lundi 19 août 2019

48

Writer’s life (48)
Premier échange (plutôt marrant) avec une lectrice qui s’est procurée La Petite Sonneuse De Cloches avant tout le monde grâce à un ami libraire :
- Je l’ai lu !
- Oh super ! Merci !
- Vous faites des phrases longues !
- Ah ?
- Et parfois des courtes aussi.
- Ah oui, c’est un savant dosage !
- Mon écrivain préféré est Virginia Woolf.
- Qui faisait aussi des phrases longues…
- Certes. Ma fille a été ravie d’apprendre qu’elle fait partie d’une secte sybarite, altière et mystérieuse.
- Son prénom se termine par A ?
- C’est ça. J’aime aussi beaucoup votre phrase sur l’amour qui doit être le compromis idéal entre la redondance et le rebondissement.
- Ah.
- Il y a beaucoup de phrases comme ça dans votre livre, sur lesquelles on s’arrête, mais celle-là particulièrement j’ai beaucoup aimé.
- Ah.
- Après je me suis demandé : la redondance et le rebondissement. Qu’est-ce que vous avez voulu dire par là ?
- Vous avez beaucoup aimé cette phrase ?
- Oui.
- Et bien voilà, c’est ce que j’ai voulu dire !

jeudi 15 août 2019

47

Writer’s life (47)
L’épaule nue de cette fille m’a rendu triste.
L’autre nuit, rêve merveilleux qui me replongeait au lycée Notre Dame de Verneuil avec X, dans le même genre de rapports que j’entretiens avec elle aujourd’hui. Comme si je l’avais prise par la main pour la conduire dans un décor et le contexte de mon adolescence, sans abîmer ou m’affranchir de la réalité d’aujourd’hui. J’ai dû abréger ce rêve à regret pour aller prendre le petit-déjeuner avec Léa et au final Léa n’était pas au petit-déjeuner.
L’autre jour, parmi une ribambelle d’auteurs en dédicace. Je signe à côté de Juliette et se tient à côté d’elle, donc à deux places de moi, un auteur qui avait l’air franchement sympathique jusqu’à ce qu’il intervienne pour donner un conseil à Juliette (bon, j’imagine qu’il cherchait à l’aborder d’une manière ou d’une autre). Il lui dit : « Je peux te donner un conseil ? » et sans lui laisser le temps de répondre, il attrape un des livres qui étaient devant elle et le pose à la verticale contre une pile de livres à l’horizontale, du genre : « Voilà ma petite, si tu veux que les gens s’intéressent, il faut présenter comme ça. » J’ai trouvé ça hyper condescendant et, connaissant Juliette, j’ai tout de suite compris que le mec venait de marquer - 100 000 points. C’est dommage parce qu’il avait l’air sympathique et là il se comportait comme un auteur condescendant et stupide. J’étais gêné pour sa connerie et mortifié pour Juliette parce que je savais qu’elle fulminait intérieurement. J’ai eu envie d’intervenir pour dire au type : « Je peux te donner un conseil ? Arrête de donner des conseils. » Après, avec Juliette, je crois qu’on ne lui a plus vraiment parlé. C’est un défaut que j’ai, quand je trouve que les gens se comportent comme des cons, j’ai du mal à faire des efforts par la suite.

