vendredi 13 décembre 2019

68

Writer’s life (68)
À Rennes, avec Virginie, libraire au Forum du livre, nous tombons en pleine rue sur Fred Martin, l’éditeur du Tripode. Rencontre inattendue pour le moins étonnante ! Je lui dis qu’il est mon idole depuis sa prise de parole mardi dernier au théâtre de l’Odéon à Paris, lors de cette cérémonie très embarrassante où madame Google et monsieur Facebook ont donné une vision aberrante du futur de l’édition. Nous allons boire un café dans un endroit délicieux : La part des anges. Parlons des journaux intimes en tant que genre littéraire, et des jolies couvertures du Tripode.
Très chouette rencontre avec des lycéens autour de La petite sonneuse de cloches. Une lycéenne de la seconde 7 du lycée Chateaubriand me demande si mon livre est une tentative pour atténuer la mélancolie. Mais ! lui réponds-je, chacun de mes mouvements, chacune de mes pensées, est une tentative pour atténuer la mélancolie.
Patrick me fait découvrir un bar nommé : Le Penny Lane. Dans une cave style The Cavern des chevelus jouent un rock énergique et brouillon. En parlant de Penny Lane, inquiétudes des commerciaux sur mon Beatles qui va sortir en février : où le placer en librairie ? En musique ou en littérature ? Hum, c’est un dilemme que je peux avoir aussi hors les murs d’une librairie. Entrevue avec Martin qui veut adapter “Presque la mer” en pièce radiophonique et théâtrale. Il me dit qu’il a lu “L’amoureux en lambeaux” (mon premier roman) à l’âge de 15 ans. Il affrontait un chagrin d’amour effroyable. Il est tombé sur mon roman et s’est dit “ah on peut donc éprouver ça !”. Je lui dis : tu vois, en 12 ans je n’ai pas vraiment changé de registre.
Retour à Paris où noël n’est plus qu‘un souvenir d’enfance, où ce pays se tire une balle dans le pied, où je pense à X entre deux averses. Les gens ne se rendent jamais compte du temps que vous passez à penser à eux. Il ne faut pas leur en vouloir. C’est un temps difficilement habitable à deux.

mercredi 11 décembre 2019

67

Writer’s life (67)
Pour une raison qui m’échappe j’étais l’un des très rares auteurs présents (Invités ?) à la 1ère cérémonie des trophées de l’édition. Sur scène se sont succédés madame Facebook, monsieur Google, et j’ai eu un peu l’impression que dans ce monde idéal dont on nous a dressé le portrait, les auteurs pourraient devenir les cheminots de l’édition.
Les filles qui dans les cafés enlèvent leurs manteaux et le manteau manque d’emporter tout ce qu’il y a dessous, enfin, déstabilise le dessous, laisse apparaître une naissance ou une pointe ; pour moi c’est un spectacle + captivant qu’un compétition sportive voire même un opéra.
Chaque fois qu’un projet se dessine ou s’amorce, c’est comme s’il commençait à travailler en moi, et au moment où je peux enfin dégager du temps pour m’y consacrer entièrement c’est comme si c’était presque prêt. Le presque devient le travail. Le travail consiste à ne pas laisser le presque dans l’approximatif.
Avec Charlotte, nous tombons sur un livre qui a pour titre : « Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même ». Hum, dis-je à Charlotte, ils ne se sont pas gourrés dans le titre ? Ne serait-ce pas plutôt : « Les 5 blessures qui permettent d’être soi-même »
Aude, que je raccompagne sous une amorce de pluie, quai des Grands Augustins, me dit que chaque fois que je poste une photo de mes parents il se dégage une grande intensité. Il est indéniable que mes parents étaient des êtres intenses. Après, je crois qu’ils se sont découverts l’un l’autre à travers moi, moi qui n’ai connu qu’eux en étant trop égoïste pour réellement bien les connaître.
Dans la seule ligne de métro qui circule, entre Gare de Lyon et Châtelet, un type avise mon badge : « Merry Fucking Christmas » et me lance : « So you’e definitely with the tories ? », je lui réponds : « oh it’s just a joke, but a joke can make sense. »

