dimanche 20 août 2023

244

 L’autre jour, j’étais tellement découragé par la nature humaine que j’ai regardé pendant vingt secondes sur Instagram un lapin grignoter une pastèque.

Trois tonnes cinq de courrier en retard, et parfois je fais de la spéléologie dans ma boîte mail parce qu’au coeur de la journée j’ai un flash et je me souviens avoir donné mon adresse à une personne qui voulait me faire lire ses textes ou écouter ses chansons, j’ai dit oui, je me souviens avoir reçu les documents et n’avoir jamais répondu emporté par la création, par l’urgence, la nécessité, le temps de la création qui décide de tout, qui supplante les engagements envers des personnes que je ne connais pas comme avec les amitiés qu’il faudrait entretenir un minimum afin qu’elles continuent à vivre.
Passé un très bon moment avec Pascal Schouwey de la radio télévision suisse qui a traversé tout le pays pour venir m’interviewer sur mon travail. À un moment, il me pose la question de la notoriété, du peu de reconnaissance que je reçois pour le moment par rapport à l’ampleur de mon « oeuvre » (je veux dire, si on fait le compte de tout). Bien sûr, c’est une question complexe avec des paramètres divers qui entrent en jeu, mais peut-être et j’en parlais aussi avec Frédéric (Rouet) au téléphone, est-ce lié à ma personnalité, mon tempérament. Je n’ai peut-être pas le besoin avide d’être aimé à tout prix (je lisais ça au sujet d’un écrivain l’autre jour, son besoin maladif de séduire, d’être aimé). Et, surtout, je ne sais pas « jouer des coudes ». Je trouve ça vite vulgaire (pour moi). Et dans ces milieux très difficiles, pour pas mal de personnes que j’ai vu accéder à une forte notoriété, je dirais qu’elles ont su mieux que d’autres jouer des coudes (ou elles étaient entourées par des personnes qui jouaient des coudes pour elles de façon implacable, soit par l’intelligence soit par des manières de bulldozer).
Appel matinal de Frédérique (Deghelt) qui me dit qu’elle a fait un rêve étrange. Elle organisait une fête dans son jardin, et elle parlait avec moi, puis ensuite je m’éclipsais et une femme venait la voir et lui demandait si elle me connaissait. Frédérique lui demandait pourquoi cette question, et la femme répondait : Parce que c’est mon fils. Et donc Frédérique commence à parler avec cette femme dans son rêve qui est ma mère, et elles parlent de la perte, du deuil, de la disparition (Frédérique a perdu son père assez jeune), et ma mère lui dit cette phrase que Frédérique était impatiente de me rapporter : « Ce que vous devenez dépend de notre absence ».

mardi 8 août 2023

243

 Writerslife (243)

