mardi 29 septembre 2020

147

 Writerslife (147)


Il y a plusieurs semaines j’ai été interviewé par une personne qui n’avait pas lu le livre pour lequel j’avais été sollicité (les surprises arrivent, quand elles se répètent un peu, le goût de la surprise disparaît), et ce qui m’a gêné durant l’entretien (fort pénible pour moi et qui a duré un bon bout de temps) c’est cette forme d’arrogance de croire que « sa personnalité », « l’angle si personnel et original, intime etc.» de son approche va suffire à faire le show. Je veux dire, pas tant que cette personne pense que sa personnalité peut remplir l’espace et embarquer son invité où elle le souhaite (pourquoi pas, l’auteur n’est qu’un passager dans la succession de personnes qu’elle reçoit), mais qu’elle estime qu’elle n’a pas besoin de lire le texte, que sa personnalité peut supplanter le texte, le remplacer, en faire abstraction. Qu’un quatrième de couverture suffit… Et bien sûr, il y aura toujours des personnes pour louer son talent, la manière exceptionnelle dont elle arrive à soutirer des choses intimes à l’auteur etc. Sauf que, pour ma part, je lui ai donné des cartouches pour qu’elle me lâche la grappe et j’avais honte pour moi qui étais acculé sur un terrain où je n’avais pas envie d’aller, pris contre un mur, donnant mes bouts de viande à un fauve, et honte pour elle qu’elle n’ait même pas eu la décence de parcourir mon livre. Cette anecdote me donne à penser aussi pourquoi je ne fais pas de jeunisme. Quand j’ai sorti mon premier roman, des types de mon âge m’interviewaient de manière totalement superficielle et égotique, et leurs questions ne valaient en rien l’intensité, la profondeur et la pertinence de la moindre petite mamie de soixante dix ans qui travaille bénévolement pour RCF. 
Passé toute la matinée à écrire (prochain roman). Bien. Après avoir parlé à Charlotte hier, je trouve le bon rythme.
Lors de ma lecture musicale sur le livre des Beatles, dimanche dernier, à Livres en vignes, j’ai dit qu’aujourd’hui la société ne nous donnait pas les moyens d’avoir ou de conserver la douceur de Paul, qu’elle nous forçait à éprouver la douleur et la rage de John. Quelque chose comme ça. 

#writerslife

lundi 28 septembre 2020

146

 Writerslife (146)


Je suis toujours surpris en constatant à quel point la notoriété rend des personnes au départ réservées et sympathiques absolument péremptoires et dogmatiques. 
Une lectrice me dit à propos des Beatles : « On pourrait passer des nuits à parler d’une seule de leurs chansons. »
J’apprends d’un bloc, j’oublie d’un trait, je retrouve un peu (dès que je peux toucher à un piano)
Interview pour une journaliste d’Autoroute FM, à la question : Votre plus beau souvenir de voyage en voiture, je parle des dimanches soirs de la petite enfance, au retour d’un week-end à la campagne où je m’endormais sur la banquette arrière et, une fois arrivé à la Garenne-Colombes, ma mère me soulevait dans ses bras pour me conduire directement jusqu’à mon lit sans que j’aie à subir les désagréments de la transition. 
Dans la nuit j’ai aimé le moment où avec Erwan nous sommes allés délivrer Maude et ses bottes rouges. 
Après ma lecture musicale à Livres en vignes, une femme vient se faire dédicacer un de mes livres et me dit, des étoiles dans les yeux : « J’espère que vous écrivez aussi bien que vous chantez. » Wow. Ça fait longtemps que je n’avais pas entendu un compliment comme ça. Longtemps, voire jamais. 
À vingt ans, je pensais que les rues de Paris (mon triangle des Bermudes : Raspail, St-Germain, Saint-Michel) étaient aptes à guérir ma haute mélancolie, tout ce qui s’interrompt, n’aura pas lieu, me blesse, me sépare. Je ne le crois plus maintenant.

