(spécial Saint-Valentin)
Journal de bord et réflexions d'un écrivain dans ce monde trouble, troublant, et troublé.
vendredi 14 février 2025
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lundi 3 février 2025
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Ça ne va pas durer, mais depuis la mort de David Lynch les réseaux sociaux sont submergés d’extraits de ses films ou de ses interviews, et, poussé par les algorythmes, baguenauder sur son écran a pris une dimension plus poétique et rassérénante aussi.
Masterclass d’Emilie Simon à la Sacem. Elle dit : « Je vois la vie comme un jeu vidéo, on ne peut pas passer à un autre niveau tant qu’on n’a pas réalisé ou débloqué un certain nombre de trucs dans le niveau où on est. »
mercredi 29 janvier 2025
258
Lors de la restitution des ateliers d’écriture que j’ai animés à la Médiathèque musicale de Paris, j’ai lu un poème en prose de Charles Bukowski qui s’intitule : « Maintenant que vous voilà professeur de création littéraire, qu’est-ce que vous allez leur apprendre ? ». C’est un poème bien drôle et réjouissant. Le principal conseil de Bukowski est d’enchaîner les chagrins d’amour, il prescrit de rechercher : « les amours malheureuses »… avant un revirement spectaculaire en fin de poème qui consiste à : «remonter la filière à l’envers et connaître le bonheur en amour ». Entre autres conseils aux apprentis autrices et auteurs il parle d’éviter toute course au succès (ah ah) et de proscrire absolument le jogging. Je fais un aparté à ma lecture en déclarant que je n’ai jamais compris pourquoi les joggers vous fonçaient dessus ou vous frôlaient de quelques millimètres de manière qui semble délibérée, n’ayant guère le souci, l’élégance, ce que vous voulez, de dévier leur trajectoire. À la fin de la soirée, Roland vient vers moi et m’apporte une réponse pour le moins sensée : « C’est parce qu’ils considèrent que toi tu te balades, et que eux ils souffrent. »
mercredi 22 janvier 2025
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Je sors enfin de la grippe qui m’a terrassé pendant plus d’un mois et qui a laissé ma volonté et mon moral - comme le dit David Lynch : passer un certain temps sur l’autre rive. David Lynch a sans doute été le cinéaste le plus important pour les gens de ma génération. « Fire walk with me », c’est tellement sensationnel qu’il soit décédé au moment où Los Angeles était en flammes. Et aussi, lui qui a travaillé de manière obsessionnelle sur l’âge d’or d’Hollywood, que deux jours après sa mort Trump dans son discours inaugural parle d’un nouvel âge d’or pour l’Amérique. Comme si un monde venait de partir en cendres. J’aurais beaucoup de choses à dire sur David Lynch en tant qu’artiste, par exemple ce parallèle que j’adore : Lynch-Kyle MacLachlan / François Truffaut-Jean-Pierre Léaud, et ses déclarations sur la méditation, sa vision du monde, qui permettent de faire un rapprochement avec George Harrison. Et puis c’était quelqu’un à l’inspiration intarissable qui a souvent été à la recherche de moyens financiers pour lui permettre de poursuivre son oeuvre, ce qui malheureusement est une part constituante de la condition d’artiste.
vendredi 20 décembre 2024
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J’ai appris que JB s’est donné la mort. Je l’ai appris à une soirée du festival de Toulon, alors que je baguenaudais parmi les visages, un auteur est venu vers moi et m’a donné cette funeste information dont je n’ai su que faire dans le contexte, à part être totalement abasourdi. La dernière fois que j’avais eu JB au téléphone j’étais dans un parc, et des perruches sauvages étaient venues se poser sur une branche tout près de moi. Elle étaient restées là le temps de la conversation. JB m’avait parlé d’un scénario qu’il voulait qu’on écrive ensemble d’après un livre de Zep avec qui il était en contact. La première fois que JB m’avait contacté c’était à l’été 2020, il voulait coécrire avec moi un spectacle de jazz d’après une émission culte en Suisse : Jack Rose, à laquelle il avait participé à la RTS où il travaillait. Je ne le connaissais pas, pas plus que l’émission, mais il m’apprit qu’il voulait absolument écrire avec moi grâce à mon livre : « J’aurais voulu être un Beatles » dont il venait de terminer la lecture. Il avait été ému par le passage où Paul McCartney va apprendre l’accord de SiB7 chez un étudiant, un accord qu’il échange contre un disque d’Elvis qu’il a en double, et quand il est sur le point de rentrer chez lui, du fait que tous les intérieurs anglais se ressemblent, en bas de l’escalier avant d’ouvrir la porte d’entrée il croit reconnaître sa mère, décédée il y a peu, qui chantonne dans la cuisine. Cette scène l’avait profondément marqué. Depuis, il offrait le livre à toutes ses connaissances. Son enthousiasme m’a convaincu de dire oui, même si je ne suis pas un expert en Jazz. Un an plus tard le spectacle s’est joué, et JB m’a fait visiter Lausanne par un après-midi ensoleillé. (J’y étais passé en coup de vent en 2005 pour enregistrer Radio Paradisio). Des hauteurs jusqu'au lac selon un itinéraire choisi qui révélait des demeures fabuleuses, des parcs, des passages secrets. Il m’avait parlé de grandes difficultés dans sa vie perso, mais la création le stimulait, les projets toujours, d’autant que le spectacle sur lequel nous avions travaillé avait pu voir le jour dans un délai raisonnable. Il était aussi lié à Laurent Voulzy, il est le seul à avoir filmé un moment de création qui n'est pas "pour la caméra" entre Souchon et Voulzy, le seul à avoir saisi un moment véritable, et il le gardait dans ses archives comme un trésor.
