mercredi 11 mai 2022

217

 Ce serait bien qu’il y ait chaque année un mercato des autrices et des auteurs comme il y en a un pour les footballeurs. Il y aurait le You’ll never walk alone puis des stades entiers qui se mettraient à lire. Bon, déjà, s’il y avait comme pour les musiciens, un droit à l’intermittence, ce serait une avancée considérable. Une avancée considérable sur le rien.

Toujours sur les routes pour « L’âge des amours égoïstes ». Depuis sa sortie, peu de récompenses visibles pour mon roman, mais si l’on voit les choses dans une optique dylanienne, je suppose que la récompense c’est la route.
J’ai entendu une fille dire à une autre à propos d’une troisième : «Elle a l’envergure d’une DRH, c’est à dire d’une menteuse manipulatrice ». Je ne sais pas du tout pourquoi cette phrase m’a marqué et pour quelle raison j’ai eu envie de la noter. L’impact de la fille plutôt que celui de la phrase. En tout cas, pas pour la mettre dans un livre. Je pense qu’on commence à devenir une autrice ou un auteur quand on arrive à identifier les phrases (et les gens) qu’on n’a pas du tout envie de mettre dans ses livres.
L’autre jour, à une table du restaurant où nous dinions à plusieurs, une fille aux cheveux extraordinaires. Chaque fois qu’il y a une fille aux cheveux extraordinaires, je me love dans un état de sidération et laisse les personnes autour de moi se perdre dans des conversations échevelées. Sandra me dit : « C’est un reste de soirée, un reste de préparation, c’est là où les cheveux sont les plus beaux. Le lendemain. Tu te remaquilles, mais tes cheveux restent pareil. »
Travail sur les dernières retouches du livre qui sort fin septembre. Je fais le deuil de certaines idées qui m’animent, certaines phrases, pour ne pas leur trouver une place artificielle. Je pourrais toujours ajouter des tas de choses à des livres. Problématique de peintre. Il y a une date butoir qui fixe l’histoire et c’est tant mieux. Comme dans une histoire d’amour, souvent.

mardi 26 avril 2022

216

 Writer’s life (216)

Cette haute fille au pull nuage qui est descendu dans la campagne de Meuse TGV. Win Wenders fait des films pour moins que ça.
Hey Monsieur Gallimard, c’est bien joli de publier la correspondance de François Truffaut avec des écrivains, mais ce qui nous intéresse vraiment c’est sa correspondance amoureuse.
Dans un festival du livre deux médecins (qui publient des livres) se foutent de moi parce que je porte un masque. « Ça ne protège que les hypocondriaques, voire ça protège encore mieux les paranoïaques ! ». Ok, les gars. Je les ai écoutés se gausser et ne leur ai pas fait le plaisir de me démasquer devant eux. De toute façon, il n’y a que dans mes romans que j’avance à visage découvert.
J’alpague Baptiste (Beaulieu) parce que je suis patraque depuis trois semaines, calculs rénaux et lymphocytes en fuite pour parler de manière truffaldienne. Baptiste regarde mes analyses de sang entre deux dédicaces de ses romans et me rassure, ce qui me redonne un shoot de bien être et d’adrénaline. Baptiste me sauve la vie car planning encore bien intense, aux quatre coins de la France, pour les deux prochains mois.
J’affine des textes de chansons et fais des premiers essais de voix. Pas mal de trucs en cours, il faut aussi que je trouve un deal éditorial pour le projet d’album jeunesse que j’ai envoyé à Fred.
Les annonces dans les trains pour dire qu’ils avancent à vitesse réduite, chaque fois j’ai l’impression que c’est un commentaire personnel, je voudrais que ça aille + vite, que mon travail reçoive + d’impact, + d’éclat, + d’immédiateté + de rayonnement mais toujours l’impression d’avancer à vitesse réduite.

jeudi 21 avril 2022

215

 L’innombrable et singulière beauté de cette fille qui déambule à 13h30 rue de Rivoli, ses pointes de cheveux de la même couleur que celles des grilles qui mènent à la cour carrée du Louvre.