mardi 10 décembre 2019

66

Writer’s Life (66)
Au café Madame, où je relis les épreuves d’Alcie. Formidable de voir en maquette le travail de Fred donner vie au texte, tous ces personnages qui deviennent si attachants dans cet imaginaire à deux, et de revivre en me relisant tout le discours caché derrière (quasiment) chaque ligne. Je retrouve mon état d’esprit lors de l’écriture, et toutes les choses très personnelles que j’ai enfouies dans chacun des 24 chapitres de ce livre jeunesse, mais après, pour que ça fonctionne, il faut aussi que ce soit suffisamment généreux pour que chacun puisse se faire son propre discours caché, si je puis dire, à lecture. Dans ce sens, j’ai la sensation que ça fonctionne.
X me dit : “En ce moment, j’ai l’impression de m’agiter pour pas grand chose” Je lui dis : “Et avec personne en dessous de toi...” “Oui, me répond-t-elle, sinon j’aurais + de retour.”
Ce soir, à la première édition des trophées de l’édition, je n’ai compris qu’au bout d’une demi-heure que la jolie blonde qui traversait la scène pour apporter les micros aux lauréats avait une collègue quasiment identique qui lui volait la vedette (dans mon cœur) un passage sur deux. Ils ont récompensé une maison d’édition qui a inventé un papier waterproof. Chouette ! Je pense sincèrement qu’ils auraient dû faire une catégorie de l’auteur qui mouille sans relâche sa chemise dans ce milieu et qui est prêt à affronter jeudi les grèves interminables pour aller rencontrer les élèves du lycée Chateaubriand à Rennes.
Ils ont récompensé Georges Simenon (qui n’est pas venu chercher son prix). C’était une belle soirée mêlant des gens des GAFA et le mec très intelligent du Tripode. Des gens qui écrasent tout sur leur passage et des gens qui éclairent la voie. Ils auraient dû aussi récompenser les éditions des Saints-Pères, choisir mon éditrice comme éditrice de l’année, et aussi me prendre pour maître de cérémonie. Bon, je le serai à la prochaine nuit de la lecture, le samedi 18 janvier chez Castel.
J’ai fait une blague à la fille du bar qui m’a envoyé un clin d’œil en retour. Pourtant, pendant le cocktail, Sandrine me dit que j’ai le regard triste et les pupilles nuages. C’est beau les pupilles nuages, ok.

dimanche 8 décembre 2019

65

Writer’s life (65)
Adeline me dit au sujet d’un auteur qui la stalke sur internet : « Il est comme un enfant mais pas un enfant comme toi». Puis elle ajoute : « Lui, c’est un enfant pas fini. »
Au réfectoire du festival j’avise et interroge du regard l’assiette d’Adeline où, chancelant près d’un monticule de taboulé, trône un demi œuf esseulé et nu, quand elle me répond : « Je me méfie de la mayonnaise en collectivité. »
Yves me dit que je pourrais prétendre à entrer dans le Guinness book des records pour mes participations aux festivals du livre. Que dire ? Je suis un garçon poli et si on m’invite et que je ne suis pas déjà engagé ailleurs j’ai tendance à accepter, j’ai toujours beaucoup d’admiration pour les personnes qui organisent des événements autour du livre, je trouve de l’inspiration dans le mouvement, et dans la solitude des intervalles, et si je suis placé à côté de Loulou comme la plupart du temps cette saison je suis bien.
Dans un bus de nuit rempli de gens bruyants, égoïstes, épuisés et envahissants, face à moi un couple de touristes allemands se roule des pelles avec la frénésie d’une petite cuillère qui vient de découvrir son premier pot d’ice-cream, je me sens sauvé quand un couple de japonais se glisse près de moi, incarnant à mes yeux une certaine idée de la civilisation.
Une fille vient me voir et me demande si je veux partir à noël aux sports d’hiver avec elle. J’ai botté en touche, accusant par la suite une légère déception envers moi-même, forcé d’admettre que j’ai un tempérament aventureux plutôt modéré.
Loulou a oublié sur la banquette arrière du taxi le bouquet de fleurs que sa sœur lui a offert pour son anniversaire. J’ai retraversé tout Paris avec le bouquet de fleurs à la main et c’était plutôt embarrassant parce que toutes les personnes avec lesquelles j’avais rendez-vous entre hier soir et ce midi croyaient que ce bouquet leur était destiné.

