mercredi 20 mai 2020

115

Writer’s life (115)
Patauds, oublieux d’eux mêmes, se prenant pour les rois du monde (ou du trottoir), inconscients du danger qu’ils peuvent faire subir aux autres…est-ce que la période actuelle me rend + sensible au comportement de nombre de mes contemporains, ou bien ai-toujours trouvé que beaucoup de personnes ne savaient pas se tenir ?
Si j’avais du temps à perdre j’appellerais toutes les sociétés qui m’envoient mails et textos pour célébrer la fête des mères, dans le genre «Trouvez le cadeau pour la combler de bonheur », pour leur dire : « Vous m’avez envoyé un mail, mais il doit y avoir erreur, ma mère est morte depuis six ans. » Ce serait une démarche assez surréaliste et drôle, si je puis dire.
Je travaille sur mon prochain roman à la manière de ce que je dis/montre/imagine de Giacometti dans 37, étoiles filantes. Parfois il travaillait avec modèle, parfois sans modèle. Disons que les périodes de confinement où le mouvement, les entailles, les apparitions, les éclaircies, telle rencontre tel sourire tel sentiment ne sont plus permis, s’apparenterait à travailler reclus dans un atelier. Dans les périodes où il travaillait sans modèle, il travaillait d’après souvenir. Mais quoi qu’il en soit, à chaque fois, le véritable effort était d’accorder sa vision, ce qu’il avait en tête au résultat qui se déployait devant lui, devant ses mains. Présence du modèle ou pas. Tout ceci m’intéresse tellement, c’est l’un des sujets de 37, étoiles filantes. Et un sujet qui apparaît chaque fois que je travaille : réduire la distance entre ce à quoi j’aimerais arriver et ce qui arrive. C’est quelque chose qu’on aimerait aussi, bien volontiers, pour la vie de tous les jours. Mais évidemment, cela se fait de manière moins harmonieuse que dans le travail, dans l’espace et le territoire rêvé du livre, car dans la vie de tous les jours il faut subir les obstacles de tout désir, les remontrances du hasard et les caprices du vent.
Je ramasse un bout de verre pour ne pas qu’un enfant se blesse, et quand je me relève une (très) jolie fille passe devant moi. Serait-elle apparue si je ne m’étais pas b(l)aissé ?

jeudi 14 mai 2020

114

Writer’s life (114) J’adore la phrase de Lemony Snicket qui dit qu’un livre est comme la bouche d’un alligator, et que si vous en voyez un ouvert il y a de très fortes chances pour que vous finissiez par disparaître à l’intérieur. C’est une très bonne façon de concevoir les livres, à la fois pour le lecteur et pour l’écrivain. Gilles de la librairie Le Marque Page m’a envoyé un très beau livre de Jacques Poulin, seule lecture qui m’a donné un peu d’espoir pendant ce confinement et, après Aurélie de la librairie La Pléiade, Brigitte, Frédéric et d’autres libraires, je reçois ce matin un message adorable de Florence et Alexandre de la librairie PortMaria à Quiberon qui me disent simplement que leur librairie à réouvert aujourd’hui et qu’ils vont se faire un plaisir de défendre mes livres. C’est merveilleux ce lien entre les libraires et les auteurs, je trouve que ça redonne beaucoup d’espoir, au même titre que la fidélité des lectrices et des lecteurs, ça empêche de tomber parfois dans le terrier du lapin d’Alice où on a la sensation que tout ce qu’on fait ne produit que de l’incompréhension ou de l’incohérence. Marie-Hélène pense que cette période va sonner l’alerte chez les médias, qu’ils vont se rendre compte qu’ils invitent toujours les mêmes têtes, et que faute des traditionnels people qui font la circulation aux heures de pointe (notamment en l’absence de promos pour les sorties ciné ou théâtre), ils vont devoir sans doute se tourner vers davantage d’écrivains et vers des personnes qui sont moins exposées. Hum. J’aimerais que ce soit vrai mais suis moins optimiste. Quoiqu’il en soit, elle me dit que c’est un vrai sujet (elle a lu notamment que Tatiana l’avait abordé dans une interview) et que je devrais me faire porte-parole en quelque sorte de tous ces créateurs qui travaillent tout le temps et qui, pourtant, faute d’un éclairage à la hauteur, restent assez marginaux. D’habitude, toutes les choses qui me manquent dans ce qui arrive, je les mets dans l’écriture du livre en cours. En ce moment rien n’arrive, et donc l’écriture devient le territoire d’un manque encore plus abondant, si je puis dire. Une déflagration de manque qui donne à mes personnages la mélancolie pour colonne vertébrale. #writerslife

