jeudi 2 décembre 2021

204

 Writer’s life (204)

Londres me manque (terriblement), d’autant plus dans la nullité totale de Paris au moment de noël. Une tristesse aussi plate que le jardin des Tuileries. Et, à Paris, je trouve les gens mal élevés, ils veulent être premiers partout (crétins), ils vous foncent dessus (même les vieux), ils ne durent pas.
Pourtant Paris reste mon territoire et celui du roman à paraître. L’âge des amours égoïstes. Hier après-midi, aux Deux Magots, je disais à Carole et Baptiste combien depuis toujours, depuis le début (du monde et de la poésie) mon territoire se situe dans ce triangle des Bermudes formé par les boulevards Saint-Michel, Raspail et Saint-Germain. By the way, la fille qui se promène entre les banquettes du Café pour proposer un plateau de pâtisseries à l’heure du goûter, j’ai trouvé ça très stylé. La fille, la proposition, et les tartelettes.
Dans mon portefeuille, il y a cette photo de ma maman en première communiante à Liège. La photo s’abime à mesure du temps, et les souvenirs avec mes parents restent intacts, dans une chambre intacte, quelque part, où parfois je m’abîme (les yeux / au bord des larmes). Une maison à trois où je ne suis plus que le seul témoin, le feu dans la cheminée, mes parents qui se passionnent pour leur jardin, la couleur des arbres en automne, les briques de la maison, moi dans ma chambre, occupé à jouer avec des figurines et m’inventer des mondes, déjà des histoires. La porte de l’entrée s’ouvre, quelqu’un rentre du jardin. Je trouve étonnant ce rapport d’avoir été un enfant unique surprotégé, faisant territoire de sa chambre d’enfant, et la vie qui est la mienne aujourd’hui où je suis projeté (protégé puis projeté) dans plein d’aventures et de visages différents, de rencontres, d’histoires, de segments, de passages, tout en gardant cette stabilité, cette constance et cette douceur, l’acuité aussi, de ma chambre d’enfant. La nuit est toujours vive, soudaine, emplie de promesses ou de fantômes. Mais tout semble authentique, perdure, à la différence que mes parents restent dans le jardin, ils ne rentrent plus jamais à la maison.

mardi 30 novembre 2021

203

 La joie suit la flèche de l’instant, épouse le présent, le déborde tout le temps. Le chagrin, d’où qu’il vienne, réclame des territoires spécifiques.

Je parle d’un ami qui, chaque fois qu’il est en présence de la patronne du restaurant où nous dînons, frétille de tout son être et s’illumine de l’intérieur. Je dis : c’est comme s’il avait une guirlande électrique de noël autour du cœur, et Lucie me dit : C’est très beau ça, note-le !
C’est assez difficile d’être raide dingue d’une restauratrice parce que si vous tombez amoureux, normalement vous ne mangez plus que des soupirs, l’appétit est coupé, vous renvoyez votre assiette sans y avoir touché et, évidemment, cela peut vexer la restauratrice concernée.
Deleuze dans ses entretiens avec Claire Parnet : “On n’écrit que par amour, toute écriture est une lettre d’amour.” Hum.. Oui. Tous mes romans ont été des lettres d’amour. Le premier, l’amoureux en lambeaux. Le dernier en date, La petite Sonneuse de cloches. Et le prochain aussi : L’âge des amours égoïstes. Je crois comme Deleuze que les livres qui ne sont pas des lettres d’amour n’ont pas nécessité d’être. C’est précisément là que je trouve le taux de magie suffisant qu’il me faut pour supporter la succession des jours, le désarroi et le laborieux, la bêtise et la vanité, la nullité et la violence, l’inconséquence et les ralentissements, la perte et l’absence. C’est là que je trouve un peu de souffle sur le manque de souffle. Les seuls livres qui importent à mes yeux sont des lettres d’amour. C’est ma croyance, et davantage encore que ma croyance, ma pratique, mon usage.

lundi 22 novembre 2021

200

 Writer’s life (200)

