Writer’s life (16)
Mon père possédait peu de livres. Grand sportif pas grand lecteur (bien que commencer ou finir certains livres s’apparentent souvent à un marathon).
Il aimait « Vol de nuit » qui lui rappelait sa carrière d’aviateur et l’époque dans laquelle il avait déployé ses ailes. Je retrouve son exemplaire et tombe sur cette phrase de Saint-Ex : «Cette femme était très belle. Elle révélait aux hommes le monde sacré du bonheur. » Purée !
Commencé et terminé ce week-end le scénario d’une idée de court-métrage qui m’est venu l’autre jour. Finalement, ce qui me rapproche de mon père c’est que j’écris comme il traversait les océans à bord de son avion, quand il faisait la liaison Paris-Los Angeles-Tahiti, une nuit et un demi-jour, ce genre de traversée sans escale.
Au café Le Hibou, Carrefour de l’odéon, je dis à Zoé que dans un de ces livres de santé/bien-être que j’ai vus dans le bureau de Marie-Hélène, un docteur affirme que « Si on ne mange pas le matin on reste jeune + longtemps », et que justement je ne mange jamais le matin ! Et Zoé me dit : Mais tu sais que les fumeurs aussi ne mangent pas le matin. Et elle ajoute : « Les fumeurs ne mangent pas le matin et pourtant ils meurent souvent ». « Ah, mais ça c’est un formidable titre de livre dis-je à Zoé». « Ah oui, fait-elle, à la Katherine Pancol ! Euh…je pensais plutôt à Raymond Chandler mais bon…
Il faut que je trouve des projets excitants, chansons, histoires, univers à inventer ou conquérir (par l’écriture) sinon la fin du travail sur mon roman va me laisser complètement liquide. Heureusement, en société, je sais me tenir (à la surface). C’est l’avantage principal, j’imagine, de la société, du cocktail : appelé par la profondeur, balloté par les remous, le coeur surnage comme une olive.
Journal de bord et réflexions d'un écrivain dans ce monde trouble, troublant, et troublé.
samedi 16 février 2019
vendredi 15 février 2019
15
Writer's life (15)
Dans l’introduction de « Brisure à Senestre », Vladimir Nabokov dit : « Quand je reviens à mes livres, ce qui me plait le plus, c’est le murmure qui accompagne telle ou telle mélodie secrète ». Que dans mon prochain roman on entende le + possible ce « murmure qui accompagne telle ou telle mélodie secrète » est vraiment ce que j’ai essayé de faire. Sans relâche.
Je marche le long de la mer. La contemple. Elle est ici et immense, comme la nostalgie d’une fin de roman. La mer est une inconnue à deux bords.
Quand je suis fatigué ou perdu, je travaille. Seule façon de me retrouver. De retrouver un corps. De retrouver un peu de flamme. D’espoir par la fiction. (Comme dans l’amour ?)
Olivier me dit qu’il a fait toute sa carrière (amoureuse et le reste) sur ses yeux verts. Puis il ajoute et soutient que génétiquement c’est une sorte de malformation d’avoir les yeux verts, comme posséder un deuxième pouce à une main, ou un troisième téton.
Soren me dit que celui qui aime est toujours celui qui attend. Hum. J’ai envie de dire : Celui qui aime n’attend que celle qui l’attend. Tout le reste est simagrée. (Je ne le pense pas une seconde, pas du tout, mais suis prêt à l’affirmer avec panache)
Quand je lis ce qui se dit parfois sur les romans… Tous ces cons qui donnent des leçons sur ce que devrait être la littérature aujourd’hui et dont on oubliera bientôt les livres.
dimanche 10 février 2019
14
Writer’s life (14)
Travail acharné sur mon prochain roman. J’essaye de trouver la grâce, d’affiner vers la grâce, et en même temps il y a ces scènes qui constituent le roman et desquelles je n’arrive pas à me défaire. Je n’ai pas envie que le roman me mette à la porte de ces scènes. Je m’aperçois surtout qu’avec ce roman je vis un des problèmes que j’expose dans le dernier, la façon de travailler de mon héros dans 37.
Avec 37, étoiles filantes qui se passe entre Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés, je pensais quand même qu’on me donnerait un Prix de Brasserie. Eh bien non, comme quoi : Nul n’est pro-fête en son Paris.