Aujourd’hui, j’ai failli me faire méchamment écraser par une voiture. Aplatir comme une crêpe. Comme une crêpe ou comme Roland Barthes, rue des Écoles. Sauf que là, ce n’était pas rue des Écoles. J’ai enchaîné deux passages piétons à un croisement et un type en voiture est arrivé comme un fou et a pilé devant moi, a ouvert la vitre côté passager et a commencé à m’invectiver. Je ne sais pas pourquoi les gens qui ont la rage en eux vous tutoient direct. Comme si ils ne s’adressaient pas à vous mais directement à leur rage. Pour moi, c’est un des grands mystères de l’univers (parmi d’autres plus personnels). Donc, le type a commencé à me hurler dessus en me faisant la morale comme quoi on ne prenait pas deux passages piétons d’affilée, qu’il n’y avait pas un passage piéton en diagonale qui reliait les deux (j’ai pensé : oh, ce serait super ! Mais j’ai aussi trouvé son expertise assez pertinente si j’élude la vitesse effroyable à laquelle il arrivait). Je l’écoutais me hurler dessus voyant bien que c’est sa peur de m’écraser (20 %) et la violence ordinaire qu’il porte en lui (80%) qui l’animait. J’ai envisagé la situation, et vu que j’étais quand même + qu’engagé, sur le premier tiers du passage piétons, plutôt dans mon droit donc, tout ce que j’ai trouvé à lui répondre c’est un magistral : « Hum ! ». Et là, le type, mon « Hum ! » ça l’a rendu dingue. J’ai compris que ne sachant pas si c’était de la perplexité, de l’ironie, sachant encore moins négocier les « hum » que les virages, pour un « hum » de plus, il serait sorti de sa voiture pour me massacrer. Ayant conscience de mon peu de répondant physique face à la rage primitive - et même si j’ai passé mon adolescence à reproduire à la perfection la prise finale du Karaté Kid - et n’ayant pas envie de me faire écrabouiller ni par une voiture, ni par l’ultra violence ordinaire, surtout le jour de la journée internationale des chats, j’ai compris d’instinct qu’il fallait que ce soit moi qui m’écrase. Le mec ne m’a pas écrasé, mais si je m’écrasais, sa vision belliqueuse du monde et sa virilité retrouvées en seraient sauves. J’avais quand même envie de lui parler de la journée internationale du chat, parce qu’en traversant ces deux passages piétons, je me disais que j’allais faire un post pour l’occasion, en disant aux personnes qui me suivent sur les réseaux : « Hey , n’oubliez pas, le 15 septembre en librairie, il y a une nouveauté : mon Petit éloge des chats, vous pouvez même le précommander chez votre libraire », je pensais illustrer mon post par une jolie photo de Judith Kerr avec son chat, cela m’est revenu et j’ai eu envie de dire au type : c’est dommage une telle violence le jour où on célèbre les chats. Cette rage qui vous domine, c’est pas du tout le message des chats. Mais j’ai senti que le type était si près de me massacrer qu’il valait mieux ne rien ajouter. Comme j’étais dans mes pensées, il me crie dessus : « Vous comprenez ce que je vous raconte ? Oui ? Dites-moi que oui ! » Il s’était mis soudain à me vouvoyer. J’ai compris qu’il voulait vraiment sortir dominant de la situation - finalement, il avait très envie de m’écraser, mais sans les complications judiciaires - alors, bien que j’ai eu très envie de répondre à nouveau par un : « Hum » retentissant, j’ai dit simplement « oui », et le mec, satisfait, a démarré en trombes pour piler un peu plus loin, un peu bêtement, à un feu rouge. J’ai continué ma route en chassant de moi l’irruption de cette violence subie pour me concentrer sur mon post sur les chats.

dimanche 23 juillet 2023

242

Il y a des périodes où les réseaux sociaux célèbrent la revanche de la soirée diapos. Pour les enfants de ma génération, c’était vraiment quelque chose d’assommant. Une tannée. Vos parents vous trainaient à la soirée diapos d’un couple d’amis qui projetait sur grand écran les vues de leurs divers lieux de vacances. Aujourd’hui davantage, les gens se mettent en scène, dans le champ, il y a une absorption du paysage par la figure, ce qui est très baconnien, d’autant que le culte de la performance (qui attire les pouces levés) et de l’image (de soi), la performance de soi, nécessite souvent un cérémoniel, même un micro-cérémoniel, très proche d’une esthétique de Francis Bacon.

Les temps d’anniversaire. Un ou deux jours auparavant, par réflexe, je crois toujours que ma mère va m’appeler pour me le souhaiter, ou que je vais prendre la voiture (que je n’ai plus) pour aller la retrouver. Il y a une habitude qui resurgit, et à laquelle je serais tout disposé à croire car elle continue de frémir, d’exister, de m’appeler au réveil ou à l’improviste, comme si cette habitude n’avait pas déraillé pour de bon dans une sorte de dimension parallèle.
Vu le film d’animation Flee, d’une grande puissance, bouleversant.
Le jour de la mort de Jane Birkin, ai reçu un joli message d’Alain (Lanty).
Un nombre incalculable de courriers, de messages, en retard, je me dis toujours que je devrais appeler telle personne pour ne pas que l’amitié en souffre ou s’éteigne à petit feu, et puis je me laisse toujours ravir par l’écriture, le projet d’un livre, d’une chanson, le monde en soi que la création requiert me capture constamment.
Dans une vie, on rencontre peu de personnes qui ont véritablement de l’esprit ou de la bonté. Le désir, l’envie, l’ambition, le talent pour quelque chose, paraissent des pulsions ou des aptitudes bien communes par rapport au raffinement de l’esprit et à la rareté de la bonté.
Ça pourrait être un poème, le début d’un poème, mais je le note ici tel quel : les gens ont des tas de paperasses de conversations, des tas de paperasses dans la tête, et ils vont au bord de la mer, dans l’espoir qu’elles s’envolent et ne reviennent jamais.

samedi 15 juillet 2023

241

 Ce qui est compliqué aujourd’hui, c’est qu’on demande aux artistes, ou qu’ils n’ont pas le choix, de n’être pas seulement des artistes, mais aussi des rabatteurs. Certains d’ailleurs s’y livrent parfois avec un talent encore plus convaincant que s’ils avaient juste à se présenter sur leur travail.