#writerslife

jeudi 17 septembre 2020

145

 Writerslife (145)


Je réécris de fond en comble le roman qui m’occupe depuis plusieurs mois, une troisième version pour bientôt, trente pages en deux jours dans une fièvre intense et que rien n’atténue, un bon rythme. 
Après les premiers mois de l’année, la sécheresse et le coup de massue du confinement, toutes les promesses du printemps envolées, je reçois en ce mois de septembre de bonnes nouvelles, des projets concrets à venir ( ce qui change des dates et des déplacements qui continuent malheureusement à s’annuler pour la plupart). Chaque fois que je reçois une mauvaise nouvelle, je pense que je n’y ai pas droit. Chaque fois que je reçois une bonne nouvelle, j’agis comme si je n’y avais pas droit. 
Ce que je mets de moi dans un roman : tout en totalité + les yeux de qui me plait + le désir irrépressible + un peu d’humour salutaire.
Vendredi dernier à Nancy lors de la rencontre au lycée Claude Dunot, une étudiante me fait remarquer la poésie des titres de chapitres dans Alcie. Je traite toujours ce genre de titres comme un répertoire de chansons, une set-list idéale, c’est une part créative aussi importante que le texte alors ça me fait vraiment plaisir quand ce travail est remarqué.
Je corrige les épreuves du prochain Alcie qui sort en novembre et ce que j’aime dans ce personnage, c’est la manière dont réagit l’héroïne de huit ans, la façon dont elle me permet au cours du récit de la faire réagir. Par exemple, sa mère lui dit : « Voyons, sois raisonnable ! » et Alcie répond : « Mais si on était tout le temps raisonnable, il n’arriverait jamais rien d’intéressant. On laisserait tout le temps faire. Et les gens malintentionnés en profiteraient pour faire n’importe quoi ! »

#writerslife

lundi 7 septembre 2020

144

 Writerslife (144)


Parfois, je me sens à l’étroit dans ce que je voudrais faire. Mais ce sentiment est souvent le signal pour de nouveaux chantiers d’écriture. 
La mauvaise habitude gardée du confinement est l’impossibilité certains jours (renouvelables aux suivants) de répondre à mon courrier, je suis tenté de le faire, mais tellement pris par l’écriture d’un texte que la moindre réponse est vécue comme quelque chose qui me prend beaucoup d’énergie, qui me sort du texte en cours, alors je laisse le courrier s’entasser avec un sentiment de culpabilité : notamment pas mal de très jolies lettres au sujet de « J’aurais voulu être un Beatles »
Lu dans une interview du peintre Lucian Freud : « Mes sujets avaient toujours trait à ma vie, qui je voyais, à qui je pensais. Je n’aurais jamais eu l’idée de peindre quelqu’un qui ne m’intéressait pas. » Je pense que j’agis pareil, comme un peintre. Du moins je me reconnais parfaitement dans cette vision de créer. Pour les romans c’est certain, mais même pour les livres jeunesse, je peux rebâtir tout un passage, ajouter une scène ou un personnage, à partir de « qui je vois, à qui je pense » ou à partir d’une émotion que je veux fixer - épingler comme un papillon nabokovien. C’est mon moment préféré dans la nouvelle qui suit “La petite sonneuse de cloches” dans la version Pocket, quand le narrateur demande : « À quoi bon se contorsionner dans le métro pour deviner ce que lisent les filles si tout ceci n’est qu’un rêve sur la table de nuit de Nabokov ? »
Pierre a partagé la lettre écrite par Depardieu à Deneuve dans laquelle il écrit joliment : « Il y a souvent des histoires plus fortes entre les hommes et les femmes quand la sexualité n'est pas là. » Je suis tellement d’accord avec ça, surtout quand ça pousse au final à passer à l’acte. 

