mercredi 26 mars 2025

262

Toujours pas décidé pour mon prochain roman. Éditeur ? Agent ? Je suis disposé à le faire lire à untel, et trois heures plus tard je rencontre une personne qui m’en dit les pires horreurs. Il n’y a donc personne dont le travail fait l’unanimité (à l’exception de ma dentiste dont les avis sur google sont un véritable Hall of Fame). J’ai toujours observé avec étonnement comment une seule et même personne peut produire des variations extrêmes de ressenti. Même sentiment quand vous vous prenez d’amitié pour quelqu’un et que vous apprenez qu’il est lié avec un autre que vous considérez comme la dernière des crapules. Dans ces cas-là, ma première réaction - suite à mon désarroi - est celle d’un chat : la fuite ! 

Message d’une amie qui a commandé : « Un furieux besoin d’élégance »  (à la librairie du Printemps Nation) et qui a reçu l’un des exemplaires que j’avais dédicacé à une libraire. J’ai déjà eu un cas similaire il y a quinze jours à Bondues avec une lectrice tout aussi désarçonnée. Je ne comprends pas le circuit qui s’opère si vous commandez un livre neuf et recevez un service de presse. Quoiqu’il en soit, manque total d’élégance, délit flagrant d’inélégance, de la part de cette Nathalie. Hum…

Répondu à une interview sur RCF ( toujours de supers interviews) et une autre pour un webzine où on m’interroge sur la création. J’ai suggéré qu’il fallait savoir s’entourer de personnes inspirantes. Mais s’entourer de personnes inspirantes ne veut pas forcément dire les fréquenter en permanence. Ce serait sans doute épuisant. C’est une question de distance (le souci de Giacometti avec son modèle, sa sculpture, et sa pensée, dont je parle dans mon roman : 37, étoiles filantes). Il faut savoir préserver sa solitude car c’est dans la solitude que les choses peuvent apparaître et se sculpter.  Mais il n’y a rien de plus triste qu’une solitude vide. Ce qu’il faut, c’est une solitude peuplée de personnes inspirantes. En ce qui me concerne, par exemple, il y a des personnes qui au cours de mes pérégrinations dans l’existence me marquent, ou me bouleversent - même un court instant - et auxquelles je n’arrête pas de penser, ou que j’essaye d’approcher ou d’enlacer, phrase par phrase, dans l’écriture de mes romans successifs. 


#writerslife 

dimanche 2 mars 2025

261

Je l’évoque à la fin de Neuf rencontres et un amour, mais jusqu’à présent j’avais du mal à expliquer en un flash ce qui s’est passé le jour où dans une rencontre littéraire un modérateur et un auteur, ligués ensemble, ont passé leur temps à débiner mon livre prétendant que je racontais n’importe quoi. Pour « 37, étoiles filantes » je n’avais selon eux pas le droit de m’accaparer Giacometti. Je n’avais pas raconté n’importe quoi, et non les gars, et proposais une connaissance sensible de Giacometti puisqu’à l’époque je partageais disons les mêmes préoccupations (une des raisons pour lesquelles je m’étais lancé l’écriture) et je situais l’action à Montparnasse un quartier que je connais par coeur contrairement aux ronchons ternes et furieux qui me harcelaient en public. Du mal à expliquer le traquenard dans lequel j’étais tombé jusqu’à ce week-end et la scène hallucinante où Zelinski se fait tomber dessus par Vance et Trump. Le passage où un journaliste à leur solde cartonne Zelinski sur le fait qu’il ne porte pas de costume convoque immédiatement une scène d’adolescence où des collégiens se moquent d’un autre parce qu’il n’a pas la tenue adéquate. Scène typique de harcèlement par laquelle beaucoup sont passés. La réponse de Zelinski qui suit son explication est assez géniale, il dit : Peut-être qu’un jour j’aurais un costume plus beau que le vôtre, puis il se reprend pour ne pas paraître aussi arrogant que les bullies et précise : ou peut-être beaucoup moins cher. À ma petite échelle d’écrivain troubadour, les organisateurs qui avaient eu vent de la tentative d’humiliation publique sont venus s’excuser (contrairement au modérateur et à l’auteur ligués contre moi). Par la suite, je n’ai plus jamais été invité à cet événement. Derniers coups de pinceaux à mon prochain roman. Quand un roman est fini ? Quand toutes les idées nouvelles qui surgissent font tâche dans le projet qui se termine. Le temps des démarchages commence - trouver une sortie - rapide j’espère - quelque part d’idéal. J’ai animé ces jours-ci un grand nombre d’ateliers d’écriture en visio : avec le Cifap pour la chanson, l’école Les Mots pour le roman jeunesse.