Dans la rue, un jeune type dit à sa copine : « Généralement les pires expériences qu’on raconte, on en rigole plus tard ». Je me demande s’il commente la fin de leur amour et parle de leur histoire.
Je vis dans une ville où les gens prennent toute la largeur des trottoirs et ne s’écartent pas sur votre passage. Je passe mon temps à me pousser, m’écarter, et m’étonne que mes vestes ne soient pas plus usées d’avoir tant et tant rasé les murs. Mais ça m’arrive aussi sur un autre plan, toutes les fois où j’ai cédé le passage. Il faudrait voir ce que sont devenus celles et ceux qui fonçaient comme si tout leur était dû. Déjà que je mets un point d’honneur à ne pas marcher sur les ombres (ni des gens, ni des arbres).
Mes vacances préférées je les passais avec mes parents, à la maison. Aujourd’hui je peux fermer les yeux pour me resituer dans ce temps disparu. Je ne sais pas comment j’ai eu l’énergie de traverser leurs disparitions successives, devoir prendre tout un tas de micros ou de grandes décisions, débarrasser des garages, vider une maison, des appartements pour ne pas payer de loyers supplémentaires etc. tout en poursuivant un travail non-stop de création.
Comme chaque fois que je termine ou presque termine un roman, bonne attaque de calculs rénaux : sans doute l’intensité, l’énergie dépensée, les fins les débuts, les cafés et les litres de thé ingurgités.
Dans une soirée, un type que je ne connais pas intervient dans la conversation et dit : « ça me fait penser à.… » et commence à me raconter une blague hyper trash. Je suis choqué, pour lui et pour moi. Piqué aussi de me laisser prendre en otage d’une vulgarité dont je me serais bien passé (bon, vous comprenez ça). C’est difficile d’être doté à la fois d’une grande sensibilité et d’une certaine délicatesse. Parfois, j’aimerais garder la sensibilité et perdre en délicatesse pour pouvoir dire aux gens quand même leurs quatre vérités, même si, j’avoue, quatre, c’est peut-être beaucoup.

dimanche 18 juin 2023

240

Dans le métro bondé un homme se fait marcher sur le pied par une femme qui s’excuse aussitôt. L’homme surréagit. Je le regarde pour qu’il comprenne que ce qu’il a donné à voir de lui n’est rien que la méchanceté naturelle des gens. Autre gare autre configuration : je me plais à être excessivement poli dans un monde prêt à être excessivement surpris par la moindre politesse. Je dois enregistrer une chanson cette semaine et j’hésite encore entre deux textes, le texte qui me semble le plus efficace me paraît aussi le moins intéressant. Je dois trouver l’équilibre ténu entre chanter le texte le plus efficace possible (pour la chanson) tout en m’interdisant des choses qui ne correspondent à pas grand chose, du moins que je trouve sans intérêt dans le moment du monde où j’interviens. En préparant la masterclass sur le style à l’École Les Mots, j’ai pensé à mes parents qui, du printemps à l’été, faisaient un tour du jardin le soir. Alors j’ai parlé de ça, que je suis sans doute devenu écrivain aussi parce que je fais le tour d’un texte, d’un paragraphe, d’un dialogue, comme mes parents faisaient le tour du jardin. À la fin de la conférence une fille m’apostrophe : “En fait vous n’avez pas de névroses ! Tous les autres écrivains que j’ai entendus ici, je peux nommer leurs névroses” Elle sous-entendait que je n’étais pas un véritable écrivain car selon ce qu’elle avait déduit de ma masterclass je n’avais pas de névroses. Elle ajoute : “En fait, en écrivant, vous vous amusez c’est tout !” Je n’ai pas su répondre sinon acquiescer tellement j’étais estomaqué, consterné, mais je me suis posé la question : est-ce qu’il faut vraiment être névrosé pour écrire, ou doit-on laisser la littérature au privilège des névrosés ? Bon, je n’aurais pas dû parler de mon enfance, des histoires que je créais dans ma chambre pendant que mes parents faisaient le tour du jardin. Il y a des gens à qui vous ne devriez pas faire le cadeau de leur parler de votre enfance.