#writerslife

dimanche 6 septembre 2020

143

 Writer’s life (143)


J’ai adoré la pluie normande de ce matin. La pluie est fantastique pour ne pas se laisser happer par autre chose que ce qui est au fond de soi. 
L’article dégueulasse de ce journaliste tv dans Télérama qui traite Abnousse de sympathisante d’extrême droite car elle a écrit : « Le nouvel antiracisme est un racisme déguisé en humanisme » ; c’est vraiment abjecte de s’en prendre à Abnousse qui est toujours juste, d’une grande intelligence, et absolument courageuse. Nous sommes vraiment dans une société de l’indécence. Les gens ne se rendent même plus compte à quel point ils sont immondes parce qu’ils trouvent toujours des supporters. La grande gueule de l’indécence, voilà ce qui est promu et encouragé de nos jours. Le propre du crétin est de se croire courageux à partir du moment où il reçoit des encouragements. Je suis finalement très heureux qu’un journal comme Télérama ait toujours snobé mon travail, fait comme s’il n’existait/je n’existais pas. 
Nadine me transmet une lettre de Jean Chalon à qui elle a fait lire La petite sonneuse de cloches et 37, étoiles filantes. Il écrit : « Eblouissant ! Jérôme Attal est un poète égaré dans le roman. » 
Dans les salons du livre, je m’aperçois que je ne suis le régional de l’étape nulle part. Même à la Garenne-Colombes où j’ai vécu de ma naissance (à Neuilly-sur-Seine) jusqu’à l’âge de sept ans, et dont je parle dans mon livre « L’histoire de France racontée aux extra-terrestres », la libraire m’avait invité pour me décommander quelques jours avant la date de la signature - tellement chic !- sous prétexte qu’elle n’avait pas aimé le livre. Ah ah !

#writerslife

lundi 24 août 2020

142

 Writer’s life (142)


Je lis le « Napoléon » d’Eli Faure - selon moi, un des + grands stylistes français, il faut lire son « Histoire de l’art » si beau littérairement, et j’arrive à ce passage de son « Napoléon » où il dit : « Il y a en chacun de nous, une force centrale, que la plupart d’ailleurs, ne savent pas utiliser. Impérieuse et en même temps dominée, elle fait l’homme supérieur, c’est-à-dire le poète (…) ». Dans un premier temps, je me dis : c’est quoi ce délire ? et puis, ensuite ,sur mon fil Facebook je tombe sur le reporter de « Brut » qui suit en direct les déchainements de violence autour des Champs-Elysées, tous ces êtres déshumanisés, stupides et opportunistes, ces demi-nazis qui s’ignorent, qui se livrent à du vandalisme urbain et des pillages en toute impunité, s’encouragent en poussant des cris de bêtes, et je me dis : ok, peut-être qu’Elie Faure a raison…
Pour sa thèse, Myriam me demande : « As-tu déjà écrit par amour ou pour plaire à quelqu’un ? » Je lui réponds : Bien évidemment. C’est même là d’où je viens, puisque les premiers textes que j’ai écrits et qui ont été lus sont des lettres d’amour. 
Lu dans le Journal de Thadée Klossowski de Rola : « N’être qu’un chat, fermer presque les yeux, tendre l’oreille, ronronner en bougeant mes griffes, être seul et muet contre la peau des filles, heureux de leurs rires - et leurs soucis distants. » Très beau, très d’accord. J’ajouterai : « Et l’esprit empli de projets fabuleux, de mille trucs à écrire. »
Regardé l’émission de Xavier : 66 minutes, un reportage sur l’été dans les cités de Seine-Saint-Denis. Bouleversé par le passage furtif d’un couple de vieillards emmené une journée à la mer, et qui voient la mer pour la deuxième fois de toute leur existence. J’étais en pleurs de les voir prendre la place la + discrète possible dans le voyage en car, et leur arrivée à la mer. Ça a rivalisé en moi avec les images de Paris livrée aux vandales et j’ai mal dormi me demandant ce qui allait me rester au final. Heureusement, au réveil, est revenue en premier l’émotion de ce couple si discret qui voit la mer pour la deuxième fois. 