vendredi 14 février 2025

260

 (spécial Saint-Valentin)

M me dit : Je dirais qu’en amour je suis assez heureuse et plutôt insatisfaite. Elle ajoute : Comme la plupart des gens.
Josuah me parle du temps où l’écriture d’une seule chanson permettait d’acheter une maison. Je lui réponds que malheureusement je suis arrivé trop tard dans le métier de la musique. Né trop tard et j’ai commencé à travailler trop tard, quand tout s’écroulait. La première de mes chansons qui s’est retrouvée sur un disque important en terme de ventes je devais avoir 33 ans. Premier roman à 36 ans. Ah, s’étonne Joshua, qu’est-ce que tu as fait avant ? C’est vrai ça, qu’est-ce que j’ai fait avant ? Eh bien avant, je n’ai rien fait d’autre, je crois, qu’un peu d’études à rallonge et aussi vivre des histoires d’amour dont la funeste et fabuleuse propriété est qu’on ne voit pas le temps passer.
Je me souviens d’une nuit entière à Londres aux Olympic Studios seul avec Christophe (le compositeur et interprète des Mots Bleus et de la Dolce Vita). Une nuit entière seuls tous les deux où il m’expliquait son concept de compagnes. Il n’avait pas une seule amoureuse, mais plusieurs. Des compagnes. Il venait de tomber fou amoureux d’une serveuse du bar/hôtel Costes à Paris et il voulait qu’on écrive un album concept sur cet amour. J’ai essayé pendant plusieurs jours mais malheureusement n’ai pas été probant. On a le droit de ne pas se sentir probant. Je passais la journée à errer dans Londres en attendant qu’il se réveille (il vivait la nuit) et je me souviens d’une pluie diluvienne à la sortie du métro Shepherd’s Bush. C’est là qu’à la place j’ai écrit un texte pour Pierre qui s’appelle « Deux sous la pluie » et qu’il a mis sur son album.
J’aime l’idée qu’on puisse être chaviré, tourmenté, comme défenestré de sa routine, par une présence, un visage, un baiser. Oui, défenestré de sa routine.

lundi 3 février 2025

259

Ça ne va pas durer, mais depuis la mort de David Lynch les réseaux sociaux sont submergés d’extraits de ses films ou de ses interviews, et, poussé par les algorythmes, baguenauder sur son écran a pris une dimension plus poétique et rassérénante aussi. 

Masterclass d’Emilie Simon à la Sacem. Elle dit : « Je vois la vie comme un jeu vidéo, on ne peut pas passer à un autre niveau tant qu’on n’a pas réalisé ou débloqué un certain nombre de trucs dans le niveau où on est. »