samedi 14 décembre 2024
255
Déçu qu’il n’y ait pas eu de contrat poche pour « Neuf rencontres et un amour ». Qu’est-ce que j’en pense ? Hé bien, c’est la loi cruelle de ce business. Déjà, j’avais été triste que « La ballade de Pattie… » ne soit pas prise en poche. Pour Neuf rencontres, j’aurais bien ajouté une scène de sexe pour une sortie poche. Une scène où Anaïs aurait fait l’amour à son mari tout en pensant à Artaud. Ahah ! Parfois il y a des scènes qui vous apparaissent alors que le livre est fini. Ce n’est pas toujours le cas. Pour la sortie poche de « L’âge des amours égoïstes », j’ai pensé ajouté une ou deux scènes avec le père, parce qu’on m’avait beaucoup parlé de ce personnage et puis en relisant le livre je n’ai pas su où les intégrer, le livre fonctionnait comme ça, selon moi, sans que j’ai besoin d’ajouter une scène, malgré l’opportunité, le désir ou la tentation.
vendredi 14 juin 2024
254
Il m’arrive de retrouver des petites notes écrites à mon attention de la main de mon père. Dans la précipitation, avant qu’on le conduise une dernière fois à l’hôpital. Celle-ci concerne la voiture. Chaque fois que j’avais un pépin avec ma voiture je l’appelais, parce que je savais que ça lui faisait plaisir de s’occuper de ces choses là pour moi. La mécanique, les choses matérielles, pour lesquelles j’ai si peu de connaissance ou de talent car à chaque fois, pour me sortir d’une embûche, j’appelais mon père. Pas comme un privilège d’enfant unique pourri gâté. Mais parce que je savais que rien ne lui ferait + plaisir de se savoir utile pour moi dans des domaines où il excellait. J’ai gardé la voiture encore dix ans après sa mort, uniquement pour m’occuper de ma maman, la conduire à des rendez-vous cardiologiques, médicaux, faire ses courses deux fois par semaine, puis les déménagements vers la fin. Le jour où à son tour elle a quitté ce monde, j’ai vendu ma voiture et n’ai plus jamais conduit depuis. J’ai eu de la peine en vendant cette voiture. J’ai eu l’impression de l’abandonner. Comme un animal, comme quelqu’un. J’avais le coeur brisé et l’ai encore quand j’y pense. Mais j’ai l’impression que depuis toujours, et ça ne s’améliore pas avec l’âge, j’ai le coeur brisé en permanence, pour un rien. Un chat abandonné, une vieille personne qui compte ses sous dans un magasin. Je n’ai pas suffisamment de petits mots de mon père pour me dire comment réagir à chaque situation. Alors j’improvise, je camoufle, je garde en moi, et je créé des choses et des moments.
dimanche 10 mars 2024
253
Dans le TGV Lyria, il y a un type qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Vladimir Nabokov. Ne manque plus que le filet à papillons
mercredi 6 mars 2024
252
Writer’s life (252)
samedi 6 janvier 2024
251
Quand je vois avec répugnance dans le métro ou le train des gens bâiller sans mettre la main devant la bouche, je pense toujours à la fois où je me suis fait virer (définitivement) d’un cours de chant parce que je refusais de participer à l’exercice qui consiste à décontracter sa mâchoire en bâillant la bouche ouverte. Eh bien quoi ! Je n’allais pas cramer toute une éducation pour un destin incertain et volatile de chanteur.
Dans un café de ces débuts de janvier lents à la détente, le ciel crème avant les grands froids, une amie de Lise me demande au sujet de mon nouveau roman si au bout de ces neuf rencontres, il y a un twist. Un twist ? Oui, dit-elle, c’est très à la mode et ça se vend beaucoup les romans avec un twist à la fin. Hum d’accord. Ça se vend plus qu’Oliver Twist ? Ma bonne blague ne la faisant rire qu’à demi, je lui affirme qu’il y a dans ce roman un twist à chaque phrase. En fait, dans chaque phrase, chaque mot danse le twist.
J’ai appris la disparition d’Elise Fischer. Je ne la connaissais pas avant qu’elle anime une rencontre à la librairie le Hall du livre à Nancy autour de mon livre : « j’aurais aimé être un Beatles. » Elle avait eu la délicatesse de lire mes autres romans pour préparer le rendez-vous, et je me souviens d’un échange fluide et beau, d’une grande sensibilité, et aussi qu’elle avait fait un gâteau. Azziz m’envoie un mot en disant qu’elle lui avait confié que j’étais un de ses chouchous. Avant cette rencontre, je n’avais aucune idée - ignare que je suis, qu’Elise Fischer avait une importante oeuvre romanesque, et j’étais loin de me douter que j’étais devenu grâce à mes romans un de ses chouchous. On passe à côté des gens c’est terrible. On passe à côté de tellement plus de personnes qu’on n’en rencontre. Je parle du gâteau à Azziz et je me dis que tous les modératrices et les modérateurs de rencontres littéraires devraient être sommés à chaque fois de faire un gâteau maison. Ce serait la jurisprudence Elise Fischer.
samedi 16 décembre 2023
250
J’ai encore donné cette semaine des ateliers d'écriture de chansons, et après je suis allé à une soirée où un éditeur d'une Major Company n'a demandé si j'étais content de l'arrivée de mon disque, alors je lui ai fait part de mon enthousiasme mais aussi de ma lucidité, et il m’a dit : le problème, Jérôme, c’est qu'aujourd'hui les gens se sont désintéressés de la chanson. Ce que j’ai trouvé paradoxal parce que je suis de + en + sollicité pour des ateliers d'écriture de chansons. Je crois aussi qu'il faudrait apprendre la chanson, le songwriting, comme une pratique de tous les jours, une discipline de samouraï qui stylise les quotidiens fuyants.
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Writer’s life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...