Writerslife (243)
Journal de bord et réflexions d'un écrivain dans ce monde trouble, troublant, et troublé.
mardi 8 août 2023
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dimanche 23 juillet 2023
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Il y a des périodes où les réseaux sociaux célèbrent la revanche de la soirée diapos. Pour les enfants de ma génération, c’était vraiment quelque chose d’assommant. Une tannée. Vos parents vous trainaient à la soirée diapos d’un couple d’amis qui projetait sur grand écran les vues de leurs divers lieux de vacances. Aujourd’hui davantage, les gens se mettent en scène, dans le champ, il y a une absorption du paysage par la figure, ce qui est très baconnien, d’autant que le culte de la performance (qui attire les pouces levés) et de l’image (de soi), la performance de soi, nécessite souvent un cérémoniel, même un micro-cérémoniel, très proche d’une esthétique de Francis Bacon.
samedi 15 juillet 2023
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Ce qui est compliqué aujourd’hui, c’est qu’on demande aux artistes, ou qu’ils n’ont pas le choix, de n’être pas seulement des artistes, mais aussi des rabatteurs. Certains d’ailleurs s’y livrent parfois avec un talent encore plus convaincant que s’ils avaient juste à se présenter sur leur travail.
dimanche 18 juin 2023
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Dans le métro bondé un homme se fait marcher sur le pied par une femme qui s’excuse aussitôt. L’homme surréagit. Je le regarde pour qu’il comprenne que ce qu’il a donné à voir de lui n’est rien que la méchanceté naturelle des gens. Autre gare autre configuration : je me plais à être excessivement poli dans un monde prêt à être excessivement surpris par la moindre politesse. Je dois enregistrer une chanson cette semaine et j’hésite encore entre deux textes, le texte qui me semble le plus efficace me paraît aussi le moins intéressant. Je dois trouver l’équilibre ténu entre chanter le texte le plus efficace possible (pour la chanson) tout en m’interdisant des choses qui ne correspondent à pas grand chose, du moins que je trouve sans intérêt dans le moment du monde où j’interviens. En préparant la masterclass sur le style à l’École Les Mots, j’ai pensé à mes parents qui, du printemps à l’été, faisaient un tour du jardin le soir. Alors j’ai parlé de ça, que je suis sans doute devenu écrivain aussi parce que je fais le tour d’un texte, d’un paragraphe, d’un dialogue, comme mes parents faisaient le tour du jardin. À la fin de la conférence une fille m’apostrophe : “En fait vous n’avez pas de névroses ! Tous les autres écrivains que j’ai entendus ici, je peux nommer leurs névroses” Elle sous-entendait que je n’étais pas un véritable écrivain car selon ce qu’elle avait déduit de ma masterclass je n’avais pas de névroses. Elle ajoute : “En fait, en écrivant, vous vous amusez c’est tout !” Je n’ai pas su répondre sinon acquiescer tellement j’étais estomaqué, consterné, mais je me suis posé la question : est-ce qu’il faut vraiment être névrosé pour écrire, ou doit-on laisser la littérature au privilège des névrosés ? Bon, je n’aurais pas dû parler de mon enfance, des histoires que je créais dans ma chambre pendant que mes parents faisaient le tour du jardin. Il y a des gens à qui vous ne devriez pas faire le cadeau de leur parler de votre enfance.