Je rachète pour la énième fois Les Vagues de Virginia Woolf en poche dans la traduction de Marguerite Yourcenar, pour affronter les transports, les rues, et toutes ces sensations, ces fragments de jambes et de visages qui s’offrent au beau soleil de printemps.
L’autre jour dans une rencontre (littéraire) le modérateur me demande quelles sont les injonctions de mon personnage. Il avait posé la même question aux deux autrices invitées qui y avaient d’ailleurs répondu au sujet de leurs héroïnes de manière très professionnelle. Puis est arrivé mon tour et je n’ai pas osé dire que je ne comprenais pas la question, tellement aussi il me semblait être entouré de professionnels. Je ne savais pas du tout ce que cachait ce mot : injonction. J’ai bredouillé un : en fait mon héros ne répond à aucune injonction, c’est juste qu’il tombe sur une fille dans une fête, il est fasciné par son visage, sa présence, et le roman dure tant que cette fascination dure.
Autre chose dans les rencontres avec « L’âge des amours égoïstes », on me demande souvent de me positionner sur une nouvelle masculinité à l’heure de l’apogée du roman féministe. Là encore, je bredouille : Nouvelle masculinité ? Hum. déjà que je ne me retrouvais pas forcément dans l’ancienne, alors la nouvelle…
Passé le week-end de Pâques à écrire un album jeunesse dont le héros est un renard. D’après un dessin de Fred. Je lui ai envoyé mon texte.
Croisé Mathilde en coup de vent, boulevard Raspail. Elle m’envoie peu après un message très doux : « Tu avais l’air perdu dans tes pensées, j’espère qu’elles ne sont pas nuageuses ». Je lui réponds que je connais tellement le quartier que la seule façon de me perdre, c’est dans mes pensées.

mardi 12 avril 2022

213

 Avec Mélanie (Isaac) on se remémore des mots de patois wallon. Elle me parle du mot : grandiveu pour dire que quelqu’un se la raconte. Je jubile et lui dis : « Mais tu n’imagines pas le nombre de types que je rencontre qui se la racontent, c’est génial, je vais l’employer tout le temps. Il est grandiveu celui-là ! »

À Metz, lors d’une rencontre en public, Maria (Pourchet) explique que quand elle a sorti son premier roman et que inconnue pas grand monde ne venait la voir en dédicace, un auteur qui attirait beaucoup de public lui a donné ce conseil : « Si tu veux que ça fonctionne, il faut faire comme Houellebecq dans ses livres, tu mets une fellation toutes les dix pages ! ». Quand ce fut mon tour de prendre la parole j’ai dit au public que je comprenais maintenant pourquoi mon dernier roman a bien moins de succès que celui de Houellebecq sorti le même jour.
Au Gaya, rue Saint-Simon à Paris, réception en l’honneur de Valérie (Tong-Cuong) qui reçoit l’ordre de Chevalier des Arts et des Lettres. Valérie a fait un très beau discours dans lequel elle a dit : « Écrire comme un besoin de comprendre la violence du monde ». J’ai trouvé ça magnifique. C’est là où réside le courage de Valérie, et son intelligence. Moi je dirais que je n’écris pas pour comprendre la violence du monde. Au mieux pour la guérir, mais surtout pour la fuir.
Vu Philippe (Jaenada) dont j’apprécie toujours les remarques lapidaires, sensées et bienveillantes. Il me dit :« Jérôme, il est temps que tu sois pragmatique ».
Comme chaque printemps c’est le temps de la soirée du Prix de la Closerie des Lilas. Jessica m’y invite toujours. Joie d’y revoir de nombreuses amies (le féminin l’emporte, d’autant plus pour ce prix) démasquées, même si moi je porte toujours mon masque. Depuis toujours, souvent pour avancer.

jeudi 7 avril 2022

212

 Lorraine (Fouchet), dans sa grande et habituelle générosité conseille à ses lectrices d’acheter mon dernier roman. L’une d’entre elles lui rétorque : «Je viens vous voir vous car vos livres m’emmènent toujours au bord de la mer. » Lorraine la regarde et lui dit : « Peut-être, mais Jérôme vous emmènera au bord de l’amour ! »