Keren me parle de sa nouvelle chanson, elle lui a été inspirée par Virginia Woolf, enfin la rencontre de ce que lui inspirait le destin de Virginia Woolf et ce qu’elle était en train de vivre au moment de sa création. On a une très bonne discussion avec Keren sur la création, le fait que ce que l’on expérimente de crucial ou de vivant part se loger pour exister dans le travail. Y plonge (pardon Virginia), y resplendit. Dans le métro aérien ensuite, j’écoute en boucle la chanson de Keren qui s’appelle : « Sous l’eau ».
Je replonge dans mon roman (si je puis dire) tout le week-end. Dès le mois de mars une nouvelle grande tournée avec les livres m’attend.
Jules me dit que je fais partie de l’extrême minorité des humains qui ne croit pas aux Illuminati, qui aime Keira Knightley et qui n’a pas de chiottes à la turc à la maison.
Zoé me dit qu’il existe deux types d’hommes : les séduisants et les séducteurs. Bon, j’imagine que l’on préfère tous être dans la première catégorie.
lundi 28 janvier 2019
13
Writer’s life (13)
Six mois après sa sortie, toujours de très bons échos de 37, étoiles filantes. On me dit aussi que c’est un livre étourdissant de drôlerie. Encore une fois, je trouve le monde extérieur (pour parler comme Marguerite) tellement sinistre que ce n’est pas pour en rajouter une pelleté dans mon travail. Drôle certes, mais je trouve qu’il y a des passages si tristes dans ce livre. Par exemple, quand Alberto est à la Closerie des Lilas, et se retrouve à table à l’exact opposé de là où est installée Julia. Je pense que du point de vue d’Alberto c’est éperdument triste ce moment. Quand je l’écris, je n’ai qu’une envie, c’est rajouter le plus possible de choses légères ou drôles tellement je trouve ça triste, voire, quand ce genre de trucs m’arrive, irréconciliable de tristesse.
X, qui veut plaire à tout prix, mais qui a la grossièreté des gens qui se fâchent et la vulgarité des gens qui s’affichent.
Croisé Romain (S) qui m’a dit qu’il était tout heureux de faire une nouvelle rentrée littéraire chez Laffont à mes côtés. Sentiment bien réciproque.
Terminé et envoyé ma Nouvelle londonienne pour le recueil « Un couple, une ville » des éditions Charleston. Je quitte toujours à regret l’atmosphère d’une nouvelle, après l’avoir lue et relue encore pour changer un mot par ici, par là. Atteindre la musique exacte. Un peu comme une chanson. Sauf qu’on ne peut pas comme avec une chanteuse ou un chanteur se tenir à côté de chaque lectrice ou lecteur pour savoir si ça sonne parfaitement à sa lecture. Et puis, Il y a quand même un moment où il faut envoyer, comme un plat hors la cuisine dans une salle qu’on espère de grand restaurant (on ne voit jamais la salle à l’avance). Pour un roman, je dirais qu’il faut bien + de temps pour passer à autre chose, quand c’est réussi, il nous habite, nous porte, nous constitue, mais encore une fois si c’est réussi il y a quelque chose d’instantané et de durable à l’intérieur qui doit faire qu’on n’est jamais en mesure de le quitter.
Depuis que je suis dans l’écriture de mon prochain roman, je ne sais pas quand j’ai dormi ? Ah oui, plus tard !
dimanche 27 janvier 2019
12
Writer’s life (12)
Je descends le boulevard Saint-Germain à la nuit tombée avec dans les oreilles la chanson de Richard Ashcroft : A song for the lovers. Bonne expérience !
En traversant la place Saint-Sulpice et me parlant d’un épisode de sa vie, Marie me dit que le chagrin créé les erreurs.
Zoé pense que les hommes écrivains plaisent car c’est une activité virile. Et que Marguerite Duras est aussi, selon elle, dans un rapport d’écriture virile. Pour la raison qu’elle aime comme un homme.
J’étais vraiment fatigué et abattu cette semaine parce que j’ai dû passer sans convalescence de l’intensité mise dans mon prochain roman à l’écriture d’une nouvelle que je voudrais plus légère. J’ai eu du mal en fin de semaine à me mettre dans le rythme, dans le ton, toujours chahuté par les scènes de mon roman que je continue à habiter. J’ai enfin renoué ce weekend avec la possibilité de ce que je voulais faire dans ma nouvelle en cours/fin d’écriture (bien teintée quand même de l’intensité du roman).
Beaucoup de monde malgré le contexte des samedis à Paris au salon de la Mairie du 7. Super organisation. Avec un nombre humain d’auteurs, et éclectique c'est toujours pour le mieux.