Sur le stand de la libraire au festival du livre du Var, il y a une fille qui a une silhouette extraordinaire. Elle propose un livre où elle relate sa traversée de l’Australie en stop. Ceci expliquant sans doute cela.
J’apprends plus tard que les autrices qui l’entourent sont bluffées de la capacité de cette fille à haranguer les gens, les faire s’arrêter, à leur raconter sa vie et à leur faire acheter son livre. Sans doute aussi un des avantages indéniables de la pratique du Stop.
Conversation très intéressante avec Perrine et Sandrine au petit déjeuner. Je leur dis que je préfère avoir un nombre raisonnable de livres et qu’ils soient tous pris, plutôt que des montagnes d’exemplaires qui restent sur les tables, notamment pour les libraires. Perrine me dit : En somme, tu préfères la frustration du manque à la culpabilité du trop. Hum ! Je lui demande si elle dirait la même chose, en amour. Sandrine a une théorie intéressante, elle pense que l’espace des libraires n’étant pas extensible ils sont obligés de choisir les auteurs qu’ils vont aimer, alors que dans une relation amoureuse on ne choisit plus. Enfin, on choisit de ne plus choisir. Même malgré soi, ajouterais-je.
Léa me fait sentir son poignet et me dit : qu’est-ce que tu en penses ? Je réponds : C’est vanillé, on a envie de te dévorer le poignet. Elle s’exclame : C’est exactement ce que le parfumeur m’a dit. C’est un parfum qui s’appelle musc ravageur et quand les gens le sentent ils ont envie de te sauter dessus.
Le soir, en marge d’un cocktail, Lilia m’a dit qu’elle quittait les hommes avant même de les rencontrer. Quelque chose comme ça.

mercredi 3 novembre 2021

196

 Writerslife (196)

L’autre jour à Saumur, un lecteur est venu se faire dédicacer cette page de Télépoche qui m’avait mis en avant à la sortie de « Comme elle se donne ». Cette photo et cet article m’avaient valu pas mal de péripéties. C’est drôle, parce que j’en parle précisément dans un des chapitres du « Petit éloge du baiser ». Je raconte une de ces péripéties. Des filles qui m’invitaient chez elles.
Je me souviens aussi d’un concert au théâtre de Suresnes où juste avant d’entrer en scène Rodolphe m’avait apporté un paquet de lettres envoyées à Roy Music suite à cet article. « Lui écrire » promet l’article 😱 En 2005, on ne pouvait pas encore joindre les gens directement comme aujourd’hui. Enfin par mail, si. Donc, des lettres enflammées, qui m’étaient adressé. Il faut dire que je faisais mon fanfaron à l’époque, à la mention vie privée dans Télépoche j’avais répondu : Mouvementée. Pauvre crétin plein de posture, je faisais le fanfaron alors qu’en réalité je me consumais pour un amour non exaucé. J’allais dans les télés, les interviews, les concerts, les yeux cernés plus bas que terre et le corps réduit à une flamme. J’étais ferré dans l’impossible et l’absence. Néanmoins, on me proposait tout un tas d’aventures dans la lignée de Comme elle se donne et de son clip sulfureux, et je recevais des propositions écrites (j’en ai gardées). On les lisait donc avec le groupe avant d’entrer en scène, des lettres folles ou/et totalement débridées. Toujours dans la rubrique de TéléPoche, à « La musique qu’il aime » j’avais mis Bowie, Interpol, et Nick Cave. En fait c’est surtout Mathieu qui écoutait Interpol mais l’arrivée de Mathieu avait été décisive pour notre musique, et Interpol, Joy Division étaient devenus nos principales références. Avec Nick Cave que j’adorais. Puis Jean-Vic m’a fait découvrir The National, nous étions allés les voir ensemble à la maison de la radio, et depuis The National est devenu mon groupe en activité préféré. Les Beatles, et, si j’ose dire, mon propre groupe (ayant habité intensément et tellement adoré ces cinq années à me tenir au milieu de ce groupe) ne l’étant plus.

dimanche 24 octobre 2021

196

 Writer’s life (196)