lundi 5 juin 2023

239

 Jean-Louis Murat : une oeuvre remarquable doublée d’une sensibilité remarquable doublée d’une intelligence remarquable. Lu pas mal de critiques sur la réalisatrice qui a gagné la palme d’or à Cannes et en a profité pour faire un speech sur la réforme des retraites. Bon, en fait il ne se dit tellement rien d’intéressant lors des remises de prix, c’est pour ça que j’étais frustré qu’on me décerne mon Grand Prix Sacem de la chanson française pendant le confinement, parce que si la cérémonie avait eu lieu comme d’habitude salle Pleyel devant tout le métier j’en aurais profité pour dire deux trois vérités (avec humour, bien sûr) sur la merde que c’est (souvent), et le parcours du combattant que c’est (toujours), d’être une autrice ou un auteur qui cherche à faire une oeuvre (ou + simplement à travailler/avancer) . Dans le TGV, une fille avec L’âge des amours égotistes en Pocket, en sandwich entre quatre volumes de Spy Family. Le problème pour les artistes aujourd’hui est qu’il faut toujours qu’ils s’adaptent, avec un système, avec tout un tas de contingences, de données, alors que l’artiste crée justement parce qu’il est inadapté à ce qu’il voit, ce qu’on lui dit ou demande, enfin la plupart du temps la création nait d’un refus ou d’une impossibilité d’adaptation, je veux dire : l’impossibilité de rentrer dans le rang des choses. L’écriture rend justice, aussi. Chez Gibert où L’âge des amours égoïstes en version poche est toujours à l’honneur, j’achète pour mes prochains voyages en train deux des dernières parutions de Bruno Doucet : « Dans une région obscure » de Eom Won-Tae, et « Dans ma chevelure » de Roja Chamankar. Un type né à la fin des années 40 et qui partage avec moi le même prénom, me dit qu’à son époque Jérôme était un prénom rare, insolite et maudit. Les filles trouvaient ce prénom ridicule, alors à l’âge de 20 ans, pour séduire et emballer, il se faisait appeler : Christian.

dimanche 14 mai 2023

238

 Writer’s life (238)

La société du spectacle dans sa grande majorité : obséquieuse avec les puissants, désinvolte avec les autres.
Dans le métro, des adolescents tout excités devant les seins nus de Joséphine Baker (sur une affiche).
Cette fille qui, sur les berges du lac du bois de Vincennes, fait son jogging comme si elle était sur un podium de prêt-à-porter.
J’ai parlé à Serge de la manière dont je me suis senti considéré - less than zero.
J’avance bien dans l’écriture d’un nouveau roman jeunesse, j’essaie de me tenir à un chapitre à peu près par jour. Avancer, et je m’occuperai des démarchages ensuite.
Je dis à Anne-Laure que je suis impatient de faire découvrir mon single, mais qu’ensuite je serai impatient de faire découvrir l’album, et la manière dont le single s’intègre dans l’album…Bref, je ne suis pas prêt de quitter l’impatience. D’autant que plusieurs titres sortiront successivement, avant la parution de l’album.
Alors que Greco évoque un projet que nous avons ensemble, Arlette me regarde et me dit : « Tu es si prolifique. Est-ce parce que tu es angoissé par ton grand vide intérieur ? ». Je ne peux m’empêcher de rire. Je lui dis que j’adore sa phrase, excellente, mais ne me reconnais tellement pas dedans. C’est tellement tout le contraire. Je lui réponds que j’essaie surtout de faire une oeuvre qui soit cohérente à mes yeux, intéressante à mon goût, et peu importe si elle est remarquée ou non. Enfin, être remarqué permet quand même de continuer, et d’être plus libre, de travailler mieux, avec + de moyens et de perspectives. Je parlais de liberté dans le travail l’autre jour avec David, je lui disais que la vraie liberté c’est choisir les personnes avec qui on travaille, ce que j’arrive à faire, avec le temps. Du moins, j’arrive très bien à refuser des propositions qui impliquent de fréquenter des personnes dont le comportement ne me dit rien qui vaille.
J’ai été ennuyé tout le week-end lors d’un festival littéraire de ne pas avoir reconnu une dame qui vient chaque année me prendre un livre, elle m’a donné son prénom pour la dédicace de La ballade de Pattie, et ce n’est qu’ensuite que j’ai percuté, quand elle m’a dit : « Vous serez là l’année prochaine n’est-ce pas ? » avant de s’éclipser rapidement. Je me suis dit: ah, mais je la connais. Je m’en suis voulu de n’avoir pas été + chaleureux, je veux dire de ne pas lui avoir signifié que je la connaissais et que sa fidélité me touchait. Ça m’a contrarié tout le week-end.