#writerslife

vendredi 21 août 2020

141

 Writer’s life (141)

J’avais prévu d’écrire Alcie 3 cet été mais, avec la sortie du 1er juste avant le confinement et la fermeture des librairies, il faut attendre de voir comment l’épisode 2 prévu pour novembre se comportera en librairie, l’impact, les ventes, avant d’acter, de se lancer ou pas sur un épisode 3. J’ai quand même beaucoup travaillé cet été sur différents projets, dont la V1 de mon prochain roman. J’apprends aussi à dire non à des sollicitations dans lesquelles je sais que je n’aurais pas la place de m’impliquer ou de m’épanouir et d’y loger une partie de mon coeur - sinon ça finit par me rendre malheureux (peu importe le succès). 
Voulu lire aujourd’hui « Fantastic Mr Fox » de Roald Dahl et je tombe ce matin sur un article qui raconte que « la justice donne son feu vert pour l’élimination de 1430 renards en Seine maritime ». Je pense que si vous êtes un renard en Seine maritime , mieux vaut ne pas avoir affaire avec la justice. Une nouvelle qui m’a totalement déprimé pour la journée. Ensuite, la lecture de Roald Dahl a pris une intensité particulière.
Travail sur le petit éloge du baiser. J’ai dit à Aude que je prendrais le parti de « J’aurais voulu être un Beatles », une succession de courts chapitres. À la Richard Brautigan. Littérairement, j’ai toujours aimé ce genre de livres et le sujet du baiser (comme celui des chansons des Beatles) s’y prête. Comme le jeune Chateaubriand le dit dans : « La petite sonneuse de cloches » : « Qui est assez inhumain pour se contenter d’un seul baiser ? » 
J’imagine avec amusement et terreur pour un chapitre dresser la liste des prénoms des filles que j’aurais aimé embrassé et que je n’ai/ n’aurais pas embrassé (dans cette vie), une sorte de littérature de kamikaze. Cette idée m’amuse beaucoup et puis la minute d’après je me dis que c’est impossible de faire ça. Pour x raisons. Ne serait que celle-ci : dans cette société brutale et sans espoir, il n’y a que l’imaginaire qui nous tienne. Je ne peux quand même pas retourner un flingue en direction de mon imaginaire. Enfin bon, à voir… jouer l’existence d’un chapitre à pile ou face, ça peut être classe.

#writerslife

jeudi 20 août 2020

140

 Writer’s life (140)


Hier, à la toute fin de l’atelier sur les lettres d’amour, alors que je parlais de la correspondance d’Albert Camus et de Maria Casares, début de conversation très intéressant quand une des participantes pose la question de la puissance littéraire des amours illégitimes : est-ce que les amours empêchées (bien qu’exaucées/réciproques) sont + brûlantes, + belles, et + intenses en terme de création littéraire ? Hé bien peut-être dans la mesure où l’écriture, la lettre d’amour précisément, le roman, deviennent le territoire où exprimer cet amour, le lieu des lieux, le parc sur aucune carte, le paradis sur terre où les phrases sont des arbres, l’El Dorado des amours aussi impossibles qu’inéluctables. C’est aussi le grand espoir et le paradoxe de la lettre d’amour, on ne peut plus s’arrêter d’écrire, et pourtant on rêve d’un point final qui aurait la forme d’un baiser.
Revu « Les Affranchis », de Scorsese. Pendant les deux grands plans séquences du film, des images de l’Ikea Plaisir sont venues bizarrement se loger dans mon esprit. Pourquoi ce surgissement (de plaisir ?) Pourquoi un Ikea planté au milieu d’un Scorsese ? C’est la mécanique du plan séquence. L’iKea Plaisir invite le visiteur/consommateur dans les arcanes de son magasin à un plan séquence digne d’un grand cinéaste. Et je me souviens l’avoir emprunté pendant tant d’années, peut-être de 1985 à 2012, à des étapes de vie différentes, avec ma maman. Encore alerte au début, l’élégance rare en ce monde, et puis d’année en année, ayant de plus en plus de mal à parcourir ce trajet imposé. Sa vieillesse, voûtée dans le plan séquence de l’Ikea Plaisir. Cherchant un siège pour s’asseoir (un magasins de meubles, quelle chance !), avançant à bout de souffle, finissant par prendre l’ascenseur. J’ai vu ma mère vieillir dans les petites joies de ces parcours ordinaires pour s’acheter quelque chose pour la maison, un déménagement, des guirlandes avant noël… Vieillir dans un plan séquence en kit. Et laisser le trajet gagner sur la volonté de le poursuivre, me laissant incrédule, moi qui toujours aime remettre à plus tard la brutalité du mot fin.