Un lecteur de Saint-Raphaël qui l’année dernière avait lu « Neuf rencontres et un amour » vient cette année me demander une dédicace sur « J’aurais voulu être un Beatles », il prend le livre, fait quelques par dans le salon, et revient me dire : «Vous savez, je vous admire, il n’y a pas si longtemps encore les écrivains étaient vénérés, pour la raison que vous êtes connectés à des choses, vous allez chercher des choses qui ne sont pas à notre portée mais qui nous parlent puissamment quand on vous lit. » C’était un message d’une grande gentillesse. Je crois que son admiration venait du fait qu’il soupçonnait qu’aujourd’hui, les écrivains, la société n’en a plus rien à carrer.
On m’interroge sur le talent. Je réponds : je rencontre beaucoup de personnes qui ont du talent. Bien sûr. Mais souvent leur potentiel s’estompe, se rétracte ou se tarit, car elles sont cassées par des entourages de merde. Je parle d’entourage professionnel, mais aussi dans leur vie personnelle.
Sur recommandation, j’ai la liste d’une bonne demi-douzaine d’agents littéraires. Il faudrait leur écrire, mais déjà que je n’ai pas répondu à tout le courrier des voeux de nouvelle année, oh la la..
Mon programme commence à bien se remplir jusqu’au-delà de l’été. Moi qui voulais me garder des jours entiers pour la mélancolie, il va falloir plutôt, et encore, la distiller à tout moment.

mercredi 29 janvier 2025

258

Lors de la restitution des ateliers d’écriture que j’ai animés à la Médiathèque musicale de Paris, j’ai lu un poème en prose de Charles Bukowski qui s’intitule : « Maintenant que vous voilà professeur de création littéraire, qu’est-ce que vous allez leur apprendre ? ». C’est un poème bien drôle et réjouissant. Le principal conseil de Bukowski est d’enchaîner les chagrins d’amour, il prescrit de rechercher : « les amours malheureuses »… avant un revirement spectaculaire en fin de poème qui consiste à : «remonter la filière à l’envers et connaître le bonheur en amour ». Entre autres conseils aux apprentis autrices et auteurs il parle d’éviter toute course au succès (ah ah) et de proscrire absolument le jogging. Je fais un aparté à ma lecture en déclarant que je n’ai jamais compris pourquoi les joggers vous fonçaient dessus ou vous frôlaient de quelques millimètres de manière qui semble délibérée, n’ayant guère le souci, l’élégance, ce que vous voulez, de dévier leur trajectoire. À la fin de la soirée, Roland vient vers moi et m’apporte une réponse pour le moins sensée : « C’est parce qu’ils considèrent que toi tu te balades, et que eux ils souffrent. »

Rue de Buci il y a une pâtisserie salon de thé qui s’appelle The Smiths et hier y était attablée une fille absolument ravissante. Quand on y pense, c’est le combo parfait : The Smiths, du thé et des gâteaux.
Le type qui se rend à une soirée plutôt hyper chic, qui prend le métro et s’étonne avec ravissement que ça sent le propre, le désinfectant (dans ce palais des horreurs qu’est le métro parisien), et qui une fois arrivé à la soirée donne son manteau au vestiaire et s’aperçoit qu’un flacon entier de gel hydro alcoolique s’est déversé dans sa poche, produisant une tache humide à la fois sur le bas de sa veste et sur le haut de son pantalon, ce type, c’est moi.

mercredi 22 janvier 2025

257

 Je sors enfin de la grippe qui m’a terrassé pendant plus d’un mois et qui a laissé ma volonté et mon moral - comme le dit David Lynch : passer un certain temps sur l’autre rive. David Lynch a sans doute été le cinéaste le plus important pour les gens de ma génération. « Fire walk with me », c’est tellement sensationnel qu’il soit décédé au moment où Los Angeles était en flammes. Et aussi, lui qui a travaillé de manière obsessionnelle sur l’âge d’or d’Hollywood, que deux jours après sa mort Trump dans son discours inaugural parle d’un nouvel âge d’or pour l’Amérique. Comme si un monde venait de partir en cendres. J’aurais beaucoup de choses à dire sur David Lynch en tant qu’artiste, par exemple ce parallèle que j’adore : Lynch-Kyle MacLachlan / François Truffaut-Jean-Pierre Léaud, et ses déclarations sur la méditation, sa vision du monde, qui permettent de faire un rapprochement avec George Harrison. Et puis c’était quelqu’un à l’inspiration intarissable qui a souvent été à la recherche de moyens financiers pour lui permettre de poursuivre son oeuvre, ce qui malheureusement est une part constituante de la condition d’artiste.