vendredi 6 décembre 2019

64

Writer’s life (64)
Dans les salons du livre, le photographe qui a des téléobjectifs de dingue genre chasseur de grand fauve, qui s’approche de vous, trouve que vous avez une bonne tête (de grand fauve), votre visage lui évoque quelqu’un de probablement connu, une personnalité, alors le voici tout disposé, sur le qui-vive, en appétit, prêt à vous tirer le portrait, au moins pour « PurePeople »… et puis, par acquis de conscience (professionnelle), il jette un œil à vos livres et s’aperçoit que le combo : votre prénom + votre nom ne lui dit rien, mais alors rien du tout, pas dans le radar de la notoriété, aussi tout à coup il renonce, débande en quelque sorte, et s’éloigne de vous sans un égard.
En studio avec Annaëlle, nous convenons que les anglaises sont quand même + libres et + libérées que les françaises. «Libre ne veut pas dire légère, par ailleurs » affine-t-elle avant d’ajouter : « Qui a dit ça, Libre mais pas légère ? c’est une autrice… », « Ah, réponds-je avec étonnement, tu dis autrice toi ? », « Oui, comme autrice reading (/Ottis Redding). »
Chez Waterstones, à Picadilly, j’achète un livre qui recense titre par titre la bibliothèque idéale de David Bowie. À la question : « What is your idea of perfect happiness ? », David Bowie répond : « Reading ».
Loulou dit que je suis à moi tout seul tous les enfants perdus de Peter Pan, que c’est le dessin animé qui me va le mieux, j’acquiesce même si mes dessins animés préférés sont : Là-Haut, et, Le vent se lève. Après, pour que Peter Pan puisse s’envoler, il faut, en quelque sorte que là-haut le vent se lève.
Je dis à Loulou : tout le monde se quitte dans la vie, tout le monde, les gens se rencontrent, se quittent, se quittent et se rencontrent, ok, mais la coolitude ne quitte jamais les êtres cools.
Cette fille aux yeux pâles qui remonte vers Montparnasse, la pluie fine qui arrive avec la nuit au moment où dans mon casque la guitare et la voix de John, le piano de Paul, entament : A day in the life.

samedi 30 novembre 2019

63

Writer’s life (63)
Un festival de choses adorables. Valérie (Tong-Cuong) me dit des choses jolies sur mes writerslife, le passage sur la douceur et la douleur qu’elle a lu dans le train pour venir à Angoulême. Elle me parle de chagrin et de beauté.
Anna, l’agente de Matt Salinger vient me voir et me dit à quel point Matt lui parle du moment précieux de notre rencontre autour de l’œuvre de son père. En fait, on s’est bien entendu sur la quintessence de l’écriture de Salinger, je crois. Elle me dit que pour Matt je suis son beau souvenir de Paris, un truc gentil du genre. Loulou qui est témoin de la conversation me dit : Tu peux mourir tranquille après ça. Je lui réponds : te connaître dans cette vie et je peux mourir tranquille.
J’adore cette phrase de Jean-René Huguenin qui dit, de mémoire, que les autres ont aussi une existence très concrète dans l’absence, quand on pense à eux. Enfin j’adoucis la dureté de la pensée d’Huguenin, moins sombre qu’il ne la formule dans son Journal ; il est vrai que je pense beaucoup aux autres en leur absence : j’entends parler d’un nouveau Corto Maltese et je me dis : que doit en penser Fred ? Je suis au café Madame où Loulou travaillait sur ses romans quand elle habitait le quartier et je me demande à quelle place elle s’asseyait, que reste-t-il dans ce café quasi désert ce matin des longues heures occupées par Loulou ? Je pense à Charlotte et je me dis : comment réagirait-elle à cette situation, est-ce qu’elle verrait ce que je vois ?
Rien ne me désole plus que ces écrivains qui se sentent spécialistes et s’accaparent un sujet parce qu’ils y ont consacré un livre. En interview on me parle comme si j’étais spécialiste de Chateaubriand. Je rectifie les choses. Je ne le suis pas. Si je dois résumer la quintessence de mon roman, c’est l’histoire d’un type qui prend un thé avec une fille qui lui plait, quelque part dans Londres, Marylebone high street ou ailleurs si vous voulez, et il n’a pas envie que ce moment se termine. Il en crève. Il crève de l’idée de cette interruption. Il en crève exactement comme Chateaubriand a crevé de faim dans ce quartier, à deux siècles d’intervalle. Voilà.