Après un début remarqué, prometteur et fracassant, en janvier dans la liste du prix littéraire RTL/LIRE, L’âge des amours égoïstes a été boudé de façon spectaculaire (pour moi) de toutes les listes de printemps. Ce qui me rend, me laisse, assez perplexe.
L’autre jour, dans un festival, je vais voir un auteur que j’aime beaucoup pour lui dire combien j’ai trouvé un de ses livres magique. À peine s’il me formule un merci pour aussitôt me dire en désignant ses livres de la main : « Eh bien la suite est là ! ». Hum ! En fait, je me doute bien qu’il y a une suite à ce livre qui remonte à plusieurs années. Sur le moment, je n’ai pas du tout envie qu’il me dise « Eh bien la suite est là ». Je suis peut-être trop sensible, mais franchement je n’aurais jamais réagi comme ça. Peut-être aussi que la civilisation est ne pas juger les autres à l’aune des réactions que vous auriez eues à leur place ? Quoiqu’il en soit, je n’ai pas aimé ce moment, je m’en serais bien passé.
Printemps du livre de Montaigu exceptionnel, beaucoup de dédicaces en adulte et jeunesse. Il y avait une fille qui faisait la sécurité et qui était toute mignonne, elle se caillait à rester dehors à son poste qui consistait à n’ouvrir le passage qu’aux personnes munies d’un badge, alors j’ai fait le projet de lui apporter du café et des shoko-bons. Et puis je n’ai pas eu une seconde à moi de tout le samedi, beaucoup de monde, lectrices et lecteurs, et quand j’ai voulu lui apporter des shoko-bons le dimanche matin elle avait été remplacée par un type. En rentrant à Paris, j’ai appris qu’il y avait un souci avec les shoko-bons de Kinder, qu’on les retirait de la vente pour des mesures sanitaires. Alors, en quelque sorte, je me suis dit que j’avais peut-être sauvé la vie de cette fille. Sans qu’elle ne le sache jamais.

jeudi 31 mars 2022

211

 L’autre jour, en festival, un des auteurs invités s’est cassé une dent en croquant dans un Kouign-amann. Bon, je me suis bien cassé une dent il y a quelques années en croquant dans un Curly Wurly.

Je dois dire qu’en ce moment, il n’y a pas que sur les Curly Wurly que je me casse les dents.
En interview, on me demande en quoi je suis un romantique. Je réponds : Facebook par exemple. À partir du moment où on me donne le choix entre un coeur et un pouce levé, je ne suis plus de ces personnes qui vont se contenter pour réagir d’un pouce levé.
Il y a des gens que je rencontre, je parle ici d’artistes notamment, et que je ne trouve pas du tout généreux. Je m’efforce de ne pas avoir à les recroiser. Est-ce qu’on a envie de perdre son temps avec des gens pas ou peu généreux ? Non, on n’a pas envie de les recroiser. Si malgré tout il le faut, je glisse dans les obligations, j’offre des sourires polis, mais je suis ailleurs, déjà ailleurs, je ne l’affiche pas mais il ne se passe rien.
Aux Franciscaines, à Deauville, l’exposition : « Vous êtes un arbre ». Ça alors ! Ils auraient pu exposer les planches originales de Fred (Bernard) pour Alcie. Au Printemps du livre de Montaigu l’année dernière, pour le concours Prix Ouest Jeunesse, nous avions donné avec Fred le thème : « Si j’étais un arbre », et ils auraient pu aussi diffuser pendant l’exposition ma chanson : « Le jeune homme changé en arbre ». Ce qu’ils ont réalisé avec le bâtiment des Franciscaines, leur idée de médiathèque/musée, lieu de culture et de vie, est vraiment très réussi, la restauration des vitraux sur les images de la vie de Saint François d’Assise notamment, et, à l’expo, il y a cette toile incroyable de Bonnard : L’amandier en fleurs, sa dernière oeuvre, impressionnante de vie, qui infuse en moi et que je retrouve tout simplement cette après-midi dans un pommier en fleurs, en traversant le jardin des Plantes.

mardi 29 mars 2022

210

 Writerslife (210)