Terminé (pour de bon) mon roman que je peaufine (encore) par endroits. Un roman assez volumineux, + de 100 000 mots, car le temps doit s’écouler à l’intérieur. J’en suis à la chasse aux imperfections, c’est-à-dire aux mensonges quand un roman devrait crier sa vérité à chaque ligne. J’ai hâte qu’il soit lu mais je ne sais pas encore dans quelles conditions. Ce sont des temps d’incertitude pesante. C’est difficile de s’extraire de l’écriture d’un long roman , tout ce qui a un rapport avec la réalité a tendance à vous déprimer les jours qui suivent, parfois un seul « bonjour » en dehors du roman vous demande un effort considérable. C’est comme une pneumonie pour la réalité. Heureusement c’est un état qui s’atténue peu à peu.

vendredi 20 décembre 2024

256

J’ai appris que JB s’est donné la mort. Je l’ai appris à une soirée du festival de Toulon, alors que je baguenaudais parmi les visages, un auteur est venu vers moi et m’a donné cette funeste information dont je n’ai su que faire dans le contexte, à part être totalement abasourdi. La dernière fois que j’avais eu JB au téléphone j’étais dans un parc, et des perruches sauvages étaient venues se poser sur une branche tout près de moi. Elle étaient restées là le temps de la conversation. JB m’avait parlé d’un scénario qu’il voulait qu’on écrive ensemble d’après un livre de Zep avec qui il était en contact. La première fois que JB m’avait contacté c’était à l’été 2020, il voulait coécrire avec moi un spectacle de jazz d’après une émission culte en Suisse : Jack Rose, à laquelle il avait participé à la RTS où il travaillait. Je ne le connaissais pas, pas plus que l’émission, mais il m’apprit qu’il voulait absolument écrire avec moi grâce à mon livre : « J’aurais voulu être un Beatles » dont il venait de terminer la lecture. Il avait été ému par le passage où Paul McCartney va apprendre l’accord de SiB7 chez un étudiant, un accord qu’il échange contre un disque d’Elvis qu’il a en double, et quand il est sur le point de rentrer chez lui, du fait que tous les intérieurs anglais se ressemblent, en bas de l’escalier avant d’ouvrir la porte d’entrée il croit reconnaître sa mère, décédée il y a peu, qui chantonne dans la cuisine. Cette scène l’avait profondément marqué. Depuis, il offrait le livre à toutes ses connaissances. Son enthousiasme m’a convaincu de dire oui, même si je ne suis pas un expert en Jazz. Un an plus tard le spectacle s’est joué, et JB m’a fait visiter Lausanne par un après-midi ensoleillé. (J’y étais passé en coup de vent en 2005 pour enregistrer Radio Paradisio). Des hauteurs jusqu'au lac selon un itinéraire choisi qui révélait des demeures fabuleuses, des parcs, des passages secrets. Il m’avait parlé de grandes difficultés dans sa vie perso, mais la création le stimulait, les projets toujours, d’autant que le spectacle sur lequel nous avions travaillé avait pu voir le jour dans un délai raisonnable. Il était aussi lié à Laurent Voulzy, il est le seul à avoir filmé un moment de création qui n'est pas "pour la caméra" entre Souchon et Voulzy, le seul à avoir saisi un moment véritable, et il le gardait dans ses archives comme un trésor.

Je vais beaucoup penser à lui en cette période de Noël où les amis disparus, la famille disparue, reviennent se blottir contre nous, nous qui continuons à habiter ce monde de projets.

samedi 14 décembre 2024

255

 Déçu qu’il n’y ait pas eu de contrat poche pour « Neuf rencontres et un amour ». Qu’est-ce que j’en pense ? Hé bien, c’est la loi cruelle de ce business. Déjà, j’avais été triste que « La ballade de Pattie… » ne soit pas prise en poche. Pour Neuf rencontres, j’aurais bien ajouté une scène de sexe pour une sortie poche. Une scène où Anaïs aurait fait l’amour à son mari tout en pensant à Artaud. Ahah ! Parfois il y a des scènes qui vous apparaissent alors que le livre est fini. Ce n’est pas toujours le cas. Pour la sortie poche de « L’âge des amours égoïstes », j’ai pensé ajouté une ou deux scènes avec le père, parce qu’on m’avait beaucoup parlé de ce personnage et puis en relisant le livre je n’ai pas su où les intégrer, le livre fonctionnait comme ça, selon moi, sans que j’ai besoin d’ajouter une scène, malgré l’opportunité, le désir ou la tentation.