vendredi 29 novembre 2019

62

Writer’s life (62)
Erwan me dit : tu devrais sortir un livre : d’un côté tes writerslife, de l’autre, en retournant le livre : tes flashpoetry. Dédicaces à Paris, une femme me prend un exemplaire de « La petite sonneuse de cloches » pour sa fille. Je colle un sticker avec une licorne à l’intérieur. Elle s’anime : « Oh, vous savez, ma fille a 24 ans quand même ! », « Oh, lui réponds-je, ça peut quand même lui faire plaisir, moi je n’ai commencé à apprécier les licornes qu’après 25 ans. »
Je commence à écrire un nouveau roman. Sur les notes de l’iPhone. N’importe où, au café, dans la rue, après une conversation téléphonique, une entrevue, qui m’ont laissé amer ou déçu. Un échange qui m’a laissé sur ma faim, incomplet. En somme, dès que la vie me fout dans une impasse, j’en fais une ligne droite dans le prochain livre. On pourrait dire aussi : un apaisement. Des bandages sur l’instant qui fuit de toutes parts.
J’écoute toujours avec ravissement certaines personnes parler de mes livres en occultant totalement la douleur qui s’y trouve. Ou + modestement que la douleur, disons, le chagrin. Le chagrin étant à la douleur ce que le nuage est à la pluie, peut-être. Il faut dire que la plupart des romans actuels sont tellement pleins de trash, de glauque intime ou extime, de crimes, de saletés, de trucs faits pour retourner ou éclabousser l’estomac des lecteurs, qu’on prend mes livres pour des douceurs, en occultant à une lettre près la douleur qui couve sous la douceur.
Dans le tumulte des sollicitations qui sont les nôtres Fred me dit : « Ça me repose presque de travailler ». Je partage totalement ce point de vue. Je ne connais pas le repos ou alors le repos le plus probant c’est quand je travaille, quand j’écris, ou pour parler + justement : je me repose quand j’explore ce que j’ai à écrire.
Loulou me dit que les festivals et salons littéraires devraient innover, proposer des choses vraiment originales et fun comme : « une tombola où on gagnerait un slow avec Jérôme Attal ». Hum..

dimanche 24 novembre 2019

61

Writer’s life (61)

J’ai toujours mis des personnes que j’aimais dans mes livres. Il y a des personnes, je ne peux pas leur dire dans la vraie vie : je vous aime. Je ne peux pas le dire parce que c’est trop. Alors je mets ça dans les livres. Le problème, ensuite, avec les livres ainsi habités, c’est qu’on ne sait plus vraiment où se situe de manière la plus juste la perception de « la vraie vie ».
La petite sonneuse de cloches aura donc plutôt fait figure de contre-programmation dans cette rentrée littéraire comme tout roman dont le romantisme assumé fait un peu bord cadre dans une société qui se spécialise dans le fait divers, la violence faite ou subie, et la douleur, alors qu’elle en déborde de partout.
Je participe à une très chouette rencontre menée par Philippe Chauveau en compagnie de Katherine (Pancol) sur la scène de l’opéra de Tours. À un moment, Katherine raconte qu’à New York dans les années 80 elle avait retrouvé la trace de Louise Brooks devenue vieille dame, s’était liée d’amitié avec l’interprète de “Loulou”, et ensemble elles avaient de grandes conversations. J’interviens pour dire à quel point je trouve poétique d’avoir de grandes conversations avec une star du muet.
Ils ont laissé un piano (pour moi, me dit-on) près des tables de dédicaces. À un moment, je me lève pour aller pianoter (à mon petit niveau) et tout d’un coup cinq ou six enfants se tiennent autour de moi, attentifs et protecteurs.
Pour les livres jeunesse quand on me dit : ah j’achèterai bien votre livre pour mon enfant mais il n’a qu’un an. J’ai toujours envie de répondre : ah mais il est prévu qu’il grandisse n’est-ce pas ?
Dans le train qui nous ramène du salon du livre de Tours je lis à Agnès (Ledig), Sophie (Fontanel) et Lionel (Duroy) le texte de Michel Foucault que j’adore et qui s’appelle Le corps utopique. C’est un texte si beau qui vient d’être réédité. Je le lisais pendant les concerts, entre deux chansons, pendant un changement périlleux de guitare ou certainement avant de chanter : Comme elle se donne, sur la scène du Réservoir dans cette grande période des concerts de 2004 à 2006.
Cette journaliste qui me saute dans les bras et qui n’a jamais été foutu d’écrire un papier sur un seul de mes livres. Chaque fois qu’elle me saute dans les bras, j’ai l’impression qu’elle me traverse.