mercredi 14 août 2019

46

Writer’s life (46)
Quand on revient à Paris après un petit bout de temps, deux certitudes : Ça pue. Ça craint. (Dans cet ordre)
Je relis au hasard des pages un peu des 37, étoiles filantes qui viennent de sortir aujourd’hui chez Pocket. J’avais oublié le passage où j’ai inventé qu’Alberto s’énerve sur son frère quand il lui dit comment s’y prendre pour embrasser les filles. Ma chute avec « échapper à cette horreur qui procure du plaisir », c’est pas mal. Et mine de rien ça recadre avec le thème de la bonne distance qui est un des motifs principaux du roman (il n’y a que dans l’amour n’est-ce pas qu’il nous est permis de trouver la bonne distance avec l’autre..et encore...) et qui est une des obsessions de Giacometti.
Je vais me préparer à une nouvelle rentrée littéraire, qu’est-ce qui m’attend cette fois ? L’année dernière, pas mal de péripéties comme cette table ronde à Morges où un auteur et un modérateur (copains de fac il parait) s’allient façon traquenard pour s’attaquer à mon livre et me font un procès en public parce que j’ai osé incarner Giacometti, ou ce journaliste de l’émission tv « Stupéfiant » qui déprogramme l’interview qu’on a tournée parce qu’au dernier moment il a changé l’angle de son sujet...
Terminé le travail d’écriture/réécriture qui m’occupait depuis plusieurs semaines. Chaque fois que je finis, une sombre mélancolie s’empare de moi. C’est comme si à l’issue de l’écriture d’un livre je ne voyais pas d’issue pour ce qui suit. Pour la vie courante.
Lu dans le Journal de Susan Sontag : “Les trois peines que j’ai purgées : mon enfance, mon mariage, l’enfance de mon enfant.” Hé bien, c’est pas la grosse marrade !

mardi 6 août 2019

45

Writer’s life (45)
Vu le merveilleux film doc vrai-faux-vrai de Scorcese sur la tournée de Dylan : Rolling Thunder. Autant je trouve son doc sur George Harrison un peu scolaire, là c’est terriblement envoûtant. Après, j’adore les chansons de cette période ou un peu avant comme : Simple twist of fate. À chaque fois qu’une fille traverse l’écran on a envie de tomber raide dingue : Scarlet Rivera, Patti Smith, Joni Mitchell. J’adore la conversation de Dylan et Joan Baez sur le mariage, si beau, et la version chambre d’hôtel de « Coyote » la chanson de Joni Mitchell, quasi à sa création. Ça me fait penser qu’il faut rechercher dans la vie les personnes qui nous font battre le coeur, dont on peut tomber raide amoureux même si ce sont des amours impossibles, secrets, ou qui n’auront jamais de souffle ensemble. La qualité de regards entre Scarlet Rivera et Dylan sur scène, c’est tellement beau. Bon après, il est très probable qu’ils aient eu une aventure, aussi.
Toute la semaine prochaine encore sur mon livre à propos des Beatles, et je rends mon texte aux éditions Le mot et le reste. Je suis heureux parce que j’arrive à une version en harmonie avec mon intention de départ. Bon, ce livre sera une tentative de lier la littérature aux chansons des Beatles et parlera de ce que je suis depuis…(j’ose même pas dire le nombre d’années).
Dans les trains, il y a toujours un moment où un mec va passer avec un porte-bébé et un bébé sur le ventre. Souvent, il obéit à une cadence bien à lui, et son visage respire la même intelligence que son bébé (s’il est suivi dans ses allées venues par une femme, c’est une fleur). Je ne sais jamais à quel moment il va apparaître, mais je sais qu’il va apparaître. Je crois que malgré moi j’ai contracté la phobie du mec qui va passer dans la voiture de train avec un bébé sur le ventre.