Je donne beaucoup d’ateliers d’écriture en ce moment, j’accompagne une quinzaine de personnes avec leurs livres, romans jeunesse pour la plupart, je pense que j’aurais été un éditeur aux petits oignons mais j’ai trop la nécessité de poursuivre une oeuvre, tellement de livres que je voudrais écrire, de chansons aussi. Aujourd’hui dans la chanson c’est compliqué car, à l’instar des créateurs de contenus, les algorithmes flattent l’ hyper présence, donc la plupart des artistes qui arrivent et n’ont pas de notoriété qui les place d’emblée sur orbite sont encouragés à produire beaucoup. Dans la majorité des cas, la qualité en pâtit, surtout que c’est une époque où l’on privilégie la forme, l’image ou la prod, plutôt que le fond. Donc il y a une infinité de nouvelles chansons qui débarquent et dans lesquelles il n’y a rien d’intéressant. Ni vision ni intensité. Ni poésie. Ça a pour avantage de replacer la poésie dans les livres. Alors que, disons, dans la seconde partie du 20ème siècle, la poésie a migré des livres aux chansons. Le voyage retour a commencé.
En immersion dans l’écriture du dernier tiers de mon projet de prochain roman. Je me demande si je dois chercher/prendre un agent ou pas. L’un des débats à l’issue incertaine avec soi qui m’accapare depuis plusieurs jours.

vendredi 14 juin 2024

254

Il m’arrive de retrouver des petites notes écrites à mon attention de la main de mon père. Dans la précipitation, avant qu’on le conduise une dernière fois à l’hôpital. Celle-ci concerne la voiture. Chaque fois que j’avais un pépin avec ma voiture je l’appelais, parce que je savais que ça lui faisait plaisir de s’occuper de ces choses là pour moi. La mécanique, les choses matérielles, pour lesquelles j’ai si peu de connaissance ou de talent car à chaque fois, pour me sortir d’une embûche, j’appelais mon père. Pas comme un privilège d’enfant unique pourri gâté. Mais parce que je savais que rien ne lui ferait + plaisir de se savoir utile pour moi dans des domaines où il excellait. J’ai gardé la voiture encore dix ans après sa mort, uniquement pour m’occuper de ma maman, la conduire à des rendez-vous cardiologiques, médicaux, faire ses courses deux fois par semaine, puis les déménagements vers la fin. Le jour où à son tour elle a quitté ce monde, j’ai vendu ma voiture et n’ai plus jamais conduit depuis. J’ai eu de la peine en vendant cette voiture. J’ai eu l’impression de l’abandonner. Comme un animal, comme quelqu’un. J’avais le coeur brisé et l’ai encore quand j’y pense. Mais j’ai l’impression que depuis toujours, et ça ne s’améliore pas avec l’âge, j’ai le coeur brisé en permanence, pour un rien. Un chat abandonné, une vieille personne qui compte ses sous dans un magasin. Je n’ai pas suffisamment de petits mots de mon père pour me dire comment réagir à chaque situation. Alors j’improvise, je camoufle, je garde en moi, et je créé des choses et des moments.

dimanche 10 mars 2024

253

Dans le TGV Lyria, il y a un type qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Vladimir Nabokov. Ne manque plus que le filet à papillons