Dans les années 90 et 2000, j’étais toujours fourré entre Sèvres-Bab et Odéon, c’était ma maison, le sang de mes nuits. J’aimerais bien reprendre une petite location, même provisoire, dans le quartier, mais c’est tellement cher, si décourageant, pas possible en ce moment. Zoé me dit : Tu devrais trouver une place fixe dans un Journal. Tu leur ferais des billets d’humeurs, des chroniques originales. Il te faudrait un journal avec lequel tu te sentes des affinités et auquel tu puisses proposer tes services.
Je réfléchis et réponds :
-Strange spéciales origines ?
dimanche 13 janvier 2019
11
Writer's life (11)
Travaillé tout le week-end sans dormir quasiment, possédé par mes sujets ; bien avancé sur ma nouvelle à rendre pour un recueil collectif des éditions Charleston, et repris comme un marathonien les 100 pages d’un projet de scénario ; juste une pause pour aller voir la mer (venteuse et grise) avec « Paul » de Big Thief dans les oreilles.
L’autre soir, revu Enguerrand à la dédicace d’Arnaud rue Cler, me suis inquiété parce que je l’ai trouvé bien amaigri. Il m’a répondu « ne t’en fais pas c’est mon amoureuse qui m’a offert un vélo d’appartement et j’ai fondu ». Enguerrand et moi avons convenu que le vélo était dans le trio de tête de la minceur probante juste après le chagrin d’amour/rupture qui fait pas mal fondre aussi. Attends, dis-je à Enguerrand, en 3 le vélo d’appartement, en 2 le chagrin d’amour, et en 1er, proms indétrônable : les prémices en soi d’un amour qu’on pense impossible.
Acheté chez W.H. Smith le nouveau numéro de THE HAPPY READER qui est sans doute l’un de mes magazines préférés. J’ai même acheté plusieurs exemplaires du numéro où il y avait Lily Cole en couverture. My kind of reading and my kind of girl, I suppose.
J’ai pris un verre avec Aïda et Jules, et Jules a dit un truc très juste, parce que je parlais de l’autobiographie de Samuel Fuller qui est extraordinaire et que je voulais lire la bio de Sergio Leone et Jules me dit que les autobios sont toujours bien + intéressantes que les bios parce que la part fictionnelle y est + grande ou du moins bien meilleure. C’est exactement ce que je pense.
Jules pense aussi que de nos jours l’auto-fiction a été remplacée par l’auto-promotion. Oui. Bien sûr.
Élise me dit qu’elle m’observe beaucoup, qu’elle m’étudie, et qu’elle trouve que je vis dans le présent. Comment ça dans le présent, m’insurge-je, moi qui pensais toujours vivre entre le regret et la promesse.
lundi 17 décembre 2018
10
Writer's life (10)
J’ai le syndrome de la dédicace parisienne, c’est-à-dire que que toute l’année les personnes qui me disent avec un air sincèrement en demande : « Quand est-ce que tu dédicaces à Paris ? » ne se pointent pas le jour où cela se produit.
Beaucoup de courrier en retard, je me dis que je vais y répondre mais à chaque fois je suis sollicité par du travail en cours d’écriture, et répondre au courrier convenablement, c’est perdre du jus pour le travail en cours. Alors, bon, pour l’instant, j’accumule salement.
La semaine dernière quelqu’un s’est foutu de moi parce qu’au dos de « L’appel de Portobello Road » en Pocket on a mis un extrait d’une chronique de Cnews Matin. Il faut dire que sur ce roman pas grand monde n’a eu la magnanimité, si je puis dire, de s’y intéresser. Les journalistes qui en ont parlé au moment de sa sortie se comptent sur les doigts d’une main. Désolé de ne pas avoir eu « Le monde des livres ».. Comme si je devais me confondre en excuse en plus..
En parlant de doigts de la main, au salon du livre de Boulogne Adeline m’a raconté qu’Albert Uderzo lui a confié qu’il était né avec un doigt en plus. « Et pour faire l’amour, est-ce intéressant ? » je demande à Adeline. « On n’a pas eu cette discussion » me répond-t-elle.
Je lis le poème de Raymond Carver qui s’appelle « La passerelle » Beau en anglais et dans sa traduction française : « From bed to desk back to childhood / From there it’s not so far to the trestle », «Du lit au bureau retour à l’enfance / De là il n’y a pas loin jusqu’à la passerelle »
Je crois que ce qu’il faut faire, dans une partie de roman un peu fastidieuse, un peu chiante à la relecture, c’est toujours inventer quelque chose d’enthousiasmant. Comme peuvent le faire par exemple deux de mes idoles qui sont J.D. Salinger et Vladimir Nabokov.