dimanche 10 mai 2020

113

Writer’s life (113)
Interview de Tatiana dans le JDD qui déclare que « se confiner a été comme un deuil », et qui parle de la situation difficile des auteurs. Je trouve ça très juste, cette idée de deuil soudain. Je dirai aussi que le confinement a pu être vécu par certains comme une avant-première de la mort, une sorte de pilote, dans le sens où nous avons dû endurer l’interruption soudaine de tout ce que nous aimons, qui nous fait nous sentir vivant, les rencontres, les bonheurs fragiles, l’entourage mouvant, les habitudes prises avec une telle ou tel autre ainsi que des pierres précieuses dans le grand bla-bla inutile des quotidiens, et pour chacun d’entre nous certainement un style de vie patiemment et hautement conquis.
Sarah me disait l’autre jour que pour le gouvernement un artiste c’est un intermittent du spectacle et point barre. Que les gouvernements ne comprennent pas qu’il peut y avoir des artistes qui ne rentrent pas dans le cadre : intermittents du spectacle. De toute façon c’est compliqué car souvent ne pas rentrer dans le cadre est ce qui différencie les artistes des faiseurs. Ça m’a fait penser à cette déclaration du peintre Francis Bacon sur le cinéaste Eseinstein : "Ses ennuis ont été considérables et c'est cela, au cinéma, que je n'aurais pas pu faire : Être obligé de dépenser tant d’énergie seulement pour parvenir à réunir les conditions matérielles de la création. Il faut déjà tellement se bagarrer avec ce que l'on fait, alors chercher de l'argent, lutter pour cela..." Derrière l’indéniable vérité (mieux que la vérité, la justesse) du propos, ce qui me plait dans la phrase de Bacon, c’est : « Il faut déjà tellement se bagarrer avec ce que l’on fait », je trouve ça très beau, très revigorant. J’ai l’impression que se lancer dans l’écriture d’un roman ce n’est que ça. Rejoindre une bagarre qui n’aurait pas pu se faire sans nous. Où tous les coups sont permis, un jour on en donne, un jour on en prend, on peut en sortir complètement K.O., et ceux qui pensent s’en tirer victorieux et intacts n’ont participé que de très loin au combat qui se jouait. Aux premières lignes et à chaque ligne.

samedi 9 mai 2020

112

Writer’s life (112) Trois semaines que je me réveille toutes les nuits avec des douleurs atroces dans le bras (chute dans l’escalier). Je n’ai pas voulu encombrer les urgences et pense que je n’ai rien de cassé du moment que j’arrive à jouer Moon River au piano (c’est mon test), mais j’irai quand même voir un ostéopathe cette semaine si cela persiste. Rêvé que j’allais chez le chanteur Christophe qui habitait sur une île. Un rêve avec une super péripétie finale (que je vais sans doute mettre dans un de mes projets en cours) (Alcie 3 ?) Rien à voir donc avec le moment passé ensemble à Londres aux Olympic Studios. J’ai retrouvé ce que j’en avais écrit dans mon Journal de janvier 2008 : «Londres. Soirée hors du temps, comme si j’étais dans l’atelier d’un peintre. Nous avons d’ailleurs souvent évoqué Giacometti et Egon Schiele dans nos conversations au cours de la nuit. » C’est drôle de savoir que dix ans plus tard j’écrirai un roman : 37, étoiles filantes, dont le héros est Giacometti. Est-ce qu’il me travaillait déjà ? J’aurais voulu noter ou me souvenir de ce que Christophe en avait à dire. Le lendemain, dans mon Journal : «13h. Sheperd’s Bush station, long échange de regards avec une jeune anglaise, blonde à frange, parfaitement sublime. » Je me souviens de ce moment parce que je devais écrire sur une mélodie de Pierre qui avait posé quelques paroles et c’était une histoire de tournesols ou je ne sais quoi, et il y a cette anglaise qui attend comme moi à la station de métro (elle que la nuit tombe et moi que Christophe se lève), il se met à pleuvoir, on reste l’un et l’autre malgré la pluie, et j’écris ce texte : « Deux sous la pluie », et j’appelle Pierre pour lui demander : « Tu y tiens vraiment à ton truc de tournesols parce que j’essaierais bien tout autre chose ? » Samedi après-midi. La première personne que je vois lors de mon heure de promenade quotidienne est un quarantenaire décontracté qui pisse contre une palissade. Finalement, confinement ou déconfinement, quand on y réfléchit deux minutes, peu de gens sont sortables. #writerslife