Je pense que si un auteur aujourd’hui réfléchit en terme de rapport entre investissement personnel, ce qu’il donne de lui, de son temps de sa présence de sa peau, dans ce milieu des livres, et résultats visibles obtenus, pour la grande majorité le premier mot qui vient à l’esprit est : découragement.
Il faut donc réfléchir autrement : en terme d’œuvre. En dépit de celles et ceux qui mésestiment votre travail, et en dépit des estimations de l’immédiat.
Zoé me dit qu’elle compte faire du lapin pour dîner. Je lui dis que c’est risqué, que tout le monde n’aime pas le lapin, qu’on pourrait avoir envie de penser à Pan-Pan, le lapin dans Bambi, à chaque bouchée. Elle me répond de manière péremptoire : « Alors, je vais faire du lièvre. Un lièvre, c’est prétentieux, ça mérite d’être mangé ! »
Au début des années 2000 quand j’étais trop triste j’allais chez Sylvie et elle cuisinait du lapin, dans sa jolie cuisine qui dominait Montmartre. J’en ai même fait une chanson qui dit :
Sylvie m’a fait du lapin pour déjeuner
Dans son appartement d’Abbesses
Un doux répit dans ma journée
Tout me détruit, un rien me blesse.
J’ai toujours beaucoup aimé Sylvie, sa force, son opiniâtreté, elle ne s’est jamais découragée de rien. Après, avec Aurélie, elles ont fait ce groupe qui s’appelle Brigitte et qui a connu un grand succès.
Sandrine me dit : « Avec tous tes voyages, tout ce que tu fais, il faut que tu te requinques absolument. Que tu te reposes. » « Ah oui, lui réponds-je, je pourrais dormir sur l’épaule des filles dans les trains. » « Non, me dit Sandrine, ça c’est un repos superficiel ». « Hum, réponds-je. Sauf si ce sont des filles intelligentes ! »
Si j’avais eu assez de clairvoyance à l’âge de 15, 16 ans, assez d’acuité sur ma présence dans le monde, sur ces questionnaires de début d’année où les profs vous demandent ce que vous voulez faire plus tard, j’aurais adoré écrire : « Dormir sur l’épaule des filles dans les trains ».

dimanche 17 novembre 2019

60

Writer’s life (60)
Dans les dîners où je m’ennuie plus copieusement que je n’ai d’appétit, tout d’un coup je remarque quelque chose, un signe, trois fois rien, le fantôme de doigts qui se frôlent, le fantôme de yeux qui se cherchent, ou on me parle de quelqu’un qui aime secrètement une autre personne, ou d’une histoire d’amour qui emportait tout sur son passage, et là mon attention se darde, je brûle tout entier comme lorsqu’on propose du feu à une inconnue dont on découvre le visage à la flamme d’un zippo.
Dans les locaux de Roy music il y a un chien qui s’appelle Rolland (avec 2 l) je m’interroge sur ce choix et Arnaud me dit : “il était tellement mignon qu’on lui a donné un prénom de merde pour qu’il n’ait pas non plus toutes les chances de son côté.”
Nicolas me dit que le jet des bouchons de champagne est la première cause d’aveuglement en France. L’attraction physique doit arriver en deuze.
Entre le projet d’un nouveau roman, la suite d’Alcie, les nouvelles chansons, j’ai commencé l’écriture d’un long texte dont le nom de code est : JDAI. Mais bon, tout est tellement lié.
Au Bristol, au Touquet, deux conditions sur quatre de ce qui doit permettre un séjour idéal à l’hôtel : une baignoire et Channel Four. Comme je suis arrivé seul et tard dans la soirée suite à diverses péripéties (épuisantes) de transports, j’ai eu un date avec la baignoire puis je suis allé acheter des chocolats dans cette chocolaterie qui ferme à minuit. J’ai dit à la chocolatière que c’est un rêve éveillé, pour moi, une chocolaterie qui ferme à minuit, elle m’a raconté sa première carrière de gendarme, et je suis resté un moment avec elle à papoter et à goûter à des chocolats dans l’atmosphère étrange et désolée d’une station balnéaire en automne.