Deauville, en semaine : Entre deux pages remplies, la plage déserte.
dimanche 16 décembre 2018
9
Writer’s life (9)
C’est toujours curieux la parution d’un livre. On pense que l’on va être soutenu par des personnes qui, finalement, ne lèveront pas le petit doigt. D’autres seront là avec ferveur. De nouveaux enthousiasmes pointent le bout de leur nez. On est heureux, déçu, fatigué, rechargé à bloc…C’est toujours une expérience humaine. Peut-être encore + que celle d’écrire un livre qui ne concerne au départ que soi et une idée positive, ultra positive, que l’on se fait de l’autre.
Si je devais écrire une sorte de Holden Caulfield aujourd’hui, je pense que mon Holden serait déprimé par les gens qui disent « Joyeuses fêtes » pour ne pas avoir à dire : « Joyeux noël ». Ça le déprimerait totalement. Il ferait exprès de leur répondre en retour « Joyeux noël ». Je voulais donner ça à Tommy Bratford quand j’ai écrit « Les jonquilles de Green Park » mais c’était trop anachronique et il y en a qui aiment bien vous cartonner sur l’anachronisme, ils font : « nananère, il a mis un truc anachronique » sans prendre la peine de se demander si vous l’avez fait sciemment ou quoi, ils en profitent pour dénigrer l’ensemble comme les gens qui vont mettre de côté un disque parce que : « j’aime pas la voix » (Bon, c’est + embêtant, quand même, pour des chansons).
Dans le tgv, une fille parle de son prof d’escalade dont le patronyme est Casanova. Elle dit qu’elle veut le voir absolument ce soir. Un autre type parle à son pote d’une fille qui a la pire influence de l’année. Je tends l’oreille, très intéressé à en apprendre davantage sur cette fille qui a la pire influence de l’année. En fait non, il ne parlait pas du tout d’une fille, mais de la période des vacances de noël, la pire affluence de l’année.
Souvent au cours de la journée m’arrive comme un boomerang le désir (la nécessité ?) de téléphoner à ma maman pour lui raconter quelque chose. Mais quand je l’appelais, chaque jour, de son vivant, c’était rarement pour raconter quelque chose, c’était surtout pour prendre de ses nouvelles (qui était ma façon à moi de lui raconter quelque chose).
« Mais oui tu es belle » J’aime bien ce miroir suspendu passage Josset, un ready-made de poésie dans Paris qui en manque temps ces temps-ci, une sorte d’Instagram artisanal pour les filles qui sont en panne de connexion ou de smartphone, et qui n’ont souvent rien à déclarer que leur silhouette pour afficher une story et redorer leur journée.
lundi 3 décembre 2018
8
Writer’s Life (8)
Au café, rue de Charonne, une anglaise assez chic - je vois ça à la manière dont elle a noué ses cheveux - dont le chien s’appelle : Henry.
Un photographe me dit que c’est important d’avoir sa photo en quatrième de couverture, ça fait 12 % de ventes en plus. Enfin, tout dépend de la photo. Et il me donne sa carte professionnelle.
Les journalistes qui dès la fin avril s’excitent sur la rentrée littéraire de septembre me font penser à ces bistrotiers qui dès dix heures du matin dressent leurs tables pour le déjeuner, chassant les doux rêveurs des entre deux.
Dans le métro, une fille au visage exceptionnel. Envoûtant, reposant, dans toute cette sauvagerie de Paris livrée aux sauvages. Et puis deux types sont entrés dans la rame, ont obstrué mon champ de vision et je ne voyais plus que son oreille et une mèche de cheveux blonds entre deux épaules.
Chez Karine, dans le quatorzième arrondissement, je joue sur le joli piano droit (avec mon niveau pénible) et Clément dit : « Moi, j’ai fini Les regrets de Du Bellay et putain c’est pas mal ! »
Je vote pour les Victoires de la Musique. Sans conviction. Je fais défiler les noms, les chansons. Y-a-t-il seulement une chanson cette année dans la liste qui m’a donné envie de la réécouter, d’en faire un refuge, un bonbon pour la mélancolie ou un pur instant de joie ?
Quand je suis dans le temps épris d’écrire, toute lecture n’est qu’un tremplin, un trampoline, pour atteindre à nouveau le terrain vague de l’écriture ; vague mais foisonnant d’intime conviction.
Une critique littéraire me dit sur un ton très allègre qu’elle n’aime pas mes romans parce qu’elle a des goûts classiques et que je suis trop original. Trop original ? Cela m’interroge toujours. Pour ne pas aggraver mon cas j’acquiesce et m’abstiens de lui dire que souvent les originaux d’aujourd’hui font les classiques de demain.