#writerslife

jeudi 6 août 2020

139

 Writer’s life (139)


Lu une étude révélant les fantasmes les plus courants des femmes. En première position : coucher avec une autre femme. Puis, arrive très vite dans les premières places du top : coucher avec un écrivain. 
Lu une nouvelle admirable de Michel Déon : « Le maillot ». J’aimerais beaucoup aimer Michel Déon, le romantisme dilettante et canaille de son roman « Les gens de la nuit » peut me séduire, enfin, disons que je reconnais sa dextérité, mais dès que je cherche à me renseigner sur lui, je tombe sur des trucs que je trouve épouvantable. Par exemple, je regarde une interview en vidéo dans laquelle il dit : « Il ne faut pas s’apitoyer inutilement sur la vie des oiseaux. Les oiseaux sont très nombreux, on peut en tuer quelques uns ». Bon, je sais : autres temps, autres moeurs, mais quand même, je préfère retourner vers Nabokov et ses filets à papillons (avant que j’apprenne peut-être un jour qu’ils les épinglaient sadiquement dans des boites d’entomologiste). Phrase que j’aime bien dans la nouvelle « Le maillot » (surtout la seconde partie) : « Une femme qui travaille beaucoup ne nous accable pas de son amour, de ses jalousies. À la vérité, souvent séparés l’un de l’autre, restant presque toujours sur notre faim, nous nous entendions à merveille. »
Bonne surprise que la série de et avec Anna Kendrick : « Love life ». Il faut affronter le premier épisode qui est le moins bon. Bien sûr, je suis en admiration devant l’épisode sur l’adolescence. Je pense que dans mon adolescence j’étais déjà un écrivain, dans la mesure où j’étais populaire sans forcément faire de ravages immédiats (j’ai été très tenté d’écrire : rivages), mais surtout je me tenais en permanence les pieds sur le rebord de la piscine. 
Au fait, j’ai raconté des craques au début de ce 139ème writer’s life, dans les fantasmes les plus courants des femmes, il n’est pas du tout fait mention d’un écrivain. Il s’agit d’un moniteur de sport. 

#writerslife

mardi 4 août 2020

138

 Writer’s life (138)