samedi 16 novembre 2019

59

Writer’s life (59)
Quand je n’écris pas une journée c’est que je suis dans un état de profonde tristesse, une tristesse qui me paraît indéchiffrable aux autres, incompréhensible pour les autres, intransmissible, dans la mesure ou écrire c’est chercher à se rendre compréhensible (d’une seule personne ou/et du plus grand nombre). Écrire, c’est déjà permettre à cette tristesse de sortir de soi, de prendre l’air, faire quelques pas dans le jardin, d’aller chercher un peu de résonance dans le coeur de la personne qui lit. Écrire, c’est arrêter de mettre les autres dans le même panier. C’est se dire qu’il existe quelqu’un pour comprendre vraiment de quoi il s’agit. Une personne qu’on connaît ou qu’on n’a pas encore rencontré. Et même si cette compréhension sera démentie par la suite. C’est du moins miser sur une compréhension réelle. Déjà, dans l’acte d’écrire, elle est là. Quand je n’écris pas dans une journée, je disparais au monde parce que je suis trop sale ou saturé (de tristesse) pour paraître. Mon cœur et ma vision, brouillés de larmes. Quand je n’écris pas, aussi et c’est heureux, c’est que je suis dans les bras d’une personne qui me plait, mais la plupart du temps c’est que je suis enveloppé de chagrin. L’écriture est ma mesure. Ma résistance aux intervalles. Elle fait de moi un être optimiste alors que ma sensibilité contrarie cet élan. Elle peut être un mensonge transmissible fabriqué à partir d’une vérité intransmissible. En fait, quand tout mon être est réduit à une profondeur, une impossibilité, ou une vérité, qui me paraît intransmissible par la parole, c’est que je suis mûr, tout est en place, pour l’écriture d’un roman.

lundi 11 novembre 2019

58

Writer’s life (58)
Suite de la tournée d’adieux à l’emploi du « jeune homme » à mon sujet : la boulangerie à l’angle des rues Hauteville et des Petites écuries à Paris, au restaurant La Truffe noire à Brive…
Les 4h30 du trajet en train sont passées en une poignée de temps car j’étais installé à côté de Claire (Berest). Un enchantement (le trajet), un constant sujet d’étude (cette élasticité du temps).
Avec Jean (Le Gall), on s’est dit que si l’un de nous était invité à une émission littéraire de très grande écoute (radio ou télé) on ne répondrait aux questions que par des phrases tirées des chansons de Jean-Jaques Goldman. Il faudra réviser, avoir une bonne connaissance du répertoire pour soutenir le plus naturellement du monde la conversation.
Toute la journée, j’avais dans la tête ces deux vers de : « Sache que » : « Il y a mourir dans Je t’aime, il y a je ne vois plus que toi ». Qu’est-ce qu’on peut écrire de + fort ? Bon, j’essaye tout le temps.
Dans la fameuse boîte de nuit de Brive, Le Cardinal, ils ont passé une minute trente de « Envole-moi » pour enchaîner sauvagement avec un remix bien perrave d’Emile et Images. Loulou me dit : « Tu verrais ta tête, on dirait que le monde s’écroule».
Tout ce qu’on me dit de beau, à chaque dédicace, sur La petite sonneuse de cloches, mais aussi sur mes writerslife et mes flashpoetry. Parfois, je peux trouver agaçant le manque de reconnaissance à mon travail, fatiguant le fait de toujours paraître négligeable aux yeux de certains journalistes ou influenceurs, mais les mots spontanés reçus à chaque déplacement balaient l’exaspération la fatigue.
Alors que le tome 1 est en préparation, hâte de travailler sur le tome 2 du nouveau projet avec Fred (Bernard). Des événements qui m’ont touché récemment et que je rêve d’enfouir et de transformer dans le récit.
Premier retour adorable de Brigitte (Giraud), écrivain et programmatrice du festival du livre de Bron sur mon Beatles dont elle a lu le PDF. Touchée par le texte, son parti pris et son angle.
Alexandre (Galien) me dit : « Il n’y a rien de plus déprimant qu’un parking vide le dimanche matin. ». Je lui réponds : « Si, une chambre vide le samedi soir ».

274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...