lundi 5 août 2019

44

Writer’s life (44)
Je termine le livre sur les Beatles. Je rends le texte def d’ici 10 jours. Aujourd’hui, après le texte sur George Harrison, j’ai écrit un texte sur ma mère qui se prénommait Michelle (comme la chanson de Paul, dans Rubber soul). Au fur et à mesure que j’écrivais je voyais se profiler la chute du texte et je me disais : « Ça y est, je vais finir en larmes », et c’est ce qui n’a pas manqué de se produire.
J’étais à un dîner l’autre soir et ça s’est mal passé. Il y avait une fille plutôt intéressante et jolie (c’est comme ça) et son mec était présent (il faisait même en sorte d’être plus que présent, de la même manière qu’il y a un plus que parfait) et je n’ai rien compris à ce qu’il faisait dans la vie sauf qu’en ce moment son truc est d’acheter des appartements pour les mettre en Airbnb. Ça s’est mal passé parce qu’il s’attendait à ce que j’approuve ce bon et juteux business, et alors j’ai dit que j’habitais Deauville et que là-bas il y avait plein de mecs comme lui qui achetaient des appartements pour les mettre en Airbnb et que je trouvais ça déprimant parce que ce n’est pas loyal de prendre les fantômes d’un lieu pour des concierges, et aussi parce que ça faisait des appartements sans livres. Le mec a pris mon intervention pour un affront personnel, devant son amoureuse de surcroît, mais j’ai dit ça sans animosité (de manière générale, je considère l’animosité comme une perte de temps, ou du lien dont on se passerait volontiers), et il a voulu se justifier sauf qu’il était incapable de trouver une photo dans son téléphone pour montrer qu’il y avait des livres dans les appartements qu’il mettait en Airbnb.
Le mec s’est lancé ensuite dans un éloge de la dématérialisation et je me suis abstenu de lui demander s’il arrivait à dématérialiser sa connerie.
Après, j’ai pensé à Holden Caulfield. Enfin, je pensais comme Holden Caulfield. Je me suis demandé toute la soirée : « Mais qu’est-ce que fout cette fille avec un mec comme ça ? (Une des questions que je me pose le + depuis mes quatorze ans), un mec dont la passion dans la vie est d’acheter des appartements pour en faire des territoires où il n’y a aucun livre. C’est vraiment un truc qui me déprime tout à fait. Pire je crois que d’avoir des livres et que des trucs épouvantables... quoique...

dimanche 4 août 2019

43

Writer’s life (43)
Je travaille comme un forcené à la réédition de mon livre sur Les Beatles prévue pour février prochain. J’ajoute plusieurs textes et clos le livre par quatre nouvelles consacrées à chacun des Beatles. J’ai écrit la nouvelle sur Paul hier, celle sur John aujourd’hui, demain George et mardi Ringo, avant de rejoindre les nocturnes littéraires pour trois jours de dédicaces dans le sud. J’aurais ensuite une courte semaine pour peaufiner l’ensemble avant d’enchaîner sur la sortie et la tournée de La petite sonneuse de cloches. Je me suis bien amusé sur la nouvelle concernant John, en pleine dispute conjugale avec sa première femme, j’essaie de lui donner le maximum de punchlines. Un peu comme je l’ai fait avec Alberto dans 37. Ce matin, j’ai trouvé un truc marrant. Il balance à Cynthia : « Je préfère une femme mariée qui a des aventures à une femme libre qui a des hésitations ». Ça me fait marrer. Et puis, bien sûr, je lie au maximum avec la petite sonneuse et mes autres projets de cette année. Développer des correspondances ou creuser des passages secrets dans tous mes projets est ce qui m’enchante le plus. De toute façon, il faut travailler pour les lecteurs qui se procurent tout ce que vous faites. C’est eux qu’il faut enchanter. Ceux qui se contentent d’un seul livre, ça n’a aucun intérêt. En tant que lecteur en tout cas, quand un auteur me plait, je ne me contente jamais d’un seul livre. Travailler sur Les Beatles me fait voir encore davantage les parallèles qui existent entre l’écriture et le travail de studio. J’écris mon texte dans une sorte d’apnée fiévreuse, d’où jaillissent des idées, un peu comme une structure rythmique, et ensuite je reprends et j’ajoute ici et là une virgule, un mot, une phrase, comme un instrument, et n’hésite pas à passer un coup de mellotron pour décoiffer une description. Je pourrais même écrire un roman comme ils ont fait " A Day in the life", écrire le début et la fin, en laissant 24 mesures vides, qui correspondraient à trois ou quatre chapitres de pages blanches à compléter par la suite. Mais la plupart du temps, quand même, j’aime écrire dans une continuité fiévreuse. Comme on se lance dans un 400 mètres haies.