Hier soir le concert de Francis à La Seine Musicale (concert excellent, son excellent), et aujourd’hui me voici dans un train qui traverse la France en direction d’Astaffort. Il y a environ un an j’ai pas mal parlé des troubadours avec Francis. Parallèlement au Petit éloge du baiser, j’écrivais un roman sur les troubadours anglais (qui sera peut-être, je l’espère, un jour pris et édité..) donc, plongé dans mes problématiques d’écriture (qui sont, par bonheur, toujours moins problématiques que les problématiques de la vie), l’écoute de son dernier album m’a fortement impressionné notamment une chanson qui s’intitule : “Ode à l’amour courtois” (en regard de mon projet). Sans avoir la dextérité évidente de certains, j’aime à penser que moi aussi je suis une sorte de troubadour. Du moins dans l’état d’esprit, les thématiques, le coeur, et tous ces voyages qui font mon quotidien. Je n’ai jamais aimé réellement voyager, mais depuis que d’abord j’ai écrit et chanté des chansons, puis ensuite écrit des romans, je passe la plupart de mon temps sur les routes, tel un troubadour moderne. Et je voyage aussi à travers tous les trucs que j’écris, toutes les choses auxquelles je participe, comme un troubadour, dont moi seul connaît la logique disloquée et les visages ou les émotions qui les ont inspirées. Je dirai aussi qu’écrire c’est proposer à la personne qui vous lira une piste ou des jubilations éparses à la recherche de cette logique disloquée, des échos en sa trajectoire, et un peu de cette aube aux yeux cernés qui est l’état permanent des troubadours. Et puis, je dirai que dans une époque qui offre des dizaines de façons de voyager, mon moyen de locomotion préféré reste la mélancolie. Mais pas celle qui fait qu’on s’endort ou se morfond sur place, non, pas du tout, la mélancolie qui prend des places fortes.

mardi 28 septembre 2021

193

Est-ce parce qu’il avait l’apparence d’un doux géant façon Roald Dahl que Jean Teulé me semblait toujours planer au dessus des autres, dans les festivals, à table dans les dîners (Vannes, Quimper, Brive etc.) souriant, dans son monde, cerf-volant malicieux parfois dans l’obligation de se plier aux exigences d’un cadre photo, avec pour attache et fil conducteur à la terre ferme, la présence bienveillante de Betty, son éditrice ? J’écris à Sarah qui m’apprend la nouvelle de sa disparition que lorsqu’un écrivain nous quitte j’ai la sensation que c’est nous toutes et tous, la communauté des autrices et des auteurs, qui sommes touchés.

Je n’ai pas été invité à Brive cette année mais j’espère qu’une autrice ou un auteur organisera une chenille endiablée en l’honneur de Jean Teulé dans la moiteur effarante et folkorique du Cardinal.
Dans le métro j’ai laissé passer une japonaise puis ensuite j’ai demandé à Romain (Slocombe) si j’étais plus japonais qu’une japonaise en laissant passer une japonaise. Sa réponse sans réponse à la fois hyper concernée et jusqu’à présent suspendue m’a paru la plus japonaise des réponses.
X : Le soleil lui mangeait une partie du visage et elle a joué huit fois avec sa chevelure entre deux arrêts.
Totalement diminué avec une crise de calculs depuis quatre jours. Je paye les excès des derniers week-ends (avant d’en affronter de nouveaux) et les soucis sans doute liés aux changements de saison et de cycles. Fragile dans les transitions. Le privilège d’avancer dans l’existence est d’admettre la possibilité de cycles, de séquences, et de ne pas trop s’en affliger. Par exemple, je clos un cycle de sept ans chez Robert Laffont sachant à présent que je n’y ferai pas mon prochain roman, et donc, dès que je suis remis sur pied, je pars en quête d’une nouvelle maison, d’un nouveau projet.

lundi 30 août 2021

192

 Writerslife (192)