Au café Jeanne, à Nancy, cette fille fantastique avec un costume vert (pantalon et veste) et des Dr. Martens.
Conversation avec une amie sur les réseaux sociaux. Elle me dit s’être créée un compte Instagram et puis après deux ou trois semaines de pratique n’a été prise que de sentiments négatifs. Par exemple, elle a éprouvé de l’envie et un mélange d’échec et d’aigreur en voyant une de ses collègues poster des photos de vacances dans un hôtel et une destination qu’elle ne peut pas s’offrir. Résultat : elle a supprimé immédiatement son compte, n’ayant pas l’intention de se pourrir la vie en éprouvant ce genre de sentiments, ne faisant sans doute pas partie de ces millions de personnes masochistes.
À Binic, la plupart des élèves de CE1/CE2 des trois classes où je suis intervenu vendredi viennent me voir sur le festival avec leurs parents. Les parents d’une élève me disent : « Depuis hier, notre fille n’arrête pas d’écrire des histoires ». C’est chou !
Conversation très intéressante avec Olivier (Adam) sur la nécessité ou non - arrivé à un certain point - de se tourner vers un agent ou une agence littéraire.
J’achète à Claire (Le Roy) un sublime collage présent lors de son exposition au café librairie le Tagarin. Erwan voulait aussi l’acquérir. Quand il apprend que j’avais déjà jeté mon dévolu dessus la veille, il me le cède. Claire dit : «C’est dingue, vous avez les mêmes goûts ». Erwan rectifie : « On a tous les deux du goût, voilà ! »
J’ai (très) gentiment chahuté Jean-Claude Kauffman lors d’un débat avec Suzanna (Crossman) sur le baiser. Jean-Claude, qui est certes toujours très intéressant mais a du mal à lâcher le micro (j’en avais déjà fait l’expérience sur France Inter), parlait d’un point de vue sociologique des applications de rencontres, yada yada yada. J’ai dit : Ah, je suis certain que quand vous allez rentrer, dans le train vous allez avoir des tas de matchs à votre profil : « BG avec des belles moustaches qui sait un tas de trucs ». Grand silence de l’intéressé qui finit par dire d’un ton solennel : « Je ne vais pas rentrer par le train, je suis le local de l’étape ! »

jeudi 24 mars 2022

209

 En sortant de la supérette, une fille que j’avais déjà remarquée à l’intérieur, m’a demandé la direction du centre ville. Elle avait acheté un pack d’eau (Evian, un litre) et une paire de collants. Une longue natte de cheveux noirs, des petits yeux noirs mobiles, une grande beauté.

À Nancy, ils ont drapé la statue de Stanislas du drapeau ukrainien, plus tôt dans la journée en allant vers la Gare de l’Est une inscription sur le pavé parisien : Srebrenica 1995.
J’ai fait travailler les classes de collège que j’ai sur le projet de correspondance écrite entre des résidences autonomie et des collèges, projet initié et encadré par Le livre sur la Place, sur les valeurs morales qui nous définissent et éclairent nos choix. Quand Krystal (13 ans) a dit à Inès qu’elle la trouvait courageuse, que le courage était la valeur qui définissait le mieux sa camarade, et que Inès a rougi, a paru surprise et touchée, est un moment que je garderai longtemps avec moi.
Pas mal de déceptions et d’insatisfaction(s) en ce moment, il faut que je trouve des solutions pour avancer.
Dans le métro un jeune type vénère dit à sa copine en parlant d’un autre type (qui est la cause de sa vénéritude) : “Tout ce qu’il sait faire, c’est jouer trois accords sur sa guitare, et c’est ça qui m’a agacé ! J’avais envie de lui dire : Ferme ta gueule Francis Cabrel !” Je me permets d’intervenir en disant : “Pardonnez-moi mais je connais personnellement Francis Cabrel, et en fait il connaît + de trois accords de guitare.”

mardi 22 mars 2022

208

 Writer’s life (208)

Au salon du livre de Bondues, Dominique me parle de mes writerslife et m’encourage à les reprendre/poursuivre. Dans le métro les gens ont l’air crevé, deux ans de pandémie puis la guerre en Europe et la confrontation permanente avec la brutalité. J’essaie tant bien que mal de continuer à faire du surf, dans la ligne 6 et dans la vie (vague de regrets (les plus petites), vagues de hauts le coeur, vagues de sentiments et d’émotions, de souvenirs et d’apparitions). Très beau salon du livre de Bondues, logé dans un hôtel avec vue sur l’aérodrome ; joie de revoir Jérôme, Jean-François et Franck du Furet du Nord, l’amitié avec Jérôme depuis La Griffe Noire ; la campagne du nord et les maisons en brique, panorama intime, le décor de mes vacances d’enfant en Belgique qui me remplissent d’une sorte de mélancolie vivifiante (et aussi, bien sûr, de l’inaltérable tristesse des paradis perdus)
Dans le train du retour, conversation très intéressante avec Silvana : elle me dit que pour un artiste il y a trois étapes de rencontres : la personne qui va te découvrir, la personne qui va te stabiliser, et la personne qui va te faire émerger. Selon Silvana, ce sont trois personnes différentes.
J’achète chez Smith & Sons (anciennement W.H. Smith) rue de Rivoli le Journal de Patricia Highsmith. J’ouvre une page au hasard, la première phrase sur laquelle je tombe est : “As long as beautiful women exist, who can be really depressed?”