vendredi 8 mai 2020

111

Writer’s life (111) J’envie - façon de parler, l’envie n’est pas un sentiment qui m’intéresse - les personnes qui ont été créatives pendant cette période. Je suis dans le camp de celles et de ceux que ça a complètement anéanti, empêché, démoralisé. Je ne me souviens pas avoir été autant empêché, brûlant d’incapacité. Bonheur de recevoir la totalité des dessins de Fred pour la suite d’Alcie qui sortira le 12 novembre. Ce lancement fichu du premier tome le 12 mars est une des choses dont je n’arrive pas à guérir, toute cette impatience, ce travail pendant des semaines et des mois qui a été stoppé net. Ça rejoint la liste des choses inguérissables (si je dois faire une liste, comme Tommy Bradford, mon héros des Jonquilles de Green Park, des + et des - de chaque journée). Je crois que les choses dont on guérit sont quand même plus nombreuses que les choses inguérissables, et c’est peut-être, en cela, que réside la véritable tristesse. J’ai guéri à tant de moments que je trouvais insurmontables sur le moment que j’en ai des hauts le coeur quand j’y pense. Il y a cette affaire avec cet auteur spécialiste des serial killers qui est un imposteur et à qui les médias et les acteurs du livre en France ont déroulé le tapis rouge pendant des années. Bon, c’est pas la première ni la dernière fois qu’un tapis rouge est déroulé à un imposteur (surtout en littérature). Pour ma part, j’ai eu affaire à lui une fois en salon du livre, je me suis retrouvé à sa table pour dîner et je l’ai trouvé très compétent. Il a pris la parole tout du long, ne s’est intéressé à personne d’autre qu’à lui et nous a abreuvé de ses histoires plus écoeurantes les unes que les autres. Bon appétit. Je me suis senti pris au piège, en otage, kidnappé, pieds et poings liés dans sa sérial mégalomanie, ma déjà bien faible tolérance envers ceux qui prennent la parole à tout bout de champ et qui font leur cirque, dépecée, coupée en morceaux. Donc, plutôt compétent, au final. #writerslife