vendredi 2 août 2019

42

Writer’s life (42)
Rien qui me déprime plus que les couples dans les soirées, ou alors, si, peut-être, une chose : les couples en vacances.
À Carnac, une lectrice adorable me dit : « Découvrir vos livres a été comme ouvrir une boîte de chocolats. »
Message réconfortant de Sarah à propos de La petite sonneuse qu’elle a lu en avant première la semaine dernière : « C’est un roman audacieux et rassurant. Terriblement moderne. Et tes petites pensées semées comme les cailloux du Petit Poucet sont à relire encore et encore. »
Avec Marie et Pierre, nous lisons les 81 recettes de George Perec pour constater qu’il ne s’intéressait qu’à la sole, au lapin, et au ris de veau. Ça me fait penser que j’avais écrit un poème pour une jolie blonde prénommée Dora, serveuse au Coolin, ce pub irlandais sous les arcades du Marché Saint-Germain qui a été remplacé par un Uniqlo. Il faudrait faire un livre à la Perec de tous les lieux où ont été écrits des poèmes, et qui ont été remplacés sans sommation par des chaines de magasins de fringues. Le poème disait :
Adorable Dora
Moi qui voulais du rab
Ou une liaison durable
Elle m’a posé un lapin.
Mauvaise passe avec les chauffeurs de taxi, entre celui qui raconte qu’il est un ancien cascadeur et roule comme un taré, celui qui fait des blagues graveleuses sur les femmes en s’attendant à ce que je sois complice de son rire, celui qui se dit féru de littérature et me conseille « Bagatelle pour un massacre », et celui qui se comporte comme un con et menace, dans toute sa crasse de mâle abject, la formidable Lyly qui organisait nos voyages. Résultat, je redoute de prendre le taxi avec autant de répulsion que l’avion (certes, pas pour les mêmes raisons). Il n’y a pas qu’au volant des taxis que l’on trouve des êtres déprimants. Je constate toujours avec peine et dégoût comment des écrivains fielleux, désagréables avec tout le monde lors de festivals du livre par exemple, intrigants et carriéristes, imbus d’eux-mêmes, plus autos-centrés et suceurs que des moustiques, parviennent à bluffer leur monde, à s’attirer la sympathie des libraires notamment, ou des critiques, et au final à être toujours dans les bons coups. Heureusement, nous sommes quelques uns à ne pas laisser faire.

mercredi 17 juillet 2019

41

Writer’s life (41)
« Retrouvez la fosse aux reptiles et les serpents géants », ce n’est pas une annonce pour la rentrée littéraire mais celle d’un cirque 🎪 itinérant qui passe en dessous de ma fenêtre.
Quand je passe dans les rayons d’un magasin et écoute le niveau des textes de la plupart des chansons qui sont diffusées dans les hauts parleurs, souvent cela me met en rogne contre cette industrie de la musique qui est incapable de confier les paroles des chansons aux poètes, et qui participe à l’affadissement de tout, à la vulgarité de ce monde. Je dis ça sans passéisme. Mais franchement, on a besoin d’écouter des choses captivantes. Actuelles et captivantes. Profondes et captivantes. Ça arrive rarement. Penser à écrire une nouvelle, une sorte de dystopie où les directeurs artistiques, les producteurs et certains artistes seraient jugés pour toutes les merdes qu’ils laissent passer. Une dystopie préférable.
La jolie surprise de Marc au JT de France 2. Tout de suite j’ai pensé à ma maman, je veux dire elle aurait été tellement fière et heureuse d’entendre ça. Tout le monde me dit : « C’est génial parce qu’on voyait que Marc est hyper sincère, que ça partait du coeur » et c’est sans doute pour ça que j’ai pensé à ma maman tout de suite. Face aux mots de Marc, je me suis retrouvé comme avec un cadeau merveilleux entre les bras et je voulais lui apporter mais il n’y avait plus de destination.
Je travaille tout le temps. Des projets, des idées, la nécessité d’écrire. Pourtant je reste tributaire d’un succès qui n’arrive pas. Je veux dire, à une échelle qui me permette + de liberté dans le travail. Nous sommes dans une société qui ne prête qu’aux riches. Si demain j’ai envie de faire un spectacle, une comédie musicale, ou un film avec « 37, étoiles filantes », « L’appel de Portobello Road », une série avec « Pagaille monstre » par exemple, ça va être la croix et la bannière. Si j’obtient une grande notoriété ou ai un succès de dingue, ce sera tellement plus facile. Enfin, c’est ce que je pense. Et ce que j’expérimente aussi. On ne prête qu’aux riches. Après, n’est-ce pas une vue de l’esprit parce que je visite parfois le succès en touriste, alors j’embellis les choses comme on tombe dingue amoureux d’une ville où on a mis les pieds une toute petite semaine dans son existence ?