samedi 5 mars 2022

207


Ma mère est née en 1926, à Liège. Elle a donc à peine quatorze ans quand les nazis décident de déverser leurs bombes sur sa tête puis d’envahir la Belgique. De la guerre, elle ne m’a pas raconté grand chose, à part l’exode vers la France (sous les bombes), et que c’était atroce et qu’elle en gardait à jamais le dégoût et l’effroi des sirènes d’alerte, mais je crois qu’elle avait un tempérament à franchir les épreuves les plus dures, un tempérament que j’ai donné à la mère de Tommy Bratford dans les Jonquilles de Green Park, mon roman qui se passe aussi en 1940. J’y ai ajouté également un souvenir personnel. Des souvenirs de cette période, il y en a un qui faisait bien rire ma mère et ses trois soeurs. Après les déjeuners de famille dans la maison de Gibecq, pendant que les hommes étaient au salon, fumant des cigarettes, essayant de se raconter des trucs sans rien avoir en commun, le petit garçon que j’étais restait dans la cuisine avec les quatre filles, ma mère et ses trois soeurs, et aidait à essuyer la vaisselle en évoluant dans leur compagnie. Pour se taper des barres de rires, elles n’arrêtaient pas de se remémorer une chose : pendant les bombardements intempestifs des nazis, quand il fallait descendre se protéger, une de mes tantes passait toujours sa tête dans la cave du voisin l’estimant plus solide, mieux à même de parer les obus. Juste la tête, le corps restant dans l’autre partie des caves. À chaque fois ce souvenir faisait rire les quatre sœurs. Évidemment j’ai mis cette anecdote dans Les jonquilles de Green Park. J’essaye toujours que mes livres soient le plus intime possible, j’y égrène (dissémine sans doute par pudeur) des sentiments et des souvenirs. C’est ça qui en fait, sinon des livres valeureux, du moins de la valeur à mes yeux.

#writerslife 

lundi 3 janvier 2022

206

Writerslife (206)
Finalement, je crois que mon coeur penche toujours vers les personnes qui n’ont pas besoin de la faveur ou de l’approbation des foules pour exister.
Je n’arrive pas à me faire à l’idée que je ne verrais plus Jean-Paul (Didierlaurent) l’été prochain, pendant les nocturnes littéraires en Morbihan. Cela dépasse mon entendement, me tracasse tous les jours. Et puis, dans cette famille à courants d’airs des écrivains, il n’est pas si fréquent de trouver des personnes avec lesquelles s’établit tout de suite une entente malicieuse et spontanée, une intelligence, une complicité naturelle, à mille lieues de toute posture.
En rentrant de la journée SP fin décembre, j’ai le roman avec moi et je me dis : Mince, c’est un livre qui continue à souffrir alors que je le tiens dans les mains. Enfin je veux dire, pas vraiment souffrir mais palpiter, son coeur bat encore, rouge après l’écriture.
Je dis à une journaliste que mon vrai souhait est d’écrire des livres qu’on a envie d’emporter avec soi, et dont parfois on retarde un peu l’avancée de la lecture, pour le bonheur d’y revenir, le garder le + longtemps possible près de soi. Un peu comme on écoutait un disque autrefois. Dans mon journal de 2004, je retrouve un mot d’une spectatrice d’un de mes concerts qui m’avait écrit : « On se sentait un peu intouchable par le monde extérieur, à tes côtés ». Eh bien, c’est exactement ce que j’aimerais faire avec les livres.
Charlotte a raconté à Sandrine qu’elle se souviendra toujours que quand je lui ai envoyé mes ultimes corrections pour « L’âge des amour égoïstes », elle a été frappée par cette demande : Page 178 : Pour + d’intensité, je changerai le « Bien sûr », par un « Oui »
En fait, ce changement était si capital pour moi que je n’en ai pas dormi de la nuit, j’étais dans l’impatience de sa confirmation, j’avais peur que Charlotte n’ouvre pas assez rapidement son mail, que le livre soit déjà parti à l’imprimerie, que ce « bien sûr » reste pour toujours entre les pages, j’en aurais été malade, inconsolable, anéanti. Changer ce « Bien sûr » pour un « oui » a été pour moi, au bord de voir le livre prendre sa forme définitive, plus crucial que tout. Bien sûr. Oui.

#writerslife 

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...