mercredi 29 avril 2020

110

Writer’s life (110) La mort de Robert Herbin. Je me revois chez ma grand-mère paternelle, à la Garenne-Colombes, avec un album de vignettes Panini, essayant de compléter l’équipe de Saint-Etienne. Et regardant un épisode de Goldorak ou d’Albator, avant que mon père vienne me récupérer pour me ramener à la maison. Ma grand-mère possédait dans son armoire à pharmacie des flacons d’eau de rose. Je ne me souviens pas de rapports spécialement complices (mais j’étais tout petit) avec aucun de mes grands-parents. Ils s’occupaient de moi, faisaient le job, sans effusion. Je me connecte ici ou là pour mettre des petits mots à des amies dont je sens la détresse, ou prendre des nouvelles (en douce / avec douceur), mais de voir tous ces gens qui font la morale, donnent des leçons, ça finit par me démoraliser. C’est comme l’autre jour, je reçois une publicité pour un magazine culturel qui se targue de faire un article sur ses déceptions. C’est une drôle de réclame. Et quel intérêt d’ajouter un sentiment de déception à la période ? Dans les films qu’il pointe du doigt, il y a : The shape of the water, une merveille que j’adore. Et je commence à lire l’article qui est dans le genre critique ironique qui se promet d’être subtile pour se dédouaner de la destruction d’une oeuvre. Bon, ça me désole mais ce qui me désole avant toute chose c’est : pourquoi m’envoyer une publicité qui est contente de détruire un film que j’adore ? Il y a des gens qui sont toujours contents de saper le moral de personnes qui n’ont rien demandé. En règle générale, je suis toujours étonné par la facilité avec laquelle certaines personnes sont contentes d’elles-mêmes. En ce moment, j’aimerais bien : du courage pour tout ce que je voudrais faire. Et reprendre la vie que j’aime. Tout ce que j’aime est à l’arrêt. En suspension. Mon style de vie, en rupture de stock. Par exemple, une des choses que je préfère au monde : Faire territoire avec une fille qui me plait, en la laissant boire dans mon verre comme si nous étions frère et soeur, ou partageant une assiette pour deux dans une fête, au milieu d’une assemblée à la fois indifférente et propice et à ce genre de rapprochement. C’est la vie que j’aime. Mes mauvaises habitudes. C’est comme ça. #writerslife

mercredi 22 avril 2020

109

Writer’s life (109) Sans doute pour vérifier qu’il est dangereux de voyager verticalement, une pile de livres dans une main une tasse de thé dans l’autre, j’ai fait un vol plané dans le petit escalier qui conduit à la mezzanine où est situé mon bureau de travail. Des faux mouvements pour me récupérer, et me voilà dans une situation assez douloureuse qui va de la main à l’épaule droites. Tout de suite j’en ai profité pour me dire que c’était l’occasion pour travailler sur les passages les plus « douloureux » de mon roman en cours. La morale de cette histoire est qu’il est plus dangereux pour un type qui écrit de rester chez soi que de courir le monde (du moins la France) comme je le fais avec mes livres depuis plusieurs années. Et qu’il vaut mieux soigner ses chutes avant que la chute vous surprenne. Moral assez bas. J’accuse le contrecoup de tous les événements pour lesquels j’avais travaillé ardemment et qui se sont annulés. Et je m’en veux d’être si lent alors que d’habitude mon imagination fuse et mon ardeur s’attèle à divers projets. Depuis un mois, il me semble que je suis dans un rythme délétère, je n’arrive pas à travailler sur plusieurs choses à la fois avec satisfaction (du moins un minimum pour avancer, n’ai pas le courage de répondre à mon courrier, et fais des vols planés dès que j’ai dans les mains deux de mes grandes passions (les livres et le thé), je laisse comme dans Alcie des pointillés pour une troisième… Je me désespère de n’être pas aussi alerte que d’habitude et pourtant en un mois j’ai écrit 30000 mots d’un prochain roman, quasiment toute la charpente, mais ce qui m’agace c’est que je ne veux pas le nourrir de nostalgie (en fait je n’ai pas du tout un tempérament nostalgique), je veux des moments neufs et vivants pour le faire vibrer de l’intérieur, pas envie que ce soit un livre de confinement (beurk), alors je guette avec impatience le retour de l’effervescence pour peupler ce livre de moments spectaculaires, je veux dire spectaculaires intimement. Les plages sont toujours interdites, mais en me promenant j’entends la rumeur des vagues qui ronronnent au loin comme un chat, et quand je m’approche, derrière une rangée d’arbres, j’aperçois la mer par effraction. #writerslife