mardi 9 juillet 2019

40

Writer’s life (40)
J’entame les interviews et les entretiens pour La petite sonneuse de cloches & la rentrée littéraire. Premiers échos sur les exemplaires presse qui ont été envoyés. Dans les locaux de Web tv culture, je croise Emmanuelle qui me dit de jolies choses sur mon roman. Elle me dit aussi : “Je le trouve + fouillé que le précédent.” Je mime l’apoplexie : “Comment ça + fouillis ?” “Mais non Jérôme, + fouillé !” Je m’en amuse : “Ouf, tu m’as fait peur. Parfois, ça se joue à une lettre”. Elle me dit qu’il faut que je sois rassuré, que je vais avoir une belle rentrée. “Ah, très bien dis-je, je vais arrêter d’avoir mal au dos alors”.
Séance photo et interview pour La Fringale Culturelle. Céline, la photographe, me demande de prendre une pause à la “Usual suspects.” “Ah mais non, je n’ai pas du tout envie d’être suspect et pas trop envie d’être usual”. Sur une autre photo, elle prétend que je ressemble à Sean Penn. Je regarde la photo et dis : “Euh...à Sean Peigne, alors.” Bref, le mec intenable pendant une séance photo, c’est moi. Les interviews commencent donc pour le grand bal de la rentrée. Il faudrait voir ce grand bal aussi de manière artistique, à la Warhol, dresser des listes, des palmarès. Le palmarès des questions les plus pertinentes qui me seront posées, le palmarès des belles surprises, le palmarès des primo-romancières qui pensent être Françoise Sagan, le palmarès des auteurs dont la tête ne passe plus les portes, le palmarès des ambitieux et des rapprochements (dans les trains), le palmarès du storytelling, le palmarès des libraires qui mettront mon livre en évidence, le palmarès des librairies où mon livre sera en 1 exemplaire caché dans un coin inaccessible, le palmarès des beaux romans indomptés, le palmarès des rencontres parfaites, le palmarès des mots doux, le palmarès des déclarations d’amour, le palmarès de ceux qui continueront à ignorer voire mépriser mon travail, bref c’est comme dans la vie, la seule manière de ne pas se brûler ou s’apitoyer est de voir les choses de manière cool et artistique. Ce qui n’a jamais empêché non plus la lucidité.