Ma tante Christiane a vécu la dernière partie de sa vie dans un deux-pièces modeste en rez-de-chaussée, dans un petit lotissement d’Etterbeek. Quand elle fut la dernière des Collas a être de ce monde, j’allais lui rendre visite une journée tous les 2 mois, je prenais le Thalys, et je me souviens un jour de grève être allé à pied jusque chez elle juste pour le déjeuner, depuis la Gare du Midi en passant par l’interminable chaussée de Wavre, aller-retour plutôt onirique sous la bruine. La soeur de ma maman avait tenu un temps un magasin de disques avec son conjoint, et l’affaire avait péréclité, elle vivait depuis avec une retraite de la taille d’un dé à coudre. Du vivant de ma mère, on lui envoyait des tas de colis pour Noël. Des vêtements chauds (en hiver elle ne mettait pas le chauffage par souci d’économie) et des livres, beaucoup de livres, car la fiction fait disparaître le temps trop pesant des jours successifs. À chacune de mes visites, je continuais à lui apporter des romans et des trucs bons à manger. En dehors des livres, sa grande et unique passion était : « Plus belle la vie ». Elle ne manquait jamais un épisode. Je pense à elle car dans l’attente du JT, il y a une promo pour un énième épisode de « Plus belle la vie ». J’ai un sursaut et je me dis : « Mais comment osent-ils encore poursuivre leur série ? Tant Christiane n’est plus là pour la regarder. »
Au JT, avalanche de calamités. Je me réfugie sur Youtube dans une émission fabuleuse qui traite des différences cruciales entre le Devon et le Cornwall au sujet du Cream tea. Dans le Cornwall on place la confiture de fraise en premier sur le scone et la crème par-dessus, tandis que dans le Devon c’est l’inverse.
Je relis quelques bribes du Petit éloge du baiser. Plein d’instants, de souvenirs, de rêves, de désir, que j’aime voir y figurer. Des trucs précis. Hâte de la sortie.
Jardin des Plantes, sur les marches d’un des pavillons. Une jeune femme brune, d’une beauté aussi simple qu’exceptionnelle. Elle raconte quelque chose à un type, et il se dégage d’elle une telle intensité que j’ai l’impression qu’elle lui révèle l’emplacement de la dernière des six cités d’or.

mardi 24 août 2021

189


Il y a quelque chose d’important dans l’écriture qui requiert de la clandestinité. Il y a un moment où l’écriture vous rend clandestin à la journée des autres, aux préoccupations des autres, aux salaires des autres, aux amours des autres. C’est comme ça.
J’ai écouté l’émission du Masque et la Plume et leur diatribe particulièrement inutile et suffisante sur le dernier livre de Virginie (Grimaldi). Mener à terme un travail romanesque est déjà un tel territoire de doutes et d’efforts qu’en + il faut se farcir la grêle lapidaire des grincheux, soit. Juste après, j’ouvre le livre de Colum McCann (qui j’imagine a plutôt bonne presse au Masque et la plume) intitulé « Lettres à un jeune auteur » et dans les premières lignes on peut lire : « Ne crains pas les sentiments, même taxés de sensiblerie », tout ce qui est reproché à Virginie. L’un des commentaires sur IMDB à l’excellente série « Physical » (la seule série qui m’a happé cet été, il faut aussi avouer que je suis assez dingue de Rose Byrne) vient résonner avec mes pensées : « Le monde est devenu tellement hyper-analytique et hyper-critique que chacun est mis en demeure de se justifier en permanence. »
Je viens de remettre le texte de mon prochain roman. Avec le temps j’ai développé une appréhension des coupes, des passages qu’on pourrait me suggérer d’enlever. Quand je pense à certains de mes romans, je vois les membres fantômes. Pas trop quand même. J’ai eu et ai la chance de travailler avec des personnes qui n’ont pas des ciseaux en main. Pour le petit éloge, on a fait des coupes, mais c’était plutôt pour tenir au format du livre. Un PETIT éloge, pas une anthologie ! C’est terrible parce que je n’arrête pas de penser à des baisers que j’aimerais faire intervenir dans un possible « encore » ! (Hum ! Drôle de phrase.)
À part ça, rien de spécial. Ah, si, peut-être. Une blonde en maillot de bain noir a changé la plage en un poème à écrire.

190

 Writerslife (190)

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de naissance de ma maman. Les dernières années, je l’emmenais chaque 24 août au bord de la mer, pour la journée. Elle me disait toujours : ça n’a aucune importance où tu m’emmènes du moment que je suis avec toi. Je bottais en touche, par pudeur. J’ai essayé de m’occuper d’elle au mieux, le plus de temps possible, les dernières années de sa vie, deux trois fois par semaine, précipitant parfois mes départs de sa maison puis du petit appartement qu’elle a loué la dernière année pour des projets qui n’en valaient pas la peine, qui ne me mèneraient nulle part, ou pour des gens qui me faisaient perdre un temps précieux pour rien. Aujourd’hui, j’aimerais pouvoir penser à ma mère. Convenablement, un peu. Retrouver des moments. Sans que cela me rende trop triste. Revivre des segments, des instants, en pensées ou en rêve. Je fréquente beaucoup de personnes qui ont encore leurs deux parents, au moins un sur les deux, est-ce que cela teinte mes paroles, nos échanges, est-ce que cela m’isole ou me les situe dans une sorte de distance en compréhension, je ne crois pas, mais quand je suis de nouveau seul je retrouve un autre espace - comment exprimer ça ?, et parfois je m’échappe des conversations pour aller ne serait-ce qu’en un instant de solitude retrouver la texture volatile et fuyante de mes paradis perdus.

mardi 3 août 2021

188

 Bien sûr, quand vous écrivez, tout ce qui arrive et ne semble pas trouver sa place dans le roman vous paraît totalement invivable.