lundi 5 juin 2023
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Jean-Louis Murat : une oeuvre remarquable doublée d’une sensibilité remarquable doublée d’une intelligence remarquable. Lu pas mal de critiques sur la réalisatrice qui a gagné la palme d’or à Cannes et en a profité pour faire un speech sur la réforme des retraites. Bon, en fait il ne se dit tellement rien d’intéressant lors des remises de prix, c’est pour ça que j’étais frustré qu’on me décerne mon Grand Prix Sacem de la chanson française pendant le confinement, parce que si la cérémonie avait eu lieu comme d’habitude salle Pleyel devant tout le métier j’en aurais profité pour dire deux trois vérités (avec humour, bien sûr) sur la merde que c’est (souvent), et le parcours du combattant que c’est (toujours), d’être une autrice ou un auteur qui cherche à faire une oeuvre (ou + simplement à travailler/avancer) . Dans le TGV, une fille avec L’âge des amours égotistes en Pocket, en sandwich entre quatre volumes de Spy Family. Le problème pour les artistes aujourd’hui est qu’il faut toujours qu’ils s’adaptent, avec un système, avec tout un tas de contingences, de données, alors que l’artiste crée justement parce qu’il est inadapté à ce qu’il voit, ce qu’on lui dit ou demande, enfin la plupart du temps la création nait d’un refus ou d’une impossibilité d’adaptation, je veux dire : l’impossibilité de rentrer dans le rang des choses. L’écriture rend justice, aussi. Chez Gibert où L’âge des amours égoïstes en version poche est toujours à l’honneur, j’achète pour mes prochains voyages en train deux des dernières parutions de Bruno Doucet : « Dans une région obscure » de Eom Won-Tae, et « Dans ma chevelure » de Roja Chamankar. Un type né à la fin des années 40 et qui partage avec moi le même prénom, me dit qu’à son époque Jérôme était un prénom rare, insolite et maudit. Les filles trouvaient ce prénom ridicule, alors à l’âge de 20 ans, pour séduire et emballer, il se faisait appeler : Christian.
dimanche 14 mai 2023
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Writer’s life (238)
vendredi 28 avril 2023
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Tombé par hasard en allumant la télé sur un doc où apparaît michel Delpech. Je me souviens que ma mère aimait beaucoup ce chanteur, et j’ai pensé : dommage qu’elle n’ait plus été de ce monde quand il a chanté un de mes textes. Puis j’ai vérifié les dates, la chanson « Des compagnons » est sortie en 2009 et ma mère est morte en 2014, donc bien sûr qu’elle l’a écoutée, ce dont je n’ai pas spécialement gardé mémoire. Vu mon excès de pudeur qui avait tendance à fuir tous les commentaires de mes parents sur mon travail, j’ai dû lui dire : « Tiens, voilà, Michel Delpech chante cette chanson que j’ai écrite », et j’ai dû fuir à l’autre bout de la planète pendant qu’elle l’écoutait.
lundi 10 avril 2023
236
Writerslife (236)
mardi 4 avril 2023
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Bien crevé par tous les divers fronts (festivals du livre /écoles /sciencespo/SACEM/écriture/chansons/ateliers d’écriture/projets de livres etc/ et je voudrais en faire + encore). Dans les classes de CM1/CM2 où je suis allé récemment animer des ateliers de création d’histoires, d’anifaux, ou parler d’Alcie, quand les enfants me demandent quand sortira le tome 3, je leur dis franchement que l’éditeur n’a pas commandé de suite aux deux premiers épisodes ; ce qui me permet d’expliquer ce qu’est un éditeur, et aussi, ce que vaut un auteur.
jeudi 30 mars 2023
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Writer’s life (234)
jeudi 8 décembre 2022
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J’ai accompagné une jeune femme ukrainienne et sa mère dans le dédale des rues de Montparnasse jusqu’à la gare où un train l’attendait pour Poitiers. Elle me raconte en anglais comment dès février le village qu’elle habitait proche de la frontière russe a été bombardé. Les vitres qui volaient en éclat, soudainement. Elle me dit : C’était inimaginable, et maintenant je sais que ça peut arriver à tout moment. Elle a trouvé refuge en France avec sa mère et son fils de un an, et loue un petit appartement à Poitiers. Elle parle vite, me raconte pleine de choses et nous cavalons dans les rues au rythme de nos paroles dans un anglais peu habile mais suffisant pour nous comprendre. Sa mère nous suit derrière, une toute petite femme timide. Parfois, je ralentis pour que sa mère puisse suivre la cadence des mots et des pas. Nous continuons à parler de l’horreur de la guerre, et, pour apporter un peu de sourire, de la laideur de la tour Montparnasse qui se profile devant nous. Je les quitte devant la gare et garde longtemps en mémoire après cette conversation haletante la distance que gardait ou qu’essayait de combler cette petite femme qui nous suivait.
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Writer’s life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...