vendredi 28 avril 2023

237

 Tombé par hasard en allumant la télé sur un doc où apparaît michel Delpech. Je me souviens que ma mère aimait beaucoup ce chanteur, et j’ai pensé : dommage qu’elle n’ait plus été de ce monde quand il a chanté un de mes textes. Puis j’ai vérifié les dates, la chanson « Des compagnons » est sortie en 2009 et ma mère est morte en 2014, donc bien sûr qu’elle l’a écoutée, ce dont je n’ai pas spécialement gardé mémoire. Vu mon excès de pudeur qui avait tendance à fuir tous les commentaires de mes parents sur mon travail, j’ai dû lui dire : « Tiens, voilà, Michel Delpech chante cette chanson que j’ai écrite », et j’ai dû fuir à l’autre bout de la planète pendant qu’elle l’écoutait.

Le cheminot de la Gare de l’Est qui, avec son bonnet sur la tête, ressemble comme deux gouttes d’eau à Orelsan.
Rue Saint-Denis, une file pas possible devant l’entrée du Musée de l’illusion, comme une bande de spermatozoïdes aux portes d’entrée de la vie.
Tous ces types qui suivent du regard la serveuse de la Trattoria de la rue des Écoles. Sur une échelle de 1 à 10 : de la stupéfaction timide à la concupiscence la + carnassière.
À Sciences-Po je dis aux étudiants que la modernité de Fitzgerald c’est qu’il a traversé deux dépressions (celle de sa femme, celle de l’économie) et qu’il a cherché un peu de clarté, du moins un nouvel horizon dans l’écriture. Et nous actuellement que faisons nous dans nos quotidiens à part chercher un peu de clarté ? Une gorgée d’horizon ?
Une étudiante m’avait prévenu et elle l’a fait : j’ai lu mon premier haïku à écriture inclusive. Hum. C’est comme pour un amateur de thé goûter à sa première bière (Pouah !) Après je crois que la poésie se loge autrepart que dans une façon, actuelle ou pas, d’annoter.
Ai corrigé et rendu les épreuves de mon livre sur les chats qui sort le 15 septembre (miaou !)
Ai commencé un nouveau roman jeunesse pour lequel je vais devoir trouver une éditrice ou un éditeur.
Je croise Line en pleine rue au moment où je m’apprêtais à aller acheter son livre qui est sorti mercredi, et que je souhaite lire depuis qu’elle m’en a parlé pour la première fois, en octobre dernier.

lundi 10 avril 2023

236

 Writerslife (236)

Le monde part en sucette, le dalaï-lama aussi, ce qui est abject et totalement déprimant.
Je prends de l’avance dans l’écriture de chansons. Si mon album à venir a un petit retentissement, il faudra trois ou quatre titres supplémentaires pour une version deluxe. Au départ, il y a juste de nouvelles chansons, et puis l’album devient un corps autonome, il faut servir sa densité. Il faut le rendre intéressant.
Une amie m’a rappelé que ma mère est morte un week-end de Pâques. Comme Pâques ne tombe jamais à la même date, je ne sais pas trop à quel moment y penser, soit le week-end de Pâques soit le jour du calendrier en question ; j’ai sans doute résolu le problème en y pensant tous les jours.
C’était horrible et lunaire, ainsi que ça se passe quand vous perdez un parent, mais en raison du week-end férié tout était à l’arrêt, je veux dire ça marchait encore moins bien que ne fonctionne en temps normal le pays, alors ce moment a été encore plus horrible et plus lunaire.
Parfois, il m’arrive de pleurer tout seul, à l’improviste de mes pensées, l’absence de mes parents. Je pense qu’en terme de littérature un livre immense de 600 pages avec à l’intérieur une scène où un type pleure dans un train en pensant à quelque chose de disparu ou qui lui tient à coeur serait vraiment beau. Comme je ne sais pas faire de livres de 600 pages avec une seule scène comme celle-là, j’essaie de faire des livres de 200 ou 300 pages avec plein de scènes comme ça à l’intérieur (du moins, qui étincèlent ou font sens pour moi). En terminant hier mon texte sur les chats qui paraît aux Pérégrines en septembre, j’ai revu Mon voisin Totoro pour écrire un chapitre sur le chat-bus. C’est vraiment un grand film, une relecture d’Alice au pays des merveilles dont l’un des thèmes serait : faire le deuil du deuil impossible (de l’enfance), en cela Totoro a beaucoup de points communs avec Ada ou l’ardeur de Nabokov, et aussi je dirais avec Le Chardonneret de Donna Tartt ou le labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, je serais tellement tenté de parler de ça cette semaine à Sciences-Po, mais le programme est déjà chargé, comme la semaine qui m’entraîne encore chaque jour à venir dans une aventure et un contexte différent.