Parfois devoir s’imposer et pourtant, depuis l’enfance, une détestation profonde pour ce qui prend de la place, brasse de l’air, se met en avant, emplit l’espace de gesticulations sans mystère.
mercredi 28 novembre 2018
7
writer's life (7)
Je fais un voeu (brûlant) en glissant une pièce entre les pierres des murs du restaurant où nous emmènent Stéphanie et Rémy de la librairie Coiffard, à Nantes, après la rencontre.
Dans une librairie parisienne, je voulais acheter le livre de Guillaume Sire avant notre dédicace commune à Strasbourg pour le lire dans le train, et puis pas de Princesse dans la librairie et 37, étoiles filantes en unique exemplaire, bien planqué dans les rayons. J’achèterai le livre de Guillaume plus tard. Je suis un grand consommateur de livres mais mon seul luxe d’auteur est de ne pas acheter de romans dans des librairies qui ne soutiennent pas les miens. C’est comme depuis l’autre fois, je ne mets plus les pieds dans cette librairie que pourtant j’adorais, depuis que j’ai surpris une conversation entre libraires qui disait que toute la littérature française contemporaine était, comme la nouvelle cuisine, de la merde à l’exception de Modiano et Houellebecq.
L’autre jour dans un salon du livre, un monsieur était vraiment effaré d’apprendre que, je cite : « Romain Gary soit pédé » après avoir lu la couverture d’un livre qui parlait de son mariage avec Jean. (Jean Seberg)
Zoé me dit qu’elle m’a toujours imaginé habiter au 19 rue de Sèvres. Quand elle passe devant, elle s’attend toujours à me voir sortir de l’immeuble. Même avant de me rencontrer en vrai, elle pensait que j’habitais là et que je passais mon temps au balcon à regarder les filles de Sèvres-Babylone. Ce que j’ai fait l’année où j’ai habité au 5 rue de Sèvres.
À une lecture, Valérie me désigne une « blonde spectaculaire » que je trouve moins blonde et moins spectaculaire que Valérie.
Je butine dans l’écriture d’un nouveau roman, enfin je butine que dalle, je m’y mets, cela m’obsède, je travaille dès que j’ai du temps entre deux déplacements. Mon impératif avant tout est qu’il y ait le plus possible de phrases qui me plaisent par paragraphe, enfin, je veux dire par phrase. C’est ça : le plus possible de phrases qui me plaisent par phrase. Voire, par mot.
Je pense aussi qu’il faut avoir le coeur gros de quelque chose et mettre ce coeur gros dans le livre.
dimanche 18 novembre 2018
6
Writer's life (6) :
À Nantes, librairie Coiffard, une dame vient me voir après la rencontre et me dit : « Je m’étais renseigné sur vous, et avec tout ce que vous avez fait je pensais que vous aviez 70 ans ! »
J’ai toujours trouvé que dans leurs interviews les mamies du réseau RCF exploraient avec beaucoup d’acuité et de pertinence les livres ; l’autre jour à Dijon l’intervieweuse de RCF me fait remarquer que dans « L’appel de Portobello Road » et dans « 37, étoiles filantes » je décris une fille qui a la même caractéristique, à savoir un nez en pomme de terre (Sans doute Olga, dans 37). Je lui fait remarquer que c’est mon côté maternel belge qui certainement prend le dessus : en Belgique les filles ont souvent le nez en pomme de terre et quand elles rougissent c’est un champ de betteraves.
Alix m’apprend ce que veut dire l’expression new-yorkaise : FOMO (Fear Of Missing Out), la peur de rater la soirée où il faut être, l’événement cool, alors que l’on se trouve à l’événement barbant etc.
Librairie Coiffard encore, un homme qui participe à un club de lecture me parle avec beaucoup d’enthousiasme du passage de 37, étoiles filantes où Jean-Paul Sartre, invité à dîner chez Mauriac, explique la phénoménologie à la bonne qui sert la soupe. Comme personne ne m’a encore jamais parlé de ce passage, cela me réjouit !
Au retour de Brive, Loulou pose cette question qui vaut pour l’ambiance d’un dîner, d’une fête, d’une soirée, ou pour une rencontre pourquoi pas : « Est-ce qu’il vaut mieux arriver dans le bain quand il est en train de couler ou quand il est à ras bord ? »
À partir de maintenant, enfin, depuis un petit bout de temps déjà, toute émotion que je vis, ressens, éprouve, de criant ou/et d’indicible, part dans le prochain roman.
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