nouvelle chanson pour son projet, qu’elle aimerait bien un jour s’installer dans ma tête, avec toutes les idées qu’il y a en permanence, qu’elle prendrait un sachet de pop corn et serait comme au cinéma. Néanmoins, de pouvoir relire ce prochain roman avec une distance qui m’éloigne du feu intérieur qui m’animait au moment de son écriture, permet sans doute d’être + juste avec les personnages, + précis dans ce que je veux dire. J’ai revu l’articulation grâce aux premières remarques de Charlotte, et mon travail de relecture consiste à soigner la musicalité dans le choix de certains mots, la sonorité des phrases, à donner de la chair (mais pas trop) à certains passages, et à affiner mes punchlines. Je fais toujours gagner la punchline, ou l’idée poétique, sur la crédibilité. L’autre jour Marie-Hélène a eu un retour sur le scénario de son film que nous avons écrit et on lui a fait pour remarque : «À un moment, le héros rencontre un copain qui lui donne un billet de 500 balles… Ce n’est pas crédible, personne ne se balade avec une telle somme en liquide dans la poche ». J’ai trouvé ce commentaire bien pathétique. Je ne comprends pas pourquoi il y a une obsession de la crédibilité. Si on va vers la fiction, c’est justement parce que la réalité n’est pas valable, que ce qui y est crédible y est insuffisant, peu savoureux. Si vous aimez tant ce qui est réaliste, lisez des enquêtes, du fait-divers, du reportage, laissez la fiction à celles et ceux qui en ont le goût et le besoin, et surtout, ne vous donnez pas la peine d’ouvrir des romans.

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...