Je suis en plein trip Goscinny parce que je travaille sur plusieurs projets jeunesse à la fois. Pour la jeunesse, au détour d’une phrase, je fais remonter à la surface les choses qui me heurtaient quand j’étais enfant et je les évoque en atténuant leur violence, dans une forme réparatrice, d’où ce qu’on me dit souvent et qui me fait plaisir, la profondeur derrière l’impression de légèreté.
Le truc admirable d’une histoire comme « Les nocturnes littéraires » c’est que d’année en année les lectrices et lecteurs reviennent soit pour me prendre une nouveauté, soit pour me parler du livre qu’ils ont lu - à Josselin cette personne qui est venue me dire à quel point « Le goéland qui fait miaou » enchante (c’est un livre-disque) les journées de toute la famille. Ce sont des moments merveilleux. Je crois donc que les festivals ou les événements littéraires qui ne jouent pas la fidélité avec une autrice ou un auteur se coupent de ce lien particulier qui se noue autour des livres, manquent un aspect de ce qui rend la rencontre encore plus belle : la promesse, la possibilité, et le grand bonheur pour le lecteur autant que pour l’auteur, des retrouvailles. 
Je suis totalement obsédé par la chanson « Betty » sur le dernier album de Taylor Swift. Je me suis précipité sur l’album dès que j’ai su qu’Aaron Dessner du groupe « The National » avait écrit le disque avec elle. En France, en français, c’est très difficile de faire des choses similaires, c’est ce que j’essaie de propager dans mes ateliers d’écriture : une simplicité, une profondeur, une émotion, une efficacité, immédiates. Mais ici, + les gens font des choses absconses à la Bashung (sans avoir son charisme), + ils se croient poétiques. Ou alors c’est d’une nunucherie à en pleurer. De mon côté, j’ai rarement la place, la confiance ou les moyens, dans mon travail en chansons pour faire vraiment des choses valables. J’essaye quand même, à chaque fois, de taper le + fort possible. Et il y a des titres où je suis arrivé à quelque chose de satisfaisant en terme d’ellipses et d’efficacité poétique, comme « Le monstre sous la palissade » par exemple. Mais, bien sûr, c’est passé inaperçu.

#writerslife

dimanche 2 août 2020

137

 Writer’s life (137)


Dans l’idéal, j’aimerais faire une rentrée littéraire chaque année. Je n’en ai pas cette année, mais ne serai quand même pas absent des librairies (2 nouveautés jeunesse, une en septembre, l’autre en novembre). Évidemment, pour la rentrée littéraire chaque année, c’est mieux si on a des soutiens déterminants et des ventes conséquentes (ce qui n’est pas -encore - mon cas), ça limite la noyade, la sensation d’insuccès, les épaules de plomb. Et, tant que l’inspiration est là (et le travail et la sincérité) et qu’on est heureux de ce qu’on produit, sincèrement heureux - je parle délibéremment de bonheur plutôt que de satisfaction, car il n’y a que les cons qui sont satisfaits d’eux-mêmes, ou ceux qui ne se relisent pas, ou ceux qui lisent en public des extraits de leurs textes avec la même assurance qu’ils envoient par sms des photos de leur corps à une ou deux groupies des premiers rangs - tant que l’inspiration et le bonheur sont présents, une fois le texte rendu à son éditeur, je ne vois pas où est le problème. Quand on critique Amélie de sortir un roman à chaque rentrée, j’ai toujours envie de demander : «Est-ce que vous seriez allés emmerder Enid Blyton parce qu’elle a écrit + de 600 livres ? ».
Quand je vois, au hasard de mes déplacements, un appartement bien situé, avec une belle vue, je pense toujours à ma mère et me dis : « Qu’est-ce qu’elle aurait été bien ici.. » En une seconde, je crois qu’elle est vivante et que je pourrais peut-être l’y loger, qu’elle y serait heureuse. Malheureusement, elle m’a fait trop tard et est partie trop tôt. Et puis, quand on est comme moi si peu un homme d’argent on finit par être un homme avec si peu d’argent, donc, pour toutes ces raisons, je n’aurais jamais connu ce luxe rare et qui doit être le + beau des luxes, pouvoir offrir un appartement ou une maison à ses parents (les Beatles ont fait ça). Si un éditeur poche prend « J’aurais voulu être un Beatles », j’y ajouterai un texte là-dessus. Pour ça aussi, « J’aurais voulu être un Beatles ». Cela n’arrivera donc pas, mais pourtant, à chaque fois que mes yeux rencontrent le balcon d’un joli appartement, j’imagine ma mère vivre encore.

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274

  Writer’s   life (274) Ce n’était peut-être pas le bon soir pour se rendre à un dîner (prévu de longue date) dans le quartier République-G...