mardi 4 avril 2023

235

Bien crevé par tous les divers fronts (festivals du livre /écoles /sciencespo/SACEM/écriture/chansons/ateliers d’écriture/projets de livres etc/ et je voudrais en faire + encore). Dans les classes de CM1/CM2 où je suis allé récemment animer des ateliers de création d’histoires, d’anifaux, ou parler d’Alcie, quand les enfants me demandent quand sortira le tome 3, je leur dis franchement que l’éditeur n’a pas commandé de suite aux deux premiers épisodes ; ce qui me permet d’expliquer ce qu’est un éditeur, et aussi, ce que vaut un auteur.

Beaucoup de lectrices et lecteurs à Livres et vin. Dans le bus du retour de Saumur vers la gare d’Angers, j’ai pris le micro pour le désormais traditionnel speech de retour, petite improvisation maison. Danielle (Moreau) me dit : « Mais c’est un des meilleurs moments, je l’attends chaque année! » Dans le train, conversation intense avec Yarol (Poupaud) et Romain (Sardou), on parle musique, songwriting, et je leur dis : « Mais les gars, vous êtes tellement prêts à écouter mon nouvel album, tellement ! ». En m’ayant vu trimballer tout le week-end mon parapluie de chez Charles Tyrwitt, Romain m’apprend : « Tu es comme Jean Anouilh. Peu importe le temps qu’il faisait, son parapluie ne le quittait jamais pour la raison que dans la vie il faut savoir être prévoyant ! ». À partir du 19 mai, pour mon retour à la chanson, j’aimerais bien faire une sorte de court et régulier journal vidéo, en voix off peut être (l’équivalent des writerslife) pour raconter ce qui arrive (ou n’arrive pas) avec cet album. Interview radio. À la question : Qu’est-ce que les artistes cherchent dans le monde actuel ? J’ai dit : des équipes qui rendent justice à leur travail. Et à la question : Pourquoi la littérature? J’ai répondu : je dirais parce que les gens ne sont jamais aussi sensibles que vous aimeriez qu’ils soient.

jeudi 30 mars 2023

234

 Writer’s life (234)

Belle émission sur Aligre FM consarée aux Beatles dans laquelle je suis invité pour mon livre: « La ballade de Pattie, George et Eric ». Pour illustrer le climat actuel, l’animateur a choisi de diffuser « Revolution». Je lui dis qu’il aurait pu enchaîner avec « When I’m sixty four »…
Toujours un emploi du temps ardent, où il faut être intense sans faiblir d’un jour à l’autre. Parler de Roland Barthes, de Raymond Carver, et faire des haïkus avec le mot « barricade » avec les étudiants de Sciences Po, et le lendemain créer des histoires avec des CM1/CM2. Dans le bois de Vincennes, sous un saule, mon coeur bondit en devinant une couverture de livre : une jeune femme lit « L’âge des amours égoïstes » qui vient de sortir en Pocket.
Dernières corrections pour mon texte sur les chats prévu en septembre aux éditions Les Pérégrines. Ensuite, il y aura le travail sur le roman prévu chez Fayard pour la rentrée littéraire de janvier.
À chaque fois que Pâques approche, nostalgie débordante de la Belgique et de la maison de Gibecq. Je n’avais pas l’argent mais j’aurais tellement aimé acheter la maison à la mort de ma tante. Là où j’ai passé la plupart de mes vacances - Pâques et Toussaint - du temps de mes grands-parents. Ce regret de n’avoir pas pu le faire- ayant “choisi” une voie artistique, toujours incertaine et, une œuvre oui, mais sans succès d’argent dans ce que j’ai produit jusqu’ici - la tristesse de n’avoir pas pu garder la maison de Gibecq fait partie des choses qui me restent sur le coeur. Mais bon, ce n’était sans doute pas réaliste, et malheureusement le réalisme l’emporte souvent sur le coeur.
Après un an et demi de travail, l’album est prêt. 18 ans après « Comme elle se donne ». Les chansons sont envoyés au mixage, et le single au mastering. Premier single qui sortira en mai.

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...