dimanche 7 juillet 2019

39

Writer’s life (39)
Pas de répit, je m’aperçois que je n’ai jamais pris de vacances depuis mes 17 ans (tout un mois de juillet aux USA. En avril de cette année-là, mes parents me demandent : où veux-tu partir cette année pour les grandes vacances ? J’étais amoureux d’une fille qui s’appelait Virginie, j’ai donc répondu : en Virginie.)
Jeudi j’ai écrit en une journée les 14 pages d’un nouveau script, un traitement pour le prochain film de MHM, je dois peaufiner des textes de chansons, un nouveau projet jeunesse hyper emballant, mais ces prochains jours je dois m’atteler à retoucher mon livre sur les Beatles, ou plutôt inspiré des chansons des Beatles, qui ressortira en début d’année prochaine aux Éditions Le Mot et le Reste. C’était en 2007, je venais de sortir mon premier roman, Yves Jolivet me contacte parce qu’il aimerait lancer une collection où des écrivains/auteurs racontent de manière intime leur rapport à un groupe de musique. J’ai tout de suite choisi les Beatles et imaginé faire un livre à la Richard Brautigan composé de petites nouvelles et de courts poèmes autour de leurs chansons. J’avais choisi pour titre « Le rouge et le bleu » qui fait référence aux deux albums emblématiques de compilation, et ce qui m’amusait aussi dans ce titre c’est que « Le rouge et le noir » est le deuxième livre de Stendhal. Je trouvais donc réjouissant que mon deuxième livre soit : « Le rouge et le bleu ». Oui, je m’amuse assez bien tout seul. Je dois rendre la nouvelle mouture, actualisée et augmentée, pour la mi-août. J’aimerais proposer, si tout va bien, un tiers de textes inédits par rapport à la version originale de 2007. En ce début de semaine, je commence aussi les interviews pour La petite sonneuse de cloches. C’est drôle comme mon prochain roman fait son chemin en moi, s’affine encore, même après son écriture. Chaque fois que j’en parle, je découvre une nouvelle façon d’en parler. Et où que je sois, il y a une partie de moi qui continue à être ce jeune Chateaubriand dépecé de tout qui marche dans les rues de Londres. Donc pas de vacances, pas de répit, et beaucoup de choses simultanées et stimulantes : stimultamulantes, en somme. Le + important est de : garder intactes la vitalité et la grâce de l’inspiration. Tenter de frapper fort et juste à chaque fois. Sur chaque projet.
Au sujet des Beatles, il y a le film de Richard Curtis et Dany Boyle qui a l’air épatant. J’aime beaucoup voir les gens s’extasier sur le pitch sauf que si vous proposez un truc comme ça en France : « Suite à un accident, un jeune homme se réveille dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé » vous risquez de vous prendre dans la figure des « ce n’est pas réaliste », «pas crédible » etc. etc. En France, la plupart des producteurs semblent tellement attachés à ce qu’un scénario puisse être jugé crédible par TOUTE LA FAMILLE, que ça en devient démoralisant. Les rares retours de cinéma que j’ai eu pour tenter de faire adapter L’appel de Portobello Road étaient sur un registre identique : « Ce serait bien qu’il ait vraiment une sœur », « À la fin il devrait retrouver sa sœur réelle » etc. À chaque fois qu’on me sollicite sur des projets cinéma, j’ai envie de leur dire : « Bien sûr que ce n’est pas crédible, c’est de la fiction, pas du documentaire ! » et au final, la plupart du temps, je jette l’éponge, je me désiste en ayant l’impression de m’être libéré d’un poids énorme, et je reviens au roman où je me sens + libre. Même si dans la littérature actuelle, il y a quand même une tendance à récompenser ce qui est de l’ordre du témoignage, du doc, du fait de société, du fait divers, drame familial, etc. Ceux comme moi qui écrivent des romans, disons, d’imagination, doivent ramer + que les autres pour accéder à une certaine crédibilité, pour qu’on ne les juge pas trop fantaisistes. Mais l’important est de ne pas succomber aux sirènes du moment ni de trop s’en atterrer, l’important est de tenir la longueur et de faire des choses qui déjà sont crédibles pour soi.

jeudi 4 juillet 2019

38

Writer’s life (38)
Dans les sections commentaires des réseaux sociaux, les types qui interviennent uniquement pour faire leur intéressant. Ça me déprime.
J’ai adoré cet échange avec Stéphanie (C), je lui dis : « Je suis dingue de toi depuis toujours. » Et elle me répond : « Moi aussi je suis dingue de toi. Depuis tout à l’heure. »
Ils ont mis un piano dans le magasin Carrefour de Deauville. Et il y a une jeune femme qui s’est mise à jouer une mélodie très belle. Tous les gens qui faisaient la queue aux caisses ont incliné leurs têtes vers le piano, la plupart ne l’avaient pas vu en entrant, une des caissières à dit : « J’adore quand quelqu’un joue du piano. » C’était un moment très poétique au milieu d’un temple de la consommation. Je crois que c’est ça, la poésie : déshabiller les choses de leur valeur marchande, décoller l’étiquette sur le front des gens, et aussi, parfois ce n’est que ça : atteindre des bras qui s’échappent toujours.
Ma deuxième rentrée littéraire approche à grands pas avec “La petite sonneuse de cloches”. L’aventure de la sortie d’un livre, après l’aventure qui a consisté à l’écrire. C’est un tome 2 en soi.
Game of thrones. Quand je lui fais part de ma déception de la relation de la reine des dragons avec Jorah Mormont, Juliette me dit (avec juste raison) : « On emballe pas un mec parce qu’il est gentil. Est-ce que les mecs feraient ça ? »

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...