🦋
Je suis à l’arrière d’un taxi en compagnie de Bernard Werber et Luc Ferry, et ils se mettent à parler des chats, des chats de Luc Ferry dont il est complètement gaga et des chats d’Hemingway, les chats de sa villa de Key West qui ont six doigts de pieds. C’est Bernard qui lui en parle. Il n’a pas le terme exact et là je me dis que je vais intervenir, que je vais leur dire que le mot qui désigne cette race de chats est « polydactile » et que je le sais parce que j’ai écrit un « Petit éloge des chats ». Et je n’ose pas le faire. Et je me dis que je suis bien débile de ne pas oser, que 80 % des écrivains que je connais profiteraient de cette situation pour faire savoir à Luc Ferry et Bernard Werber qu’ils ont écrit un Petit éloge des chats. Et alors un duel s’engage en moi entre la partie qui veut intervenir et celle qui trouve ça vulgaire de se mettre en avant et afficher son livre. Bien sûr, c’est la seconde partie qui gagne et je me terre dans le silence pendant qu’ils parlent chat. Je crois que de nature et par tempérament : 1/ J’ai toujours peur de déranger 2/ Je n’aime pas m’imposer. En fait, j’en ai une sainte horreur, ce qui est tellement nul je le conçois pour qui veut faire quelque chose dans le domaine artistique, et finalement avec cette nature particulière c’est déjà un doux miracle d’être arrivé où j’en suis.
Semaine dernière un journaliste a comparé mes deux disques : pour lui “Comme elle se donne” est le disque du corps et “Les attaches fines” celui du coeur.
Dans Blue eye Samuraï, le personnage de Ringo (qui a effectivement un côté With a Little help from my Friends) déclare qu’il y a quatre voies, quatre schémas pour un homme à travers le monde : the farmer (le fermier), the artisan (l’artisan), the merchant (le marchand) et the warrior (le guerrier). Rien concernant l’artiste. Peut-être serait-on tenté de l’inclure dans la catégorie artisan, mais par les temps qui courent je pense que l’artiste est directement à mettre parmi et au premier rang des warriors.

mercredi 6 mars 2024

252

 Writer’s life (252)

Envoyé à Iris la V1 d’un texte pour un petit livre que j’aimerais faire assez rapidement. L’autre jour à Tours, un lecteur m’a parlé de la structure de « La ballade de Pattie, George et Eric », il m’a dit avoir adoré le livre notamment la structure, ce qui m’a fait très plaisir, le livre était resté vraiment confidentiel (la presse n’y a quasiment accordé aucun intérêt), alors que c’est sans doute un de mes livres que j’aime le +. J’enchaîne beaucoup de choses qui requièrent toute mon intensité : Astaffort / Cifap / Suivi de manuscrits jeunesse pour l’école Les Mots / commission des programmes Sacem, suis bien crevé et j’essaie pourtant de garder des espaces vitaux pour la création, c’est dans la création, dans l’horizon de nouveaux projets, que je respire pleinement. Les choses avancent mollement pour la diffusion du disque (mais déjà, il est fait ! Il existe !) les suites à donner, les perspectives possibles, ce qui me déconcerte assez, bien que lucide sur l’environnement actuel et la place infime laissée à l’écrasante majorité des artistes. Interview pour le magazine Longueur d’ondes, le journaliste me parle avec beaucoup d’exaltation des chansons et me dit qu’il a reçu mon disque comme un manifeste du romantisme, et il me demande si j’ai eu conscience d’écrire un manifeste au moment de sa création. Il me dit aussi que par mon travail je suis une sorte de passerelle entre la chanson et la littérature. Je lui réponds que ça me va, je préfère être une passerelle qu’un péage. J’ai tellement affaire à des algorithmes plutôt qu’à des personnes vraies et sensibles que durant l’heure qu’a duré l’entretien je n’en revenais pas qu’une personne ait pu si bien ressentir ce que j’ai essayé de faire dans ce disque. Cela m’a fait penser à cet aphorisme de Cioran que j’utilise parfois en atelier d’écriture : « Quand on rencontre quelqu’un de vrai, la surprise est telle qu’on se demande si on n’a pas été victime d’un éblouissement ».

273

J’ai appris la disparition de Maggie Doyle, qui a longtemps dirigé le domaine étranger de chez Robert Laffont. J’aurais aimé mieux la connaî...