samedi 18 avril 2020

108

Writer’s life (108) Le 19 avril est dorénavant un jour particulier pour moi : jour de naissance de mon père, jour de la mort de ma mère. Ça fait six ans aujourd’hui. C’est tellement particulier. Comme je suis fils unique, je pense que je n’ai vraiment personne à qui parler de ça, en dehors de l’écriture. Seule l’écriture peut me rattacher en compréhension à ce que je ressens, et aux autres qui, bien sûr, ne peuvent pas exactement approcher ce que je ressens. J’ai conservé toutes les lettres que ma mère avait elle-même conservé tout au long de sa vie, même celles où il était pourtant indiqué à la fin : «Je te demande de brûler cette lettre après que tu l’auras lue ». À 20 ans, elle se marie au comte de Noidan, devient comtesse en quelque sorte, vit dans un château au fin fond des Ardennes belges et devient veuve quatre ans plus tard. Je trouve aujourd’hui la lettre qui fait état de la mort de son premier mari. Ça me fait drôle de me dire que je dois mon existence à un coup de fusil parti par accident (hum) un dimanche tranquille avant la chasse. Et en même temps, je n’en sais rien. Peut-être que ma mère en aurait eu marre de ce mariage et du comte, en fin de compte, et qu’elle serait allée chercher mon père là où elle devrait le rencontrer bien des années et des aventures + tard. Qui sait réellement pourquoi et comment les choses se passent ? À nouveau, on ne peut peut-être approcher le sens de tout ça que par l’écriture..

vendredi 17 avril 2020

107

Writer’s life (107)

Il pleut des cordes où je suis, de chaudes larmes de printemps, et les réseaux sociaux sont ce matin un champ d’étoiles à la mémoire du chanteur Christophe. Il y a une dizaine d’années, il m’avait fait venir à Londres où il travaillait sur un album, après avoir écouté une chanson de Marie Amélie Seigner : « On se regardait » et après que Marie Amélie lui ait parlé de moi. Il voulait qu’on travaille ensemble. En arrivant, il m’a fait écouter sur quoi il travaillait. L’album devait sortir dans deux mois et il n’avait aucun texte. Que des yaourts avec sa voix si emblématique. J’étais prêt à travailler, à me jeter dans la mêlée des sons, mais je me souviens qu’on n’a pas travaillé du tout. On a passé la nuit entière à discuter, tous les deux enfermés dans une immense cabine des mythiques Olympic studio, où les Stones ont enregistré "Beggars Banquet", et les Beatles la chanson : "Baby you’re a rich man". Toute la nuit, il m’a parlé de son amour des femmes. Son amour passionné des femmes. En l’écoutant, je pensais à ce texte de Marguerite Duras que j’adore, qui est dans « La vie matérielle » et qui s’appelle « L’homme menti ». Je me souviens qu’il parlait très vite par moments, et à d’autres qu’il semblait chercher ses mots comme s’il devait avancer dans une forêt. Un peu ce qui arrive au piano, quand on cherche des notes ou des accords. Lui, il avait cette démarche-là, en parlant. On est resté de 23h à 6h du matin tous les deux à parler dans l’aquarium des studios, et puis il a réintégré sa chambre d’hôtel dans le quartier de Sherperd’s bush, au-dessus de Kensington. Et moi, impossible d’aller dormir, trop excité de profiter du petit matin londonien, de commencer à écrire. Il pleuvait des cordes. J’errais dans Sherperd’s Bush, je suis allé prendre un café chez un Paki, et c’est là que j’ai écrit le texte d’une chanson de Pierre (Guimard) qui s’appelle : « Deux sous la pluie ». Et je regardais les heures tourner et je n’avais qu’une hâte, que Christophe réapparaisse pour qu’on puisse commencer à travailler. Il m’avait dit qu’il adorerait écouter le dernier album de Radiohead, alors je me souviens être allé lui acheter, quelque part dans Londres. Et la seconde nuit où nous devions travailler, au lieu de travailler, nous l’avons passée à écouter l’album de Radiohead et à parler encore, beaucoup, de ce que nous aimions dans l’existence et qui constitue en quelque sorte ce que nous sommes. En rentrant à Paris, je lui ai envoyé quelques idées mais, au final, on n’a pas réussi à trouver lui et moi la fréquence qui nous aurait permis de faire des chansons valables, intemporelles, magiques, ou juste superbes à écouter par une nuit suspendue à Londres. Je me souviens de ce moment hors du temps avec lui, dans cette ambiance si particulière des Olympic studios entièrement désertés à des heures magiques que lui seul avait l’habitude et le luxe d’arpenter.