Dans un livre j’aime faire en sorte qu’il y ait au moins deux ou trois phrases bancales, qui ne veulent pas dire grand chose mais qui ont beaucoup de potentiel. En tant que lecteur ou spectateur s’il s’agit de cinéma je préfère d’ailleurs les oeuvres qui ont du potentiel, plutôt que celles qui prétendent m’écraser par leur perfection et qui, au bout du compte, ne m’ont donné aucun élan pour, à mon tour, mettre la main à la pâte.
Les gens qui commentent un travail littéraire doivent savoir qu’ils commentent aussi un combat entre la vitalité et la fatigue, la clarté et le doute, le crucial et l’inutile, l’amour et le désespoir.
Une jolie fille, dans le train. Quand elle baissa son masque pour boire au goulot d’une bouteille en plastique son visage se nimba de quelque chose de dur et de spectaculaire.
J’emportais son visage dans ma tête en fermant les yeux - assommé par la fatigue, les trajets. Je recomposais son visage les yeux fermés.
Dans un autre train, plus tard, un type qui souhaitait lire son journal m’a demandé si ça ne m’ennuyait pas de baisser le rideau qui court sur deux rangées de sièges. J’ai répondu poliment non, bien sûr, ça ne m’ennuie pas, et j’ai été privé de paysage. Je me suis consolé en pensant que le type allait pouvoir lire son journal peinard, les actualités dévorantes. Le genre de types qui préfèrent lire les nouvelles du monde que regarder le ciel et les paysages, alors j’ai repensé à cette fille qui était face à moi à une rangée de distance dans le train précédent, j’ai repensé à elle, j’ai essayé de recomposer son visage, ses attitudes, en m’appuyant sur une autre personne à qui elle m’avait fait penser, et cela m’a servi de ciel et de paysage.

lundi 2 août 2021

187

 Writerslife (187)

Des conversations très intéressantes avec Sandrine. Finalement, il y a peu de personnes avec lesquelles vous pouvez avoir des conversations intéressantes. La plupart du temps vous écoutez les gens parler et vous pensez à tout à fait autre chose, un visage aperçu et qui n’a pas encore disparu de la surface de vos préoccupations, ou une personne que vous connaissez depuis un certain temps et qui vous obsède en secret. Ce genre de choses. Et pendant ce temps-là, vous laissez les gens parler.
Enfant, je redoutais + que tout les soirées diapos. Les voisins, les amis des parents, ils voulaient tous vous prendre à témoin des paysages, des lieux extraordinaires qu’ils avaient le privilège d’avoir visités. C’était vraiment barbant. Je ne savais jamais comment m’en dépêtrer. ils avaient tous une soirée diapos en prévision. Je pensais y avoir échappé, et puis Instagram est arrivé. Comme quoi, toute fuite est inutile.
Le premier été après la mort de ma mère, j’ai ressenti une sorte d’étrange soulagement. J’en ai déjà parlé mais chaque été j’y repense. Ça revient me lancer. Un soulagement parce que je n’étais jamais tranquille, j’avais peur de la savoir toute seule dans sa maison des Yvelines, quand les voisins étaient en vacances. J’avais peur des rôdeurs, des opportunistes de passage, des cambrioleurs. De la lie de l’humanité que j’ai toujours trouvé très représentée (même avant twitter). Et que quelqu’un de mal intentionné surgisse au moment où elle fermait ses volets, arrosait ses fleurs, se promenait dans le jardin. J’avais des étés impossibles, je téléphonais à ma maman quatre fois dans la soirée sous des prétextes futiles, sans lui avouer la cause de mes angoisses, juste pour m’assurer que tout allait bien. L’été n’était qu’une longue inquiétude.
Passé la journée à travailler sur mon roman prévu pour janvier. Je rends le texte dans quinze jours.

271

  Cavaler, fuir le feu. Il y a le désastre de toutes ces familles qui ont perdu leur maison, et les séquences qui s’impriment dans ma tête d...