dimanche 12 avril 2020

106

Writer’s life (106) Tellement de courrier en retard que je me désespère moi-même, mais il faut que je finisse la forme (comme une pâte à modeler) de mon prochain roman, et trouve si peu d’ardeur pour l’écriture qui ne concerne pas ce travail, même quand il s’agit d’une réponse d’une poignée de mots. Étrange période. J’arrive bientôt en nombre de mots à un volume qui se rapproche de mes deux derniers romans. En tant que lecteur, j’ai peu de goût pour les romans trop longs, je n’arrive jamais à les terminer, et bizarrement j’ai envie de dire la même chose pour les romans trop courts : je n’arrive jamais à les terminer. Mes souvenirs de Pâques : aller chercher les oeufs dans le jardin de mes grands parents, dans la maison de Gibecq que j’aimais tant, en Belgique. À la mort de ma tante qui a été la dernière propriétaire de cette maison, un de mes grands regrets est de ne pas avoir eu suffisamment d’argent pour acheter la maison de Gibecq. Bon, qu’est-ce que j’en aurais fait ? Pourtant, j’aimais tellement ce village et cette maison, qui sont liés à mon enfance disparue. Il faudrait peut-être que j’écrive une nouvelle à la Gatsby où un type très riche déciderait après un rêve déterminant d’acheter tous les lieux de son enfance. Et il pourrait y séjourner à sa guise, comme on peut le faire si facilement en pensée. Pour se rendre compte à la fin que toute la fortune du monde ne permet de racheter son passé. Mais cette histoire est trop proche d’un de mes précédents livres : L’appel de Portobello Road. Autre souvenir de Pâques : vaquer à mes occupations et rejoindre ma maman devant la télé au moment de la bénédiction du pape (Jean-Paul II, le temps que dura ma jeunesse). La première coccinelle du printemps vient de se poser sur ma main pendant que je fais ma promenade règlementaire dans ces temps compliqués dont j’aimerais tant la fin : heureuse, apaisée, et proche. 
#writerslife

mardi 7 avril 2020

105

Writer’s life (105) Moins présent sur les réseaux. Éviter d’être intempestif, de se fatiguer de soi. Le même agacement que George Harrison dans sa chanson « I, me, mine ». Vu sur TCM un documentaire sur le chef opérateur Vilmos Zsigmond (The deer hunter, Délivrance, Rencontre du 3ème type, Blow out, La porte du paradis, et un film moins connu que j’adore : The long goodbye, avec Eliott Gould et d’après Raymond Chandler). Vilmos Zsigmond a cette très belle phrase : « Les ombres racontent l’histoire plus que la lumière ». Une phrase que je relie immédiatement aux dessins sublimes que m’envoie Fred chaque jour pour Alcie 2. Un mélange de conte à la Dickens et d’expressionnisme allemand (saupoudré d’un humour salvateur, comme il se doit). Le confinement dans le confinement : J’ai du mal avec tous les projets qui sollicitent mon écriture et ne sont pas l’écriture du roman en cours. Alors je reporte à plus tard, ce qui n’est pas dans mon habitude et c’est bien la première fois que je n’arrive à avoir de l’ardeur que pour un seul et unique projet à la fois. C’est pour moi l’un des désagréments de cette situation. Mon souci principal dans le roman en cours est de faire des phrases qui soient captivantes à isoler du récit tout en faisant partie intégrante de ce récit. Je pense que c’est un des grands trucs de mon écriture depuis toujours, mais dans ce futur roman j’en fait ma problématique principale. Si Disney m’appelle demain pour écrire le prochain starwars, les héros dégommeront au sabre laser des supers vilains venus de la planète JOGGING, des créatures qui se croient seules au monde sur les trottoirs et dans les rues, des clones d’égocentrisme qui s’époumonent, crachent leur bile et soufflent comme des distributeurs à postillons.

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...